00:00C'est, comme on en a parlé avant, les ballons reçus dans la tête
00:04qui m'ont poussé petit à petit à avoir peur du ballon.
00:09Les symptômes aussi sont apparus.
00:12Dès mon arrivée à Caen, j'ai très vite pris une grosse balle
00:16qui m'a éloigné des terrains pendant un mois et demi, deux mois.
00:19Et alors avant, les ballons me faisaient pas mal.
00:22Maintenant, chaque ballon reçu depuis ce gros choc, c'est assez terrible.
00:27Ça fait que j'ai quelques conséquences qui sont largement réparables.
00:31On n'est pas dans des sphères qui puissent nuire à ma santé à court terme.
00:38Mais n'empêche que depuis, il y a la peur du ballon.
00:40Et ça, quand tu es gardien de balle, c'est compliqué.
00:43J'en prends très régulièrement.
00:45Alors, on a imaginé que c'était peut-être par rapport à ma façon de goler
00:48parce que par rapport à d'autres, j'en prends plus.
00:51Et le fait est que je suis un peu plus petit que d'autres gardiens.
00:54Et donc, je bouge un peu plus, en fait.
00:58Et donc, mon corps, ma tête est plus souvent en face de la balle.
01:02Et ça fait que j'en prends plus.
01:04Et je peux en prendre des fois deux dans la semaine.
01:08Des fois, j'en prends pas.
01:09Ça arrive que j'en prenne pas pendant la semaine, etc.
01:12Mais cette année, j'en ai pris une dizaine de trop, déjà.
01:17Les symptômes, c'est déjà le mal de crâne.
01:20Vraiment, la première grosse commotion quand tu es arrivé ici, ça a duré un mois, deux mois.
01:25Maintenant, à chaque fois que j'en fais, des vrais, ça dure deux jours.
01:28Je n'en ai jamais fait d'aussi grosse.
01:29Mais les mal de crâne durent deux, trois jours.
01:32Et en fait, j'ai le sentiment que si un peu de maintenant, peu de perte de mémoire,
01:38je ne dis pas que c'est irrationnel et que j'ai tout oublié,
01:41mais je sens que, putain, il y a des petits trucs que je n'arrive pas à me rappeler,
01:45que j'ai des difficultés à me concentrer, par exemple, sur un ordinateur.
01:49Mais c'est le cerveau, c'est un muscle et, comme je dis, c'est largement rattrapable en le travaillant.
01:56Mais effectivement, je sens que physiologiquement, mon corps, en fait,
02:01et ma tête, mon cerveau n'acceptent plus trop les balles dans la tête.
02:05Et puis, même moi, mentalement, alors que ça fait partie du métier de gardien,
02:12je réagis très mal aux balles reçues, en fait, par rapport aux joueurs, tout ça.
02:16Donc, la décision a été d'arrêter ma carrière à cause de ça.
02:21Au fur et à mesure, ça s'est installé progressivement.
02:25Mais c'est vraiment désagréable parce que c'est ce qu'on aime faire.
02:28Et quand tu sens que tu as un peu peur, tu le sens direct, tes parades ne sont plus pareilles.
02:33Alors, comme je l'explique à certains en match, ce n'est pas pareil parce qu'il y a l
02:36'adrénaline
02:37et que, du coup, la peur n'existe pas.
02:39Mais à l'entraînement, quand il fait froid, tout ça, là, c'est compliqué.
02:44On se force parce qu'on aime ça. Du coup, on force, on continue, on continue.
02:47On essaye de faire en sorte que ça passe.
02:49Alors, à certains moments, ça passe.
02:50Par exemple, je reviens de blessure.
02:53Là, quand je suis dans un cas à l'entraînement, je n'ai pas du tout peur.
02:55Mais parce que j'ai envie de rejouer.
02:58Mais en fait, à la longue, je sais que c'est trop compliqué.
03:01Ce qui est sûr, c'est que si j'estime qu'il y a un risque pour ma santé,
03:06je ne le prendrai pas, tout simplement.
03:08Même si je regrette, j'ai envie de continuer.
03:12Ça, vraiment, il faut le savoir parce que j'ai envie de continuer.
03:14Mais là, à l'heure actuelle, je ne peux pas.
03:16C'est impossible.
03:17Quand on regarde les matchs de handball aujourd'hui,
03:20franchement, 80% des matchs, il y a un ballon dans la tête.
03:24Et là, je ne parle pas des entraînements
03:26où j'en reçois également 80% la plupart du temps.
03:31Donc maintenant, c'est difficile.
03:33J'ai envie de continuer, mais j'estime que...
03:35où mon cerveau estime que je ne peux pas.
03:37Au rugby, par exemple, s'ils font 5 commotions,
03:40ils n'ont pas le choix, c'est arrêt de carrière.
03:42Nous, c'est un petit peu moins contrôlé
03:45parce qu'en fait, c'est difficile d'estimer une commotion
03:49parce qu'il y a différents grades.
03:51Et donc, en fait, on ne sait même pas ce que c'est réellement une commotion.
03:54Quand est-ce que tu fais une commotion ?
03:55Et donc, c'est assez difficile à mettre au clair, en fait.
03:59Moi, on sait que j'en ai fait une vraie il y a deux ans
04:01parce que j'ai été arrêté à cause de ça.
04:03Mais depuis, des ballons dans la tête, j'en ai reçu une centaine.
04:07Et j'en ai certainement fait des commotions,
04:08mais elles n'ont jamais été actées, en fait.
04:11Parce que nous, même, joueurs athlètes, on a envie de jouer.
04:14Pour le club, on a envie de jouer.
04:16Pour l'équipe, on a envie de jouer.
04:17Donc, en fait, on ne sait jamais...
04:19Je serais incapable de dire aujourd'hui,
04:21sur tous les tirs que j'ai eu dans la tête,
04:23combien est-ce que j'ai fait de commotions ?
04:24Parce qu'en fait, une commotion, on ne sait pas vraiment ce que c'est.
04:26À quel grade on peut dire que c'est une commotion ?
04:29C'est un peu dans ce sens-là où c'est inquiétant
04:32et qu'il faut faire attention et passer à un step.
04:34C'est vraiment savoir définir ce qu'est une commotion
04:37et à quel moment on peut estimer que c'est une commotion.
04:39Et quand on aura défini ça, je pense que là, on pourra bien avancer.
04:42Mais aujourd'hui, et puis entre chaque athlète, c'est différent.
04:47Aujourd'hui, si Milo, je reçois la même balle dans la tête que moi,
04:53on n'a pas du tout le même effet.
04:54Parce que lui, il n'a pas les antécédents que j'ai,
04:58moi actuellement, avec la peur, etc.
05:00Donc, en fait, tout dépend de chaque athlète.
05:04Et vu qu'il y a cette subjectivité, c'est trop dur.
05:12– Sous-titrage FR 2021
Commentaires