00:007h-9h, Europe 1 Matin.
00:03Et à 7h18 sur Europe 1, c'est l'heure de l'édito éco Dimitri Pavlenko.
00:07Bonjour Olivier Babaud.
00:08Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:11Olivier, l'Institut Sapiens que vous présidez vient de publier avec le syndicat de référence des entreprises du secteur médical
00:16un livre blanc sur le financement des entreprises françaises dans ce secteur particulier de la santé.
00:23Et vous dites que c'est un immense gâchis français.
00:25Oui Dimitri, le paradoxe est total. La France compte près de 1400 entreprises de dispositifs médicaux.
00:31Elles font 32 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 100 000 emplois avec les sous-traitants,
00:353750 brevets internationaux déposés chaque année, ce qui nous classe au cinquième rang mondial.
00:40Nos médecins, nos ingénieurs sont excellents et pourtant aucune entreprise française du secteur
00:44ne dépasse le milliard d'euros de chiffre d'affaires, la plus grande Urgo, la fun à 800 millions.
00:49C'est quand même étonnant pour un secteur aussi dynamique.
00:51C'est même pire, aucune MedTech française ne s'est introduite en bourse depuis 10 ans.
00:5693% des entreprises du secteur sont des PME.
00:58On invote, on invente, on innove, mais on ne grandit jamais.
01:01Et quand ces jeunes entreprises deviennent intéressantes,
01:03elles sont rachetées par des groupes étrangers américains le plus souvent.
01:06Et comment vous expliquez ce blocage à la croissance ?
01:09Alors deux obstacles, tous les deux réglementaires.
01:11Le premier, c'est la certification européenne.
01:13Faire homologuer un dispositif médical peut coûter jusqu'à 300 000 euros
01:16et prendre trois ans sans aucune garantie de délai.
01:18Aux Etats-Unis, c'est six mois à un an et l'entreprise connaît la date de sa réponse à
01:22l'avance.
01:23Un dirigeant du secteur m'a dit que ce règlement était un suicide pour l'industrie du dispositif médical.
01:28Et pendant ces trois années d'attente, l'entreprise fait quoi ? Elle ne vaut rien ?
01:31Elle ne vaut rien, exactement.
01:32Elle paie des auditeurs, elle n'a pas encore de chiffre d'affaires.
01:34Les investisseurs s'inquiètent.
01:36Une investisseuse du secteur résume bien la situation.
01:38Le problème pour un fonds est de financer l'attente.
01:40Le second obstacle, quel est-il ?
01:42C'est le remboursement par l'assurance maladie.
01:43Une fois le produit homologué, encore faut-il convaincre la sécurité sociale de le rembourser pays par pays
01:48puisque sur ce point, l'Europe n'existe pas vraiment.
01:50Là encore, des années d'attente, des critères flous et une sécurité sociale
01:54qui résonne en silo budgétaire annuel plutôt qu'en investissement de long terme.
01:58Et c'est le même mécanisme qu'on a connu dans le numérique, non ?
02:01Précisément.
02:02On invente, on essaime et la valeur part à l'étranger.
02:05La sortie pour ces entreprises se ferait presque toujours par le rachat, par un fonds ou un groupe américain.
02:09Il n'existe pas en France de consolidateur, ces grandes entreprises qui tirent tout un écosystème vers le haut
02:15comme on en a en aéronautique ou en défense.
02:17Alors qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
02:18Il y aurait trois leviers.
02:19D'abord, multiplier les organismes de certification pour casser leur situation de quasi-monopole
02:23et les obliger à s'engager sur une date ferme de réponse.
02:27Ensuite, harmoniser les décisions de remboursement en Europe
02:29pour qu'un dispositif validé en Allemagne n'ait pas à repasser 15 fois les mêmes obstacles ailleurs.
02:34Enfin, orienter une partie de notre épargne et les fameux 2000 milliards d'euros logés dans l'assurance-vie
02:38vers le financement de cette innovation.
02:40L'enjeu, dites-vous Olivier, dépasse la seule question économique.
02:43Oui, parce que c'est une question de souveraineté.
02:45La Covid nous a appris qu'avoir ou non des masques, des respirateurs, des dispositifs médicaux,
02:49c'est un facteur clé d'indépendance nationale.
02:52La santé comme la défense ou le numérique ne devraient pas dépendre des décisions d'un fournisseur étranger.
02:56Pour l'instant, on préfère laisser la bureaucratie européenne tuer à petit feu une pépite après l'autre.
03:01Signature Europe 1, Olivier Babot.
03:03Merci beaucoup Olivier.
03:04Bonne journée à vous.
03:04Sous-titrage Société Radio-Canada
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