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  • il y a 2 jours
Ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels, Sabrina Roubache revient sur les inégalités qui continuent de jalonner les parcours des femmes. Charge mentale, accès limité aux responsabilités, autocensure et biais liés à l’âge : elle souligne la nécessité de mieux valoriser l’expérience des femmes de plus de 50 ans et de renforcer leur accès à la formation tout au long de la vie.

🔗 Sabrina Roubache : « L’autocensure est probablement le premier frein à la carrière des femmes après 50 ans » : https://www.marieclaire.fr/sabrina-roubache-l-autocensure-est-probablement-le-premier-frein-a-la-carriere-des-femmes-apres-50-ans,1517592.asp

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00:09Les pouvoirs publics et la société
00:11Parce qu'on peut changer les choses par la loi, ça ne veut pas dire que tu fais quand même
00:15évoluer les mentalités.
00:17Ça c'est la première chose.
00:18Est-ce que les femmes sont particulièrement exposées après 50 ans ? C'est sûr.
00:25Est-ce qu'elles le sont avant ? C'est sûr aussi.
00:27C'est sûr aussi. En faire un débat de plus ou moins 50 ans, je ne crois pas que ce
00:32soit non plus le seul axe.
00:34Une femme, elle est exposée dès qu'elle a des enfants.
00:37Parce que sa carrière, forcément, c'est elle qui va renoncer à accepter des postes.
00:42C'est celle qui va de toute façon avoir la charge mentale, je le disais tout à l'heure.
00:46On a gagné en autonomie financière parce qu'on travaille, mais on a perdu de l'autre côté
00:50parce que nous n'avons pas partagé et toujours pas partagé la charge mentale.
00:54Et l'autre chose, c'est que de facto, ça impacte sur le pouvoir d'achat des femmes.
01:01Et j'invite tout le monde à aller regarder, vous savez, cette fameuse théorie des petits pots de yaourt.
01:08Quand une femme se sépare, elle repart avec ses petits pots de yaourt
01:11parce que c'est elle qui a assumé les achats du quotidien.
01:13Et puis, c'est forcément le mari, globalement, qui a plutôt acheté les gros meubles, la grosse télé.
01:18Quand elle s'en va, elle prend ses petits pots de yaourt.
01:20Et je trouve que c'est non seulement d'autant plus vrai maintenant, mais c'est vrai à n'importe
01:25quel âge.
01:26Et les choses ne font que s'accentuer à partir de 50 ans.
01:30Sur les levées de fonds, les femmes représentent moins de 10% des levées de fonds, globalement dans l'entrepreneuriat.
01:38Les postes les plus importants, que vous soyez dans l'administration, heureusement qu'il y a des concours
01:43et qu'on a introduit des doses de parité, de mixité, de genre.
01:50Mais malgré la loi, malgré tout ça, je vois moi notamment en politique, je le disais, je suis devenue féministe,
01:56en faisant de la politique parce que les postes les moins importants, on les donne aux femmes.
02:02Et le pire, c'est que même lorsqu'une femme accède au pouvoir, je le vois, elle continue elle-même,
02:09un, à s'auto-censurer et deux, à s'empêcher de candidater, de dire, après 50 ans, tu as beaucoup
02:16d'expérience.
02:17L'expérience, ça compte, quel que soit le domaine, pas seulement évidemment en politique,
02:21mais dans l'entrepreneuriat, dans la vie de l'entreprise, dans le milieu associatif.
02:2550 ans, c'est un âge incroyable.
02:27En tout cas, moi, je le vis dans 6 mois, j'ai 50 ans et je le vis comme probablement
02:32la période de ma vie
02:32où je suis la plus tranquille, bizarrement, la plus sereine parce que tu t'émancipes en fait de beaucoup de
02:41choses.
02:41Tu t'aperçois que le regard des uns des autres, ça ne compte pas tant que ça, même pour ne
02:45pas dire pas du tout.
02:46Tu te dis, ma fille est en train de grandir, elle est ado, j'aimerais qu'elle ait quand même
02:51un modèle,
02:52justement d'une maman, c'est plutôt mon caractère, d'être très libre, très émancipée, de choisir sa vie,
02:58d'être seule, de vivre tranquillement, de dire je n'ai besoin de personne.
03:01J'adore les questions de qui est ton mentor ?
03:07Personne, moi-même, je suis mentor de moi-même.
03:10C'est très bizarre ce paternalisme qu'on ressent, mais dans toutes les strates de la société.
03:18Et à 50 ans, après 50 ans, ça s'accentue parce que les femmes n'osent pas elles-mêmes.
03:25C'est ça en fait qui me frappe.
03:26Ce n'est pas tellement le fait à ce qu'elles peuvent accéder ou pas,
03:30c'est que l'autocensure est probablement la première cause du non-accès à une carrière encore plus épanouie,
03:39encore plus grande après 50 ans.
03:41Donc, travailler la loi, c'est une évidence, heureusement.
03:44Et on a des lois maintenant qui permettent de ne plus laisser, on va dire, le champ libre
03:50à une espèce de société qui relèguerait les femmes au second plan.
03:56Mais la réalité, c'est les mentalités.
03:59Et encore une fois, les mentalités de nous, nous-mêmes, les femmes.
04:08L'expérience, ça ne s'invente pas.
04:10C'est du vécu, c'est important le vécu.
04:13Comment est-ce qu'on le valorise ?
04:14C'est la multitude de choses qu'on fait dans une vie.
04:1850 ans, c'est quand même un demi-siècle.
04:20Demi-siècle, donc on va compter, allez, on dit à 18 ans, on a son bac.
04:24Après, on fait des études, plus ou moins.
04:26Et après, on arrive dans l'entreprise, sur le marché du travail, quel que soit le métier.
04:32Je pense qu'on ne saura pas valoriser autrement que par assumer le fait d'avoir eu des succès,
04:40le fait d'avoir eu des échecs.
04:43Personne ne réussit tout dans une vie, tout le temps.
04:45La vie, ce n'est pas une grande succession de réussites.
04:48Il y a aussi des échecs.
04:49Et bizarrement, c'est vrai, pour les femmes, les échecs sont encore plus, pas patants, mais plus visibles.
04:57Donc, en osant parler de son expérience, en disant, moi je sais faire telle chose, moi je n'ai pas
05:02peur de tel sujet,
05:03moi je pense, voilà ma vision stratégique des choses, voilà ce que j'ai fait avant.
05:07Je pense que là, ça a plutôt bien marché.
05:09Là, je crois qu'on devrait peut-être changer de braquet.
05:12C'est se valoriser soi-même, valoriser son expérience, c'est se valoriser soi-même
05:16et valoriser ceux qui vous ont accompagnés.
05:20Voilà, valoriser ceux avec qui tu as grandi.
05:22C'est important de savoir d'où tu viens, de ceux à côté de qui et desquels tu as appris.
05:28Moi, j'ai appris plein de choses dans ma vie avec des vieux producteurs,
05:30mais qui étaient vraiment à l'ancienne, producteurs télé et cinéma.
05:35Et j'ai toujours valorisé les gens qui travaillaient avec moi, pour qui je travaillais.
05:42Et ceux qui travaillent avec moi maintenant à mes côtés,
05:44mais on parle des cabinets ministériels, c'est important.
05:47Comment tu valorises une expérience ?
05:49C'est quand tu sais dire dans quel écosystème tu as évolué, ce que tu en as appris,
05:54quel que soit ton poste, la hiérarchie dans laquelle tu étais.
05:58Donc, je pense que l'expérience, c'est ça.
06:00C'est aussi avoir le recul sur le pouvoir.
06:04À quoi ça sert une super expérience quand elle n'a servi qu'à valoriser un certain pouvoir
06:11qu'on a eu à un moment donné ?
06:12Ça ne veut strictement rien dire.
06:13En revanche, si on dit qu'on a réussi à porter tel sujet,
06:17moi, je me suis beaucoup battue sur notamment les mamans seules dans les quartiers.
06:22J'étais ministre de la ville et de la citoyenneté.
06:24Et je me suis beaucoup intéressée et j'ai beaucoup travaillé.
06:26On a fait plein d'actions pour les mamans isolées dans les quartiers
06:29qui représentent 30% quand même de femmes, de mamans seules,
06:33dont les pères se sont complètement désengagées de l'éducation des enfants
06:38et qui les ont abandonnées, pour dire un mot simple.
06:40Je me suis intéressée aux femmes réfugiées avec leurs enfants.
06:44C'est que nous-mêmes, les femmes, souvent, on se détourne des sujets de femmes
06:49quand on accède au pouvoir.
06:50Et moi, la première chose que j'ai faite, c'est de prendre tout de suite,
06:53par mon expérience, parce que je suis une fille qui vient du terrain.
06:57On dit, comme je le disais, moi, je suis une fille de dehors.
07:00Je suis une fille qui a fait ses classes sur les plateaux de tournage.
07:03Donc, une enfant de la balle, comme on dit.
07:06Donc, comment est-ce qu'on valorise une expérience ?
07:08Et notamment, après 50 ans, c'est quand tu sais dire
07:12tout ce qui a accompagné ton parcours,
07:15sans même parler de hiérarchie.
07:17Tu as appris quoi ? Comment tu l'expliques ?
07:20Et surtout, comment tu le transposes dans une seconde vie,
07:24une seconde partie de vie.
07:32Notamment, la formation toute la vie.
07:33On a une chance formidable maintenant.
07:35J'ai beaucoup de chance.
07:37Je trouve que c'est un ministère béni,
07:39parce que je gère l'enseignement professionnel,
07:41la formation professionnelle et l'apprentissage.
07:44Et dans la formation professionnelle, il y a la VAE,
07:46donc la formation toute la vie.
07:49la possibilité pour tout le monde, hommes et femmes,
07:53de pouvoir, quelle que soit la formation initiale,
07:56de pouvoir se diplômer, de changer de vie,
07:58de se reconvertir toute sa vie.
08:02Donc, en réalité, les dispositifs existent.
08:05Il faut juste qu'on s'en empare.
08:06Il faut juste oser.
08:07Oser se dire, peut-être après 50 ans,
08:11ou pas, moi, je ne suis pas de celles
08:13qui croient que tout le monde change tout le temps de vie,
08:16toute la journée, pas forcément,
08:18mais peut-être parfois essayer d'évoluer dans son propre métier,
08:24aller beaucoup plus loin dans sa formation,
08:27on va dire des formations entre guillemets diplomantes,
08:29pour accéder à d'autres postes dans une même filière.
08:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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