00:13C'est incroyable, Gilles Lotte, au revoir Johnny, vous qui avez été l'ami, l'ami de 30 ans, le
00:20biographe,
00:21qui est celui qui s'appelle Le Guerrier, Johnny nous a quittés. C'est dur, Gilles, c'est dur ?
00:27Oui, on a tous le cœur déchiré.
00:31Le cœur déchiré par l'amitié, par l'artiste ?
00:35Par l'homme, l'homme avant tout, qui était un modèle d'élégance, de savoir-vivre, d'humilité, un mec
00:46bien.
00:47Vous l'avez rencontré quand, Gilles Lotte ?
00:51Je l'ai rencontré très tôt, puisque j'ai rencontré, comme beaucoup de baby-boomers comme moi, dans l'émission
01:00où il passe en 1960, l'école des vedettes,
01:13où Lynn Renaud est sa marraine, et où il nous explose tous, parce qu'il arrive là, il est beau
01:21mec solaire.
01:23Nous, à notre époque, les Beatles n'existent pas, les Stones n'existent pas, et c'est le mec qui
01:31va devenir un peu notre phare.
01:34Donc je le découvre à ce moment-là, toute ma vie, ça va être un exemple pour moi, l'idée.
01:45Surtout que deux ans après, je vais le voir à un concert à Châtelayon, je suis avec mes potes, on
01:52a tous envie de le rassembler,
01:53parce que c'est vraiment l'idole de notre adolescence, et je suis à ce concert, et je suis devant,
02:00il m'attrape par la main, il me fait monter sur scène,
02:02et il me fait chanter le refrain d'Adouran Ron, et c'est juste magique pour moi.
02:08Mes potes sont fous de jalousie, donc ils me disent, ouais, tu chantes comme une merde, ce qui était vrai
02:13sans doute.
02:15Mais j'ai passé un moment, ça a marqué vraiment mon adolescence, et c'est un truc qui m'a
02:20donné envie de me défoncer dans la vie.
02:22Et puis après, de partir en Amérique, de découvrir tout ça, de rencontrer, de découvrir d'autres territoires.
02:30Donc l'idée a vraiment été importante pour moi, comme des millions de personnes.
02:33– Oui, vous êtes journaliste, reporter, photographe, travaillé à VSD…
02:37– Et quand je rentre à Paris Match, c'est que Roger Theron, le directeur emblématique de l'hebdomadaire,
02:45et Patrick Mahé, qui était alors rédacteur en chef, me demande de suivre Johnny dès 1985.
02:51Et ça va durer jusqu'en 1998, où je vais le suivre partout dans le monde entier.
02:57Il va me demander d'écrire son autobiographie Destroy.
03:00Et après, je vais le retrouver à Los Angeles, à l'époque où j'habite là-bas,
03:05et où je bosse avec Christian Digier, où ils vont monter leur Marc Smet.
03:10Donc on va encore retravailler ensemble, et on se croise tous les étés à Saint-Barthes au mois d'août.
03:16Donc je ne faisais plus partie du premier cercle, etc.
03:20Mais on avait gardé une complicité qui était vraiment…
03:27Enfin, c'était vraiment un mec que j'adorais, qui m'a vraiment marqué, qui a marqué trois générations.
03:37– Incroyable, incroyable. C'est les superlatifs.
03:40Vous dites que c'est le guerrier, c'est le titre du livre publié chez Robert Laffont.
03:44– Ouais, le guerrier, parce que sa vie n'a pas été aussi facile qu'on veut le dire.
03:50Le mec, il a morflé pratiquement toute sa vie, même quand il était au top.
03:56Ça démarre à la Zola, quoi. Son père l'abandonne, c'est sa tante qui l'élève.
04:03Il va passer une adolescence de saltimbanque, il n'a aucun repère.
04:08Il va apprendre sa vie, la vérité sur sa vie au compte-gouttes.
04:12Il ne sait pas que son père, c'est le frère de sa tante qui l'élève.
04:16Il dit maman à sa tante et il appelle sa mère Huguette, quoi.
04:22– C'est des blessures, c'est parce qu'un destin tragique.
04:25– Mais tout le temps, ça va le marquer, ça.
04:30Donc, c'est un mec, il avait tatoué sur le front et mémoire.
04:34Il avait besoin d'amour, c'est ce qu'il faisait avancer.
04:39– Ouais, l'incroyable chanteur bête de scène.
04:42On va le revoir qui chantait Tennessee, l'album avec Michel Berger.
04:46– Ouais, Tennessee, mais il ne faut pas oublier aussi qu'il va aller au théâtre
04:50quand il se reconstruit après sa « première petite mort » de 2009,
04:59où il va rester dans le coma pendant près de trois semaines.
05:04Il va se reconstruire, tout le monde le dit fini, ruiné, il n'a plus de voix.
05:11Il est à la strada et Laetitia, sa femme, qui va le porter, qui va l'aider, qui va le
05:17réinventer.
05:18Ils vont se réinventer ensemble.
05:21Et avant cette fameuse tournée de 2012, il va quand même se lancer un défi incroyable.
05:31C'est monter sur les planches, devenir comédien de théâtre et faire chicane la pièce de Tennessee.
05:39– Oui, incroyable.
05:39– Et ça, c'est complètement fou parce que dans l'état dans lequel il était, il trouve la force,
05:45il puise des forces et il se réinvente encore complètement.
05:48– C'est un phénix qui renaît. On va voir des images, le Parc des Princes, il fête son anniversaire,
05:53il arrive par la foule.
05:55Ça, c'est un souvenir incroyable.
05:57– Ah oui, mais moi, je suis là, dans les coulisses, avec Patrice Golupo, qui est le caméraman qui, pendant
06:0515 ans, va faire toutes ces images, les plus belles images.
06:10Et ce concert est magique pour moi. C'est l'apogée de Johnny. Il est magnifique.
06:19Sylvie Vartan va venir chanter mes tembres années a cappella. Il y a un silence dans ce stade qui est
06:24presque religieux.
06:25Il va chanter avec David, Michel Sardou, Eddie Mitchell. Et il y a une communion qui est énorme.
06:32– Se lier avec le public.
06:33– Et en plus, c'est la seule rockstar qui a les couilles de traverser le stade à travers son
06:41public. Personne n'a jamais fait ça.
06:43– Quand vous dites « son public », j'ai l'impression qu'il aimait ce public et ce public
06:47qu'il adorait.
06:49– Mais le public venait communier à ses concerts.
06:53– Communier ?
06:53– Ils venaient oublier leurs galères. Ils venaient oublier leurs impôts. Ils venaient oublier leurs soucis de gonzesses.
06:59Ils venaient oublier leurs fins de mois difficiles. Et ils lui communiquaient leur amour.
07:04Et ça le rendait, ça lui rendait la pêche. C'était une espèce d'énergie,
07:09un échange d'énergie un peu mystique, voire chamanique.
07:13Johnny et son public, pour moi ça n'existe pas.
07:17Il n'y a aucune rockstar au monde qui a cette espèce de communion incroyable.
07:24– Oui, j'ai l'impression que c'était des rêves de gamins qu'il poursuivait toujours.
07:29– Mais Johnny a toujours… La grande force de Johnny, ça a toujours été de vivre ses rêves,
07:35de réaliser ses rêves, même les plus fous. Et ça, il n'a jamais lâché l'histoire.
07:41Il n'a jamais lâché l'affaire. C'est pour ça que c'est un guerrier.
07:44– Un guerrier, oui. Un guerrier qui aujourd'hui a perdu, mais qui restera.
07:49– Oui, mais qui est parti dignement et en forçant l'admiration,
07:54en faisant cette tournée magnifique des vieilles canailles
07:56qui normalement n'auraient pas dû exister parce que le mec,
08:00il était juste très très malade, comme le disent Eddie Mitchell et Jacques Dutronc.
08:06Et qu'il montait sur scène et comme dans un des clics, hop, il y allait.
08:10Et c'est lui qui donnait la force aux autres.
08:13Donc, bon, il y avait tout. Zetoun avait prévu un avion privé
08:18pour l'emmener en cas de danger imminent.
08:23L'avion était prêt à partir. Il y avait un système respiratoire dans sa loge.
08:28Donc, il a fait une espèce de barreau de donneur magnifique.
08:33Un gladiateur.
08:35– Un gladiateur, c'est le mot que vous dites ?
08:37– Vraiment. Et chaque fois que son public le sentait un peu hésitant, trébuchant, souffrant, le souffle un peu court,
08:48etc.
08:48Tout le monde se levait et le portait.
08:51Et il a fait deux Bercy sublimes, un carcassonne extraordinaire.
08:58Et ça lui a donné la force de pouvoir partir en vacances à Saint-Barthes.
09:03Et moi, la dernière image que je garde de lui et celle que je veux garder,
09:08c'est qu'il était au mois d'août à Saint-Barthes, dans la rue Peinard.
09:13Il avait son Stetson. Il attendait Laetitia qui était partie faire des courses.
09:16Il était assis sur un banc entre le bar de l'oubli et le Select à Gustavia.
09:25Et il était tellement cool en regardant un coucher de soleil.
09:31Et quand je l'ai vu, je me suis dit, putain, mon pote, il est sauvé, quoi.
09:36Et quand il est rentré à Paris, bon, après, vous savez, il n'y a pas de Johnny Hallyday,
09:42ni de Monsieur et Madame, tout le monde devant le cancer.
09:44Tout le monde est égal.
09:46Mais bon, chaque jour était une victoire.
09:51Et voilà, il est parti vraiment avec dignement, comme il a toujours été.
09:58C'était quelqu'un de digne et d'une élégance extraordinaire.
10:03– Merci, Gilles Lotte. Johnny, le guerrier chez Robert Laffont.
10:08Votre livre sorti bien avant tout ça, mais qui est tellement fort et tellement plein d'amour.
10:13Merci, Gilles Lotte.
10:14– Je vous remercie de m'avoir reçu.
10:15– Sous-titrage Société Radio-Canada
10:21– Sous-titrage Société Radio-Canada
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