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  • il y a 20 heures
Quatre-vingt-dix ans après le début de la guerre civile, le pays compte encore près de 114 000 disparus de cette période et de la dictature franquiste.

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Transcription
00:00Mon arrière-grand-mère a dit à ses enfants
00:02« Votre père est mort et en fait, il n'y a jamais eu d'enterrement. »
00:05J'ai l'impression que dans ma famille, je peux remonter le fil
00:07et qu'il y a un endroit où ça s'arrête.
00:09Où en fait, il y a un espèce de trou noir et personne n'en parle.
00:12On fait comme si ça n'existait pas et ce n'était pas important.
00:15« Coucou papa, je ne te dérange pas. »
00:16« Coucou. Non, non, vas-y. »
00:18« Je crois, je ne suis pas sûre à 100%,
00:21mais que j'ai trouvé une possible fausse commune
00:24où ton grand-père pourrait être enterré. »
00:27Garance Munoz est journaliste au service Podcast du Monde.
00:31Elle a enquêté pendant un an sur la fausse commune
00:34où est enterré son arrière-grand-père,
00:36mort pendant la guerre civile espagnole.
00:38Son histoire reflète celle d'une centaine de milliers d'autres personnes.
00:42En Espagne, la guerre civile, qui dure de 1936 à 1939,
00:47et la dictature de Franco, qui a suivi jusqu'en 1975,
00:51ont fait 500 000 à 700 000 victimes.
00:54Des victimes des bombardements, de la faim ou de la répression politique,
00:58et bien sûr des combattants morts sur le front.
01:00Beaucoup sont enterrés anonymement, à la va-vite,
01:03dans près de 6 000 fausses communes partout en Espagne.
01:07Comme l'arrière-grand-père de Garance Munoz,
01:09José Molina-Lopez, socialistes,
01:11engagés dans l'armée républicaine et tués en 1938.
01:15Aujourd'hui, 90 ans après le début de la guerre,
01:18une étude de 2008, la dernière en date,
01:20estime que 114 000 personnes n'ont toujours pas été retrouvées.
01:25Comme après la dictature se met en place,
01:27mon arrière-grand-mère n'a aucune nouvelle
01:28de où pourrait être ce corps,
01:31et il n'est jamais envisagé qu'elle puisse le récupérer.
01:34Retrouver les disparus est mission impossible pendant la dictature,
01:38et reste compliqué même après la mort de Franco en 1975.
01:42En fait, la transition démocratique se fait
01:44sans véritable rupture avec le régime franquiste.
01:47Si bien qu'en 1977,
01:50le Parlement espagnol adopte une loi d'amnistie
01:52qui protège les anciens membres du régime de Franco.
01:56Résultat, tous les crimes sont oubliés,
01:58et avec eux, leurs victimes.
02:00Et ce n'est qu'en 2000 que les choses bougent.
02:02Cette année-là est réalisée la première exhumation
02:05selon un protocole scientifique,
02:07et elle est très médiatisée.
02:09Les deux, trois ans qui suivent
02:11constituent un choc pour l'Espagne de l'époque,
02:13qui découvrent la réalité de ces fausses communes,
02:17qui révèlent quelque chose qui était cette grande répression.
02:19C'est à partir de là que le pays entame un travail de mémoire.
02:23En 2007, une première loi mémorielle est adoptée,
02:26mais elle reste une loi de compromis,
02:28et laisse les familles de disparus insatisfaites.
02:30Ce n'est qu'en 2022 qu'une nouvelle loi change la donne.
02:34Elle prévoit de nouvelles mesures
02:36pour faire reconnaître les crimes de la dictature de Franco et ses victimes,
02:40et instaure notamment une banque ADN nationale
02:43pour faciliter leur identification.
02:45Pour la première fois,
02:47l'État endosse très clairement
02:49la responsabilité d'aller chercher ces fausses communes
02:53et de restituer le corps aux familles.
02:54Mais ces avancées sont régulièrement sapées
02:57dans les régions dirigées par la droite et l'extrême droite.
03:01Et quand ce travail mémoriel est possible,
03:04il arrive parfois trop tard,
03:05notamment pour l'identification des victimes
03:07dont les corps sont en mauvais état.
03:09On n'a aucun espoir de pouvoir l'ouvrir,
03:12récupérer exactement les ossements.
03:14Mais finalement, le fait d'être allé sur place
03:16et de voir que c'était un endroit qui était beau,
03:19qui était très paisible,
03:20ça fait que la sépulture a du sens
03:23et que finalement, ce lieu se suffit à lui-même
03:25et qu'on est nous-mêmes apaisés
03:27de savoir que c'est ici
03:28et qu'on pourra y retourner quand on veut.
03:31Cette grande histoire qui nous a privés de quelque chose,
03:34on la répare en la connaissant, en la comprenant.
03:36Et là, c'est ici.
03:39Ah ouais, c'est ça.
03:41Eh ben,
03:43j'aurais pas cru être pris par l'émotion comme ça, tu vois.
03:47Son enquête, Garance Munoz la raconte
03:50dans un podcast en 5 épisodes
03:52à retrouver en streaming
03:53et sur lemonde.fr.
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