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  • il y a 4 heures
Nicolas Bouygues poursuit en justice ses frères Martin et Olivier qu’il accuse d’avoir bénéficié de dons occultes du vivant de leur père. Pour la première fois, il raconte cette guerre familiale pour livrer "sa part de vérité". Voici son témoignage.

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Transcription
00:00Vous vous appelez Nicolas Bouygues, vous êtes le fils aîné de Francis Bouygues.
00:04Vous avez quitté le groupe familial de construction en 1986
00:08et pendant 40 ans, vous avez gardé le silence sur les circonstances
00:12et les conséquences de ce départ.
00:15Aujourd'hui, vous sortez du silence pour le nouvel OBS.
00:18Pourquoi prendre la parole maintenant ?
00:20Les 37 premières années de ma vie, je les ai vécues dans le giron familial,
00:25que ce soit familialement ou professionnellement.
00:28Et les circonstances ont fait que j'ai dû partir.
00:33Et à ce moment-là, je n'avais pas envisagé ça, mais j'ai été rejeté par ma famille.
00:39C'est quelque chose de difficile à vivre.
00:43J'ai deux frères, une sœur, un père, une mère.
00:47Tous ces gens m'ont rejeté, renié.
00:50Je ne les ai pas vus du tout.
00:52Tous s'étaient accumulés, enfouis au fond de moi.
00:55Et à un moment donné, mon caractère un peu fougueux a pris le dessus.
00:59J'ai décidé de prendre le taureau par les cornes
01:02et d'essayer d'expliquer à tout le monde qu'est-ce qui m'était arrivé
01:06et quelle était ma version de la vérité.
01:08Avant de parler du procès que vous faites à vos frères, Martin et Olivier,
01:13d'abord, on va parler de votre parcours, ce parcours dans le giron familial.
01:16Vous avez toujours travaillé dans le groupe de votre père.
01:19Est-ce que ça a toujours été une évidence pour vous ?
01:22Et est-ce que vous avez eu le choix ?
01:24C'est sûr.
01:25J'ai été formaté par mon père pour venir travailler avec lui
01:28et malheureusement aussi pour lui y succéder.
01:31Et ça a été un jugement de valeur que mon père a fait un peu trop prématurément
01:36à une époque où, je pense, ça a dû faire beaucoup souffrir mes frères.
01:41Vous êtes rentré chez Bouygues, vous aviez quel âge et vous avez fait quoi ?
01:44Eh bien, je suis rentré chez Bouygues en avril 1971 sur le chantier du Palais des Congrès,
01:52donc j'avais 22 ans.
01:53Et après, quel a été votre parcours ? Un parcours éclair, finalement.
01:57J'ai fait cinq années de chantier parisien,
02:00donc je suis passé de conducteur de travaux à directeur de travaux.
02:04Et puis je suis parti ensuite en Iran.
02:07Mon père avait signé un très grand contrat à Shiraz.
02:11En rentrant d'Iran, mon père m'a proposé de m'atteler au lancement de la société Maison Bouygues.
02:19Quand vous revenez en 1978, votre père sort d'une maladie très grave.
02:25Il a réfléchi à sa succession.
02:28À quel moment vous avez compris que vous seriez son successeur ?
02:31Est-ce que c'est à ce moment-là ?
02:34Est-ce qu'on vous a demandé votre avis à ce sujet ?
02:37Bien sûr, moi je voyais ma carrière au sein de l'entreprise.
02:41Et mon ambition, c'était bien sûr d'arriver au sommet, c'était naturel.
02:45Qu'est-ce que ça a changé ce statut de dauphin dans votre relation,
02:49quand vous étiez plus jeune, avec vos deux frères et votre sœur ?
02:52Est-ce que vous avez l'impression que vous avez été un bon grand frère ?
02:55C'est vrai que comme j'ai eu des bons résultats scolaires, sportifs, j'étais l'aîné des garçons.
03:02Et donc je pense que mon père a peut-être été différent à l'égard de mes deux frères qu
03:08'avec moi-même.
03:09Et je pense que mes frères en ont souffert.
03:11Alors Maison Bouygues, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu'est cette société, son activité ?
03:17Qui l'a pensé ? Qui travaille dedans ?
03:19Donc Martin travaille avec vous.
03:22Et capitalistiquement, quel rôle elle est censée avoir dans la famille ?
03:25Ce n'est pas une filiale comme les autres.
03:27Mon père a été très impressionné par Maison Fénix, qui avait un très très grand succès.
03:32Et donc il a décidé de créer cette entreprise.
03:36Il a imaginé les concepts commerciaux et marketing.
03:40La Maison Donnaçon, c'est l'idée de mon père.
03:43Mon père m'a alors demandé de prendre la direction, parce que j'étais manager depuis un certain temps.
03:50Et mon frère Martin est venu également comme directeur commercial.
03:54Vous vous êtes retrouvé à manager votre frère ?
03:56En quelque sorte, oui.
03:58En quelque sorte ou...
04:00Tout à fait, oui.
04:01Comment ça s'est passé ?
04:02Je n'ai pas eu de véritables difficultés, mais j'étais très jeune.
04:06Et donc j'étais impétueux, fougueux, extrêmement impliqué, travailleur acharné.
04:12Il est très très probable que je n'ai peut-être pas fait suffisamment attention à mon frère.
04:18On m'a beaucoup parlé de vos colères, ceux qui ont travaillé avec vous.
04:22Est-ce que c'est quelque chose que vous reconnaissez avec le recul, que vous regrettez peut-être ?
04:28Ça fait partie de mon caractère.
04:30J'ai piqué les colères, c'est certain.
04:32Mais je n'ai jamais eu de volonté de nuisance ou de vengeance.
04:38Mais sur le coup, c'est vrai que je pouvais être assez colérique.
04:41À quel moment vous vous retrouvez aux côtés de votre père, intronisé vraiment comme le futur PDG, et comment ça
04:50se passe ?
04:51J'étais le manager de Maison Bouygues et mon père m'avait demandé également de participer à la négociation d
05:00'un très grand contrat, le contrat de l'Université de Réade.
05:02J'ai quitté progressivement les fonctions de Maison Bouygues pour prendre la direction de ce chantier.
05:10Et lorsque ce chantier a été lancé, mon père m'a demandé de venir l'assister dans la direction générale
05:18du groupe.
05:19Comment ça s'est passé ?
05:20Eh bien, pas très bien.
05:23Mon père avait imaginé de m'asseoir à côté de lui-même sur un bureau immense, où on était tous
05:32les deux du même côté du bureau.
05:33Et là, franchement, ça a été...
05:36Je n'ai pas trouvé ma place, je n'ai pas su travailler en harmonie dans cet environnement.
05:42Et j'ai commencé à faire des bêtises et des erreurs.
05:44Quelles erreurs ?
05:45Des erreurs de comportement à l'égard de collaborateurs.
05:49Que mon père traitait comme ses fils, ça m'a gassé énormément.
05:54Donc à un moment donné, j'ai perdu un peu les pédales.
05:56J'ai dit à mon père, soit tu me rends ma liberté, je vais prendre la direction d'une filiale
06:03dans le groupe, ça me fera très plaisir, soit je m'en vais.
06:06Mon père a dit, on reste comme on est, j'ai dit, je pars.
06:09Qu'est-ce qu'il vous répond à ce moment-là ?
06:11Il me dit, si tu pars, je ne te revois pas.
06:13Mais mon père était extrêmement coléreux.
06:15Il avait un tempérament extraordinaire.
06:18Et donc, je me suis dit, bon, il a dit ça, mais je ne pense pas que ça va durer
06:23très longtemps.
06:24Malheureusement, ça a duré jusqu'à la fin.
06:27Vous pensez quitter l'entreprise et en fait, vous vous retrouvez en dehors de la famille.
06:32Ça se traduit comment concrètement ? Vous avez revu vos frères, votre mère, votre soeur ?
06:37Je n'ai revu personne.
06:38Donc, ils m'ont fermé leurs portes.
06:41J'ai essayé, mais je n'ai pas eu de possibilité.
06:44Et donc, je me suis lancé immédiatement à la recherche d'une entreprise.
06:49Ça marchait très, très bien, mais j'ai un peu exagéré parce que j'avais la rage de démontrer que
06:55j'étais capable de faire encore mieux que mon père.
06:57Et donc, ça, c'est malheureusement pas bien terminé.
07:02Vous êtes beaucoup endetté ?
07:03Je m'étais beaucoup endetté, effectivement.
07:05Mais dans la promotion immobilière, on ne fait pas de promotion si on n'a pas des crédits.
07:10Donc, non, j'étais très endetté.
07:13Mais j'étais aussi, en personne physique, à l'époque, le premier promoteur.
07:17Et à ce moment-là, vous vous prenez la crise immobilière de 1995 ?
07:21Voilà, la guerre du Koweït.
07:23C'est difficile à croire aujourd'hui, mais les taux d'intérêt à plus de 20%.
07:27Il y a eu une tornade immobilière qui a touché tout le monde.
07:31Je n'ai pas été le seul.
07:32Et à ce moment-là, problème judiciaire.
07:36On est dans une époque où la justice veut faire le ménage dans des pratiques de financement politique qui n
07:42'étaient pas réglementées.
07:43Et vous vous retrouvez aussi pris dans une affaire.
07:45La législation avait évolué.
07:48Et moi, j'ai trop traîné à me mettre en règle.
07:51Et donc, j'ai persisté dans les chemins interdits.
07:55Mais malheureusement, qui avaient été fréquentés beaucoup.
07:58Et ça s'est retourné contre moi à un moment particulièrement critique avec cette crise.
08:05Dans ces années-là, avant la mort de votre père, vous avez quand même...
08:09On a parlé de Maison Bouygues, cette filiale particulière où vous avez travaillé avec votre frère.
08:14C'était une entreprise, Maison Bouygues, où vous et vos frères, vous étiez rentrés au capital, qui est au cœur
08:21du procès que vous leur faites aujourd'hui.
08:22Est-ce que vous pouvez nous expliquer concrètement pourquoi vous faites ce procès autour du capital de Maison Bouygues ?
08:31J'ai essayé de trouver des solutions amiables avec mes frères.
08:36Je n'ai pas eu accès, je n'ai pas pu discuter avec eux.
08:39Et donc, j'ai intenté cette action en justice parce que je souhaite que mes droits soient respectés.
08:46Qu'est-ce que vous reprochez à vos frères ?
08:48Je ne leur fais aucun reproche.
08:51Je constate simplement que la situation successorale n'est pas correctement résolue.
08:57C'est tout.
08:58Or, vous, vous êtes sorti de cette filiale dans ces années-là.
09:02Vous avez eu de l'argent, beaucoup d'argent pour sortir de cette filiale.
09:07Peut-être les gens vont avoir du mal à comprendre quel est le problème, puisque vous n'avez manqué de
09:11rien, finalement.
09:12Pour vous expliquer un peu son caractère, quand j'ai quitté mon père, je n'avais plus de contact avec
09:17lui.
09:18Mais j'étais quand même actionnaire de Maison Bouygues, qui avait beaucoup de succès.
09:21J'avais besoin d'argent pour redémarrer.
09:23Donc, j'ai dit, j'ai fait proposer à mon père qu'il me reprenne mes actions pour me donner
09:29du capital pour pouvoir me relancer.
09:32Mon père a dit, jamais.
09:34Donc, je suis parti avec ce que j'avais.
09:37Et plus tard, mon père m'a demandé de lui vendre mes actions.
09:43Mais ça s'est passé dans un deuxième temps, lorsqu'il a mis au point sa stratégie pour permettre à
09:48mes frères de remonter dans le capital de l'entreprise Bouygues.
09:53Ça, c'est votre hypothèse, aujourd'hui, que votre père a mis en place une stratégie ?
09:59Oui.
10:00Mon père, c'était Dieu le Père dans cette entreprise.
10:05Et je ne connais pas de cas de figure ailleurs où un salarié peut devenir propriétaire de plus de 20
10:11% de l'entreprise sans avoir hérité.
10:13Ce n'est pas possible.
10:14Parce que ce qu'il faut expliquer, c'est que votre père, à la fin de sa vie, il n
10:17'avait quasiment plus d'actions de Bouygues.
10:21Mon père n'était pas un homme d'argent.
10:23Il avait un train de vie formidable, mais ce n'était pas un calculateur.
10:28Pourquoi vous pensez qu'il vous a demandé de vendre vos actions ?
10:31Parce que, dans le schéma qu'il a imaginé, Maison Bouygues étant devenu un actif très important, il ne pouvait
10:39pas me garder comme actionnaire de Maison Bouygues.
10:41Donc, au moment où vous sortez, cette filiale reste entre les mains de votre père et de vos deux frères
10:46?
10:46Quand je sors du capital, la Maison Bouygues devient majoritairement la propriété de mes frères.
10:54En 2015, deux ans avant sa mort, votre mère souhaite mettre de l'ordre dans sa succession et vous fait
11:01signer un ensemble de papiers.
11:02Qu'est-ce qu'il y a dans ces papiers ?
11:04C'est censé résoudre les problèmes du passé.
11:07Je pense que ces papiers sont incomplets et c'est vraiment l'objet de la procédure actuelle.
11:13Qu'est-ce qui vous a décidé à remettre en cause cette succession ?
11:17J'ai vu que mon frère Martin s'était inventé un peu une légende et accaparait des choses qu'il
11:25n'avait pas faites.
11:26Et donc, ça m'a mis en colère.
11:29Et je me suis dit que j'allais me battre pour essayer de rétablir la vérité.
11:33Vous avez encore des contacts avec vos frères et sœurs aujourd'hui ?
11:37Avec mes sœurs, j'en ai eu.
11:38Avec mes frères, jamais.
11:39Ça fait 40 ans que mes frères m'ignorent.
11:43Ils ne veulent pas me serrer la main.
11:45Ils changent de trottoir si je passe.
11:46Qu'est-ce que vous espérez de la justice, finalement ?
11:49Les droits de Nicolas Bouygues sont les mêmes droits que n'importe qui.
11:55Donc, moi, je demande tout simplement le respect de mes droits.
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