00:00RTL Matin, Olivier Bois.
00:038h20 sur RTL, bonjour Jean-Alphonse Richard.
00:05Bonjour Olivier Bois.
00:06Avec nous en studio pour revenir sur cette information et cette une que je vous montre,
00:11la une de la dépêche du midi, Cédric Jubilard passe aux aveux dans une lettre remise à son avocat.
00:19Retournement de situation tout à fait spectaculaire puisque jusqu'à maintenant il avait toujours nié les faits Jean-Alphonse.
00:24Oui absolument et personne ne croyait effectivement à ce revirement, à ces aveux tout simplement
00:28parce qu'on savait que Cédric Jubilard c'est un homme en granit comme on disait depuis le début.
00:33Je vous rappelle très brièvement, il y a eu cette garde à vue très longue, cette enquête très longue des
00:37gendarmes
00:38de multiples auditions chez les juges d'instruction, trois juges d'instruction du pôle criminel à Toulouse.
00:45Voilà donc ça fait beaucoup.
00:46Disparition en décembre 2020, les marches blanches il a même participé aux recherches,
00:50il mise en examen quelques mois plus tard effectivement alors que lui clame toujours son innocence.
00:56Voilà il est écroué, il continue à clamer son innocence.
00:58Il va y avoir ce premier procès avec ses avocats qui n'ont pas démérité, Alexandre Martin et Emmanuel Franck
01:03qui se sont battus, ils ont joué la carte de l'offensive, c'est-à-dire il n'y a
01:08pas de preuves contre lui,
01:09le dossier est vide, il n'y a pas de cadavre, etc.
01:13Donc voilà, ils ont joué la carte de l'offensive, ça n'a pas marché.
01:15Ils n'ont pas réussi à le déverrouiller.
01:17Alors sur la forme, si on revient sur ce qui se passe précisément les faits,
01:20c'est donc une lettre qu'il envoie à son avocat, il se confesse à lui quelque part, c'est
01:26comme ça qu'il procède.
01:27Alors c'est un peu plus compliqué que ça parce que les avocats Pierre et Guy Dubuisson, père et fils,
01:32Pierre Dubuisson c'est un avocat très connu à Toulouse, il a l'habitude de ça,
01:36c'est quelqu'un de très humain qui a l'habitude de manier la pâte humaine comme ça,
01:39de travailler les clients avec beaucoup de précision.
01:42Il a beaucoup discuté avec Jubilard en prison, il a beaucoup écouté,
01:46et puis peu à peu il a vu qu'il y avait une faille.
01:49Il arrive à un moment critique, Pierre Dubuisson,
01:52il arrive au moment où la personne est sur le point de craquer,
01:57parce qu'elle n'en peut plus d'abord de la prison,
01:59parce qu'elle a été longtemps sous neuroleptique et sous médicaments,
02:04c'est une personne, Cédric Jubilard, vrai ou faux,
02:07mais qui s'estime maltraité par la justice,
02:09donc il a travaillé cette fibre l'avocat,
02:11et peu à peu, effectivement, son client a dessiné des avocats.
02:14Ça veut dire que là c'est l'avocat dont le job est de défendre un homme
02:17qui jusqu'à maintenant clame son innocence,
02:18qui quelque part accouche son client,
02:21le fait venir à accepter ce qu'il pense lui.
02:25L'avocat, au fond de son cœur, il pense...
02:27Je suis d'accord.
02:28Il a la certitude de la culpabilité de son client, quelque part.
02:30Absolument, parce qu'il sent qu'il y a quelque chose qui ne va pas
02:33et ça ne marche pas,
02:34mais c'est rendre service au client aussi,
02:36parce que l'avocat sait très bien qu'aller en procès,
02:39un appel dans quelques semaines, fin septembre,
02:41avec toujours cette défense de granit,
02:44comme on l'a dit,
02:44cette défense qui est implacable ou en fait qui ne marche pas,
02:49c'était un petit peu l'envoyer à la casse.
02:51Là, c'est important.
02:52Il y avait deux verrous dans cette affaire,
02:54deux verrous qui sont très importants.
02:56Le premier, c'est le manque d'aveux de Cédric Jubilard.
02:59Nous y voici, il a fait des aveux par écrit à son avocat
03:02et il a parlé beaucoup à son avocat.
03:05Deuxième verrou, c'est l'épouse introuvable,
03:09Delphine Jubilard, 33 ans,
03:11on ne sait pas du tout où elle est,
03:12morte certainement, bien sûr,
03:13mais on ne sait pas du tout où elle est.
03:16Ça, il ne le dit pas dans la...
03:17Non, mais il dit qu'il va montrer,
03:19il va dire où est le corps.
03:21Donc, qu'est-ce qui va se passer ?
03:22Il faut juste un mot là-dessus, c'est important.
03:25La justice va devoir entendre maintenant Cédric Jubilard
03:27parce que des mots auprès d'un avocat,
03:30ça ne vaut pas grand-chose auprès de la justice.
03:32Donc, il va sans doute réitérer ses aveux
03:35et ensuite, il va désigner,
03:36il va y avoir un supplément d'information,
03:38il va désigner l'endroit où est le corps
03:39de Delphine Jubilard
03:41et on va aller retrouver ce corps.
03:42Il va falloir expertiser ce corps.
03:44Ça ne s'arrête pas là, etc.
03:46Il a avoué l'avoir tué.
03:47Mais dans quelles circonstances ?
03:48Alors, il esquisse quand même les circonstances,
03:50la dispute.
03:51Voilà ce qu'il dit.
03:52Donc, ça veut dire,
03:53ça veut dire ce qu'il lui reste à ne pas reconnaître,
03:56il n'y a pas de préméditation ?
03:57C'est ça que ça veut dire ?
03:57C'est une dispute,
03:58il y a un accès de colère
03:59et j'ai des actes de violence à ce moment-là ?
04:02Je pense que c'est ça.
04:02Je pense que la défense, elle est là.
04:04Il dit, il y a eu une dispute,
04:05ça s'est mal passé,
04:06toujours au sujet de l'amant.
04:08Elle voulait partir, quitter le domicile
04:11Delphine Jubilard.
04:11Il va dire, tout s'est emballé,
04:14j'ai pété un câble, tout simplement.
04:16Alors, c'est un scénario,
04:18hélas, hélas,
04:19qu'on entend à 99% dans les féminicides.
04:22J'ai pété un câble,
04:24c'est une colère,
04:25je ne l'ai pas fait exprès,
04:26j'ai donné une gifle,
04:27elle est tombée, elle est morte.
04:28Il y a l'autre scénario,
04:29c'est celui de la préméditation,
04:30d'un homme qui ne supportait pas
04:31que sa femme veuille le quitter.
04:32Ça aussi, on le voit
04:33dans très nombreux scénarios,
04:34malheureusement, de féminicides.
04:35Bien sûr, et là,
04:37est-ce qu'il y a eu préparation de l'acte ?
04:39On va voir ça aussi sur le corps,
04:41la manière dont elle est morte.
04:42Si elle est morte étranglée,
04:44ça suppose une pression.
04:45Pour étrangler quelqu'un,
04:46il faut 4 à 5 minutes,
04:47à peu près, maximum.
04:49Donc, ça veut dire
04:49qu'il n'a pas lâché du tout.
04:51Si c'est une gifle, effectivement,
04:53qui a fait tomber cette femme,
04:54c'est encore un autre scénario.
04:55Mais ça, il va falloir le voir
04:56avec les experts,
04:57et notamment les légistes.
04:58Et ça, c'est une question difficile
05:00plutôt de ressenti,
05:01mais il fait ça pour quoi ?
05:02Par stratégie judiciaire,
05:04pour essayer d'atténuer la peine,
05:05ou parce qu'il veut libérer sa conscience.
05:07On se souvient, par exemple,
05:08de ses enfants
05:09qu'ont témoigné
05:10lors du premier procès.
05:11C'était un moment très fort,
05:12bien sûr, avec le petit Louis,
05:13qui était venu à la barre.
05:16Alors, pour minimiser sa peine,
05:18je ne crois pas beaucoup,
05:19il a pris 30 ans en prison,
05:20il risque effectivement
05:21d'avoir la même peine
05:23ensuite au procès.
05:24Il fait amende honorable,
05:26il donne sa vérité,
05:28une vérité qui va être prouvée
05:29sans doute par les faits.
05:31Et je crois que l'avocat
05:32a beaucoup travaillé
05:32sur la fibre paternelle,
05:34il a perdu aussi ses enfants,
05:35Cédric Jubilard,
05:36dans cette affaire.
05:36Il n'a plus le droit
05:37de les voir, etc.
05:38Donc, je pense que l'avocat
05:40a beaucoup travaillé là-dessus,
05:41sur la fibre,
05:43comment dirais-je,
05:44affective.
05:45C'est très rare
05:45de tenir aussi longtemps
05:47un mensonge
05:47face à des enquêteurs,
05:48de la criminelle expérimentée,
05:50face à des juges,
05:51face à un procès d'assises
05:52avec tout le décorum
05:52et la pression qui s'exerce.
05:54Tenir aussi longtemps
05:55et craquer,
05:56enfin craquer,
05:57avouer au bout de tant de temps,
05:59c'est quand même hors normes.
06:00Par exemple,
06:00Jonathan Daval
06:01avait craqué beaucoup plus tôt.
06:03Oui, bien sûr.
06:03Il avait tué sa femme jogueuse.
06:05On a comparé d'ailleurs
06:06souvent les deux affaires,
06:07même si elle ne se ressent pas forcément.
06:08Lui, il a tenu
06:09coûte que coûte
06:09pendant des années
06:10sans jamais rien lâcher.
06:11Il a tenu sans rien lâcher.
06:12Alors, il y a des gens
06:13qui tiennent encore bien
06:13plus longtemps que ça,
06:14qui n'en ont jamais rien avoué
06:15malgré les faits.
06:18Lui, effectivement,
06:18il a tenu bon.
06:20Mais encore une fois,
06:21c'est un déclic psychologique
06:22qui s'est passé.
06:23Je pense que l'avocat
06:25est arrivé au bon moment.
06:26Il est arrivé à un point de fracture
06:28quand cet homme avait un genou à terre
06:30et il a su saisir cette opportunité.
06:32Mais d'un mot,
06:33il y aura un nouveau procès ?
06:34Le procès en appel,
06:34il est prévu de être retardé ?
06:36Alors, on va voir.
06:37C'est plus le même procès, là.
06:37C'est prématuré pour le dire,
06:39mais il va être sans doute
06:40un peu décalé.
06:41Je pense.
06:42On va voir ce que va donner l'enquête.
06:43Mais effectivement,
06:44ce n'est plus du tout
06:45la même affaire.
06:45Ce n'est plus du tout
06:46la même configuration.
06:47Merci beaucoup,
06:48Jean-Alphonse Richard,
06:49d'avoir été avec nous,
06:50l'un des dernières spécialistes
06:51de l'affaire
06:52dont vous avez parlé
06:52à une maintes reprises,
06:53évidemment.
06:53Oui, c'est un des records
06:55de l'heure du crime.
06:55Dans votre émission,
06:56l'heure du crime.
06:57A bientôt, évidemment.
06:58A bientôt.
06:59Jean-Alphonse.
Commentaires