00:00– Exactement, moi je crois que j'ai rarement été aussi abasourdie,
00:03en même temps aussi en colère en fait face à un vote.
00:06Parce que je ne vous comprends toujours pas comment il est possible dans notre pays
00:11de s'opposer au fait que des hommes qui ont violé à plusieurs reprises des enfants,
00:18des enfants de moins de 15 ans, puissent échapper à la perpétuité.
00:22Dans cet hémicycle, avant le vote, quand j'ai plaidé pour cet article,
00:26j'ai pris l'exemple d'un cas, malheureusement extraordinairement emblématique.
00:31Le cas dit le squarnec.
00:33Le squarnec a violé 299 fois des enfants, des mineurs.
00:41Sauf que dans l'état actuel du droit, il pouvait au maximum avoir une peine
00:46de réclusion criminelle de 20 ans.
00:48Donc il a eu une peine de réclusion criminelle de 20 ans.
00:51Et donc ça veut dire qu'en s'opposant à cet article,
00:54en empêchant que cet article soit adopté,
00:57on explique que dans des cas comme celui-ci, 20 ans, ça suffit.
01:01Eh bien moi, je considère que 20 ans, ça ne suffit pas.
01:03Parce que je considère que chaque victime mérite d'être reconnue.
01:07On sait à quel point c'est extraordinairement difficile
01:10pour une victime de violences sexuelles, singulièrement un enfant,
01:13un adolescent, de révéler ce qu'il a eu à subir.
01:17Parce que celui qui lui fait subir le pire, c'est quelqu'un qu'il connaît.
01:21C'est quelqu'un qu'il aime.
01:22C'est un parent.
01:23C'est un ami.
01:24C'est un professionnel de santé.
01:26C'est un animateur du périscoire.
01:27Donc quelqu'un en qui on a confiance.
01:29Quelqu'un qu'on tutoie.
01:30Quelqu'un dont on ne se méfie pas.
01:32Quelqu'un dont on pense même qu'il va nous protéger.
01:34Donc évidemment qu'il y a tout ce travail pour identifier,
01:38pour repérer, pour accompagner la parole des victimes.
01:41Mais une fois que la dénonciation est faite,
01:43une fois que l'auteur est identifié,
01:46qu'est-ce qui justifie une seule seconde, une seule minute
01:49que ces hommes-là ne puissent pas être condamnés à perpétuité ?
01:53Un cas comme le squarnec, est-ce qu'on pense sincèrement
01:56qu'il mérite de sortir dans 20 ans
01:58et qu'il n'emportera aucun nouveau risque pour la société ?
02:03À la gauche, vous diriez que la prévention suffit.
02:04C'est l'argument qu'on vous a opposé.
02:06Mais qu'il y ait de la prévention ?
02:07Déjà, en quoi l'un exclut l'autre ?
02:09En quoi l'un exclut l'autre ?
02:10Qui a dit ?
02:11À quel moment ai-je dit qu'il ne fallait pas de prévention ?
02:14Évidemment qu'il faut de la prévention.
02:16Évidemment qu'il faut intervenir dans les écoles
02:18pour permettre aux enfants de révéler leurs paroles
02:20et de dire s'ils ont eu à subir des violences sexuelles
02:23pour immédiatement les interrompre.
02:25Évidemment qu'il faut à un moment déconstruire
02:27ces schémas de domination
02:28qui font qu'on considère encore,
02:30et que certains considèrent encore,
02:31qu'on peut être un bon parent
02:33alors qu'on a été condamné pour des violences intrafamiliales,
02:36qu'on doit maintenir à tout prix un lien
02:37entre l'enfant et le parent,
02:39y compris si le parent, il y a un risque et un doute
02:41qu'il ait commis des violences sexuelles.
02:43Évidemment.
02:44Mais on doit faire les deux.
02:45Et donc moi je refuse qu'on donne cette logique binaire
02:48d'une gauche qui nous expliquerait
02:49qu'il faut du tout sur la prévention uniquement
02:53et de la même manière,
02:54une même strain de droit qui m'expliquerait
02:55qu'il faut du tout sur le sécuritaire
02:57mais pas de prévention.
02:58Il faut faire les deux
02:59parce qu'il faut protéger nos enfants.
03:00Et protéger nos enfants,
03:02c'est de la prévention,
03:03c'est de la détection,
03:04c'est du repérage,
03:05c'est de l'accompagnement,
03:06mais quand même,
03:07c'est aussi de la sanction,
03:09c'est aussi de la lutte contre l'impunité.
03:10Surtout dans les cas dont on parle
03:10qui sont très précis.
03:11Et quand moi,
03:13je rencontre les victimes,
03:14je sais bien que
03:15toutes les victimes
03:16ne plaident pas forcément
03:17pour la même chose,
03:18je sais bien que chaque fois,
03:19c'est une histoire absolument singulière
03:21de ce qui leur est arrivé,
03:23de la capacité qu'elles ont eu
03:24à révéler leur parole.
03:25Mais puisqu'elles m'ont autorisé
03:26à en parler,
03:27Arnaud Gallet,
03:28qui a fondé le mouvement
03:29Move Enfant,
03:30qui est l'un des mouvements
03:31les plus en soutien
03:33sur la parole des victimes,
03:35est en soutien
03:36de cette disposition
03:37sur la perpétuité.
03:39Angélique Cochy,
03:40qui a fondé l'association Rebond
03:41sur les violences sexuelles
03:42dans le sport,
03:43de la même manière.
03:44Sarah Abitbol,
03:45qui était une des premières
03:46grandes sportives
03:46à témoigner des violences sexuelles
03:48qu'elle a eues à subir,
03:49de la même manière.
03:51Donc encore une fois,
03:52qu'est-ce qui peut justifier
03:53qu'on s'y oppose ?
03:54Ou alors c'est de l'idéologie.
03:56Mais nos enfants,
03:57à un moment,
03:58ce qui va les protéger,
03:59ce n'est pas l'idéologie.
04:00Ce qui va les protéger,
04:01c'est la lutte contre l'impunité.
04:03Et donc,
04:03c'est pour ça que j'ai demandé
04:04au nom du gouvernement
04:05qu'il y ait un nouveau vote.
04:06Un nouveau vote
04:06qui aura lieu mardi.
04:07C'est très rare
04:07qu'on demande
04:08qu'il y ait une nouvelle délibération,
04:09qu'il y ait un nouveau vote.
04:10Mais mardi,
04:11il y aura un nouveau vote.
04:11Et ça veut dire
04:12que les projecteurs,
04:13ils seront braqués
04:14sur cette émission.
04:15Vous pensez que la gauche
04:15peut changer d'avis ?
04:16Vous l'espérez ?
04:17J'espère qu'il y aura du monde
04:17dans cette émission.
04:18Parce qu'on n'était pas
04:19assez nombreux vendredi.
04:20C'est un sujet
04:20où si la gauche l'a importé,
04:21c'est aussi parce que
04:21le bloc central...
04:22Chacun doit être au rendez-vous.
04:23On était certes vendredi,
04:24mais il n'y avait personne.
04:25Mais ça ne le justifie pas.
04:26Je le dis aussi.
04:27Chacun doit être au rendez-vous.
04:28Parce que c'est
04:29la dernière séance
04:30de l'Assemblée nationale
04:32avant les vacances parlementaires.
04:34C'est un moment
04:35qui sera important
04:36parce qu'on votera
04:36sur tout le texte,
04:38sur tout le projet de loi
04:39sur la protection de l'enfance.
04:40Et que juste avant,
04:41on aura ce vote
04:41pour savoir si,
04:42oui ou non,
04:43on considère
04:44que des violeurs
04:45en série d'enfants
04:45doivent pouvoir
04:47avoir une peine
04:48de perpétuité
04:49ou si on considère
04:50que 20 ans au maximum,
04:52ça suffit.
04:53Et je crois que là,
04:54chacun se fera son avis.
04:55Et que les Français
04:56se feront leur avis
04:57sur chaque député
04:58qui aura voté
05:00en son âme et conscience.
05:01Parce que là,
05:01ce n'est pas une logique
05:02de groupe politique.
05:03C'est une logique individuelle.
05:04C'est une logique d'humanité.
05:06C'est une logique de dignité.
05:07Est-ce qu'on est pour ?
05:08Est-ce qu'on est contre ?
05:09Et j'espère
05:10qu'ils seront nombreux en séance.
05:11Et oui, j'espère
05:12que les députés de gauche
05:14considéreront
05:16que le devoir d'humanité
05:17qui est le nôtre
05:17et de protection
05:18de nos enfants
05:19doit les conduire
05:20à voter en faveur
05:22de la perpétuité.
05:23Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires