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  • il y a 48 minutes
La troisième canicule depuis le mois de mai s'installe un peu plus durablement sur le pays alors que le quart nord-ouest du pays sera placé en alerte maximale dès ce samedi 11 juillet. Près d'un tiers de la population française est concernée. Un débat est soulevé sur le manque de pédagogie des climatologues. Pour François Gemenne, les chercheurs sur le climat ont été écoutés mais pas forcément entendus.

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Transcription
00:00Je voudrais que l'on revienne à la fois sur la situation, la manière dont la France est, oui ou
00:05non, préparée face à ces vagues caniculaires extrêmes,
00:09mais aussi les débats que cela suscite depuis trois semaines.
00:13On en vient maintenant à cette forme de mea culpa que vous faites, François Gemmène. Bonjour.
00:18Bonjour.
00:18Et c'est suffisamment rare dans le contexte actuel pour le souligner.
00:22Vous êtes une référence en matière de climat, de lutte contre le réchauffement climatique.
00:26Vous êtes l'un des auteurs du GIEC. Ça fait des années que nous tous, journalistes, on vous reçoit,
00:31que les écologistes d'ailleurs vous prennent comme référence, et un peu moins ces derniers temps,
00:35parce que vous avez été un des seuls et un des premiers peut-être à dire attention,
00:39on s'est peut-être trompé dans notre manière aussi de lutter, c'est-à-dire lutter contre,
00:43je ne veux pas dévoiler tout ce que vous allez nous dire, mais au fond, il y a la lutte
00:48contre le réchauffement climatique,
00:49mais il aurait fallu peut-être aussi s'attaquer à l'adaptation. Et c'est ce point-là qui sans
00:54doute a péché.
00:55Je voudrais qu'on revienne sur presque l'origine de ce débat. Ça s'est passé sur ce plateau,
01:01avec Emmanuel Lechypre ici présent. C'était le 26 juin dernier, et nous avions face à nous
01:06le climatologue Christophe Cassou, et voilà comment Emmanuel Lechypre et Christophe Cassou se sont parlé.
01:13– Vous n'avez pas été très convaincants. – Attendez.
01:15– Non, juste, au sens où, effectivement, les diagnostics, il est là, mais ce qui compte aussi,
01:20c'est le relais de transmission, c'est-à-dire la pédagogie du diagnostic.
01:23Or, tous les discours qu'on a entendus, c'était des discours qui étaient très abstraits.
01:27– Je pense que c'est assez honteux ce que vous venez de dire là.
01:29De rejeter la responsabilité sur les scientifiques dans la communication…
01:32– Non, ce n'est pas rejeter la responsabilité.
01:32– Attendez, je vous ai laissé terminer.
01:34De rejeter la responsabilité sur une mauvaise communication de la part du scientifique,
01:38c'est inadmissible.
01:39– Il était extrêmement en colère, Christophe Cassou, ce jour-là,
01:43que l'on lui dise, est-ce que vous nous avez suffisamment préparés ?
01:47Vous-même, vous avez écrit, François Gemmène, une chronique, une tribune dans Les Echos,
01:53dans lesquelles vous dites, si l'on n'a pas suffisamment prêté attention aux alertes des scientifiques,
01:59c'est peut-être aussi de notre faute.
02:01– Écoutez, moi je suis non seulement chercheur, mais je suis aussi prof à l'université.
02:04Et donc, si je vois qu'à chaque examen, chaque année, tous mes étudiants ratent l'examen,
02:10il arrive un moment où je ne peux pas uniquement blâmer les étudiants,
02:13où je dois m'interroger aussi sur la manière dont j'ai enseigné le cours.
02:17Et je crois que ce qui me frappe, c'est que à chaque canicule, à chaque événement extrême,
02:22on est tous là un peu à chouiner, à dire, ah là là, on n'a pas suffisamment écouté les
02:25scientifiques,
02:26on n'a pas suffisamment prêté attention aux alertes, etc.
02:29Sans doute, et sans doute que c'est une responsabilité collective,
02:31et il ne s'agit pas du tout ici de faire porter la responsabilité aux chercheurs sur notre impréparation,
02:38mais par contre de nous interroger sur peut-être certains messages qu'on aurait dû envoyer,
02:42qu'on aurait pu envoyer et qu'on n'a pas suffisamment envoyé, notamment sur l'adaptation.
02:45– Vous avez donc bien fait, Emmanuel, d'oser cette liberté.
02:49– Je vais vous dire la vérité, je vais vous dire la vérité.
02:51– Attends, Manu, écoute, c'est très important.
02:53Dans les propos même de François Gemmène, à l'écrit, dans les échos,
02:57il dit, lorsque le journaliste Emmanuel Lechypre, un matin sur BFM TV,
03:01a osé suggérer, assez maladroitement, c'est ce que dit François Gemmène,
03:07que les scientifiques n'avaient peut-être pas été très convaincants,
03:10ce fut l'indignation générale inadmissible, lunaire, disait-on, sur les propos d'Emmanuel Lechypre.
03:15Eh bien l'interrogation d'Emmanuel Lechypre m'interroge, dit François Gemmène,
03:18parce que oui, si nous, chercheurs, n'avons pas été assez entendus,
03:21c'est aussi parce que nous n'avons peut-être parfois envoyé les mauvais messages.
03:24– Non mais il faut vous dire toute la vérité.
03:27Alors la première vérité, c'est qu'effectivement, Apolline, on peut le dire,
03:30quand on est sortis de l'émission, notre réalisateur Pierre Régaud,
03:32il m'a dit, oh là là, t'as été un peu fort, notre édacteur en chef.
03:36Mais oh là là, t'as été un peu fort, et je lui écoute, sur le fond, je ne crois
03:38pas.
03:39Et ce qui est drôle, c'est qu'en fait, d'où m'est venue cette question,
03:42d'où m'est venue cette suggestion, elle m'est venue du dernier livre de François Gemmène.
03:46Vous voyez, on est un peu dans le serpent qui se mord la queue.
03:48Donc le gars, finalement, de François Gemmène peut se dire,
03:51– Je n'ai pas fait mon cours pour rien, parce qu'il y en a un qui a peut
03:55-être écouté.
03:55– Qu'est-ce qu'il aurait fallu dire ?
03:58– Son dernier livre, c'est justement…
03:59– Parler du climat sans plomber l'atmosphère.
04:01– Et moi, c'est ça qui m'a interpellé dans ce bouquin.
04:04Et d'où ma question.
04:06– Qu'est-ce qu'il aurait fallu faire ou dire, mais faire surtout ?
04:10– Je pense que sur le sujet actuel de la canicule,
04:12il y a trois choses qu'on aurait dû davantage dire.
04:15La première, c'est qu'on aurait dû davantage insister sur l'adaptation.
04:18Il faut reconnaître que jusqu'à il y a quelques années, le discours sur l'adaptation,
04:22c'était le parent pauvre du discours sur le climat.
04:25On disait que c'est un discours de renoncement, c'est un discours de défaitisme.
04:28On le voyait même parfois comme une manœuvre des industries fossiles
04:30pour affaiblir la cause de la décarbonation.
04:33Alors qu'il faut faire les deux.
04:34Il faut à la fois décarboner l'économie et nous adapter à un climat qu'on ne connaît pas encore.
04:38Deuxième élément, on a trop communiqué, je crois, sur des valeurs moyennes.
04:42On a dit plus 1,5 degré, plus 2 degrés, même plus 4 degrés.
04:45– Et des horizons très lointains.
04:46– Et des horizons très lointains, 2100, et quand vous entendez ça,
04:49les gens se disent, attendez, même le scénario catastrophe,
04:51c'est plus 4 degrés en 2100.
04:53En 2100, justement, et de toute façon, il faisait 25 degrés l'été,
04:56il va faire 29, ce n'est pas la fin du monde.
04:59C'est un arrêt très abstrait.
05:00Je pense qu'on aurait dû communiquer beaucoup plus sur les valeurs extrêmes,
05:03sur dire, voilà le risque de canicule, il va être multiplié par X ou Y.
05:07Et c'est ça qui va tirer la valeur moyenne vers le haut.
05:09– Une cu...
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