00:00Nous sommes donc avec l'avocate de Daniel Siyad Menia, arabe tigrine.
00:05Bonsoir madame, bonsoir maître.
00:06Votre client a donc été retrouvé mort à son domicile à Colombe, en région parisienne.
00:11Est-ce que vous en savez plus sur les circonstances de son décès ?
00:15Bonsoir. Évidemment, comme tout le monde, je n'en sais absolument pas plus.
00:19Seule la science, l'autopsie nous dira quelle est la véritable cause de sa mort,
00:24qui est pour ses proches et pour moi extrêmement surprenante,
00:29puisqu'évidemment, en tout cas moi la dernière fois que je l'ai vu, il était en pleine forme.
00:34C'était il y a combien de temps ?
00:36C'était il y a environ un mois.
00:38D'accord. Et c'était un homme en forme que vous avez vu ?
00:40Oui, oui, qui avait tellement hâte d'être entendu, tellement demande,
00:46et c'est rare pour un avocat d'être sollicité par un homme qui veut être confronté à la police,
00:53qui veut être devant des policiers. Ce n'est pas tous les jours que ça arrive, au contraire.
01:00Et lui, il avait d'abord foi en la justice, et il était persuadé que le seul moyen pour lui
01:06d'arriver à prouver son innocence, c'était par une vérité assez claire dans le fait qu'il le recevrait
01:14quand ils auraient décidé de le recevoir. J'ai essayé tout ce que j'ai pu essayer
01:20pour qu'au moins, il puisse s'exprimer devant autre chose qu'une caméra de télévision.
01:26Et vous voyez, il est mort et il n'aura toujours pas été entendu.
01:30Mais maître, c'était donc quelqu'un que vous décrivez combatif,
01:34ce n'était pas quelqu'un qui avait des envies de suicide, par exemple,
01:38qui était dépressif et qui aurait pu passer à l'acte ?
01:41Ah, mais ça, c'est complètement exclu. Personne ne l'a envisagé autour de lui.
01:44Et moi, je vous dis, je l'avais régulièrement en ligne,
01:48il n'a jamais été question d'idées noires. Ce qui comptait pour lui,
01:53c'était, quel que soit le temps que cela mettrait,
01:56qu'il soit innocenté par la justice française.
01:58Et vous disiez, vous utilisiez le terme, je suis désolée,
02:01mais tous les mots ont un sens, surtout avec la justice.
02:04Vous utilisiez le terme de reprocher.
02:08En réalité, la justice, pour l'instant, ne lui a jamais rien reproché
02:11puisqu'elle ne l'a même pas poursuivi.
02:13Dès lors qu'il n'a été ni interpellé, ni convoqué,
02:16c'est un homme plus qu'innocent qui s'en est allé lundi soir.
02:20Mais quel était son lien avec Jeffrey et Christine, alors ?
02:24C'est ce qu'il a expliqué lui-même.
02:26Je l'avais fait avant lui et puis il l'a expliqué ensuite.
02:29Lui, il était dans le monde du mannequinat.
02:32Il était recruteur, effectivement.
02:34Alors, ce n'est pas le terme exact, il discute,
02:35mais il s'est retrouvé dans les rues de Paris
02:38pendant de très nombreuses années à la recherche de modèles,
02:42le futur mannequin.
02:43C'était son métier, c'était sa passion.
02:45Il en parlait avec beaucoup, beaucoup de...
02:49Avec vraiment une étoile dans les yeux,
02:50mais parce qu'il aimait ce qu'il faisait.
02:52Et il avait donc, dans ce contexte-là,
02:56été mis en relation avec Jeffrey Epstein
03:00pour des échanges professionnels
03:02qui d'ailleurs, pour la plupart, n'ont jamais abouti.
03:05Aucune mineure n'avait pris aucun vol,
03:08je le précise, parce que se posait souvent la question
03:10de... a-t-il mis en relation des mineurs
03:14et Jeffrey Epstein, jamais.
03:15Et il disait qu'on serait autour de 3 ou 5 femmes
03:23qui auraient été mises en relation avec Jeffrey Epstein,
03:25mais qui ne se sont jamais plaintes auprès de lui.
03:27Et c'est bien normal, à leur retour,
03:30d'avoir été violées ou agressées sexuellement.
03:33Et je dis bien normal, parce qu'entre M. Siad
03:38et Jeffrey Epstein, il y avait les sociétés de mannequinats,
03:42les agences de mannequins parisiennes
03:45qui faisaient l'intermédiaire.
03:47Donc, c'est normal.
03:48C'était normal que le retour ne lui soit pas fait
03:50à lui directement.
03:51Alors, question de Vincent Vantiguem,
03:53qui est à mes côtés, grand remporteur
03:55pour les justices à BFMTV.
03:56Oui, bonsoir, maître.
03:58Bonsoir.
03:58Depuis ce matin et l'annonce de la mort de votre client,
04:01on a entendu beaucoup d'avocates, de plaignantes
04:03et des plaignantes elles-mêmes ou des témoins
04:06faire part de, je dirais, leur frustration,
04:08pour ne pas dire leur colère,
04:10que les choses ne soient pas allées plus vite
04:11du côté de la justice pour qu'ils puissent être entendus.
04:14Est-ce que vous comprenez cette frustration
04:16de la part des plaignantes ?
04:17Est-ce que c'est aussi quelque chose, vous,
04:19que vous ressentez après l'annonce
04:22de la mort de votre client ?
04:23Mais je la partage, surtout.
04:25Et c'est rare que des deux côtés de la barre,
04:28comme on dit,
04:30on ait la même sensation
04:31que quelque chose a été raté.
04:34Alors, il faut quand même savoir
04:36que le temps judiciaire n'est pas
04:37le temps médiatique ni le temps de la vie.
04:40Donc, c'est normal qu'après une plainte,
04:42il y ait des investigations et qu'ensuite,
04:45le temps des investigations soit celui
04:48pendant lequel on attend.
04:50Mais là, c'était un peu particulier.
04:52C'est ce que j'avais manifesté.
04:54Ce n'était pas seulement parce que mon client
04:55avait très envie de voir un policier
04:57que j'ai agi de la sorte.
04:59C'est parce que le tribunal médiatique international
05:02qui s'était ouvert et qui était franchement à charge,
05:06disons-le, il nécessitait qu'à un moment donné,
05:08il y ait une défense, une vraie défense possible.
05:10Et ce n'est pas sur les plateaux de télévision,
05:13je suis navrée de le dire,
05:14mais qu'on ait une défense utile.
05:16Donc, j'avais demandé effectivement
05:18que plus exceptionnellement que d'habitude,
05:21il puisse être entendu
05:23pour qu'il puisse se défendre
05:24et que cette information,
05:26notamment de son audition,
05:28on sait très bien qu'elle serait arrivée dans la presse
05:30et ça aurait permis de commencer,
05:32tous ensemble, puisque là, pour le coup,
05:34on faisait tous partie de la même aventure,
05:37à entendre sérieusement sa voix.
05:40On parle beaucoup des plaintes
05:42qui ont été déposées à l'encontre de votre client
05:44en début d'année,
05:45des plaintes pour des faits de viol,
05:46on a parlé de la plainte d'Eba Carlson
05:47ou pour des faits de violence sexuelle,
05:49mais le nom de votre client,
05:50il est connu de la police et de la justice
05:52depuis bien plus longtemps,
05:54si l'on s'en réfère au dossier de Jean-Luc Brunel,
05:56il apparaît, il fait l'objet d'une fiche de renseignement
05:58de la part des enquêteurs
06:00qui date de 2019, 2020, 2021.
06:02Est-ce que vous comprenez qu'il n'a pas été entendu plus tôt,
06:06avant même le dépôt des plaintes du début de l'année ?
06:09Est-ce qu'il aurait été, là aussi, d'accord pour répondre ?
06:12Parce que, dans ses premiers éléments de personnalité,
06:14il y a quand même quelques soupçons à son encontre.
06:17Alors, deux choses, d'abord,
06:20pour que vous compreniez l'état d'esprit
06:22de Daniel Siad de son vivant,
06:24il avait décidé de s'installer
06:27définitivement à Paris,
06:29et par définitivement, je veux dire
06:30qu'il ne voyageait plus
06:31depuis les premières émissions
06:33à charge le concernant.
06:35C'est-à-dire que, là où,
06:37il faut le dire,
06:39certains prennent la décision de fuir,
06:41lui, il avait décidé de se tenir
06:43complètement à la disposition de la justice.
06:44Donc, déjà, il était, évidemment,
06:47dans un esprit de clarté et de vérité.
06:52Et la deuxième chose importante,
06:54c'est que, moi, je vois un élément à décharge
06:57dans le fait qu'une enquête
06:59puis une instruction se soient déjà déroulées
07:01jusqu'à leur terme.
07:02Il y a quelques années de cela,
07:04puisque la clôture de mémoire,
07:06ça doit être juillet 2023,
07:08dans le dossier de Brunel.
07:10On voit son nom,
07:12on entend à plusieurs reprises
07:14l'évocation de son nom,
07:16et personne, aucun magistrat,
07:17j'étais déjà venu le dire devant votre plateau,
07:20aucun magistrat n'avait, à l'époque,
07:22considéré, aucun policier, d'ailleurs,
07:24n'avait considéré qu'il existait
07:25des charges à son encontre.
07:26Je ne vois pas comment, aujourd'hui,
07:28sans avoir d'éléments nouveaux,
07:30sans avoir accès à aucune autre procédure,
07:32on pourrait venir dire
07:33« Finalement, tout le monde s'est trompé,
07:36et le grand méchant de l'histoire,
07:39c'était Daniel Siad. »
07:40Personne ne l'a dit jusqu'à aujourd'hui, d'ailleurs.
07:43Les plaintes, c'est leur droit le plus absolu
07:46de se plaindre devant la justice
07:47et de déposer plainte,
07:49mais ça se vérifie, ça.
07:50Et ce ne sera jamais une vérité,
07:53d'ailleurs, je suis navrée,
07:54mais ce ne sera jamais une vérité judiciaire,
07:56puisque la justice ne passera pas,
07:58une fois de plus, sur ce dossier.
08:01Bien sûr.
08:01Mais là, ce que vous nous dites aussi,
08:04aucun policier, aucun magistrat
08:06n'avait envisagé des charges
08:08contre votre client.
08:09Est-ce que vous pouvez aussi imaginer
08:11qu'il y a eu une forme de raté
08:13lors du dossier Brunel,
08:14lors du premier dossier envers votre client ?
08:18Est-ce que, finalement,
08:20on ne l'a pas laissé de côté
08:22en se concentrant sur Jean-Luc Brunel ?
08:23Ce qui explique aussi, aujourd'hui,
08:25la frustration, la colère des plaignantes ?
08:28Alors, la justice est imparfaite,
08:29mais franchement,
08:30elle ne se passe pas vraiment comme ça.
08:32Et ce n'est pas parce que c'est mon client,
08:34je parle en auxiliaire de justice,
08:36il faut quand même comprendre
08:37qu'il y a des enquêteurs
08:38qui ne sont pas toujours les mêmes.
08:39Donc, c'est plusieurs individus
08:41qui ont un regard différent sur un dossier.
08:44Vous avez les juges d'instruction,
08:45il y en avait plusieurs pour Brunel.
08:47Vous avez la chambre de l'instruction
08:48qui est constituée de trois magistrats
08:49qui a l'opportunité de changer
08:51selon les audiences.
08:52Vous avez les parquetiers,
08:54les procureurs de la République.
08:55Ça veut dire que tous ces humains
08:57qui sont des professionnels
08:59seraient passés à côté
09:01des charges contre Daniel Siad.
09:04Ce n'est pas possible
09:05que ça se soit passé comme ça.
09:06Qu'aujourd'hui,
09:07on a un regard différent,
09:08neuf,
09:09sur de nouveaux éléments
09:11qui seraient dans ces plaintes
09:12que je ne connais pas,
09:13parce que c'est la procédure
09:14qui est ainsi,
09:16pourquoi pas ?
09:17Et on serait venu
09:18s'en défendre
09:19avec Daniel Siad.
09:20Mais à l'époque,
09:22je ne peux pas dire
09:23des magistrats
09:24qui sont tous
09:25passés à côté de la vérité.
09:27D'accord.
09:27Une dernière question
09:29directe, maître.
09:30Est-ce que vous pensez
09:30que votre client
09:31a pu être tué ?
09:34Je ne crois pas
09:35aux coïncidences,
09:36mais je n'ai pas
09:36de boule de cristal.
09:39Ce que j'ai trouvé
09:42immédiatement étrange,
09:43c'est que dans un seul dossier,
09:45on n'arrive pas à amener
09:46un seul homme
09:47jusqu'à la justice.
09:49C'est quand même assez rare.
09:51Je n'ai pas d'avis.
09:52Je sais que la seule preuve
09:56que nous aurons,
09:57et je ne crois qu'aux preuves,
09:59ce seront les résultats
10:00de cette autopsie.
10:01J'espère qu'on les aura rapidement.
10:04J'espère que ce sera clair.
10:05J'espère que rien
10:06ne sera divulgué.
10:08Et que même pour sa famille,
10:10vous savez,
10:11il est préférable
10:12qu'il soit mort
10:13d'une crise cardiaque.
10:15Merci, maître.
10:15Merci d'avoir été avec nous,
10:17l'avocat de Daniel Sillade.
10:18C'est vrai que c'est quand même
10:19un...
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