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  • il y a 12 heures
Invité de l'émission L'Invité sur TV5 Monde, Gilles Lhote présente son livre Mon Ami Johnny. Diffusée le 27 septembre 2018, cette interview revient sur son amitié avec Johnny Hallyday, leurs années de collaboration et les souvenirs qu'il partage dans cet ouvrage consacré à l'artiste.

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Musique
Transcription
00:13C'est incroyable, Gilles Lotte, au revoir Johnny, vous qui avez été l'ami, l'ami de 30 ans, le
00:20biographe,
00:21qui est celui qui s'appelle Le Guerrier, Johnny nous a quittés. C'est dur, Gilles, c'est dur ?
00:27Oui, on a tous le cœur déchiré.
00:31Le cœur déchiré par l'amitié, par l'artiste ?
00:35Par l'homme, l'homme avant tout, qui était un modèle d'élégance, de savoir-vivre, d'humilité, un mec
00:46bien.
00:47Vous l'avez rencontré quand, Gilles Lotte ?
00:51Je l'ai rencontré très tôt, puisque j'ai rencontré, comme beaucoup de baby-boomers comme moi, dans l'émission
01:00où il passe en 1960, l'école des vedettes,
01:13où Lynn Renaud est sa marraine, et où il nous explose tous, parce qu'il arrive là, il est beau
01:21mec solaire.
01:23Nous, à notre époque, les Beatles n'existent pas, les Stones n'existent pas, et c'est le mec qui
01:31va devenir un peu notre phare.
01:34Donc je le découvre à ce moment-là, toute ma vie, ça va être un exemple pour moi, l'idée.
01:45Surtout que deux ans après, je vais le voir à un concert à Châtelayon, je suis avec mes potes, on
01:52a tous envie de le rassembler,
01:53parce que c'est vraiment l'idole de notre adolescence, et je suis à ce concert, et je suis devant,
02:00il m'attrape par la main, il me fait monter sur scène,
02:02et il me fait chanter le refrain d'Adouran Ron, et c'est juste magique pour moi.
02:08Mes potes sont fous de jalousie, donc ils me disent, ouais, tu chantes comme une merde, ce qui était vrai
02:13sans doute.
02:15Mais j'ai passé un moment, ça a marqué vraiment mon adolescence, et c'est un truc qui m'a
02:20donné envie de me défoncer dans la vie.
02:22Et puis après, de partir en Amérique, de découvrir tout ça, de rencontrer, de découvrir d'autres territoires.
02:30Donc l'idée a vraiment été importante pour moi, comme des millions de personnes.
02:33– Oui, vous êtes journaliste, reporter, photographe, travaillé à VSD…
02:37– Et quand je rentre à Paris Match, c'est que Roger Theron, le directeur emblématique de l'hebdomadaire,
02:45et Patrick Mahé, qui était alors rédacteur en chef, me demande de suivre Johnny dès 1985.
02:51Et ça va durer jusqu'en 1998, où je vais le suivre partout dans le monde entier.
02:57Il va me demander d'écrire son autobiographie Destroy.
03:00Et après, je vais le retrouver à Los Angeles, à l'époque où j'habite là-bas,
03:05et où je bosse avec Christian Digier, où ils vont monter leur Marc Smet.
03:10Donc on va encore retravailler ensemble, et on se croise tous les étés à Saint-Barthes au mois d'août.
03:16Donc je ne faisais plus partie du premier cercle, etc.
03:20Mais on avait gardé une complicité qui était vraiment…
03:27Enfin, c'était vraiment un mec que j'adorais, qui m'a vraiment marqué, qui a marqué trois générations.
03:37– Incroyable, incroyable. C'est les superlatifs.
03:40Vous dites que c'est le guerrier, c'est le titre du livre publié chez Robert Laffont.
03:44– Ouais, le guerrier, parce que sa vie n'a pas été aussi facile qu'on veut le dire.
03:50Le mec, il a morflé pratiquement toute sa vie, même quand il était au top.
03:56Ça démarre à la Zola, quoi. Son père l'abandonne, c'est sa tante qui l'élève.
04:03Il va passer une adolescence de saltimbanque, il n'a aucun repère.
04:08Il va apprendre sa vie, la vérité sur sa vie au compte-gouttes.
04:12Il ne sait pas que son père, c'est le frère de sa tante qui l'élève.
04:16Il dit maman à sa tante et il appelle sa mère Huguette, quoi.
04:22– C'est des blessures, c'est parce qu'un destin tragique.
04:25– Mais tout le temps, ça va le marquer, ça.
04:30Donc, c'est un mec, il avait tatoué sur le front et mémoire.
04:34Il avait besoin d'amour, c'est ce qu'il faisait avancer.
04:39– Ouais, l'incroyable chanteur bête de scène.
04:42On va le revoir qui chantait Tennessee, l'album avec Michel Berger.
04:46– Ouais, Tennessee, mais il ne faut pas oublier aussi qu'il va aller au théâtre
04:50quand il se reconstruit après sa « première petite mort » de 2009,
04:59où il va rester dans le coma pendant près de trois semaines.
05:04Il va se reconstruire, tout le monde le dit fini, ruiné, il n'a plus de voix.
05:11Il est à la strada et Laetitia, sa femme, qui va le porter, qui va l'aider, qui va le
05:17réinventer.
05:18Ils vont se réinventer ensemble.
05:21Et avant cette fameuse tournée de 2012, il va quand même se lancer un défi incroyable.
05:31C'est monter sur les planches, devenir comédien de théâtre et faire chicane la pièce de Tennessee.
05:39– Oui, incroyable.
05:39– Et ça, c'est complètement fou parce que dans l'état dans lequel il était, il trouve la force,
05:45il puise des forces et il se réinvente encore complètement.
05:48– C'est un phénix qui renaît. On va voir des images, le Parc des Princes, il fête son anniversaire,
05:53il arrive par la foule.
05:55Ça, c'est un souvenir incroyable.
05:57– Ah oui, mais moi, je suis là, dans les coulisses, avec Patrice Golupo, qui est le caméraman qui, pendant
06:0515 ans, va faire toutes ces images, les plus belles images.
06:10Et ce concert est magique pour moi. C'est l'apogée de Johnny. Il est magnifique.
06:19Sylvie Vartan va venir chanter mes tembres années a cappella. Il y a un silence dans ce stade qui est
06:24presque religieux.
06:25Il va chanter avec David, Michel Sardou, Eddie Mitchell. Et il y a une communion qui est énorme.
06:32– Se lier avec le public.
06:33– Et en plus, c'est la seule rockstar qui a les couilles de traverser le stade à travers son
06:41public. Personne n'a jamais fait ça.
06:43– Quand vous dites « son public », j'ai l'impression qu'il aimait ce public et ce public
06:47qu'il adorait.
06:49– Mais le public venait communier à ses concerts.
06:53– Communier ?
06:53– Ils venaient oublier leurs galères. Ils venaient oublier leurs impôts. Ils venaient oublier leurs soucis de gonzesses.
06:59Ils venaient oublier leurs fins de mois difficiles. Et ils lui communiquaient leur amour.
07:04Et ça le rendait, ça lui rendait la pêche. C'était une espèce d'énergie,
07:09un échange d'énergie un peu mystique, voire chamanique.
07:13Johnny et son public, pour moi ça n'existe pas.
07:17Il n'y a aucune rockstar au monde qui a cette espèce de communion incroyable.
07:24– Oui, j'ai l'impression que c'était des rêves de gamins qu'il poursuivait toujours.
07:29– Mais Johnny a toujours… La grande force de Johnny, ça a toujours été de vivre ses rêves,
07:35de réaliser ses rêves, même les plus fous. Et ça, il n'a jamais lâché l'histoire.
07:41Il n'a jamais lâché l'affaire. C'est pour ça que c'est un guerrier.
07:44– Un guerrier, oui. Un guerrier qui aujourd'hui a perdu, mais qui restera.
07:49– Oui, mais qui est parti dignement et en forçant l'admiration,
07:54en faisant cette tournée magnifique des vieilles canailles
07:56qui normalement n'auraient pas dû exister parce que le mec,
08:00il était juste très très malade, comme le disent Eddie Mitchell et Jacques Dutronc.
08:06Et qu'il montait sur scène et comme dans un des clics, hop, il y allait.
08:10Et c'est lui qui donnait la force aux autres.
08:13Donc, bon, il y avait tout. Zetoun avait prévu un avion privé
08:18pour l'emmener en cas de danger imminent.
08:23L'avion était prêt à partir. Il y avait un système respiratoire dans sa loge.
08:28Donc, il a fait une espèce de barreau de donneur magnifique.
08:33Un gladiateur.
08:35– Un gladiateur, c'est le mot que vous dites ?
08:37– Vraiment. Et chaque fois que son public le sentait un peu hésitant, trébuchant, souffrant, le souffle un peu court,
08:48etc.
08:48Tout le monde se levait et le portait.
08:51Et il a fait deux Bercy sublimes, un carcassonne extraordinaire.
08:58Et ça lui a donné la force de pouvoir partir en vacances à Saint-Barthes.
09:03Et moi, la dernière image que je garde de lui et celle que je veux garder,
09:08c'est qu'il était au mois d'août à Saint-Barthes, dans la rue Peinard.
09:13Il avait son Stetson. Il attendait Laetitia qui était partie faire des courses.
09:16Il était assis sur un banc entre le bar de l'oubli et le Select à Gustavia.
09:25Et il était tellement cool en regardant un coucher de soleil.
09:31Et quand je l'ai vu, je me suis dit, putain, mon pote, il est sauvé, quoi.
09:36Et quand il est rentré à Paris, bon, après, vous savez, il n'y a pas de Johnny Hallyday,
09:42ni de Monsieur et Madame, tout le monde devant le cancer.
09:44Tout le monde est égal.
09:46Mais bon, chaque jour était une victoire.
09:51Et voilà, il est parti vraiment avec dignement, comme il a toujours été.
09:58C'était quelqu'un de digne et d'une élégance extraordinaire.
10:03– Merci, Gilles Lotte. Johnny, le guerrier chez Robert Laffont.
10:08Votre livre sorti bien avant tout ça, mais qui est tellement fort et tellement plein d'amour.
10:13Merci, Gilles Lotte.
10:14– Je vous remercie de m'avoir reçu.
10:15– Sous-titrage Société Radio-Canada
10:21– Sous-titrage Société Radio-Canada
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