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00:00:16Narbonne, dans le sud de la France.
00:00:18Qui peut imaginer aujourd'hui que cette calme ville de province ait pu être l'une des plus importantes métropoles
00:00:24de l'Empire romain ?
00:00:26Celles que les auteurs antiques décrivent comme une cité à l'architecture éblouissante ne possèdent plus aujourd'hui ni temples,
00:00:33ni arènes, ni théâtres.
00:00:36Autant de vestiges qui font encore la renommée de Nîmes, Ouarles, ville romaine pourtant de moindre envergure.
00:00:43Alors, toutes traces de Narbomartius, la capitale de la Narbonnaise, ont-elles vraiment disparu ?
00:00:49Depuis une vingtaine d'années, le sous-sol de Narbonne livre des vestiges de son passé antique comme autant de
00:00:55pièces d'un puzzle qui restitue petit à petit l'image de la cité.
00:01:01Mais c'est en 2019 que la découverte en périphérie de la ville d'une immense nécropole romaine va faire
00:01:07rebondir l'enquête.
00:01:09Sur le plus grand site de fouilles archéologiques de France, plusieurs dizaines de chercheurs travaillent à faire ressurgir le passé
00:01:16de la cité oubliée.
00:01:18L'étude de plus d'un millier de tombes leur permet aujourd'hui de raconter l'histoire des habitants de
00:01:23Narbomartius,
00:01:24de décrypter leurs origines, leurs coutumes, leurs cultes ou bien leurs activités.
00:01:31Petit à petit, des trésors sont mis au jour et des destins individuels reconstitués.
00:01:37Dans le même temps, d'autres fouilles révèlent les vestiges d'une intense activité portuaire alors que l'archéologie sous
00:01:44-marine dévoile des épaves aux riches cargaisons.
00:01:47Autant de découvertes exceptionnelles exposées dans le nouveau musée de Narbonne
00:01:51et qui témoignent de l'extraordinaire richesse d'une cité ayant été l'une des principales plaques tournantes des échanges
00:01:58commerciaux en Méditerranée.
00:02:01Considérée comme fille aînée de Rome, celle que l'on appelait Narbomartius sort enfin de l'ombre.
00:02:25Deux mille ans après avoir été la première représentante de Rome en Gaule, que reste-t-il de nos jours
00:02:31de Narbomartius ?
00:02:33Celle qui, au fil du temps, est devenue Narbonne est une paisible ville occitane de 55 000 habitants, commune la
00:02:40plus peuplée du département de l'Aude.
00:02:42L'Aude est le nom d'un fleuve côtier dont un bras, désormais canalisé, la robine, traverse la ville de
00:02:49part en part pour se jeter dans la Méditerranée toute proche.
00:02:53Cité touristique, profitant d'un climat idéal, Narbonne se veut agréable à vivre.
00:02:59En son centre, le patrimoine d'un passé médiéval s'expose encore sous forme d'une imposante cathédrale gothique accolée
00:03:05à un élégant palais des archevêques.
00:03:11C'est au pied de ce dernier, sous la place de l'hôtel de ville, qu'un alignement de gros
00:03:16pavés et de dalles calcaires a été découvert en 1997.
00:03:23Cette chaussée de 5 mètres de large, fortement usée par des siècles d'utilisation, ne laisse aucun doute quant à
00:03:29son origine.
00:03:31Il s'agit des vestiges de la Via Domitia, la toute première voie romaine construite en Gaule.
00:03:37La voie domitienne a été créée en même temps qu'on a fondé la colonie, puis ensuite toute la ville
00:03:41s'est développée selon cet axe.
00:03:43Il est même probable qu'elle servait de cardo maximus, c'est-à-dire d'axe nord-sud principal pour
00:03:49la colonie.
00:03:50On a appliqué à Narbonne le plan des camps romains.
00:03:53Donc on crée un réseau de voies cardinales, c'est les axes nord-sud, et puis un réseau de voies
00:03:59décumanes, ce qu'on appelle les décumannies, c'est les axes est-ouest.
00:04:03Et en général, ces voies se coupent à angle droit.
00:04:06La Via Domitia est bien à l'origine de Narbonne, et son organisation urbaine a conservé la mémoire d'une
00:04:12cité créée de toutes pièces il y a 22 siècles.
00:04:15Comment et par qui a-t-elle été édifiée ?
00:04:20C'est à Rome qu'il faut aller chercher les réponses.
00:04:24En effet, l'histoire de la fondation de Narbonne-Marcius remonte au IIe siècle avant notre ère.
00:04:31Elle est liée aux aléas de l'expansion de la cité-État.
00:04:34Rome est alors à l'apogée de sa période républicaine.
00:04:37Les Romains sont désormais maîtres d'une grande partie de l'Italie, mais une autre cité-État, Carthage, lui dispute
00:04:44son influence en Méditerranée occidentale.
00:04:48Il faudra de nombreuses guerres de conquêtes et une victoire définitive sur Carthage pour que les Romains puissent exercer une
00:04:55réelle domination sur l'ensemble des rivages de ce qui allait devenir leur Marais Nostrum.
00:05:02Les routes vers l'Espagne et l'Aquitaine étaient ouvertes.
00:05:05Les légions romaines s'enfoncent alors en Gaule transalpine et fondent tour à tour plusieurs cités, dont Narbonne-Marcius en
00:05:12118 avant J.-C.
00:05:16Pour relier ces cités romaines, la Via Domitia est construite en moins de trois ans.
00:05:22Cette voie, parfois intégralement pavée et d'une longueur de 700 km,
00:05:27permet aux légions de rejoindre l'Espagne en ayant conquis l'ensemble des terres traversées depuis les Alpes jusqu'aux
00:05:33Pyrénées.
00:05:36Derrière les soldats, ce sont les marchands qui empruntent cette voie.
00:05:42Idéalement situé entre l'Espagne, la mer et les terres intérieures,
00:05:46Narbonne-Marcius, élevé au rang de première colonie romaine en Gaule,
00:05:50profite pleinement de cette nouvelle route commerciale
00:05:53et devient une cité prospère dès le début du 1er siècle avant J.-C.
00:05:59Non loin des vestiges de la Via Domitia,
00:06:01les rues de Narbonne dissimulent d'autres infrastructures datant de l'époque romaine
00:06:06et qui montrent le développement commercial rapide de la cité.
00:06:12Sous terre, des centaines de mètres de galeries desservant tout autant de petites cellules
00:06:17forment un oréum, l'un des entrepôts de Narbonne-Marcius.
00:06:24C'est un endroit qui est assez bien conservé et pourtant tout cet ensemble remonte facilement au milieu du 1er
00:06:30siècle avant J.-C.
00:06:36Les Romains avaient mis au point un mortier très dur qui résiste à l'humidité, on appelle ça du mortier
00:06:41hydrofuge,
00:06:42et c'est ce qu'on a utilisé ici et qui fonctionne encore, 2 000 ans après.
00:06:47Cet entrepôt de plus de 2 000 mètres carrés contenait toutes sortes de denrées périssables.
00:06:52Les basses températures maintenues par ces murs épais en faisaient l'équivalent des chambres froides actuelles.
00:07:00Et ici donc un bel exemple d'appareil réticulé.
00:07:03Opus Raiticulatum en latin.
00:07:06Ce sont des petits moellons coniques dont la base est carrée.
00:07:11Et c'est ça qui assure la solidité.
00:07:13Un appareil réticulé ne se fissure pas.
00:07:15C'est vraiment un appareil propre à l'Italie, au cœur de l'Empire romain.
00:07:18Quand on voit un mur comme ça, on ne peut pas se tromper, on sait que c'est romain.
00:07:25Un grand marché devait s'élever au-dessus de cet oréum souterrain.
00:07:30Celui de Narbomartius a disparu, mais quelques entrepôts du monde romain ont conservé leurs parties émergées.
00:07:38Les vestiges de ces derniers permettent d'imaginer ce à quoi devait ressembler le centre de la cité
00:07:43au milieu du 1er siècle avant notre ère.
00:07:48C'est à cette période que Jules César met fin à la guerre des Gaules,
00:07:52permettant à l'antique Narbonne de prendre sa véritable ampleur.
00:07:56César, pour faire face à la démobilisation des troupes, choisit d'établir ses vétérans dans des provinces.
00:08:06César redistribue de la terre provinciale à ses soldats qui ont bien mérité.
00:08:14À Narbonne, ce sont les vétérans de la 10e Légion qui s'installent.
00:08:19Et désormais, on peut dire que tout habitant d'une colonie est en quelque sorte porteur d'une partie de
00:08:27la gloire du peuple romain conquérant.
00:08:29Cet arrivée de près de 6 000 légionnaires en 46 avant Jésus-Christ a fortement contribué au développement de Narbomartius.
00:08:38Moins de 20 ans plus tard, la République romaine s'achève et se dote d'un empereur, Auguste.
00:08:44Ce dernier se rend deux fois à Narbomartius et fait de la cité la capitale de la Narbonnaise,
00:08:51la première des quatre grandes provinces gauloises devant l'Aquitaine, la Lyonnaise et la Belgique.
00:08:59Le rayonnement de la cité s'étend, la ville ne cesse alors de s'agrandir et l'érection d'importants
00:09:05édifices y voit le jour.
00:09:09Dès lors considérée comme la fille aînée de Rome, Narbomartius se veut l'égal, en Gaule romanisée, de la capitale
00:09:16de l'Empire.
00:09:18Et cela doit se voir.
00:09:20Même si ces monuments ne sont pas aussi nombreux et ostentatoires qu'à Rome,
00:09:24ils n'en sont pas moins décrits par les auteurs de l'Antiquité comme de même facture et d'une
00:09:29grande opulence.
00:09:31Ces arènes, comme celle de Nîmes ou Arles, pouvaient contenir plus de 25 000 spectateurs.
00:09:38Narbomartius possédait aussi des termes, un forum, des temples.
00:09:42Aucun de ces monuments ne subsiste aujourd'hui.
00:09:46Cependant, le long de la Via Domitia et à proximité de l'Oréum,
00:09:50certains vestiges exhumés au XIXe siècle ne laissent aucun doute sur la taille
00:09:54de ce qui devait être l'un des principaux édifices de la ville antique à son apogée.
00:10:00C'est lors de la construction du collège Victor Hugo
00:10:02que les ouvriers découvrent le podium d'un temple ainsi que quelques morceaux de colonnes aux dimensions exceptionnelles.
00:10:11De nouvelles fouilles ont eu lieu ces dernières années sous la direction de Véronique Canut et de Tanguy Ouibo.
00:10:18Les relevés du passé n'étant que très parcellaire.
00:10:21Je me rappelle cette chicane quand on l'a passée avec la mini pelle.
00:10:25Il fallait pas toucher le mur.
00:10:31Ces fouilles, limitées aux cours intérieurs du collège, ont permis de remettre à jour les plans établis dès 1887
00:10:38et de faire une reconstitution fidèle de ce qui semble être le capitole de la ville.
00:10:44Là on se trouve à peu près au pied du mur.
00:10:47On se place à l'époque romaine et en fait on regarde le monument, on regarde le complexe monumental depuis
00:10:53la ville.
00:10:54En fait on voit rien puisqu'on voit un mur assez haut de ce grand bâtiment
00:10:58qui finalement était peut-être dans les proportions de celui-ci
00:11:01et qui protégeait ce joyau de l'architecture tout en marbre à l'intérieur.
00:11:07Ce joyau architectural était un temple digne de figurer au Panthéon des plus grands monuments romains.
00:11:17Dans la cour principale, ce sont les socles d'une rangée de colonnes de marbre qui ont été retrouvées.
00:11:24Si je me souviens bien, se placer ici, la base de colonne ici.
00:11:28Une base de colonne, une seconde là. L'angle du temple est là.
00:11:31L'angle du temple est là et donc toi tu es à l'intérieur et là moi je suis à
00:11:35l'extérieur.
00:11:36De l'autre côté du mur d'enceinte dans la ville.
00:11:39Et alors la colonnade s'enfile de ce côté.
00:11:44Cet alignement de colonnes traversant tout le collège dessinait les contours intérieurs d'une vaste esplanade.
00:11:53Mais c'est dans une petite cour, au centre de l'esplanade disparue,
00:11:57que sont retrouvées les premiers vestiges du temple.
00:11:59Donc ici on se trouve dans le temple finalement.
00:12:02Oui, là on est vraiment dans le temple,
00:12:05lieu de notre première campagne de fouilles.
00:12:08C'est ici qu'on a trouvé, sous nos pieds, le podium,
00:12:12qui sert donc de fondation à l'élévation de cette énorme masse de pierres,
00:12:17et qui marquait une enceinte sacrée.
00:12:20Érigé sur un podium monumental, le temple atteignait une hauteur de 35 mètres,
00:12:25et reposait sur plus de 30 colonnes.
00:12:28Il devait dominer ainsi toute la ville de sa prestance.
00:12:33Ça donne bien aussi l'idée de la dimension du bâtiment, du complexe monumental,
00:12:38puisqu'il va démarrer à peu près là-bas.
00:12:41De ce pain parasol jusqu'au milieu de la grande cour où nous étions tout à l'heure.
00:12:46Donc à peu près une bonne centaine de mètres de long et à peu près 80 de large.
00:12:51C'est la dimension du temple.
00:12:54C'est énorme, c'est énorme.
00:12:59Aligné sur l'axe de la Via Domitia,
00:13:02le capitole de Narbomartius était ceinturé d'un portique à colonnades,
00:13:06le Peribol, une enceinte sacrée qui couvrait plus d'un hectare.
00:13:12Centre du pouvoir politique et religieux,
00:13:15il abritait le temple dédié à Jupiter, Junot et Minerve,
00:13:19culte importé de Rome et devenu celui de la cité.
00:13:23Les dimensions déjà monumentales de l'ensemble
00:13:26étaient amplifiées par la présence du forum,
00:13:29l'espace public qui s'étendait au pied de l'enceinte capitoline.
00:13:35Ce capitole est peut-être en taille un peu inférieure
00:13:40au capitole romain, mais il est ici pour marquer la Romanité
00:13:43dans cette région de Gaulle.
00:13:46Il est construit au changement d'air,
00:13:48donc à un moment donné où l'Empire romain s'installe
00:13:51vraiment de façon permanente et puissante dans le Narbonnet.
00:13:56Donc on met les moyens pour qu'il ait ce caractère ostentatoire
00:13:59et montrer la puissance de Rome dans la région.
00:14:04Le temple de Narbomartius était donc deux fois plus haut
00:14:08que la maison carrée de Nîmes, le temple le mieux conservé du monde romain.
00:14:15Contrairement à ce dernier, il a complètement disparu au cours des siècles
00:14:18qui ont suivi la chute de l'Empire.
00:14:25Issu de la collection lapidaire acquise par Narbovia, le nouveau musée de Narbonne,
00:14:30une série de blocs de marbre sculptés est en attente d'être exposée.
00:14:35Ce sont les vestiges du temple découvert au fil du temps dans le sous-sol de la ville.
00:14:43Pour construire un temple comme ça, évidemment, il fallait énormément de marbre.
00:14:47Alors le marbre provenait des carrières de Carrard,
00:14:49et donc ce marbre était amené à Narbonne par bateau.
00:14:52Dans les années 50, on a découvert une épave à Saint-Tropez
00:14:54dans laquelle il y avait 14 blocs de marbre blanc,
00:14:58qui sont des blocs de très grande dimension.
00:15:00Et on a pu assez rapidement les attribuer au temple de Narbonne,
00:15:04puisque dans les environs, il n'y avait pas d'autres candidats possibles.
00:15:07Alors cette cargaison de 14 blocs pesait environ 220 tonnes.
00:15:13Alors si on imagine que l'ensemble des bateaux transportaient à peu près 220 tonnes,
00:15:17pour amener l'ensemble des blocs de marbre à Narbonne,
00:15:20il a fallu environ 50 bateaux.
00:15:24Alors bien on ne connaît pas tous les temples qui existent dans le monde romain,
00:15:28mais le temple de Narbonne est le plus grand, d'après nos restitutions,
00:15:32le plus grand de Gaulle romaine.
00:15:34On conçoit l'importance de la ville par la taille de ses monuments.
00:15:40Cette richesse architecturale n'était protégée par aucune fortification.
00:15:44Narbo Marcius, ville ouverte, s'étendait sur plus de 100 hectares,
00:15:49et sa population comptait plusieurs dizaines de milliers d'habitants.
00:15:52Mais quels étaient-ils ?
00:15:53Des soldats ? Des marchands ?
00:15:55Des celtes venus de la région ?
00:15:57Ou bien des colons romains ?
00:15:59Une découverte inattendue va peut-être permettre d'en savoir plus
00:16:03sur les habitants de Narbo Marcius à son apogée.
00:16:10Depuis le mois d'août 2019, un chantier archéologique d'une ampleur exceptionnelle,
00:16:15mobilisant des dizaines de chercheurs, a pris possession d'un terrain vague
00:16:19situé à la périphérie sud de la ville de Narbonne.
00:16:24Ce terrain est voué à l'édification d'un gros projet immobilier.
00:16:29Des diagnostics préalables effectués par l'Institut national de recherche archéologique préventive,
00:16:34l'INRAP, y ont mis en attente provisoire la construction de deux immeubles résidentiels.
00:16:43Ici, plusieurs niveaux de sépulture, dans un état de conservation exceptionnel,
00:16:49dorment sous plusieurs mètres de sédiments.
00:16:52Véritable trésor, cette nécropole a été préservée des destructions pendant près de 2000 ans.
00:16:58C'est l'archéologue Valérie Bell, qui est responsable de ces fouilles hors du commun.
00:17:08Nous fouillons un quartier funéraire antique, occupé au 1er et 2e siècle après Jésus-Christ,
00:17:15qui est situé à environ 600 mètres des limites de la ville de Narbonne.
00:17:21Et nous avons pour le moment mis en évidence environ 400 tombes,
00:17:25mais on en découvre tous les jours.
00:17:28Sur cette parcelle de près de 2000 mètres carrés,
00:17:31une première estimation fait état de la présence de plus de 1500 tombes.
00:17:40Si ces tombes datent de la période pendant laquelle l'antique ville de Narbonne
00:17:44semblait être à son apogée, quels éléments nouveaux peuvent-elles apporter ?
00:17:51J'ai eu la chance de fouiller de très beaux ensembles funéraires, mais celui-ci est hors normes.
00:17:58Pour la Gaule, c'est un site exceptionnel.
00:18:00On a vraiment l'impression de rentrer dans le quotidien de la vie d'un espace funéraire,
00:18:05avec tous les petits détails.
00:18:07On a la manifestation concrète de gestes qui sont liés à des croyances,
00:18:12à des façons de concevoir les rapports entre les vivants et les morts.
00:18:16Et donc on a des pratiques qui se rapprochent de ce qu'on peut observer aussi en Italie.
00:18:22Donc c'est à plus d'un titre un site qui va être une référence
00:18:25pour l'étude des pratiques funéraires pour le monde romain.
00:18:31En exhumant le contenu des tombes, les archéologues tentent d'accumuler de nouveaux indices sur ces rituels funéraires.
00:18:38C'est très diversifié en fait, et c'est ça qui est chouette.
00:18:42C'est que, à chaque fois qu'on attaque de la fouille d'une structure,
00:18:47on ne sait pas sur quoi on va tomber, et on a toujours de magnifiques surprises.
00:18:53C'est du vert, et il reste plein de petits morceaux à l'intérieur.
00:18:57On voit un petit peu les petits objets, sans doute ceux-ci qui ont été brûlés comme le reste.
00:19:01Une petite quenouille, des fragments de vase.
00:19:05Ici un petit jeton.
00:19:07C'est le deuxième qui apparaît, donc peut-être qu'il y en aura une petite poignée qui a été
00:19:11jetée, à voir.
00:19:14Difficile de retrouver des objets personnels intacts dans ces fosses qui servaient à la crémation des défunts.
00:19:19Une pratique courante dans le monde romain.
00:19:22Les chercheurs remarquent une certaine disparité dans la typologie des fosses ou des tombes.
00:19:28Certaines sont plus grandes.
00:19:30D'autres possèdent un coffrage minéral, ou sont surmontées de stèles gravées.
00:19:35Dans la majorité des tombes, le vase ossuaire est encore en place.
00:19:39Il contient les restes calcinés du défunt.
00:19:43Dans la plupart des cas, ce vase ossuaire est associé à quatre petites cruches en céramique.
00:19:53Tous ces objets, cruches, fioles de parfum ou parfois lampes à huile, sont les ultimes témoins de pratiques funéraires qui
00:20:00consistaient à accompagner les morts dans l'au-delà.
00:20:03Quelles pouvaient être les cérémonies rituelles qui se déroulaient sur ces tombes ?
00:20:07On a aussi des vestiges de ce qu'on appelle des conduits à libation, qui sont constitués de morceaux d
00:20:14'enfort.
00:20:14Donc ces sortes de tubes qui mettaient en relation la surface avec l'intérieur de la sépulture et qui permettait
00:20:20donc aux vivants de rendre un hommage aux défunts en versant des liquides ou en faisant des offrandes d'objets
00:20:28ou de cadeaux aux défunts.
00:20:30Et donc ça, c'est une pratique qui n'est pas inconnue ailleurs, mais qui est rarement conservée de cette
00:20:36manière-là.
00:20:41La photogrammétrie, en mémorisant la tombe en trois dimensions, va permettre d'effectuer une étude comparative plus élaborée.
00:20:49Cependant, pour les archéologues ayant travaillé en Italie, ces pratiques funéraires sont une confirmation.
00:20:54Ce sont bien des Romains qui résident dans cette nécropole.
00:21:09Une fois démontée avec d'infinies précautions, le contenu de chaque tombe, quel que soit son état, est alors prélevé,
00:21:17numéroté et emballé.
00:21:23Putain, mais je ne sais pas comment ça pèse. Plus de 10 kilos, facile.
00:21:26Ces vases au sueur, comme tout ce qui est exhumé sur le site, prennent alors la direction du centre de
00:21:32recherche archéologique de Villeneuve-les-Béziers.
00:21:40Des milliers de pièces, petits fragments de vases, débris d'hiver, ossements, sont alors nettoyés, triés et classés.
00:21:55Tout ce qui concerne les poteries est remis au céramologue pour en faire l'inventaire. Des dizaines d'objets leur
00:22:02parviennent chaque jour.
00:22:05La plupart du temps, on a plutôt de la vaisselle commune, enfin des choses pas forcément luxueuses dans les tombes,
00:22:12ce qui revient très régulièrement.
00:22:13Le vase au sueur, on a le plus souvent, c'est des pots qui sont produits dans la région de
00:22:17Narbonne.
00:22:18C'est de la céramique culinaire produite dans la région de Narbonne.
00:22:21Des cruches, peut-être aussi produites dans la région de Narbonne.
00:22:24On a par exemple cet amphore oriental avec des anses très particulières.
00:22:31Ce qui revient très souvent pour ces conduits à libération, c'est que l'on a réemployé des amphores à
00:22:35vin venant des provinces orientales de l'Empire.
00:22:38C'est énorme, c'est énorme.
00:22:40C'est 6 000, 7 000 vases qu'il nous faut enregistrer.
00:22:43Évidemment, le temps de travail, c'est un mois.
00:22:46On pourrait parler en années pour cette opération qui est hors nord.
00:22:50Pour en tirer des conclusions, il faut étudier la totalité de ce que contenait chaque tombe.
00:22:56Au milieu des fragments d'os brûlés, il n'est pas rare de trouver du verre fondu, quand ce n
00:23:00'est pas des flacons plus ou moins intacts.
00:23:03Ah, celui-là n'est vraiment pas facile.
00:23:06Lorsqu'ils ont été déposés dans les bûchers, une fois le feu éteint, il arrive que des objets du quotidien
00:23:11ou des bijoux soient retrouvés.
00:23:13C'est relativement riche, pas forcément en termes de qualité, mais en termes de quantité, en tout cas.
00:23:18Et il y a quand même vraiment cette prédominance des amulettes de protection qui semblent ressortir, notamment celle à représentation
00:23:31ityphalique.
00:23:32Donc, ityphalique, ça veut dire en forme de sexe masculin.
00:23:36Donc là, on a un petit pendentif en or.
00:23:39Celui-là est d'une taille beaucoup plus importante, mais c'est le même type de représentation.
00:23:44Et on l'a aussi en os.
00:23:48Donc, un pendentif qui est perforé pour sa suspension, pour être porté comme ça.
00:23:54Et on a d'un côté le sexe masculin, et de l'autre côté, ce qu'on appelle le geste
00:24:00de l'afika.
00:24:01C'est-à-dire la main fermée avec le pouce entre l'index et le majeur, qui est ici.
00:24:08Et qui représente, lui, le sexe féminin.
00:24:12En fait, ces représentations sont des amulettes de protection.
00:24:16C'est quelque chose, oui, qui appartient vraiment au monde romain.
00:24:24Les vases ossuaires et leur contenu humain sont transférés au centre de recherche archéologique de Saint-Estèvres, près de Perpignan.
00:24:33Un long travail de classification commence.
00:24:36Quelles informations peuvent encore apporter ces fragments d'os calcinés ?
00:24:41On a essentiellement des vases ossuaires avec un individu, mais certains peuvent contenir les restes de deux, voire trois individus.
00:24:48Parmi les informations recueillies, la première concerne l'estimation de l'âge au décès.
00:24:54Et aussi d'autres informations, comme la mise en évidence de certaines pathologies, des pathologies osseuses.
00:25:01Donc, on retrouve des pathologies dites dégénératives, comme l'arthrose, par exemple.
00:25:06En revanche, les informations qui sont liées à la biologie moléculaire et à l'exploitation de l'ADN ancien,
00:25:14les corps ont été portés à des températures élevées au moment de la crémation.
00:25:19Et donc, on a une destruction complète ou quasi complète de la matière organique.
00:25:26La caractérisation de la population de la nécropole n'est pas encore acquise.
00:25:31Il va falloir croiser les interprétations des différentes disciplines scientifiques pour y parvenir.
00:25:38Mais à deux pas du site de fouille, le nouveau musée de Narbonne, Narbovia,
00:25:43permet déjà de se faire une idée sur la composition sociale de la ville antique.
00:25:52Ici sont exposées depuis peu près de 2000 stèles ou plaques funéraires.
00:25:57Elles proviennent de monuments découverts au fil du temps dans d'autres nécropoles ceinturant la cité.
00:26:07Cette collection lapidaire, la plus importante après celle de Rome,
00:26:11compose un livre ouvert sur l'histoire de Narbo Marcius.
00:26:15Que nous racontent ces inscriptions sur les individus qui les ont fait graver sur leur tombe ?
00:26:20Narbo Marcius, Libertus, Onésimus.
00:26:26Ici, nous avons l'attestation d'une dame.
00:26:28Elle s'appelle Kervia Fusca.
00:26:31Elle exerçait le métier de tonseur.
00:26:34Il s'agit d'une coiffeuse qui envoie à une activité dont elle est extrêmement fière.
00:26:39Narbonne a livré beaucoup d'inscriptions qui attestent des tonseuresses, des coiffeurs.
00:26:45Tout comme Rome et nulle part ailleurs dans le monde romain.
00:26:52Ce sont des personnages, en général issus des couches plébéiennes,
00:26:57très souvent désaffranchis, donc des esclaves qui ont été à un moment donné libérés,
00:27:01qui décident de se doter, comme beaucoup de monde à l'époque, d'une inscription funéraire, une épitaphe.
00:27:08Et sur cet épitaphe, ils font graver les noms du métier qu'ils ont exercé de leur vivant.
00:27:16Manus, Agnetus, Lucius, Cocos.
00:27:20Ces personnages, il était Cocos, autrement dit cuisinier.
00:27:24C'était un chef, un chef de Narbonne,
00:27:26et qui a voulu rappeler l'outil des métiers par excellence, qui était le couteau.
00:27:30C'était un peu l'étoile du cuisinier, les Cocos de Narbonne.
00:27:38Des dizaines de petits métiers sont représentés ici.
00:27:42Scènes de la vie quotidienne, de commerçants ou d'artisans de toutes sortes.
00:27:50D'autres professions, plus aisées, préfèrent voir leur épitaphe gravé de façon nettement plus ostentatoire.
00:27:59Donc ici, nous avons une magnifique épitaphe à marbre.
00:28:06On voit bien la différence par rapport à la pierre calcaire de la plupart des blocs narbonniers,
00:28:13qui célèbre un personnage qui avait été Medicus Ocularius,
00:28:20autrement dit, médecin ophtalmologiste.
00:28:24Une épitaphe qui a à peu près les mêmes dimensions que d'autres épitaphes à marbre,
00:28:29qu'on retrouve à Narbonne aussi, d'individus de la très haute aristocratie romaine.
00:28:38Le musée Narbovia est une mine pour les spécialistes qui étudient la collection lapidaire.
00:28:45Cette dernière met en lumière une société ayant importé ou copié tous les codes remis.
00:28:51Langues, mœurs ou bien cultes.
00:28:55Toutes ces inscriptions, c'est finalement tout ce qui nous reste de cette société antique de Narbonne.
00:29:01C'est notre seule documentation pour connaître leur mentalité, leur croyance, leur mode de vie, leur travail, etc.
00:29:08Et ça a quelque chose de très émouvant, parce que chaque inscription est à la fois anecdotique,
00:29:13mais nous permet de reconstruire l'histoire de cette population.
00:29:18Ces inscriptions funéraires confirment que Narbonne-Marcius n'est pas une ville gauloise romanisée,
00:29:23mais bel et bien une ville habitée par des colons venus de Rome.
00:29:27Ici, nous avons un personnage qui s'appelle Poublus Usulinus, un optès,
00:29:32qui a exercé le métier de Gipsarius, un latin qui veut dire plâtrier, stucateur.
00:29:39Et ce personnage a peut-être participé à certaines décorations des domus
00:29:44qu'on retrouve à Narbonne, au Clos de la Lombarde.
00:29:50Le site archéologique du Clos de la Lombarde se trouve à la périphérie nord de Narbonne,
00:29:56à l'opposé de celui de la nécropole de la Robine.
00:29:59Les fondations d'un quartier résidentiel y ont été mises au jour.
00:30:04Vestiges les mieux conservés de la cité, ils font l'objet de fouilles depuis près de 50 ans.
00:30:11L'archéologue Raymond Sabrier en est la mémoire.
00:30:16L'intérêt de ce site, c'est que c'est la vie quotidienne, c'est la vie de tous les
00:30:21jours.
00:30:22A ce point de vue-là, c'est un site extraordinaire.
00:30:25Quels pouvaient être les habitants de ce quartier d'apparence plutôt aisée ?
00:30:29Oh dis donc, elle est massive !
00:30:33Des propriétaires de ces maisons, nous ne connaissons pas grand-chose.
00:30:37Nous savons qu'ils étaient riches.
00:30:38C'était un quartier de patriciens, de notables, qui ont érigé ici leur belle maison, leur belle domus,
00:30:46pour y retrouver l'ambiance qu'ils avaient délaissée quand ils ont quitté l'Italie et Rome.
00:30:56Les parties dégagées du site montrent encore l'emplacement des rues, des termes à l'italienne et des installations pour
00:31:05le passage de l'eau courante.
00:31:09Deux immenses maisons de villes, des domus, mitoyennes, ont été identifiées.
00:31:15L'une, de près de 1000 mètres carrés, la maison dite à Portique, est accolée à une seconde, légèrement plus
00:31:22modeste.
00:31:24Nous sommes ici dans la maison, que j'ai appelée la maison Grand Tréclinium,
00:31:29pour la bonne raison que la salle à manger, le Grand Tréclinium, faisait presque 90 mètres carrés.
00:31:37Et d'après mes calculs, elle avait une hauteur de 8 mètres.
00:31:40C'est la salle de banquet.
00:31:43Il y avait au fond l'emplacement des lits, où les gens pouvaient s'allonger et se coucher.
00:31:51Et au centre, ils avaient aménagé un espace très richement décoré,
00:31:57avec tous les marbres de la Méditerranée.
00:32:01Donc le maître de maison était certainement quelqu'un de très important,
00:32:05et il recevait sa clientèle, ses invités, dans cette salle.
00:32:12Grâce à notre fouille, nous pouvons retrouver le décor de ces maisons, le décor de ces pièces,
00:32:20les faire vivre, par exemple la maison à Portique.
00:32:24Toutes les structures sont couvertes de fresques, y compris les plafonds, y compris les latrines.
00:32:34L'intérieur de la maison à Portique a pu être entièrement reconstitué.
00:32:39L'architecture est typique de la période augustéenne, soit du tout début de notre ère.
00:32:48Jardin péristyle, occupé par un bassin d'agrément et un puits d'alimentation en eau potable.
00:32:54Entrée pavée de marbre.
00:32:56Mais c'est dans la pièce principale, la salle à manger de 90 mètres carrés,
00:33:00que se trouvent les plus belles fresques.
00:33:05Il aura fallu 40 années d'un minutieux travail pour que les époux sabriés restaurent ces décors,
00:33:11les archéologues n'ayant retrouvé que des centaines de fragments gisants,
00:33:16pêle-mêle, au milieu de gravats ensevelis depuis 2000 ans.
00:33:21Une fresque somptueuse a cependant pu en renaître.
00:33:24Elle ne possède aucun équivalent en France.
00:33:28Exposée au musée de Narbonne, elle représente un génie, peut-être Apollon, accompagné d'une victoire ailée.
00:33:36Mais c'est la représentation d'Auguste qui semble veiller sur l'allégorie.
00:33:41Cette peinture, donc, est surprenante.
00:33:45C'est une façon d'honorer l'empereur, d'honorer également le peuple romain.
00:33:50Elle se trouve dans une maison privée.
00:33:52Or, le culte de l'empereur n'existe pas dans la maison privée.
00:33:58Ce qui fait que cette peinture est remarquable, pas tellement par le dessin, mais par la symbolique.
00:34:06Quel était le commanditaire de cette fresque au génie ?
00:34:10Un haut magistrat, ou bien un affranchi dont la fonction était dédiée au culte impérial ?
00:34:15Ce culte, né avec Auguste, et qui a rapidement gagné toute la province.
00:34:24Le clos de la Lombarde et ses riches demeures ne sont pas représentatifs de tous les habitants de Narbonne-Marcius.
00:34:33Assez éloignée du quartier où vivait l'élite romaine de la cité,
00:34:37la nécropole semble abriter une population plus ordinaire.
00:34:44Sur le site, les fouilles se poursuivent depuis plusieurs mois,
00:34:47avec leur lot quotidien de nouvelles découvertes.
00:34:53Les conditions de travail ne sont pas toujours des plus aisées.
00:35:00On a mis du temps avant de comprendre, mais on a enfin déterminé qu'il était sur le ventre et
00:35:05pas sur le dos.
00:35:09Et effectivement, il est exactement dans la même position que moi.
00:35:12Pour moi, c'est une grande première, là.
00:35:13Dans un cercueil sur le ventre, je n'avais jamais fait.
00:35:19Là, on est très très proche de la Robine, donc le cours d'eau de Narbonne.
00:35:27Et de fait, la nappe phréatique est très très proche.
00:35:30Donc dès qu'on creuse un peu, on se retrouve avec la nappe phréatique affleurante.
00:35:34Et on a beau pomper, elle revient systématiquement.
00:35:36Dès qu'on arrête de pomper, ça veut dire qu'elle est toujours présente.
00:35:41Le canal de la Robine longe la nécropole.
00:35:44Il ne fait que reprendre le cours d'un bras de l'Aude,
00:35:47le fleuve côtier qui reliait la ville à la Méditerranée.
00:35:51Ces crues récurrentes depuis l'Antiquité
00:35:53semblent avoir préservé les vestiges archéologiques.
00:35:58Ils étaient protégés des atteintes du temps par 3 mètres de limon,
00:36:02figeant ainsi les différents états successifs de la nécropole.
00:36:06Cela permet aujourd'hui de différencier et de dater sur près de 3 siècles
00:36:11les niveaux d'occupation des sols
00:36:13et ainsi comparer l'évolution des pratiques funéraires.
00:36:18La présence de cette nécropole le long du cours d'eau fluviale
00:36:22n'est certainement pas due au hasard.
00:36:24Cela laisse présager l'existence d'une voie de circulation terrestre
00:36:28venant du centre de la cité et se rendant elle aussi vers la main.
00:36:35En fait, les nécropoles étaient inféodées aux voies
00:36:38tout simplement parce que les anciens voulaient demeurer
00:36:42dans la mémoire des passants, des vivants.
00:36:45Donc ils se mettaient au plus près des voies
00:36:47et si possible des voies les plus prestigieuses
00:36:51et notamment la voie domicienne
00:36:52où on peut supposer qu'ils se trouvaient
00:36:56les tombeaux de l'élite narbonnaise.
00:36:58Ici, nous sommes au voisinage de voies importantes
00:37:02mais qui se dirigeaient vers les zones portuaires,
00:37:07donc des voies d'intérêt économique.
00:37:11La population qui repose ici vivait-elle de cette économie
00:37:15liée à une quelconque activité portuaire ?
00:37:18Nul ne peut encore l'affirmer.
00:37:21En revanche, une autre question se pose.
00:37:25Même si le bras du fleuve Aude menait à un port,
00:37:29où se trouvait ce dernier dans ce dédale d'étang,
00:37:31de l'Angleterre où l'île-eau retournait à l'état naturel ?
00:37:38Pourquoi Rome aurait-elle décidé de fonder de toutes pièces
00:37:41une cité portuaire au cœur d'un paysage relativement instable
00:37:45et aussi éloigné de la mer ?
00:37:49Pourtant, les textes antiques y décrivent des installations
00:37:51de première importance
00:37:53et capables d'accueillir de très gros bateaux.
00:37:58C'est sur une presqu'île située au sud de la cité balnéaire de Gruissant
00:38:02que des fouilles antérieures ont révélé la présence
00:38:05de plusieurs bâtiments de grande taille.
00:38:08Nous sommes ici sur le site de l'île Saint-Martin à Gruissant,
00:38:12qui est un des sites majeurs du système portuaire narbonné,
00:38:15parce que c'est le premier établissement devant lequel
00:38:18les navires vont passer lorsqu'ils rentrent dans les étangs.
00:38:21Le niveau de la mer n'était pas le même dans l'Antiquité que de nos jours.
00:38:26Le cordon littoral actuel, distant de plus d'une centaine de mètres
00:38:29de l'île Saint-Martin, n'était pas encore complètement formé.
00:38:34Quelle pouvait donc être la fonction de ces infrastructures ?
00:38:39C'est un site qui sert, on va dire, d'accueil pour ces navires,
00:38:44mais qui peut servir aussi aux marins pour une pause.
00:38:47Pour faire un brin de toilette, il y a deux termes qui sont présents sur ce site.
00:38:51Et puis on a d'autres bâtiments autour, qui sont des petits bâtiments de stockage également.
00:38:58Mais c'est la partie centrale de l'ensemble qui a livré le plus d'informations aux archéologues.
00:39:05C'est un bâtiment qui devait avoir une certaine importance,
00:39:08puisque les fondations sont quand même imposantes.
00:39:12Donc on devait avoir quelque chose qui faisait bien une quinzaine de mètres de haut,
00:39:16qui était donc très visible.
00:39:17Et à l'intérieur de ce bâtiment, on a retrouvé des instruments de mesure,
00:39:21notamment une balance en bronze et des instruments d'écriture.
00:39:25Donc on a très certainement ici un enregistrement des bateaux qui rentrent dans les étangs.
00:39:31Le contrôle est constant dans l'Antiquité.
00:39:34Dès qu'on rentre dans un port, il y a un contrôle de toutes les marchandises.
00:39:39À une centaine de mètres de cet établissement,
00:39:41que l'on peut considérer comme le bâtiment des douanes,
00:39:44une autre structure a interpellé l'équipe de Corinne Sanchez.
00:39:51On est ici sur la partie du site de Saint-Martin, la plus proche du littoral,
00:39:55mais aussi la plus haute.
00:39:56On est à peu près à 8 mètres NGF.
00:39:58Et lorsque les bateaux arrivent dans la lagune, c'est le premier point qu'ils perçoivent.
00:40:04Et là, on a un bâtiment, mais qui est en cours de fouille.
00:40:06Donc c'est encore difficile de dire s'il y a eu un phare ou pas.
00:40:09Mais en tout cas, c'était un bâtiment assez élevé.
00:40:13Ce n'est encore qu'une hypothèse.
00:40:15Mais tous les ports romains possédaient un phare pour guider les navires vers les passes.
00:40:20Quoi qu'il en soit, le passage à l'île Saint-Martin
00:40:23semble avoir été la première étape du parcours pour entrer dans le système portuaire de Narbo-Marsius.
00:40:30Le problème pour ces bateaux de haute mer, c'est qu'ils connaissent bien les rivages,
00:40:34mais ils ne connaissent pas véritablement comment ça s'organise à l'intérieur, justement, des étangs de Bages et Cijan.
00:40:40Ce qui veut dire qu'ici, à Saint-Martin, on a très certainement ce qu'on appelle des pilotes,
00:40:45c'est-à-dire des personnes qui vont pouvoir guider ces bateaux.
00:40:52Aujourd'hui encore, il faut une certaine expérience pour évoluer dans les étangs.
00:40:57Les Romains, bons navigateurs, avaient choisi ce site car, contrairement aux côtes rocheuses,
00:41:02ils présentaient l'avantage de mettre leur navire à l'abri des tempêtes.
00:41:06Mais pas du violent vent de face, ni des bancs d'alluvion en perpétuel déplacement.
00:41:15C'est à Port-Lanautique, au plus près de Narbonne,
00:41:18que de récentes fouilles ont permis de découvrir un lieu de débarquement.
00:41:25Alors ici, dans les années 90, a été trouvée une encre de marine de grande taille,
00:41:30puisqu'elle fait 3,50 m de longueur.
00:41:32Elle a été trouvée juste à l'entrée de cette passe.
00:41:34Et cette encre montre que des bateaux de haute mer peuvent arriver,
00:41:38au moins au premier siècle après Jésus-Christ, jusqu'à Port-Lanautique.
00:41:42Alors c'est des bateaux qui peuvent faire entre 20 et 30 mètres,
00:41:45des bateaux très ventrus, qui sont véritablement les bateaux de commerce.
00:41:50Ces Corbita, qui pouvaient avoir jusqu'à 3 mètres de tirant d'eau,
00:41:54remontaient alors les étangs sur près de 12 km,
00:41:57afin de rejoindre les installations situées non loin de l'embouchure du fleuve.
00:42:03Deux mille ans en arrière, on est sur le port romain de Port-Lanautique,
00:42:06et c'est un des principaux ports de Narbonne romaine.
00:42:09Alors l'ambiance est sans doute la même que dans l'Antiquité,
00:42:12c'est-à-dire qu'on avait ici une zone portuaire,
00:42:16avec un grand nombre de petits bateaux,
00:42:18qui permettaient d'accueillir là aussi des bateaux de plus fort tonnage,
00:42:22qui vont donc décharger les marchandises à Port-Lanautique,
00:42:26et ces marchandises vont être remises sur ces petits bateaux,
00:42:29qui eux vont repartir vers Narbonne, par le fleuve Aude,
00:42:33dont l'embouchure est à peu près à 1,5 km ici à Vol d'Oiseau.
00:42:38Les choses se compliquent très rapidement,
00:42:40parce que ce port s'envase.
00:42:42Au moment où justement les Romains construisent des quais,
00:42:45on va avoir un piège à sédiments.
00:42:48Donc très rapidement, le niveau de l'étang va se combler,
00:42:51et ces bateaux de haute mer ne vont plus pouvoir accéder à la nautique.
00:43:01Les ingénieurs romains vont donc devoir déplacer le port,
00:43:04sans trop s'éloigner de l'embouchure du fleuve.
00:43:07Mais où cela ?
00:43:09La zone marécageuse ne semble guère offrir de nouvelles possibilités.
00:43:15Il y a une dizaine d'années,
00:43:16les prospections géophysiques menées par Corinne Sanchez et son équipe
00:43:20ont permis de découvrir sous les sédiments
00:43:22un grand alignement de blocs de calcaire.
00:43:26Puis un second.
00:43:27Pour les archéologues, nul doute,
00:43:30ces structures de pierre ne pouvaient être que d'immenses digues.
00:43:34Ces digues qui vont être construites pour prendre le relais du port de la nautique,
00:43:38elles vont donc permettre de canaliser le fleuve
00:43:40au moment où il se jette dans les étangs,
00:43:43et de construire également des quais.
00:43:46Il faut imaginer que ce sont deux digues parallèles
00:43:49et qu'elles ont été construites dans l'eau.
00:43:51C'est-à-dire que pour construire ces digues dans l'eau,
00:43:54il faut d'abord faire des caissons en bois,
00:43:56et dans ces caissons en bois,
00:43:58on va les remplir de matériaux
00:44:00pour pouvoir comme ça avoir des surfaces hors d'eau.
00:44:03Donc ce sont vraiment des constructions,
00:44:05j'allais dire, à la romaine,
00:44:07de très très grande dimension.
00:44:10Ces deux jetées, séparées par une cinquantaine de mètres,
00:44:14s'étendaient sur près de deux kilomètres.
00:44:16Situées dans un environnement très instable,
00:44:19elles semblent avoir été réparées maintes fois
00:44:21et avec des matériaux très hétéroclites.
00:44:26C'est dans les décombres de l'une d'entre elles
00:44:28qu'une pièce exceptionnelle est exhumée en 2015.
00:44:31Un bateau chargé d'amphores.
00:44:34Il est vraisemblable que ce bateau a dû souffrir
00:44:38d'une avarie grave alors qu'il se trouvait dans le port.
00:44:41Et à ce moment-là, ce bateau n'étant plus utilisable,
00:44:45les amphores qui se trouvaient à son bord
00:44:47étant probablement en grande partie fragmentées,
00:44:50on n'a pas jugé utile de le vider.
00:44:52On l'a rempli de pierre, on l'a fait couler,
00:44:54et ensuite on n'a plus eu qu'à assembler les blocs par-dessus.
00:44:58Ainsi, grâce à ce petit bateau de déchargement,
00:45:01les archéologues possèdent une idée plus précise
00:45:04des cargaisons amenées par les grands navires de commerce.
00:45:10Le fond des étangs, notamment près du port,
00:45:13recèle-t-il d'autres vestiges ?
00:45:16Tout le fond de port est couvert de matériaux,
00:45:19notamment d'enforts, c'est-à-dire qu'ici,
00:45:21les bateaux déchargeaient les marchandises,
00:45:24et de fait, il y avait des ratés de transbordement
00:45:26au moment où justement ils chargeaient ou déchargeaient les bateaux.
00:45:31Pour la petite histoire, les fouilles subaquatiques,
00:45:36ce sont des fouilles qui sont compliquées,
00:45:37parce que là, on n'est pas sous les eaux bleues de la Méditerranée,
00:45:40on est vraiment dans la vase,
00:45:42et la vase, depuis l'Antiquité,
00:45:44en à peu près 1,50 m qui s'est déposée.
00:45:47Et donc, toutes ces fouilles se sont faites finalement
00:45:49ou touchées à tâtons pour arriver à repérer comme ça les objets.
00:45:55Des centaines d'enforts ont été récupérées à Port-la-Nautique.
00:46:00Elles sont stockées au dépôt de fouilles de Narbonne.
00:46:06De tailles et de formes différentes,
00:46:08celles entreposées ici datent plutôt du 1er siècle avant Jésus-Christ,
00:46:12période d'activité des premières installations portuaires.
00:46:16Beaucoup de choses se conservent dans la vase,
00:46:19alors que ça ne se conserverait pas ailleurs.
00:46:21Alors, on trouve une grande majorité d'enforts à vin,
00:46:24on ne trouve quasiment que des enforts italiennes,
00:46:27pour la première période, la période d'importation du vin italien,
00:46:30ou que des enforts espagnols,
00:46:32lorsque la production espagnole commence à concurrencer
00:46:35et à supplanter la production italienne.
00:46:37Celles-ci appartiennent au même type,
00:46:38les fameuses enforts de type pasquale,
00:46:42qui étaient donc importées en Gaule,
00:46:43ou alors qui transitaient en Gaule pour être exportées vers l'Italie.
00:46:48D'autres types d'enforts proviennent d'épaves retrouvées le long du littoral.
00:46:53Leur diversité indique encore d'autres provenances.
00:46:56Afrique du Nord, Grèce, Portugal,
00:46:59ainsi que des contenus très hétérogènes.
00:47:02Une meilleure connaissance des cargaisons embarquées sur les navires,
00:47:06alliées à la mise en évidence d'infrastructures portuaires hors normes,
00:47:10témoignent de l'importance de l'activité commerciale de Narbonne à l'époque romaine.
00:47:16Ainsi, durant plusieurs siècles,
00:47:19ces installations semblent avoir accueilli les produits venus de tout l'Empire.
00:47:23Une fois déchargées, le fret était stocké dans des entrepôts
00:47:26avant d'embarquer vers d'autres destinations.
00:47:28Ou bien, il partait pour ravitailler Narbonne Marcius.
00:47:34Les marchandises étaient alors acheminées par Halage, au cœur de la ville,
00:47:38située à près de 8 km du port.
00:47:41De récentes fouilles y attestent de la présence de grands entrepôts
00:47:45établis le long des quais de l'actuel canal de la Robine.
00:47:50Compte tenu de toutes ces difficultés d'accès à la mer,
00:47:53quel a été l'intérêt pour les Romains d'avoir choisi Narbonne pour y construire un port ?
00:47:59L'avantage de Narbonne, c'est qu'on est à l'entrée de l'Aquitaine.
00:48:04On est à la Méditerranée nord-occidentale, entre l'Italie, l'Espagne et l'Afrique.
00:48:09Et surtout, on a ce fameux axe Hauts-de-Garonne.
00:48:12Donc on a ce lien commercial qui est extrêmement important entre la Méditerranée et l'Atlantique.
00:48:22Narbonne est située au cœur d'un carrefour.
00:48:24Un carrefour à la fois hydrographique, mais aussi routier.
00:48:28Vous avez la Garonne, qui est l'axe de pénétration vers tout l'ouest de la Gaule et vers les
00:48:33îles britanniques.
00:48:34On peut dire qu'il est le port de la Celtique tout entière.
00:48:39Sur tes rivages, Hauts-Narbonne, sur tes rivages,
00:48:41arrivent des marchandises du monde entier, du monde entier de l'époque romaine.
00:48:48Glorifiés par les auteurs antiques,
00:48:50Narbonne et ses rivages semblaient être considérés comme le second port romain de la Méditerranée occidentale.
00:48:57L'étendue des installations, entre fleuve et étang,
00:49:00pouvait-elle souffrir la comparaison avec celle d'Hostie, la tête de pont maritime de l'Empire ?
00:49:09Le port d'Hostie est beaucoup plus éloigné de Rome que ne l'est celui de Narbonne.
00:49:14Dès le début du IIe siècle avant Jésus-Christ,
00:49:17une ville totalement liée aux activités commerciales et maritimes y voit donc le jour.
00:49:23L'Ostie Antique est une des premières colonies marittimes de Rome.
00:49:29Et le fait que l'Ostie devient, même en étant un port fluvial,
00:49:33le centre de tous ces commerces du Méditerranée,
00:49:37fait d'Hostie une ville importantissime,
00:49:40comme point fondamental d'approdo en relation à Rome,
00:49:45pour la présence de la Tébere.
00:49:48Les premières installations portuaires, édifiées sur des marécages,
00:49:52se trouvaient donc dans la même configuration que celle de Narbonne.
00:49:56C'est par le fleuve qu'une fois débarquées,
00:49:58les marchandises devaient rejoindre le cœur de Rome.
00:50:01Plus de 35 kilomètres le séparait d'Ostie.
00:50:05Cette même situation géographique entre les deux cités portuaires
00:50:09a-t-elle servi d'exemple pour édifier les installations de Narbonne ?
00:50:13Il semble bien que non.
00:50:17Donc Ostie a cette particularité en effet d'être dans ce qu'on appelle une zone deltaïque,
00:50:23très très instable,
00:50:24et petit à petit on a dû perfectionner le système portuaire.
00:50:29Mais quand on pense à Narbonne qui s'organise avec un système portuaire tout à fait efficace,
00:50:35en fait on peut la considérer comme précurseur d'une tradition
00:50:39qui va se développer dans pas mal de ports romains,
00:50:42qui va être celle de s'appuyer sur différents systèmes portuaires
00:50:45afin de gérer l'ensemble de son approvisionnement.
00:50:48A l'instar du premier port de Narbonne-Marsius,
00:50:51celui d'Ostie s'est lui aussi déplacé au fil du temps.
00:50:55L'envasement du delta du Tibre en était-il la seule raison ?
00:50:59Nel moment où Rome est la capitale de l'impero,
00:51:02donc dans le 1e siècle d'Op.C.,
00:51:04c'est la ville plus pauvoureuse du monde entier.
00:51:07La ville, à la plus grandeur,
00:51:09atteint quasiment un million d'habitants.
00:51:11Elle a besoin de satisfaire les exigences,
00:51:15il besoin d'approvvigionement de bienes de première nécessité et de merces,
00:51:20pour ce qui n'est plus suffisante la capacité du port d'Ostie.
00:51:26Donc, l'imperateur Claudio, en 1946 a.C.,
00:51:29donne la vie à la construire d'un nouveau grand port,
00:51:34immédiatement au nord d'Ostie.
00:51:38Éloigné d'environ 3 km d'Ostie,
00:51:41ce nouveau port s'est encore agrandi quelques décennies plus tard
00:51:44et peut mettre à l'abri de l'envasement et des tempêtes
00:51:46plus de 300 navires.
00:51:48De par sa superficie,
00:51:50le Portus devient alors le seul port de l'Empire
00:51:53à surpasser le système portuaire narbonnet.
00:52:13On sait qu'il y avait tout un système d'organisation
00:52:16et d'attente, de fil d'attente de ces bateaux.
00:52:19Parfois, les armateurs qui arrivaient devaient attendre
00:52:23jusqu'à 2-3 semaines avant de pouvoir être accueillis
00:52:26dans un des entrepôts.
00:52:43Il y a aussi une fonction d'export
00:52:46parce que toutes les marchandises créées dans la ville de Rome
00:52:50et sur son territoire étaient également repassées par le port
00:52:54avant de repartir vers l'ensemble de la Méditerranée.
00:52:58Ainsi, entre les différents ports de Rome,
00:53:01plus d'une vingtaine d'hectares étaient dédiés aux entrepôts.
00:53:04Comme dans les oréas de Narbonne,
00:53:06des centaines de cellules conçues pour maintenir une température constante
00:53:10y abritaient du blé, du vin, de l'huile ou de la saumure de poisson.
00:53:15Tout un monde se croisait ici.
00:53:18C'était un immense marché aux affaires
00:53:20où des contrats se signaient entre agents commerciaux.
00:53:24La place des corporations à Hostie garde la trace de ces officines
00:53:28dans lesquelles se composait le fret des navires,
00:53:30en fonction des différentes destinations.
00:53:34«Ostie est en fait une ville cosmopolite
00:53:37et le piazzale des corporations devient le manifesto
00:53:41de la multietnité d'Ostie.
00:53:44Ces mosaici représentent des éléments
00:53:47qui sont liés à la navigation maritime,
00:53:51donc les navies, le feu,
00:53:53les produits qui sont portés à Hostie.
00:53:56Il y a des inscriptions sur ces mosaici
00:53:59qui parlent essentiellement d'armatouris de navies,
00:54:03de negoziantes et donc de commerciants,
00:54:07qui nous font savoir d'où ils vengent.
00:54:10Ce sont, par exemple, Sabrata,
00:54:13ce sont des cittes importantes,
00:54:14Alessandria d'Egypte, Cartagine,
00:54:18mais nous avons aussi des cittes d'Europe plus nord.
00:54:22Nous avons, par exemple, la Gallia Narbonense,
00:54:24avec une arbonne que portoera
00:54:26et qui avait, donc, strictes contacts avec l'Ostie.
00:54:35Navies Narbonenses, les armateurs de Narbonne.
00:54:39Si ces derniers tenaient une place aussi importante
00:54:41dans le réseau du commerce maritime de l'Empire,
00:54:44la Méditerranée pourrait-elle encore en conserver quelques souvenirs ?
00:54:54Il ne reste que peu de traces des routes auturières
00:54:57empruntées par les navires de cette époque.
00:54:59Ceux ayant fait naufrage
00:55:00ont coulé par plusieurs centaines de mètres de fond.
00:55:04Depuis quelques années,
00:55:05sous la direction de Michel Louvre,
00:55:08l'archéologie sous-marine
00:55:09progresse dans la recherche de ce type d'épaves.
00:55:12C'est à l'est de la Corse
00:55:14que le Drasme a mené plusieurs expéditions
00:55:16sur des épaves romaines
00:55:17découvertes de façon fortuite.
00:55:24Un robot armé de bras préhensiles
00:55:27équipe le navire de recherches archéologiques.
00:55:30Il doit atteindre une profondeur record
00:55:32de 500 mètres
00:55:33pour observer les cargaisons de deux épaves
00:55:35baptisées Caposagro
00:55:37et faire, si cela s'avère possible,
00:55:39quelques prélèvements.
00:55:44Pour mener cette opération complexe,
00:55:46une vingtaine de techniciens
00:55:47et de chercheurs sont à la manœuvre.
00:55:49Mais c'est l'archéologue Franca Sibetschini
00:55:52qui doit interpréter les images
00:55:53de la première épave
00:55:55envoyée par la caméra du rover.
00:55:59Des centaines d'amphores
00:56:01d'origine gréco-italique
00:56:02gisent par le fond.
00:56:04C'est quand même exceptionnel
00:56:07parce que ça nous permettra
00:56:08d'avoir une qualité et quantité d'objets
00:56:12qu'on arrive rarement à récupérer
00:56:15sur les épaves antiques
00:56:17parce que d'habitude,
00:56:18les épaves à faible profondeur
00:56:19ont été déjà pillées
00:56:20de ce type d'objets.
00:56:21Dans les 50 mètres de profondeur,
00:56:23il n'y a plus un seul épave
00:56:25avec une amphore entière.
00:56:27Les archéologues vont tenter
00:56:29de récupérer une de ces lourdes amphores
00:56:31datant du IIe siècle avant Jésus-Christ.
00:56:33Tu ne peux pas encore aller un peu plus dessus ?
00:56:37Le robot n'étant pas équipé
00:56:38pour saisir un objet aussi massif,
00:56:40à bord du navire,
00:56:42l'attention est à son comble.
00:56:46Ah !
00:56:47Et voilà !
00:56:50Les moindres qu'on puisse dire,
00:56:51c'est qu'on n'a pas eu de chance.
00:56:54Immergée à quelques encablures
00:56:56du site de ce naufrage,
00:56:57la seconde épave de Caposagro
00:56:59attend l'équipe du drasme.
00:57:02Déjà répertoriée,
00:57:03la cargaison est composée
00:57:05de barres d'étain
00:57:06et surtout d'enforts à vin
00:57:07datant du début de notre ère.
00:57:11Une amphore brisée est sélectionnée.
00:57:14Cette fois,
00:57:15elle ne semble pas trop lourde pour le robot.
00:57:18Une fois remontée à la surface,
00:57:20ce fragment pourra-t-il donner des informations
00:57:22sur la route commerciale
00:57:24empruntée par le navire romain ?
00:57:26C'est des amphores
00:57:27qui viennent d'une zone
00:57:29de la Catalogne actuelle.
00:57:31Je pense que ces bateaux,
00:57:33ils proviennent probablement
00:57:35d'un port de la côte occidentale
00:57:38de la Mitterranée.
00:57:39Je pense beaucoup à Narbonne.
00:57:41Ils devaient être dirigés vers Rome.
00:57:46Au cours de la campagne de recherche,
00:57:48l'équipe du drasme
00:57:49va faire une autre découverte importante
00:57:51concernant les flux maritimes
00:57:53entre Rome et Narbonne.
00:57:56Le navire quitte le Cap Corse
00:57:58pour se rendre plus au sud.
00:58:01Une troisième épave,
00:58:03baptisée Aleria 1,
00:58:04y a été repérée dès 2012.
00:58:06Des relevés photogrammétriques
00:58:08ont montré qu'elle a été labourée
00:58:09par le passage d'un filet de fond
00:58:11utilisé par les grands chalutiers.
00:58:14Il semble cependant
00:58:15qu'une partie de sa cargaison
00:58:17soit intacte
00:58:18et surtout plus accessible.
00:58:22Cette fois-ci,
00:58:23le robot ne descend qu'à moins 300 mètres.
00:58:26À bord de l'André Malraux,
00:58:28la traque reprend.
00:58:32Si, si, on le voit, on le voit.
00:58:34Tu peux aller là ?
00:58:34Si.
00:58:37Il faut aller en direction
00:58:38du point 5, P5.
00:58:43C'est où il est ?
00:58:44C'est cuit.
00:58:45Ok.
00:58:45Bien dessus.
00:58:46C'est magnifique.
00:58:51C'est quand même exceptionnel.
00:58:55C'est un épave d'une navire de commerce
00:58:57qui était chargée
00:58:59avec une cargaison très variée,
00:59:01avec beaucoup de céramiques fines,
00:59:06de table,
00:59:07de différents types,
00:59:08céramiques de cuisine,
00:59:09et il y a une grande variété
00:59:12de marchandises transportées
00:59:14avec des types de productions
00:59:16très parlants pour un archéologue
00:59:18parce qu'ils ont beaucoup d'inscriptions
00:59:19et donc qui pourraient permettre
00:59:21de restituer un cadre commercial
00:59:24assez précis.
00:59:27La route commerciale
00:59:28empruntée par ce navire
00:59:30d'une vingtaine de mètres de longueur
00:59:31à la cargaison très hétérogène
00:59:33devrait pouvoir être reconstituée.
00:59:36Pour ce faire,
00:59:38une dizaine d'objets
00:59:38sont prélevés sur l'épave
00:59:40Alleria 1.
00:59:46Il s'agit surtout de sélectionner
00:59:48les cols de différentes amphores
00:59:50ou d'éléments de vaisselle
00:59:51dont il est encore difficile
00:59:52de situer la provenance.
00:59:55Mais c'est surtout
00:59:56une petite lampe
00:59:57parmi des dizaines d'autres
00:59:58qui a attiré l'attention
01:00:00de Franca Sibecini.
01:00:01Elle a constaté la présence
01:00:03d'une inscription toujours lisible
01:00:05sur le fond de l'objet.
01:00:09Récupérée avec difficulté,
01:00:11cette petite lampe à huile
01:00:12va rejoindre la fragile collecte.
01:00:16Choisie avec pertinence
01:00:17dans la cargaison de l'épave romaine,
01:00:20ces quelques objets vont-ils apporter
01:00:21de précieux indices
01:00:22sur leur provenance ?
01:00:24Bon, Michel, je vais te remontrer
01:00:25l'école.
01:00:27Voilà, il est beau.
01:00:30De retour à l'université
01:00:32d'Aix-Marseille,
01:00:33Franca Sibecini fait expertiser
01:00:35les 11 pièces remontées
01:00:37de l'épave d'Alleria.
01:00:38Les céramologues du CNRS
01:00:40disposent d'une documentation
01:00:41permettant de retrouver
01:00:42leurs traces.
01:00:43C'est une amphore africaine,
01:00:46c'est-à-dire qui vient
01:00:47des régions romaines de l'Afrique.
01:00:49C'est une amphore
01:00:50qui n'est pas très fréquente.
01:00:52Le seul exemplaire complet
01:00:53de cette amphore,
01:00:54pour l'instant,
01:00:55est connu à Hamamet,
01:00:57en Tunisie.
01:00:58Un des ateliers de Tunisie,
01:01:00celui de Leptiminous,
01:01:02dans le Sahel tunisien,
01:01:03a été fouillé.
01:01:05Et dans les publications
01:01:06de cet atelier,
01:01:07il est démontré
01:01:08que ce type d'amphore
01:01:09était fabriqué.
01:01:12Pour le confirmer,
01:01:14la forme ne suffit pas.
01:01:16Il faut en vérifier
01:01:17la texture et les ingrédients.
01:01:20Donc on peut voir très bien
01:01:22les grosses inclusions
01:01:24des quartz,
01:01:25qui sont bien caractéristiques
01:01:27de l'Afrique.
01:01:28Donc moi, je pense que c'est vraiment
01:01:29une seule production,
01:01:32un seul atelier
01:01:32qui a produit ce type d'amphore
01:01:35exactement avec la même forme
01:01:37et la même pâte,
01:01:38avec la même matière première.
01:01:40Donc la pâte est compatible
01:01:43avec la production
01:01:44de Leptiminous.
01:01:45Mais c'est la petite lampe à bec
01:01:47qui donne les informations
01:01:48les plus précises
01:01:49sur la destination initiale
01:01:51de l'épave.
01:01:53On a eu vraiment un coup de chance.
01:01:56C'est le nom du fabricant
01:01:57qui est connu
01:01:58et c'est un fabricant
01:01:59qui a recensé
01:02:00les timbres
01:02:01L, Moun, Phile
01:02:03correspond à Luce,
01:02:04au Moun, Moun, Philem,
01:02:06un affranchi
01:02:07que travaille dans un atelier
01:02:10à Rome
01:02:10et qui est actif
01:02:12entre les 90
01:02:13et les 130
01:02:15après Jésus-Christ.
01:02:17Ces types de marchandises,
01:02:18ces lampes en particulier,
01:02:19on les retrouve
01:02:20dans plusieurs sites
01:02:21de toute la côte
01:02:23meridionale de la France
01:02:24jusqu'en Arbonne.
01:02:29Il y avait un cargaison
01:02:30qui était composé
01:02:31par des inforts
01:02:32qui venaient vraiment
01:02:33de toute la Méditerranée
01:02:34plus un grand lot
01:02:35de céramique fine
01:02:36qui vient de Rome.
01:02:37C'est clair
01:02:38que tous ces marchandises
01:02:39sont arrivées à Rome
01:02:41ou à Hostie
01:02:42et là-bas
01:02:43ont été stockées
01:02:45pour après recomposer
01:02:46une nouvelle cargaison
01:02:47dans un autre bateau
01:02:49dans lequel aussi
01:02:50la production artisanale
01:02:52de Rome
01:02:52a été chargée.
01:02:53Donc nous sommes
01:02:55d'avant
01:02:55un commerce
01:02:56qu'on appelle
01:02:57de redistribution.
01:02:59L'épave d'Alleria
01:03:00montre bien
01:03:01l'ampleur
01:03:02et la complexité
01:03:03de ce grand marché
01:03:04qu'est la Méditerranée romaine
01:03:05et dont le port
01:03:06de Narbo-Marsius
01:03:07est une pièce maîtresse.
01:03:13A Narbonne,
01:03:14les fouilles
01:03:15de la nécropole
01:03:16situées le long
01:03:17du canal de la Robine
01:03:18se poursuivent
01:03:19depuis plusieurs mois.
01:03:22Une surprise
01:03:23y attend les archéologues.
01:03:25L'aile nord du site
01:03:26semble abriter
01:03:27des pratiques funéraires
01:03:28différentes.
01:03:30Les bûchers
01:03:31avec leurs vases
01:03:32au sueur
01:03:32laissent quelquefois
01:03:33la place
01:03:34à des individus
01:03:35inhumés
01:03:35dans des cercueils de bois.
01:03:38Maintenant, il y a des choses
01:03:39qui sont assez intéressantes
01:03:41sur cette structure.
01:03:42C'est le bois
01:03:43qui est conservé.
01:03:43On a une partie du bois
01:03:44qui est conservée.
01:03:44On a peut-être
01:03:45à ce niveau-là
01:03:46des clous de chaussure aussi.
01:03:48Il est difficile de savoir
01:03:49si c'est quelqu'un d'important
01:03:50ou pas.
01:03:51Mince.
01:03:53On ne s'attendait pas
01:03:54à avoir autant
01:03:54d'inhumations
01:03:55et ça devient
01:03:56de plus en plus
01:03:58régulier.
01:03:58Il y en a de plus en plus.
01:04:05Jusqu'à présent,
01:04:07les chercheurs
01:04:07ne retrouvaient
01:04:08qu'exceptionnellement
01:04:09un squelette entier
01:04:10au milieu
01:04:10de centaines
01:04:11de crémation.
01:04:12Pourquoi, dès lors,
01:04:14cette partie de la nécropole
01:04:15compte-t-elle
01:04:16près de 15%
01:04:17d'inhumations ?
01:04:19S'agit-il d'enclos
01:04:20ou de concessions familiales
01:04:22édifiées plus tardivement ?
01:04:23Ou bien est-ce
01:04:24l'indication
01:04:25que certains individus
01:04:26possédaient
01:04:27un statut social différent ?
01:04:33Dans l'Antiquité,
01:04:35les deux pratiques
01:04:36inhumations et crémations
01:04:37coexistent.
01:04:38Alors, à certaines périodes
01:04:40ou à certains lieux,
01:04:41on a quasiment exclusivement
01:04:42des crémations.
01:04:43Mais ce n'est qu'à l'avènement
01:04:45de la chrétienté
01:04:46à la fin de l'Antiquité
01:04:47que la pratique
01:04:49de l'inhumation
01:04:49va devenir
01:04:50totalement exclusive.
01:04:53Alors là,
01:04:54le statut social,
01:04:54on peut très difficilement
01:04:56l'appréhender
01:04:56car c'est une animation,
01:04:58on va dire,
01:05:00très frustre.
01:05:01Il n'y a pas
01:05:02vraiment de mobilier
01:05:03associé à cette animation.
01:05:05Donc, en fait,
01:05:06je peux juste dire
01:05:07que c'est un adulte.
01:05:08Je peux vous donner
01:05:09un état
01:05:11bucco-dentaire sanitaire
01:05:12qui est plutôt
01:05:13relativement mauvais
01:05:15avec une personne
01:05:16qui avait pas mal
01:05:16de caries,
01:05:17une attrition dentaire
01:05:17très forte.
01:05:18Mais voilà,
01:05:18c'est tout ce qu'on peut dire
01:05:19pour le moment.
01:05:21Ça, c'est plus compliqué,
01:05:23en fait,
01:05:23le statut social
01:05:24à travers les pratiques
01:05:25funéraires
01:05:26parce que nos tombes,
01:05:29elles sont assez modestes.
01:05:30Il peut y avoir
01:05:31des phénomènes
01:05:32d'extentation
01:05:33dans les bûchers.
01:05:34C'est pour ça
01:05:34que souvent,
01:05:35on trouve
01:05:35les petits objets personnels,
01:05:37les choses un peu riches,
01:05:38les bijoux,
01:05:39dans les bûchers
01:05:40plutôt que dans ces tombes.
01:05:42Ça correspond bien
01:05:44aux indices que l'on a
01:05:45qui montrent
01:05:47qu'on a plutôt affaire
01:05:48à une population
01:05:49issue de la plèbe urbaine.
01:05:50Donc, on a
01:05:51une classe moyenne
01:05:53pour simplifier les choses.
01:05:57Petits commerçants
01:05:58ou artisans,
01:06:00marins ou dockers,
01:06:01esclaves ou affranchis,
01:06:03cette population
01:06:04de la nécropole
01:06:05de la Robine
01:06:05semblait,
01:06:06elle aussi,
01:06:07profiter des retombées
01:06:08économiques d'une ville
01:06:09et d'une région
01:06:10en pleine expansion.
01:06:16À 40 kilomètres
01:06:18de Narbonne,
01:06:19sur le site
01:06:19de fouilles
01:06:20de Saint-Bézard,
01:06:21les fondations
01:06:22d'une immense villa
01:06:23de 2500 mètres carrés
01:06:24sortent petit à petit
01:06:25de terre
01:06:26depuis une dizaine
01:06:27d'années.
01:06:31Datée de l'an 10
01:06:32de notre ère,
01:06:33la villa
01:06:34semble richement dotée.
01:06:35Bassins d'agréments,
01:06:37eaux courantes,
01:06:38nymphées
01:06:38et même
01:06:39une grande piscine.
01:06:43On a eu la chance
01:06:44de retrouver cette splendide
01:06:46tête d'éros,
01:06:48donc un petit éros
01:06:49en marbre blanc,
01:06:50probablement d'une école italienne,
01:06:52enfin en tout cas
01:06:52d'un atelier italien.
01:06:53On peut penser
01:06:54qu'il était associé
01:06:55peut-être à un dauphin
01:06:56qui servait de fontaine,
01:06:57qui crachait l'eau
01:06:58au fond du bassin.
01:06:59Donc là,
01:07:00on a le rebord,
01:07:00la margelle.
01:07:01Alors bon,
01:07:01il faut l'imaginer
01:07:02un petit peu plus haut,
01:07:03mais voilà,
01:07:03posé,
01:07:04voilà ce que ça donne.
01:07:05Donc le fil de l'eau,
01:07:06le bleu d'Egypte,
01:07:07c'est un matériau
01:07:08extrêmement rare
01:07:10et coûteux.
01:07:11Et puis ici,
01:07:12une face supérieure
01:07:13polychrome
01:07:14avec des décors,
01:07:15on voit des morceaux
01:07:16de verre
01:07:17qui permettent
01:07:18à l'ensemble
01:07:19de briller.
01:07:20C'est un décor
01:07:21assez exceptionnel
01:07:21en milieu rural.
01:07:24Ces décorations
01:07:25ne trouvent l'équivalent
01:07:26que dans les fontaines
01:07:27de Pompéi.
01:07:29Mais cette richesse
01:07:30affichée
01:07:30ne tombait pas du ciel.
01:07:32Les villas
01:07:33comme celle-ci
01:07:34avaient avant tout
01:07:35une vocation agricole
01:07:36qui rapportait
01:07:37d'énormes bénéfices.
01:07:39Que pouvait-elle produire ?
01:07:44On est au cœur
01:07:45ici
01:07:45d'une des grandes zones
01:07:47vinicole
01:07:48de la Gaule Narbonnaise.
01:07:50Donc il y avait
01:07:50évidemment
01:07:51beaucoup de villas,
01:07:52beaucoup d'établissements
01:07:53ruraux
01:07:53qui produisaient du vin.
01:07:54Et la particularité
01:07:55de Saint-Bézard,
01:07:56c'est d'être
01:07:57probablement
01:07:57la plus ancienne,
01:07:58ou en tout cas
01:07:59une des plus anciennes
01:08:00à avoir été explorée.
01:08:02Le propriétaire,
01:08:03c'est un Italien
01:08:04qui vient de Pouzole,
01:08:06il vient de Campagnie
01:08:07du Nord.
01:08:08C'est un homme d'affaires,
01:08:10c'est probablement
01:08:10un entrepreneur.
01:08:12Et effectivement,
01:08:13il fait construire
01:08:13une belle villa
01:08:15et elle est
01:08:16complètement dédiée
01:08:17à la production
01:08:18de ce vin.
01:08:21Le but
01:08:22de ces grands propriétaires
01:08:24de vignobles,
01:08:25de ces villas,
01:08:26qu'on peut considérer
01:08:27comme des châteaux pinardiers,
01:08:29évidemment,
01:08:29c'est de s'enrichir.
01:08:30Et les Italiens
01:08:32qui viennent s'installer
01:08:33ici à l'époque d'Auguste
01:08:34bénéficient du savoir-faire
01:08:35des vignerons indigènes,
01:08:36des vignerons gaulois
01:08:37qui sont installés ici.
01:08:39Les Romains,
01:08:40eux,
01:08:41passent très vite
01:08:42à un rendement
01:08:42quasi industriel
01:08:43avec des installations
01:08:45proches de celles
01:08:45que l'on connaît aujourd'hui.
01:08:47Sur le site
01:08:48se trouvent
01:08:49deux immenses chais
01:08:50qui abritent
01:08:51les restes
01:08:51de 300 dolias,
01:08:52d'énormes jars,
01:08:54d'une contenance
01:08:55de plus de 1500 litres
01:08:56chacune.
01:08:58Elles servaient
01:08:59à la vinification
01:08:59et à la conservation
01:09:01du vin.
01:09:03C'est donc
01:09:04450 000 litres de vin
01:09:06qui étaient produits
01:09:06chaque année
01:09:07dans cette grande
01:09:08exploitation viticole.
01:09:12Très rapidement,
01:09:13en quelques décennies,
01:09:14en quelques années,
01:09:15on est probablement
01:09:16entre 10 et 40
01:09:17après Jésus-Christ,
01:09:19le vin de Narbonnaise
01:09:20va prendre une place
01:09:21de plus importante,
01:09:23bloquant les importations
01:09:24de Taraconaise.
01:09:25Et puis finalement,
01:09:26à partir des années 70,
01:09:27ce vin va devenir conquérant.
01:09:30Les négociants
01:09:30vont vendre ce vin
01:09:32dans toute la Méditerranée
01:09:33occidentale
01:09:34jusqu'à Rome,
01:09:35dans tous les grands centres
01:09:36urbains autour
01:09:36de la Méditerranée
01:09:37et puis au-delà,
01:09:38vers les frontières
01:09:39de la Germanie
01:09:40et de la Bretagne.
01:09:43Donc le vin,
01:09:44on peut comme ça
01:09:46estimer que c'est peut-être
01:09:47un tiers des revenus
01:09:49de la province
01:09:49autant pire.
01:09:50C'est considérable,
01:09:51c'est plus de 30%.
01:09:53Pour exporter
01:09:54les milliers de litres
01:09:55de vin de la Narbonnaise,
01:09:56il faut fabriquer
01:09:57de quoi les transporter.
01:09:58Un contenant pratique,
01:10:00se démarquant des amphores
01:10:01utilisés pour les vins
01:10:02italiens ou espagnols,
01:10:03est alors produit
01:10:04de manière quasi-industrielle.
01:10:06C'est à Salel d'Aude,
01:10:08à 12 kilomètres
01:10:09au nord de Narbonne,
01:10:10que l'on retrouve
01:10:10les traces
01:10:11d'un de ces grands centres
01:10:12de fabrication.
01:10:15Les fours potiers
01:10:16de la région
01:10:16ont été adaptés
01:10:17à la cuisson
01:10:18de ce nouveau type
01:10:19d'amphores,
01:10:20la Gauloise 4.
01:10:21Qu'avait-elle
01:10:22de si exceptionnelle,
01:10:23cette Gauloise 4,
01:10:24pour être retrouvée
01:10:25dans tout l'Empire,
01:10:26jusqu'en Inde
01:10:27et même au Soudan ?
01:10:29Elles sont très originales
01:10:30parce que les amphores
01:10:31telles que les gens
01:10:32les imaginent,
01:10:33ce sont les fameuses
01:10:34amphores italiques,
01:10:35grands cols droits,
01:10:36fonds pointus,
01:10:38de grandes anses.
01:10:39Elles pèsent 20 kilos,
01:10:40elles contiennent,
01:10:41en gros,
01:10:4220 kilos
01:10:42et quelques fois plus.
01:10:44Elles contiennent
01:10:45une vingtaine de litres.
01:10:46Les amphores gauloises,
01:10:47elles ont un fond plat.
01:10:48Alors ça,
01:10:48c'est très curieux,
01:10:49c'est une invention locale.
01:10:51Elles sont fines
01:10:53d'épaisseur,
01:10:54alors que les amphores
01:10:56italiques sont très épaisses.
01:10:58Donc là,
01:10:59on a un objet
01:11:00qui va peser
01:11:01une dizaine de kilos
01:11:02et contenir
01:11:03une trentaine de litres.
01:11:04Donc ce sont des récipients
01:11:05extrêmement performants.
01:11:08Ces amphores
01:11:09sont des amphores
01:11:10du grand commerce,
01:11:11des amphores
01:11:12produites industriellement.
01:11:14Ici,
01:11:14on va en produire
01:11:15de l'ordre
01:11:16de 5 000 par an.
01:11:17On a calculé
01:11:19qu'on en a produit
01:11:20à peu près 900 000 amphores
01:11:22à Salel d'Aude.
01:11:24Donc ainsi,
01:11:25ce petit site
01:11:26de Salel d'Aude
01:11:27qui n'est pas immense,
01:11:28enfin qui fait
01:11:29quelques hectares à peine,
01:11:31est symbolique
01:11:31d'un commerce
01:11:34énorme.
01:11:35Et probablement
01:11:36qu'une grande quantité
01:11:37du vin
01:11:38de la Narbonnaise
01:11:39est partie
01:11:40par Narbonne
01:11:41en bateau,
01:11:42par les ports
01:11:43de Narbonne.
01:11:50Une autre richesse
01:11:52provient,
01:11:52comme la vigne,
01:11:53de l'agriculture
01:11:54méditerranéenne,
01:11:56l'olivier.
01:11:57L'huile de la Béthique,
01:11:59au sud de l'Espagne,
01:12:00transite aussi
01:12:01par le port
01:12:02de Narbomartius.
01:12:05C'est à Rome
01:12:06que l'on retrouve
01:12:07les traces
01:12:07d'un des plus importants
01:12:08négoces de l'Antiquité.
01:12:13Au cœur de la ville,
01:12:15non loin du Trasteveré,
01:12:17se trouve
01:12:17ce que l'on peut considérer
01:12:18comme la huitième colline
01:12:19de Rome.
01:12:35Le professeur José Remsal-Rodriguez
01:12:38fouille depuis 20 ans
01:12:39la colline aux amphores.
01:12:44Ici,
01:12:44en pénétrant au cœur
01:12:46du Monte Testacio,
01:12:47on remonte le teint.
01:12:49Des dizaines de millions
01:12:51de fragments d'amphores
01:12:52y ont été empilés
01:12:53il y a près de 2000 ans.
01:12:56Dans quel but ?
01:12:59Este monte
01:13:01está compuesto
01:13:02particularmente
01:13:03sólo de ánforas
01:13:05que contuvieron
01:13:07aceite.
01:13:09Más del 80%
01:13:10venía de la Bética,
01:13:13la actual Andalucía.
01:13:17Calculamos,
01:13:18aquí hay
01:13:19cerca de 50 metros
01:13:21en el punto más alto
01:13:23de restos
01:13:25de ánforas.
01:13:26Pero aún se conservan
01:13:28los restos
01:13:30de 25 millones de ánforas.
01:13:33Sería el equivalente
01:13:34de la mitad
01:13:36de la dieta
01:13:37anual
01:13:39en aceite
01:13:40comestible
01:13:41para un millón
01:13:42de personas
01:13:43durante 250 años.
01:13:55de la mitad
01:14:12de la mitad
01:14:14de la mitad
01:14:14certains tessons révèlent des inscriptions très parlantes nom du fabricant, poids du contenu,
01:14:21provenance, numéro de certificat douanier ou encore cachet du négociant.
01:14:28Tenemos la fortuna d'avoir encontrado recientemente una inscripción difícil de leer
01:14:39relativa a un narbonés. El trabajo que hemos hecho para hacerlo visible, que podemos ver,
01:14:50sex fadi, sextus fadius secundus, bien conocido en Narbona, porque hace constar que es comerciante
01:15:00en aceite bético y también la inscripción demuestra la ascensión social de su familia.
01:15:24Comparer les inscriptions peintes sur tous ces fragments d'amphore a été un travail titanesque,
01:15:29mais il a permis de retrouver la trace d'une dynastie de riches négociants.
01:15:34«Hay una inscripción en Andalucía, donde se habla de otro fadio, seguramente un agente de fadio secundo,
01:15:46que era narbonés, sería este personaje que demuestra las relaciones entre la Bética, Andalucía, la Galia, Narbona y Roma».
01:16:03Trouve-t-on encore des traces de cette famille fadie à Narbonne ?
01:16:09Au numéro 28 de la rue droite, là où passait autrefois la Via Domitia, un piédestal monumental datant de l
01:16:17'an 149 après Jésus-Christ a été découvert.
01:16:20« Ici, nous avons une inscription honorifique, à l'honneur d'un personnage très célèbre, peut-être l'un des
01:16:28narbonés les plus célèbres de l'époque romaine.
01:16:31Il s'agit des sextus, fadius, secundus. Nous les connaissons en qualité de mercator olearius, c'est-à-dire marchand
01:16:40d'huile.
01:16:41Mais en même temps, ici, il est honoré en tant que membre de l'élite dirigeante de Narbonne,
01:16:48ce qui veut dire que ce personnage aussi a dû certainement acquérir des richesses considérables
01:16:55qui lui ont permis de consolider sa place de pouvoir à Narbonne et surtout d'exercer des magistratures municipales.
01:17:03Ce qui est quand même un phénomène très, très rare dans le monde romain que de trouver des marchands
01:17:07qui ont pu atteindre l'élite dirigeante d'une cité.
01:17:14Sur les hauteurs de Port-la-Nautique, la reprise d'un chantier de fouilles refermé depuis quelques années
01:17:20vient confirmer cette richesse liée au commerce.
01:17:27Les prospections géophysiques ont révélé les fondations d'une villa de 128 mètres de longueur.
01:17:35Des presses à huile ayant été découvertes, attestant d'une activité agricole importante.
01:17:41Mais ce sont les éléments de décoration exceptionnelles, bassins, fontaines, mosaïques, chapiteaux de colonnades
01:17:48qui ont attiré l'attention des archéologues.
01:17:51Cette villa aurait-elle eu une autre fonction ?
01:17:54Fantastique.
01:17:56Cette villa de la nautique, elle est particulière parce qu'elle est liée à une zone portuaire qui est en
01:18:02contrebas.
01:18:03On est plutôt ici sur une villa de bord de mer, ce qu'on appelle les villas maritimes
01:18:07qui sont très connues en Italie, surtout dans la région de Naples
01:18:11et qui recherchent justement une très belle vue avec une vue sur la mer ou sur les étangs.
01:18:17Et c'est pour ça qu'on a souvent des étages.
01:18:19Et ces villas sont vraiment très impressionnantes.
01:18:21Elles sont là justement pour impressionner.
01:18:23Il faut imaginer que ce sont des villas qui sont vraiment de très très grande dimension
01:18:27puisque sur la nautique, on a des structures qui couvrent à peu près 4 hectares.
01:18:32En sachant qu'on a la villa qui est le lieu de réception, qui est aussi un lieu productif,
01:18:37on a la partie portuaire et les parcs et surtout on a le vivier.
01:18:41Le vivier.
01:18:42Avant de découvrir la villa qui lui était associée,
01:18:45Corinne Sanchez et son équipe ont été intriguées par une dépression à la forme trop parfaite.
01:18:52Lorsqu'on a fait ces recherches sur les ports antiques, sur les images aériennes,
01:18:56on voyait une dépression parfaitement circulaire avec un bâtiment central.
01:19:02Pensant en premier lieu qu'il s'agissait d'un petit bassin destiné à abriter des bateaux,
01:19:06les archéologues ont mis au jour des structures permettant d'identifier la vraie nature des installations.
01:19:13Au moment où on a fait les fouilles, on a pu prouver que c'était un vivier
01:19:16parce que dans le mur qui entoure ce vivier, on va avoir des amphores à différentes hauteurs
01:19:22qui sont en fait des caches à poissons.
01:19:25Ça c'est un modèle qu'on connaît très bien dans le monde romain, qu'on est sur un vivier.
01:19:28C'est un des plus grands viviers du monde romain puisqu'il fait 70 mètres de diamètre.
01:19:34Et le bâtiment central est un bâtiment qui est en fait une salle à manger.
01:19:38Donc la salle à manger était juste ici, juste au centre d'un grand bassin.
01:19:43C'est-à-dire que le propriétaire de ce vivier allait sur cette salle à manger avec une petite barque.
01:19:49Il amenait ses invités, il pouvait admirer les poissons,
01:19:52et on sait donc qu'il pêchait et qu'il mangeait les poissons également qu'ils avaient autour d'eux.
01:20:01L'empereur Auguste est venu deux fois à Narbonne,
01:20:03et on peut tout à fait imaginer qu'il est passé par Port-la-Nautique
01:20:06et qu'il a pu être invité sur ce vivier.
01:20:10La période correspond parfaitement.
01:20:13L'empereur s'est rendu à Narbonne-Marcius en 22 et 27 avant Jésus-Christ,
01:20:18juste après la construction de ce qui semble être la plus magnifique demeure jamais construite dans le Narbonnet.
01:20:24Le riche propriétaire l'a-t-il fait édifier pour recevoir Auguste ?
01:20:29Rien n'est moins sûr, mais pour trouver des villes à maritimes d'une telle ampleur,
01:20:33il faut se rendre en Italie, dans les environs de Naples.
01:20:38A Sperlonga, en bordure de la mer Tyrrhenienne,
01:20:42le beau-fils d'Auguste, l'empereur Tibère,
01:20:45fait construire quelques décennies plus tard une immense villégiature.
01:20:50Le temps a fait son œuvre, mais la plupart des infrastructures sont toujours en place.
01:20:58Un luxueux vivier d'une facture très particulière y a été édifié.
01:21:02La salle à manger, le triclinium, se trouvant à l'abri,
01:21:06d'une grotte naturelle.
01:21:10Ce grand vivier d'agréments, caractéristique de la haute aristocratie romaine,
01:21:15est le seul demeuré intact.
01:21:17Mais avec ses 1000 m² de superficie,
01:21:20il reste trois fois plus petit que celui de Narbonne.
01:21:26Là, on est dans des niveaux de richesse absolument énormes, gigantesques,
01:21:31avec des importations qui viennent d'Inde, qui viennent d'Éthiopie,
01:21:35avec des soies précieuses, avec des pierres précieuses.
01:21:38Donc, c'est l'activité économique qui, évidemment,
01:21:41avec l'afflux d'argent des conquêtes des IIe et Ier siècles avant Jésus-Christ,
01:21:46qui va permettre cet emballement,
01:21:48on parle pour les hommes les plus riches de la société romaine,
01:21:51dans le courant du Haut-Empire, de 300 à 400 millions de cesterces.
01:21:55Il y a une énorme croissance qu'on n'est pas capable aujourd'hui de mesurer finement,
01:21:59mais il faut imaginer une croissance à deux chiffres.
01:22:01À tous les niveaux de la société,
01:22:03on va voir s'élever vraiment le niveau de vie,
01:22:06le niveau de consommation et les échanges commerciaux.
01:22:08Ces échanges commerciaux, liés aux activités portuaires,
01:22:13semblent avoir bien profité à Narbomartius,
01:22:15la cité placée sous l'égide du dieu Mars.
01:22:19La ville et toute la province de la Narbonnaise se sont enrichies.
01:22:25Que s'est-il passé pour que tout ce lustre finisse par disparaître ?
01:22:36À la fin du premier siècle et dans la première moitié du deuxième siècle,
01:22:42on sent déjà des signes de ralentissement économique.
01:22:46Et le grand incendie de Narbonne vient frapper une ville
01:22:51qui n'a peut-être plus tout à fait les moyens de se reconstituer comme par le passé.
01:23:00Un siècle plus tard,
01:23:02pour se protéger des incursions de diverses peuplades étrangères à l'Empire,
01:23:07la ville, comme beaucoup d'autres cités du sud de la Gaule,
01:23:10se resserre derrière des enceintes fortifiées.
01:23:13La Pax Romana avait pris fin.
01:23:19Quelques vestiges de ces remparts sont toujours visibles.
01:23:22Ils sont incorporés aux fondations du palais des archevêques,
01:23:25au cœur de Narbonne.
01:23:27C'est une enceinte construite assez rapidement, sans doute,
01:23:31face à la pression des événements.
01:23:33Et pour cela, on utilise des gros blocs de calcaire
01:23:37et qui sont la plupart du temps des remplois,
01:23:40comme on peut le voir ici.
01:23:42Cette encoche, elle démontre que ce bloc avant servait
01:23:44dans une autre position pour un autre bâtiment.
01:23:48On retrouve plusieurs milliers de blocs,
01:23:52des inscriptions, des bas-reliefs, des éléments de colonnade,
01:23:55appartenant la plupart du temps à des monuments funéraires privés.
01:23:59Et tout ça a été récupéré.
01:24:05Une partie de ce qui reste de ce prestigieux passé
01:24:08est maintenant exposée au musée de Narbonne,
01:24:11où on passe de lettres.
01:24:13Éparpillée au cours des siècles aux quatre coins de la ville,
01:24:16utilisée comme simple matériau de reconstruction,
01:24:19les vestiges des monuments oubliés de Narbonne-Marcius
01:24:22continuent de ressurgir au gré des différentes fouilles archéologiques.
01:24:29L'ivoire, tu penses ?
01:24:31Peut-être plus de l'ivoire, ça a l'air feuilleté, ouais.
01:24:35Bravo !
01:24:37Sur le chantier de la Robine, le rythme s'accélère.
01:24:41Les archéologues ne disposent plus que de quelques semaines
01:24:44pour achever la caractérisation et le démontage des tombes.
01:24:48Est-ce que la nécropole peut encore délivrer un dernier secret ?
01:24:51Viendra-t-il de ce coffre en marbre, venant d'être mis au jour ?
01:25:00Voilà une espèce de petite applique en or.
01:25:03Peut-être un élément qui a été mis sur un vêtement
01:25:05ou des décors de coffre.
01:25:07Vous voyez ici, c'est minuscule.
01:25:15On peut distinguer déjà un griffon qui apparaît,
01:25:18qui semble affronter un petit serpent qui lui fait face.
01:25:22Ouais, super, mais non, c'est vrai.
01:25:28Ouais, ça bouge, yes.
01:25:30C'est du marbre, c'est assez massif, et a priori, c'est assez lourd.
01:25:35Donc on va voir, on sera pas trop de deux, je pense, au minimum,
01:25:39pour arriver à le sortir.
01:25:58Si vous voulez voir le coffre qui est sorti...
01:26:03Il y a un visage sur le côté, là, il y a un dieu barbu,
01:26:07avec des cornes de béliers.
01:26:14Il y a plein de fruits, il y a deux cornes d'abondance.
01:26:17C'est une belle pièce de musée, ça, hein ?
01:26:26La corne, c'est bon, ça l'est en dessous, ouais.
01:26:29Ah non, ça décorne.
01:26:30La torne, ça décorne.
01:26:31Regarde, tu vois, de l'autre côté, pas le même.
01:26:33Il y a un autre visage de l'autre côté, ouais.
01:26:35Il y a un autre visage de l'autre côté.
01:26:37Ouais, il y a peut-être les mêmes autres.
01:27:05Un, deux, il n'était pas scellé.
01:27:08Il n'était pas complètement hermétique, hein.
01:27:17C'est bien une urne, avec les os à l'intérieur.
01:27:22Oh là là, c'est à dire s'il y a de l'autre depuis 2000 ans là-dedans.
01:27:27C'est chouette, maman.
01:27:29Je ne sais pas qui c'était, là, mais...
01:27:31Non, mais ce n'est pas n'importe qui, quand même, hein, dans le...
01:27:34Enfin, ce qu'il en reste.
01:27:37C'est chouette.
01:27:38Une ultime découverte, et non des moindres.
01:27:42C'est sous le regard de cette divinité romaine
01:27:44que va se refermer le site de la nécropole de la Robine.
01:27:48Dans quelques mois,
01:27:50deux immeubles s'élèveront sur cet emplacement.
01:27:53Une nouvelle page du passé de Narbonne se referme,
01:27:56mais les archéologues savent que d'autres pages existent encore,
01:28:00enfouies dans son sous-sol.
01:28:04Celle que l'on a surnommée la fille aînée de Rome
01:28:08ne possède peut-être plus les grands monuments de sa fastueuse période,
01:28:12mais elle en possède à jamais la grande histoire.
01:28:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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