- il y a 4 mois
Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine et chef des urgences de l’hôpital Georges Pompidou, était l’invité du Face-à-Face de ce vendredi 26 juin sur BFMTV et RMC. Il a été interrogé sur l'état des urgences de l'hôpital George Pompidou avec la canicule ou encore sur la dette qui continue de se creuser en France.
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00:00Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Philippe Juvin.
00:04Bonjour.
00:05Merci d'être dans ce studio ce matin. Vous êtes professeur de médecine, chef des urgences à l'hôpital Georges
00:09Pompidou à Paris, à quelques mètres de ce studio.
00:12Vous êtes également député à l'air des Hauts-de-Seine et rapporteur du budget.
00:15Mais ce matin, c'est d'abord aux médecins que je m'adresse.
00:17Vous avez entendu les propos du préfet de police de Paris hier soir.
00:20Les hôpitaux parisiens sont saturés, dit-il. La situation est inquiétante, la pression monte.
00:26Que voyez-vous aux urgences à Pompidou ?
00:29Depuis lundi, le flux de patients ne baisse pas et il a beaucoup augmenté hier.
00:34Il y a eu une pointe hier. J'y étais jusqu'à 22h hier. J'y étais à 7h ce
00:39matin et j'y retourne après votre interview.
00:42Les couloirs sont pleins de patients plutôt âgés, mais ça commence en réalité à 50-60 ans désormais.
00:49Des gens avec des hyperthermies très fortes. Les SDF aussi, qui arrivent avec 42 de température.
00:56On a des capacités d'hospitalisation qui sont saturées, pour ne pas dire dépassées.
01:01Dans mon service, j'ai 20 lits d'hospitalisation habituellement, en plus du flux des patients des urgences.
01:06Et ce matin, nous avons 53 patients hospitalisés.
01:09Donc c'est vous dire qu'on est dans une situation de... Quand on dit saturation, c'est plus que
01:12ça.
01:12Mais ça veut dire qu'ils sont où ? Ils sont où les 33 entre eux ?
01:15Ils sont dans des brancards, dans les couloirs ou sur des lits que nous sommes allés chercher dans des chambres
01:21qui étaient désaffectées de personnel dans les étages.
01:25Et on essaye de les, entre guillemets, gazer, hospitaliser où on peut.
01:30Donc c'est une situation extrêmement grave, extrêmement grave.
01:35On n'a pas eu de mort cette nuit, mais on a des patients qui sont dans un état très
01:38précaire.
01:40Moi, ma thèse... Enfin, ce n'est pas ma thèse, tout le monde l'observe.
01:43C'est que probablement, les gens qui meurent, meurent avant d'arriver à l'hôpital.
01:46Les pompiers...
01:47Mon inquiétude, c'est ce qu'on ne voit pas ?
01:49Alors, d'abord, mon inquiétude, c'est ce que je vis actuellement.
01:52Parce que déjà, aux urgences, nous avons du mal à avaler les flux.
01:56Il y avait 20 patients qui n'avaient toujours pas été vus à 7h du matin.
02:00Ça, c'est ma première inquiétude.
02:01Et puis, la deuxième inquiétude, vous avez raison, c'est que dans les jours qui viennent,
02:04on va découvrir probablement, à leur domicile, des gens qui sont morts tout seuls.
02:10Tout seuls. Quelle société qui laisse les gens mourir tout seuls ?
02:12Entre nous, c'est quand même assez fou.
02:14Et qui sont très déshydratés.
02:16Donc oui, on a un pic de mortalité, très probablement, depuis hier.
02:20Il faudrait regarder les certificats de décès, mais ça doit être possible de les voir dès aujourd'hui.
02:25Mais aujourd'hui et demain et après-demain, on va probablement avoir un afflux supplémentaire.
02:30Un afflux supplémentaire des services saturés.
02:34Hier, le chef du SAMU disait qu'il avait eu connaissance également de personnes qui sont décédées,
02:42une femme au moins, non pas de pathologie, mais de l'extrême chaleur à l'intérieur même de chambres d
02:48'hôpitaux.
02:48Ce n'est pas votre cas, je crois, à l'hôpital Georges-Pompidou, mais de nombreux hôpitaux de France,
02:54non seulement font face à cette saturation, mais avec des moyens et dans des chambres qui ne sont pas rafraîchies.
03:00Alors, j'ai la chance, dans mon service des urgences, d'avoir de la climatisation.
03:05Ce n'est pas le cas de toutes les chambres de l'hôpital, mais vous savez, la plupart des hôpitaux
03:09français sont des vieux hôpitaux,
03:10des bâtiments parfois même du début du XXe siècle, même avant pour certains, non climatisés.
03:16Et puis, il y a eu toute cette mode absolument délirante depuis 25 ans,
03:19où dès que vous déposez un permis de construire, il ne fallait pas de climatisation.
03:22C'était le truc, la climatisation nuit au climat.
03:25Enfin, elle nuit au climat, elle nuit d'abord à la santé, l'absence de climatisation.
03:28Donc oui, il y a beaucoup d'hôpitaux français où il n'y a pas de clim.
03:31Mais il y a beaucoup de crèches où il n'y a pas de clim, il y a beaucoup d
03:33'écoles, la plupart, où il n'y a pas de clim.
03:34Il y a beaucoup de logements où il n'y a pas de clim.
03:36Et donc, ça, c'est une des leçons qu'il faudra tirer, la climatisation.
03:40La question, évidemment, de l'extrême chaleur, des risques que prennent les uns et les autres.
03:45Première décision prise par le préfet hier, l'interdiction de consommation d'alcool dans la capitale.
03:50Aujourd'hui, à partir de midi et de ventes à emporter à partir de 18h, c'était nécessaire ?
03:55C'était indispensable, mais je dis au préfet de police qu'il a aussi deux autres décisions à prendre.
03:59Lesquelles ?
04:01Il y a Solidez, qui est une grande manifestation musicale, vendredi, samedi, dimanche, festival de musique en plein air, sous
04:07le cagnard.
04:08Il y a également la marge des fiertés à Paris, samedi.
04:11Franchement, c'est totalement déraisonnable, totalement déraisonnable.
04:14Compte tenu de l'état actuel de nos urgences et de nos hôpitaux, on est déjà sous l'eau.
04:18On a du mal à prendre en charge les patients qui nous arrivent déjà.
04:22On va rajouter deux risques supplémentaires.
04:25Je pense que tous les gens qui vont participer à la marge des fiertés et à Solidez vont évidemment comprendre
04:30que c'est de l'intérêt général de ne pas faire ces deux faits.
04:34Ne venez pas en plus ajouter un risque à un risque qui est déjà avéré.
04:39Vous demandez au préfet de police de Paris d'interdire la tenue d'annuler ces deux manifestations.
04:44Écoutez, c'est deux sujets qu'on évoque depuis 48 heures avec les autorités.
04:48Je dis très clairement au préfet de police de Paris, ce n'est pas raisonnable de maintenir ni Solidez ni
04:53la marge des fiertés.
04:55Je conçois toutes les difficultés d'annuler tous ces trucs-là.
04:58La décision a été prise à Lyon déjà.
04:59A Lyon, la marge des fiertés a été annulée.
05:01Et ils ont raison.
05:02Le préfet de Lyon a été bien éclairé.
05:05Mais il n'y a pas que la marge des fiertés, il y a Solidez, trois jours.
05:08Solidez, trois jours.
05:10Et dans l'état actuel, effectivement, des urgences, qu'est-ce que vous anticipez des jours qui viennent ?
05:14On a dit depuis le début de cette crise que les corps étaient mis à rude épreuve,
05:18que l'incapacité à se rafraîchir la nuit, et la nuit dernière a encore été insoutenable,
05:24avaient des conséquences parfois en décalées.
05:27Qu'est-ce qu'il faut anticiper ?
05:28On reçoit des patients qui ont 42 degrés de température.
05:31En gros, les deux cibles actuellement, ce sont les patients âgés,
05:34parce qu'ils restent chez eux, personne ne s'occupe d'eux, ils sont abandonnés, les malheureux.
05:37Et puis un jour, on se dit, tiens, qu'est-ce qu'ils deviennent ?
05:39On les retrouve dans un état terrible.
05:40Donc ça signifie d'ailleurs que la première leçon, chacun a sa part du travail à faire.
05:45Les gouvernants doivent gouverner, les soignants soignés,
05:47mais vous, ceux qui nous écoutent, dès que l'émission est finie, il faut qu'ils se lèvent,
05:51ils vont taper à la porte du voisin et ils vont demander si ça va.
05:55Ils vont lui apporter une bouteille d'eau fraîche.
05:56Et quand vous voyez un SDF dans la rue, vous prenez une bouteille d'eau glacée et vous lui donnez.
06:00C'est ça qu'il faut faire. Chacun peut jouer un rôle.
06:02Chacun peut jouer un rôle et il ne faut pas oublier, et c'est très important le message que vous
06:05faites passer ce matin,
06:06c'est aussi la question d'aller s'occuper de ses voisins, de ceux qui sont seuls, des plus âgés,
06:11et des SDF, et des SDF à qui on donne à boire.
06:15Si on ne fait pas ça, honnêtement, on est dans une société où la fraternité ne veut rien dire.
06:19Moi, j'en peux plus de cette société de gens égoïstes.
06:21Donc allez-y, vous avez chacun un rôle à jouer.
06:23Et puis il y a un deuxième sujet, bien entendu, c'est qu'on va trouver dans les jours qui
06:27viennent des gens qui sont chez eux
06:28et qui probablement sont en train de mourir chez eux.
06:32Donc vous pouvez réduire la mortalité en allant dès 9h de la taper chez le voisin.
06:38Le risque, il est là, bien entendu.
06:40Alors je ne vous parle même pas du fait que les hôpitaux doivent annuler les patients qui sont programmés.
06:44Il y a des annulations déjà aujourd'hui ?
06:46S'il n'y en a pas, oui, il y en a, bien sûr.
06:48Il y en a, vous l'avez constaté.
06:49Il faut probablement continuer à en faire beaucoup plus.
06:51Parce que je regarde les urgences, vous avez compris les chiffres que je vous donnais.
06:55Il me faut, il faut que je trouve, ne serait-ce que pour l'hôpital Pompidou,
06:58mais c'est pareil partout en fait en Ile-de-France, une trentaine de lits d'hospitalisation.
07:02Où est-ce qu'on les trouve ces lits ? On ne va pas les créer comme ça.
07:05On les trouve tout simplement parce qu'on annule des patients qui devaient venir.
07:10Vraiment, ce qui nous attend, c'est probablement, il y a des morts qu'on n'a pas encore identifiées,
07:15qui sont chez eux, comme je vous le dis.
07:16Mais il est probable que le pic de mortalité qui a dû avoir lieu hier,
07:19il va se poursuivre pendant 2-3 jours minimum.
07:23Ce sont des, vous le disiez, des gens qui ont des décompensations parfois de maladies chroniques.
07:29Ce sont également des arrêts cardiaques supplémentaires,
07:32y compris chez des plus jeunes qui se mettent dans des situations de risque.
07:37Alors évidemment, le jeune qui se met à faire du sport à 30 ans, il faut lui dire d'arrêter.
07:41Il nuit à sa santé et il nous pose un problème.
07:44Mais quand je dis des patients âgés, il y a beaucoup de patients âgés.
07:47Beaucoup, c'est évident.
07:48Mais il y a aussi des gens qui sont relativement peu âgés.
07:51Enfin, on a des cinquantenaires aujourd'hui aux urgences,
07:54qui souffrent de décompensation de leur maladie de base.
07:57Ils ont une insuffisance cardiaque, une maladie respiratoire qui décompense.
08:00Mais il y a aussi des gens qui n'ont pas de maladie de base,
08:03tout simplement qui sont en bonne santé,
08:05mais qui, quand ils ont 42 degrés de température, font un coma, font des convulsions.
08:12Et nous avons des gens qui, probablement, peuvent mourir uniquement d'hyperthermie.
08:20C'est-à-dire, il faut bien que les gens comprennent que la chaleur en elle-même, elle tue.
08:24Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de diabète, on n'a pas d'insuffisance cardiaque
08:28qu'on ne meurt pas d'hyperthermie.
08:29Si vous vous retrouvez en plein soleil et que votre température corporelle monte à 42 degrés
08:34et que vous ne faites rien, vous allez mourir.
08:36Philippe Juvin, réquisition d'un certain nombre d'étudiants en médecine, c'est une bonne chose ?
08:41Moi, je prends tout.
08:42Les étudiants en médecine, les postiers, tout est bon à prendre.
08:46Vous voyez, je suis assez facile.
08:49J'ai simplement besoin que les autorités prennent les bonnes décisions sur les grands rassemblements.
08:54Donc, je vous ai parlé de solidaise et de la marche des fiertés.
08:57J'ai besoin que chacun aille taper à la porte du voisin et leur donner de l'eau ainsi qu
09:03'au SDF.
09:04Et puis, nous avons besoin, évidemment, à très court terme, de moyens supplémentaires, de bonne volonté.
09:08J'ai rappelé tous les médecins qui ont un jour travaillé dans le service pour qu'ils viennent nous donner
09:12un coup de main.
09:12Et ils ont répondu à l'appel ?
09:13Oui, un certain nombre ont répondu dès ce matin, 7 heures, dès le premier message.
09:18Et ceux qui m'écoutent, qui n'hésitent pas à m'appeler, on a besoin de eux.
09:20Ça, c'est les besoins humains.
09:22Il y a aussi les besoins matériels.
09:24On parlait à l'instant de la question de la climatisation.
09:26Mais même à très court terme, est-ce que vous avez suffisamment de matériel nécessaire ?
09:30Est-ce que vous avez, vous disiez tout à l'heure, qu'il fallait rafraîchir ce qui arrive ?
09:33On l'a vu sur BFM TV l'autre jour, ces fameux lits dans lesquels on met des glaçons
09:40pour rafraîchir de manière immédiate et franche des corps en surchauffe ?
09:44Est-ce que ça, vous avez les moyens ? Est-ce que ça, vous les avez ?
09:46Quand quelqu'un arrive à 42 degrés, on le déshabille complètement, on le met dans une baignoire
09:51et on lui met de l'eau avec des glaçons pour avoir de l'eau à 5-10 degrés.
09:54C'est la seule condition qui fait qu'à 42, il va passer, il va diminuer jusqu'à 37.
09:58C'est comme ça qu'on sauve les gens aujourd'hui.
10:00Et dans les voitures de pompiers, dans les ambulances de pompiers, dans les premiers secours,
10:03il y a, et dans la protection civile, il y a des baignoires, ce sont des baignoires.
10:06On en a deux à Pompidou qui marchent full-time.
10:10Donc il y a un sujet de logistique pour avoir des glaçons.
10:12Donc là, on en a. Il faut que ce sujet soit absolument verrouillé.
10:15Il ne faut pas qu'il y ait une rupture de glaçons, il ne manquerait plus que ça.
10:18Et puis, j'appelle également tous ceux qui vendent des climatiseurs
10:21à se rapprocher de l'EHPAD à côté de chez eux ou d'hôpital à côté de chez eux
10:26pour voir s'ils ne peuvent pas les aider à en fournir.
10:30Professeur Philippe Juvin, il y a aussi l'été qui vient.
10:33Nous ne sommes qu'en juin.
10:36Aujourd'hui, vous avez la main-d'œuvre au max, c'est-à-dire que les gens ne sont pas
10:41partis en congé,
10:42les infirmières, les infirmiers, les médecins.
10:44Il n'y a plus... Il y a les équipes, j'allais dire, normalement, dans leurs effectifs globaux.
10:51Est-ce que vous redoutez les futures canicules s'il y en a,
10:55et on anticipe déjà qu'il y en est dans les semaines ou dans les deux mois qui viennent ?
10:59Il est sûr qu'en hiver, on a l'épidémie de grippe qui arrive quand il fait froid
11:03et quand les gens sont en vacances d'hiver.
11:05Et les canicules, ça arrive plutôt quand les gens sont en vacances d'été.
11:08Donc, c'est sûr qu'en été et en hiver, nous avons peu de marge de manœuvre.
11:12Le problème, c'est notre capacité à réagir.
11:16Réagir en termes de personnel médical, mais aussi paramédical.
11:18C'est une chose d'avoir des médecins.
11:20Mais si vous n'avez pas d'infirmière pour ouvrir des lits d'hospitalisation,
11:23en fait, les lits restent fermés.
11:24Donc, c'est vrai qu'il y a la question de la climatisation,
11:27de la solidarité intergénérationnelle,
11:28mais il y a cette question très, très, très, très claire.
11:31Moi, ça fait des années que je vous dis une chose très simple,
11:34c'est qu'on ne forme pas suffisamment de personnel de santé.
11:36C'est-à-dire que nous n'avons pas de marge de manœuvre.
11:38Pour vous donner un exemple, les Anglais ont triplé,
11:41enfin, pardon, ont doublé le numerus clausus doublé.
11:43Ils ont formé deux fois plus de médecins.
11:45Nous, on ne l'a pas fait, on a fait plus de 15%.
11:46On l'a rouvert, mais enfin...
11:4715% et on s'est dit, c'est formidable, on est des champions.
11:51Non, et ça, on est des champions.
11:52Mais il faut doubler le numerus clausus.
11:55En fait, la question qui se pose en France,
11:58en matière de santé, c'est la même qu'en question budgétaire.
12:00C'est l'absence de marge de manœuvre.
12:02C'est ce que j'allais vous dire.
12:03Et j'y viens aussi à cette question du non-investissement
12:06ou de tout ce qui craque.
12:08Aujourd'hui, vous nous parlez des urgences
12:10où vous êtes obligés, j'allais dire, presque de faire des tris.
12:12Alors, aujourd'hui, ce sont des opérations
12:14que vous pouvez décaler pour pouvoir libérer des lits.
12:17Mais au fond, le débat la semaine dernière sur la justice,
12:19il avait cette même toile de fond
12:21qui est la question de la saturation
12:23et des choix qui sont faits, et parfois dans l'urgence.
12:26Philippe Juvin, vous êtes également rapporteur du budget.
12:28Quand vous entendez Emmanuel Macron hier soir qui dit
12:30« On a quand même, on s'est adapté ».
12:33Est-ce que vous estimez que c'est le cas ?
12:34On s'est adapté à quoi ?
12:36Au réchauffement climatique, dit-il.
12:38On a fait en sorte de s'adapter.
12:39Non, vous avez l'air de vous dire pas du tout.
12:41Vous savez, je suis un homme de science.
12:43Je regarde les choses.
12:45Est-ce que tous nos hôpitaux sont climatisés ?
12:47Non.
12:48Est-ce que les écoles sont climatisées ?
12:49Est-ce que les crèches le sont ?
12:50Est-ce que les EHPAD le sont ?
12:51Est-ce que les logements le sont ?
12:52Non.
12:54Donc, je crois même que jusqu'à une date très récente,
12:58le fonds vert, qui est ce fonds qui permet de financer
13:02la transition écologique, je crois que le fonds vert
13:04excluait le financement de la climatisation.
13:06Il l'exclu toujours, je vous le confie.
13:07Je recevais hier la porte-parole du gouvernement,
13:09Maude Bréjon, qui s'en indignait.
13:13Il disait qu'à titre personnel, il était favorable à l'idée
13:16effectivement que ce fonds puisse également être ouvert
13:18à la climatisation des écoles, notamment, ou des EHPAD.
13:21Mais au moment où l'on se parle, ce fonds vert ne peut pas être utilisé
13:25s'il y a climatisation par les collectivités locales.
13:28C'est une absurdité.
13:31Maude Bréjon est quelqu'un de très grande qualité que je connais,
13:33c'est un très bon ministre.
13:34Je dis simplement que les ministres ne sont pas là pour commenter l'actualité.
13:38Ils sont là pour la faire.
13:40Donc, on vient de s'apercevoir de cette idiotie que le fonds vert
13:43ne pouvait pas financer la climatisation dont nous avons besoin
13:45pour sauver des vies.
13:46Sauver des vies.
13:47Dans ces cas-là, on change les choses.
13:49Ou alors, ça ne sert à rien d'être élu.
13:50Vous voyez ce que je veux dire.
13:51Donc, on ne s'est pas adapté.
13:52Et aujourd'hui, vous l'avez vu, le nouveau gouverneur de la Banque de France
13:57a alerté.
13:58La Cour des comptes alerte à nouveau hier soir.
14:00Alerte rouge sur les finances de la France.
14:03La dette qui ne fait qu'augmenter.
14:04L'objectif de 5% sera vraisemblablement pas du tout atteint cette année.
14:09Avons-nous les moyens, là, vous êtes rapporteur du budget,
14:13de financer tous ces services publics qui craquent ?
14:15Non.
14:16Non, puisque là aussi, nous n'avons plus de marge de manœuvre.
14:20Et le premier budget de l'État va devenir la charge de la dette.
14:23C'est-à-dire qu'au lieu de mettre plusieurs dizaines de milliards
14:26tous les ans dans les hôpitaux, les écoles, la recherche, le futur,
14:29eh bien, nous les donnons à ceux qui nous ont prêtés,
14:32à des fonds de pension américains, par exemple,
14:33qui nous ont prêté de l'argent.
14:35En fait, nous sommes tenus à la gorge par la dette,
14:39qui est désormais hors de contrôle.
14:41La Cour des comptes, la Commission européenne,
14:43considère que le déficit fin 2027 sera de 5,7%.
14:46Et probablement, on sera au-dessus de 6%.
14:49Pour que les gens comprennent, notre engagement, il y a un an,
14:52c'était qu'au même moment, fin 2027, nous aurions dû être à 4,1%.
14:55Tous ces chiffres ne veulent peut-être rien dire pour les gens.
14:58Et ça signifie quoi ?
14:59Ça signifie que la dette est hors de contrôle.
15:01Elle est hors de contrôle ?
15:02Oui. Et le risque, désormais, c'est que les gens qui nous prêtent de l'argent
15:08exigent des taux de plus en plus importants parce que leur confiance s'érode.
15:14Et c'est valable pour le budget de l'État comme pour le budget de la Sécurité sociale.
15:17C'est même plus grave pour le budget de la Sécurité sociale,
15:19ce qu'on appelle l'ACOS, avec un risque de liquidité.
15:23C'est-à-dire de gens qui nous disent « finalement, on ne vous prête plus ».
15:25Mais qu'on vous dise « on ne vous prête plus » ou « on vous prête à des taux
15:28très importants »,
15:29ça revient quasiment au même.
15:30Qu'on comprenait, que les gens comprennent que comme les décisions ne sont pas prises,
15:35et comme il y a des gens qui continuent à dire « mais il n'y a pas de sujet
15:37de dette »,
15:38il y a quand même des gens qui racontent cette petite histoire pour enfants,
15:42le premier budget du pays, désormais, c'est de payer ses dettes.
15:45Quand vous êtes dans un ménage où la première dépense, c'est de payer la dette,
15:48vous comprenez bien que vous n'êtes pas en état de faire aucun investissement.
15:51Les intérêts de la dette, cette année, ça sera déjà plus rien que les intérêts de la dette,
15:56plus que le budget de l'éducation nationale.
15:59Une question d'ailleurs sur les jeunes, Philippe Juvin,
16:01là, dans 15 minutes, c'est le début du brevet,
16:04les épreuves du brevet pour tous les collégiens de France.
16:08Finalement, ces épreuves ont été maintenues, avec certes des pauses fraîcheurs.
16:13Est-ce que ça, vous pensez qu'on peut faire face ?
16:16Ce n'était pas une erreur ?
16:17Non, mais entendons-nous, le gouvernement n'est pas responsable de tout,
16:20il n'est pas responsable de la chaleur.
16:21Ce que je dis simplement, c'est que d'abord, il a raison que l'État continue à fonctionner,
16:25on ne va pas aussi arrêter le brevet,
16:27mais il faut maintenant prendre la décision ferme de se dire,
16:30désormais, on a compris qu'on s'était trompé, par exemple, sur la climatisation,
16:33et on y va, vous voyez.
16:35Il faut tirer des leçons.
16:36Il faut passer d'une France qui se lamente à une France qui se tire des leçons.
16:39Une des leçons, c'est que nous devons nous redonner des marges de manœuvre en tout,
16:44budgétaire, mais aussi en matière de santé.
16:47climatisons les hôpitaux, climatisons les écoles,
16:50et arrêtons de chercher la responsabilité des années précédentes.
16:53Je précise que vous êtes vous-même maire également.
16:55J'ai été, j'ai été.
16:56Effectivement, parce qu'avec le cumul de mandats, vous ne pouvez pas voir les deux,
16:58mais vous avez longtemps été maire.
17:01Philippe Juvin, une question aussi sur nos plus âgés.
17:03On a parlé de ceux qui sont chez eux.
17:04Il y a ceux qui sont en EHPAD.
17:05Est-ce que vous avez des remontées également là-dessus ?
17:08Nous avons beaucoup de patients qui nous sont transférés des EHPAD
17:10où il fait très chaud quand elles ne sont pas climatisées à chez nous,
17:13qui sont aussi en très mauvais état.
17:15Moi, je vous dis, je suis accablé par cette société, en réalité,
17:20qui se fiche de ces vieux.
17:21Pardon, le mot vieux est un mot qu'on utilise dans notre jargon.
17:24Il n'y a rien de péjoratif médical.
17:27Mais on ne peut pas faire comme si, finalement,
17:30la société n'est qu'une société de droits individuels,
17:32avec que des jeunes, etc.
17:34Je sortais du théâtre avec ma mère avant qu'elle ne décède il y a quelques années.
17:36Elle me dit, tu n'as pas vu ?
17:38Regarde, c'était le théâtre à Paris.
17:40C'était une journée sympa d'été où les terrasses étaient pleines.
17:43Je lui dis, qu'est-ce que tu vois ?
17:45Elle me dit, regarde les terrasses.
17:46Où sont les vieux ?
17:47C'était sa phrase.
17:49Où sont les vieux ?
17:50En fait, les vieux, on les planque, on les cache,
17:53on ne s'en occupe pas et on les laisse abandonner.
17:55Donc, je répète, les gens, ils écoutent votre émission.
17:58Une fois que c'est fini, parce que c'est une bonne émission,
18:00ils ne partent pas avant,
18:01ils vont taper à la porte de leurs voisins ou de leurs voisines
18:04et ils leur demandent si elle va bien.
18:06Et ils apportent une bouteille d'eau,
18:08et notamment des bouteilles d'eau très fraîches.
18:10Très fraîches.
18:11Au SDF, le disiez-vous.
18:12Merci beaucoup, Philippe Juvin, d'avoir été avec nous ce matin,
18:15professeur de médecine, chef du service des urgences à l'hôpital Georges Pompidou à Paris.
18:19Vous avez dit y retourner juste après l'émission.
18:22Vous êtes également député LR des Hauts-de-Seine.
18:25Merci à vous.
18:26Vous êtes bien sûr, RMC BFM TV.