00:00J'ai été placée à l'isolement par mesure de précaution
00:03puisqu'un premier cas à Ebola a été diagnostiqué en France
00:06et il se trouve que ce médecin qui travaillait pour l'ONG Alima en Itoury,
00:10on l'a rencontré début juin avec mon photographe.
00:22L'Itoury, c'est une province qui est ravagée par les guerres depuis plus de 30 ans.
00:26Pour les habitants, cette épidémie est venue vraiment rajouter une couche de détresse
00:30à une situation qui était déjà extrêmement compliquée pour eux.
00:32Donc on est arrivés à Bounia et moi la première chose qui m'a marquée,
00:35c'est déjà la désorganisation de la riposte et puis surtout, elle est morte tous les jours.
00:40On a assisté au dernier souffle d'une Congolaise qui s'appelait Nima,
00:44elle avait 30 ans et elle est décédée devant nous
00:46quand on s'est rendu au centre de traitement Ebola de Rwampara, juste à côté de Bounia.
00:52Après, on a continué le reportage en se rendant à Montgualou.
00:55Montgualou, c'est une localité qui est située à 75 km au nord-ouest de Bounia,
01:00qui est très difficile d'accès en raison de l'état délabré des routes.
01:04C'est aussi une route sur laquelle il y a beaucoup de checkpoints habituellement de miliciens
01:08et c'est dans cette zone, dans cette localité que l'épidémie Ebola a commencé.
01:12La particularité de Montgualou, c'est que c'est une zone minière,
01:16donc il y a beaucoup de circulation d'orpailleurs.
01:18Donc ça pose un enjeu supplémentaire dans la gestion de cette épidémie
01:22et ce à quoi il faut aussi ajouter les conflits qui sont nombreux dans la région
01:26avec des centaines de camps de déplacés, des centaines de milliers de personnes
01:30qui habitent dans ces camps et qui se déplacent en fait au gré des conflits.
01:33Et alors à Montgualou, les conditions sont encore pires qu'à Bounia.
01:36On a rencontré un personnel de santé qui était épuisé avec une riposte
01:40qui certes s'améliore de jour en jour, mais qui restait quand même insuffisante
01:45au regard de l'ampleur de l'épidémie puisque le nombre de morts augmente chaque jour
01:48et qu'il faut le rappeler, les chiffres qui sont sortis par les autorités congolaises
01:51sont largement sous-évalués selon tous les humanitaires qu'on a rencontrés sur place.
01:55Et là, on arrive dans l'attente qui sera confinée bientôt
01:58pour accueillir des cas confirmés.
02:01Pour l'instant, il n'y a personne parce que ce n'est pas fini.
02:08Pour vous donner un petit peu une idée de la désorganisation,
02:11on a par exemple la salle des morts.
02:13C'est comme ça que le personnel de santé appelle la morgue
02:16puisqu'il ne dispose même pas de morgue.
02:19Et en réalité, c'est une petite pièce délabrée,
02:22porte ouverte avec des cadavres de mort Ebola
02:25qui sont à même le sol dans des sacs mortuaires blancs.
02:29Cette salle des morts, elle était quand on y était,
02:31hors du parcours infesté, ce qui est un danger
02:33puisque ça expose potentiellement les soignants
02:36et les patients de l'hôpital à ces corps
02:38qui peuvent, on le rappelle, être extrêmement contagieux,
02:41bien plus d'ailleurs que ceux des vivants.
02:42Ça, c'est la nouvelle, morgue.
02:48Quand on est arrivé sur le terrain,
02:49le matériel commençait quand même à arriver
02:51au personnel de santé.
02:53Mais ce personnel de santé, il faut quand même rappeler
02:56qu'il a combattu l'épidémie depuis fin février
03:00puisque même si l'épidémie a été déclarée officiellement
03:03par les autorités congolaises mi-mai,
03:05en réalité, le virus s'est propagé
03:07sans que personne ne vienne en être.
03:09Ils étaient en train de bricoler avec pas assez
03:11d'équipements de protection individuelle,
03:14pas assez de médicaments,
03:15avec des hôpitaux qui ne disposaient pas encore
03:18de centres de traitement Ebola construits.
03:20Donc voilà, maintenant, cette situation s'améliore,
03:23mais il y a quand même encore une riposte
03:25qui est jugée par les humanitaires qu'on a rencontrés
03:27en deçà de ce qu'il faudrait pour gérer une telle épidémie.
03:32Alors moi, un moment qui m'a marquée,
03:33c'est quand on est arrivée dans un des cimetières
03:36sur les hauteurs de Montgualou.
03:38On a été enterrée, une personne décédée d'Ebola,
03:41la veille au soir à l'hôpital.
03:44On était accompagnée de la maman, de cette jeune femme.
03:48Et cette maman a été obligée de gérer l'enterrement
03:51de sa fille toute seule, sans agent,
03:53sans présence d'agent de la riposte.
03:55Ce qui montre bien une chose,
03:56c'est que les enterrements dignes et sécurisés
03:59qui sont préconisés par les autorités
04:01pour empêcher justement la contamination
04:02des familles des malades par les corps,
04:05en réalité, elles ne fonctionnent pas réellement à Montgualou.
04:09Quand on y était, les corps partaient sur des triporteurs
04:14qui étaient payés à hauteur de 120 euros
04:17par les familles elles-mêmes,
04:19puisque la Croix-Rouge, qui est censée gérer
04:21ces enterrements dignes et sécurisés,
04:22ne disposait pas d'assez de moyens, d'assez d'ambulances
04:24pour pouvoir convoyer tous les corps dans les cimetières.
04:28Les agents de santé et les humanitaires qu'on a rencontrés
04:30nous disent que le pic est encore devant nous,
04:33même si c'est extrêmement compliqué aujourd'hui
04:35d'avoir une idée de l'ampleur réelle de l'épidémie
04:37et même des zones dans lesquelles le virus circule,
04:40puisque les chiffres qui sont sortis par les autorités
04:42se basent uniquement sur des personnes
04:44qui ont été testées positives à la maladie.
04:46Et on sait, nous on l'a vu,
04:48des personnes, des Congolais dans l'est de la RDC
04:51continuent à mourir en silence dans leur domicile
04:53sans faire appel aux structures de santé.
04:55Le principal enjeu dans la gestion de cette épidémie,
04:57c'est vraiment la recherche de cas contacts.
04:59On a des chiffres qui sont sortis par les autorités,
05:01impressionnants, de 70% de cas contacts suivis.
05:05Ce que nous disent les humanitaires rencontrés sur le terrain,
05:07c'est qu'en réalité, il n'y a pas de suivi des cas contacts
05:09réellement effectifs.
05:10Pour l'instant, ces cas contacts sont juste listés
05:13sur des feuilles de papier et sans réel suivi derrière.
05:16Donc c'est le véritable enjeu,
05:17puisque sans un taux de suivi de cas contacts supérieur à 90%,
05:21les épidémiologistes estiment qu'il n'est pas possible
05:24de briser la chaîne de transmission.
05:25Donc il est fort à craindre que dans de telles conditions,
05:28l'épidémie continue malheureusement à se propager
05:30dans l'est de la RDC.
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