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Originally from YouTube: En direct : Inauguration du Mémorial du Génocide contre les Tutsi à Paris
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00:00:00Thank you very much.
00:00:44Thank you very much.
00:01:00Thank you very much.
00:03:18L'indicible, ce n'est pas la violence du génocide, c'est la force des survivants à poursuivre leur existence
00:03:27malgré tout. Alors disons encore que la violence de ce génocide est insupportable et écoutons toujours la parole des survivants.
00:03:36Je vous remercie.
00:03:37Applaudissements.
00:04:22Messieurs les présidents de la République, Madame la Première Dame, chers invités et chers escapés,
00:04:33Il y a 32 ans, presque jour pour jour, le 5 juin 1994, j'atterrissais à Orly. Avec 31 autres
00:04:42enfants, nous étions grièvement blessés.
00:04:46A l'initiative de Médecins du Monde, nous avions été évacués en France afin de recevoir des soins médicaux dont
00:04:53nous avions besoin. Je me souviens que tout en semblait irréel, presque dénoué de sens.
00:05:02Ce n'était pas que j'ignorais la chance qui m'était offerte sur le plan médical, mais plutôt que
00:05:07j'étais encore plongée dans ce hors-temps propre génocide, où la réalité ordinaire peine à retrouver sa place.
00:05:15Je savais seulement que ce que nous venions de traverser nous dépassait. Nous venions de survivre au crime absolu, le
00:05:25génocide perpétré contre les Tutsis.
00:05:29Cette réalité ne pouvait rester confinés au silence. Témoigné, relevé presque d'un ultime acte de résistance contre l'oubli
00:05:39et l'effacement auquel nous étions promis.
00:05:44Mais comment témoigner ? Même 32 ans plus tard, les mots restent insuffisants pour dire ce que signifie être confronté
00:05:55au crime de génocide.
00:05:58C'est une expérience qui échappe à toute représentation.
00:06:03Comment se présenter ce que fait la perte d'un million de personnes à l'échelle individuelle et nationale ?
00:06:10Quel langage pourrais-je trouver pour dire le drame que constitue la perte de trois générations de ma famille, dans
00:06:20le même espace-temps ?
00:06:23Ainsi, au contact d'une telle dévastation, les mots se retricissent.
00:06:28Ils ne parviennent ni à restituer pleinement la violence que nous avons subie, ni même à mesurer l'étendue de
00:06:35la perte.
00:06:38J'avais 16 ans, je vivais à Kigali avec ma famille, c'était les vacances de Pâques.
00:06:45Nous préparions avec beaucoup de joie le baptême de ma petite nièce Ornella, âgée de 11 mois.
00:06:54Première petite fille de la famille.
00:06:57La cérémonie devait se tenir le dimanche 10 avril.
00:07:04Le 6 avril, je devais me rendre chez ma grande sœur, dans le quartier de Niaméambo,
00:07:09afin de m'occuper de ma petite nièce et permettre à ses parents de finaliser les derniers préparatifs du baptême.
00:07:17Mais mon oncle Joseph était de passage chez nous, juste pour Nino.
00:07:22Alors j'ai reporté mon départ le lendemain.
00:07:25En fait de pouvoir passer un peu de temps avec lui, nous l'adorions.
00:07:29Si j'avais été chez ma grande sœur, probablement que je ne serais pas là devant vous.
00:07:37La soirée s'est dorée normalement, nous avons dîné et puis nous sommes allés nous coucher.
00:07:42Vers 22h30, la personne qui travaillait à la maison est venue réveiller mes parents
00:07:48pour leur annoncer que l'avion du président Abiyarimana venait d'être abattu
00:07:52et que les militiers Niamé érigeaient déjà des barrières aux abords du quartier.
00:08:00Cet avril, très tôt, vers 5h du matin, papa nous demande de quitter la maison familiale
00:08:07parce que ça devient trop dangereux pour nous, pour aller nous cacher avec ma tante et sa famille
00:08:12dans une maison en construction à proximité de leur domicile.
00:08:18Lui et mon oncle Joseph restent à la maison pour la surveiller,
00:08:22pensant sans doute que la situation finirait par se calmer.
00:08:27Quelques heures plus tard, papa sera assassiné devant notre domicile
00:08:38par les militaires de l'armée rwandaise.
00:08:42Mon oncle Joseph parvient à s'enfuir, nous allons prendre la fuite à notre tour.
00:08:49Et dans la panique, je perds de vue les mains de ma famille.
00:08:55Nous avions tous en tête que la seule chance de survie était de parvenir à gagner une des bases des
00:09:01militaires de l'ONU,
00:09:02la Mignoire, située à environ 500 mètres, à l'école technique officielle de l'ETO.
00:09:08L'école technique officielle l'ETO.
00:09:12Mais le quartier était sous le contrôle des milices et des militaires de l'armée rwandaise,
00:09:16rendant tout déplacement dangereux.
00:09:20Alors je demande à une famille voisine O'Too de me cacher.
00:09:25Ils refusent.
00:09:27La suivante accepte,
00:09:29mais le lendemain,
00:09:31cette dernière me demande de partir
00:09:35car ma présence représente une menace pour eux.
00:09:40Je tente alors de me diriger vers la base des casques bleus
00:09:44en arrivant sur la route principale,
00:09:46maintenant à l'école de l'ETO.
00:09:48Un des casques bleus postés à l'entrée me fait signe de me dépêcher.
00:09:54Arrivé au collet des militaires,
00:09:56il a fallu finalement négocier pour qu'ils m'autorisent à entrer dans l'école.
00:10:01À partir de ce moment-là,
00:10:03j'ai la certitude que je suis sauvée.
00:10:08Mon inquiétude concerne désormais ma famille,
00:10:11qui finit par arriver également à l'école.
00:10:15Nous n'avons pas de nouvelles de ma grande sœur Yvonne,
00:10:18âgée de 26 ans,
00:10:19et de son mari Laurent, âgée de 36 ans,
00:10:22et leur petite fille,
00:10:23qui habitait dans le quartier de Niamé-Lambeau.
00:10:28Je me rassure en pensant
00:10:30que mon beau-frère, employé au PNUD,
00:10:34pourrait avoir été évacué avec sa famille
00:10:37aux côtés de ses collègues internationaux.
00:10:41Il n'en saura rien.
00:10:45Pendant quelques jours que je passe à l'ETO,
00:10:48nous observons les soldats de l'ONU
00:10:50effectuer des allers-retours,
00:10:52ramenant des civils occidentaux de leur domicile
00:10:55à cette école.
00:10:58Arrive le 11 avril,
00:11:00dans la matinée,
00:11:01nous voyons ces derniers préparer leurs affaires
00:11:05en vue d'un départ,
00:11:07y compris les religieux en charge de la gestion de l'école.
00:11:11L'organisation des départs se déroule
00:11:15avec une tension palpable.
00:11:17Certains rwandais en possession de passeport
00:11:20tentent de figurer sur la liste d'évacuation.
00:11:23Un ministre de l'opposition,
00:11:25Boniface Senghorinzila,
00:11:27présent avec sa famille avec nous,
00:11:30demande également de partir.
00:11:32Mais les casques bleus refusent,
00:11:35jugeant son évacuation trop dangereuse pour eux.
00:11:40La peur commence à gagner un certain nombre d'entre nous
00:11:43devant cette nervosité inhabituelle des casques bleus.
00:11:49Et nous savons,
00:11:51et ils savent aussi,
00:11:54que les miliciens encerclent toujours l'école.
00:11:59Nous leur demandons alors si eux aussi allaient partir.
00:12:03Ils nous répondent qu'ils vont rester encore trois semaines
00:12:06et que peut-être ils seront relevés ensuite.
00:12:11Vers 13h,
00:12:12les civils occidentaux montent dans les véhicules
00:12:15et partent à l'aéroport de Kigali
00:12:17escortés par les camions des casques bleus.
00:12:21Nous sommes environ 2 000 personnes
00:12:24réfugiées à cette école,
00:12:26essentiellement toutes-ci.
00:12:29Après leur départ,
00:12:31les militaires de l'ONU restés avec nous
00:12:34montent un stratagème.
00:12:37Ils nous invitent à entrer à l'intérieur des bâtiments
00:12:40en nous disant que le déjeuner allait être servi.
00:12:45Les gens ont commencé à entrer.
00:12:47Pendant ce temps,
00:12:48les casques bleus chargent leur camion
00:12:51avec une extrême nervosité.
00:12:54Une Jeep militaire arrive à son malin
00:12:56avec trois militaires français à l'intérieur.
00:13:01Les militaires de la Mine Noire
00:13:02commencent à démarrer
00:13:03leur véhicule pour partir.
00:13:08À un moment de panique se crée,
00:13:10les gens crient.
00:13:14D'autres sont dans un état de sidération.
00:13:18Alors,
00:13:22nous nous mettons à travers leur camion.
00:13:25D'autres s'accrochent au véhicule.
00:13:32Et là, ils tirent en l'air.
00:13:35À ce moment-là,
00:13:38nous ne savons pas s'ils sont en train de nous tirer réellement dessus.
00:13:44Nous nous couchons par terre.
00:13:46D'autres se mettent à courir dans tous les sens.
00:13:50Un des casques bleus nous demande de les laisser partir
00:13:53et nous dit que les militaires français allaient rester avec nous.
00:13:56Ils démarrent leur camion tout à l'heure,
00:13:57précédés par la Jeep française.
00:14:00Tous s'en vont.
00:14:05Ils nous abandonnent.
00:14:09Ils avaient reçu l'ordre.
00:14:15Leur seule présence
00:14:19aurait suffi
00:14:20à nous protéger.
00:14:26Après un tel acte,
00:14:29il y a encore des questions qui sont restées sans réponse.
00:14:35Je me demande toujours
00:14:36quelle a été la chaîne de responsabilité.
00:14:40Pourquoi les responsables ont bénéficié
00:14:42d'une impunité totale
00:14:44et ont poursuivi leur carrière
00:14:46sans avoir à rendre des comptes ?
00:14:52L'instant d'après,
00:14:53les militaires et les miliciens
00:14:55étaient déjà là.
00:14:57Ils nous ont d'abord regroupés
00:14:59près de l'usine de ce natuble.
00:15:02Puis nous ont fait marcher
00:15:04jusqu'à un quartier qui s'appelle
00:15:06Nyanza, à Kichkeu.
00:15:10Et là, ils ont fait
00:15:12le travail
00:15:14comme ils disaient.
00:15:20Tout mon monde
00:15:21s'est disloqué
00:15:23à cet endroit-là.
00:15:26J'ai perdu mes voisins
00:15:28aussi,
00:15:29mes amis que je connaissais
00:15:30depuis la maternelle,
00:15:33les amis de mes parents
00:15:34et bien sûr ma propre famille,
00:15:38ma mère Angéline
00:15:39qui avait 46 ans,
00:15:41ma soeur Marie-Josée
00:15:43qui avait 19 ans,
00:15:45mes oncles,
00:15:46mes cousins,
00:15:47mes cousines,
00:15:50la liste est longue.
00:15:53Très peu de personnes
00:15:54ont survécu.
00:15:55À ce moment-là,
00:15:57je n'étais pas encore blessée
00:15:58et à la tombée de la nuit,
00:16:00nous avons été encore
00:16:01quelques-uns tentés
00:16:02de nous cacher encore
00:16:03dans le petit bois
00:16:04aux alentours.
00:16:06Puis nous ont retrouvés
00:16:07le lendemain.
00:16:13Nous avons été blessés
00:16:14à la machette
00:16:17et certains
00:16:20n'ont pas eu
00:16:21la chance
00:16:22de survivre.
00:16:28Le surlendement,
00:16:29allongé dans les herbes,
00:16:31nous avons entendu
00:16:31à nouveau des pains
00:16:32qui s'accrochaient de nous.
00:16:34Quelqu'un m'a touchée
00:16:35la joue
00:16:38et j'ai ouvert les yeux.
00:16:41C'était un soldat
00:16:42du FPR.
00:16:45Ils m'ont transportée
00:16:46d'abord dans une maison
00:16:47située aux alentours
00:16:50et un des soldats
00:16:52prénommé Victor,
00:16:53je crois,
00:16:55est resté quasiment
00:16:57la moitié
00:16:57de l'après-midi
00:16:59à tenter
00:17:00de me nourrir
00:17:02patiemment.
00:17:07Il m'a littéralement
00:17:12insufflé
00:17:12la vie.
00:17:15Là où moi-même,
00:17:16je ne voulais plus
00:17:18y croire.
00:17:20Plus tard,
00:17:20ce sera
00:17:21le capitaine
00:17:22Evode
00:17:22qui se démène
00:17:23pour trouver
00:17:25une solution
00:17:26à nos multiples
00:17:26difficultés
00:17:27avec gentillesse.
00:17:30Nous avons été
00:17:31amenés
00:17:31à l'hôtel
00:17:31de Rivelo,
00:17:32situé sur les hauteurs
00:17:33de Kigali,
00:17:34réquisitionnés
00:17:34par le FPR,
00:17:35pour y loger
00:17:36des rescapés.
00:17:38Ils nous ont donné
00:17:38des vêtements
00:17:39propres,
00:17:41ils nous ont soignés
00:17:42avec les moyens
00:17:43du bord,
00:17:45tout en continuant
00:17:46à se battre
00:17:47contre les genocidaires.
00:17:55Durant nos traversées
00:17:57des ténèbres,
00:17:59ils ont représenté
00:18:01à nouveau
00:18:01l'humanité.
00:18:04Ils nous ont arrachés
00:18:05de l'anéantissement.
00:18:11Alors,
00:18:12messieurs,
00:18:12le président
00:18:13de la République
00:18:13française,
00:18:15chers invités,
00:18:20pour la première fois
00:18:22depuis 32 ans,
00:18:25permettez-moi
00:18:26d'exprimer
00:18:28à messieurs
00:18:30le président
00:18:31du Rwanda
00:18:32Paul Kagame
00:18:33et ses hommes
00:18:37ma plus profonde
00:18:39reconnaissance.
00:18:53Nous vous devons
00:18:55notre vie.
00:18:56Merci.
00:19:00Par la suite,
00:19:01nous avons été
00:19:02évacués
00:19:04au CMD
00:19:05puis au camp
00:19:05de Biomba,
00:19:06une région
00:19:07qui avait été
00:19:07sécurisée
00:19:08par le front
00:19:09patriotique
00:19:09rwandais.
00:19:10J'ai quitté
00:19:12donc cet hôpital
00:19:12début juin
00:19:13accompagné
00:19:14par le personnel
00:19:14du médecin du monde
00:19:16pour venir
00:19:17me faire soigner
00:19:18en France,
00:19:19dans le sud
00:19:19de la France,
00:19:22accueillie
00:19:23dans une famille
00:19:23d'accueil,
00:19:24devenue
00:19:25ma nouvelle famille.
00:19:26Grâce à elle,
00:19:28j'ai ainsi pu
00:19:29trouver
00:19:29des ressources
00:19:31nécessaires
00:19:31pour me reconstruire
00:19:35et vivre
00:19:36la vie
00:19:36pleinement.
00:19:39Comme je le disais
00:19:40précédemment,
00:19:41j'ai souhaité
00:19:42témoigner très tôt
00:19:43dès que ma santé
00:19:44me l'a permise.
00:19:45Pour que le monde
00:19:46sache.
00:19:48Mais également
00:19:49parce qu'en France,
00:19:50dès la fin du génocide
00:19:52perpétré
00:19:52contre les Tutsis,
00:19:54nous nous sommes
00:19:55heurtés
00:19:55particulièrement ici
00:19:57à un puissant
00:19:58négationnisme.
00:20:00Alors,
00:20:01nous avons témoigné
00:20:02encore et encore
00:20:04aux côtés
00:20:05de l'association
00:20:05Iboka.
00:20:07Car un proverbe
00:20:09rwandais
00:20:10dit
00:20:10« Okuriguchanisi
00:20:12ikuari konigusha »
00:20:14La vérité traverse
00:20:15le feu
00:20:16mais ne s'y brûle pas.
00:20:18Aujourd'hui,
00:20:20nous éprouvons
00:20:21à la fois
00:20:21une grande satisfaction
00:20:23et du soulagement
00:20:25devant l'existence
00:20:27de son mémorial
00:20:28à Paris,
00:20:29ici à Paris
00:20:30et en seul lieu même.
00:20:33Son édification
00:20:34constitue d'abord
00:20:35une forme
00:20:36de réparation
00:20:37symbolique
00:20:38face à l'entreprise
00:20:40d'un éantissement
00:20:41qui nous visait.
00:20:43Il réinscrit
00:20:44durablement
00:20:44la présence
00:20:45des personnes
00:20:46disparues
00:20:46dans l'espace public.
00:20:48Il constitue
00:20:49une œuvre
00:20:50de pédagogie,
00:20:53un espace
00:20:55de questionnement
00:20:55permanent
00:20:56adressé
00:20:56à nos contemporains.
00:21:00Il est une œuvre
00:21:02de transmission
00:21:04destinée
00:21:04aux générations futures
00:21:06et il offre
00:21:08aux plus jeunes
00:21:09une possibilité
00:21:10de comprendre,
00:21:12de questionner
00:21:13et d'apprendre.
00:21:15Pour toutes ces raisons,
00:21:18je tiens
00:21:19à vous adresser,
00:21:20Monsieur le Président
00:21:20de la République française,
00:21:22mes sincères remerciements
00:21:25pour avoir rendu possible
00:21:27la réalisation
00:21:27de ce mémorial.
00:21:36Nous savons également
00:21:37que le chemin
00:21:38de la réparation
00:21:39passe nécessairement
00:21:40par la justice.
00:21:42À cet égard,
00:21:44la condamnation
00:21:45en France
00:21:45de plusieurs responsables
00:21:47du génocide
00:21:47constitue une avancée
00:21:48importante.
00:21:50Toutefois,
00:21:51permettez-moi
00:21:52de formuler ici
00:21:53un vœu
00:21:55que les prochains
00:21:56procès relatifs
00:21:57aux crimes
00:21:58commis
00:22:01durant le génocide
00:22:02se déroulent
00:22:03dans les lieux
00:22:04dans lesquels
00:22:04ils ont été commis
00:22:06et devant
00:22:07les précipents
00:22:08concernés.
00:22:10Il est essentiel
00:22:11que les rescapés
00:22:12et les familles
00:22:12des victimes
00:22:13puissent assister
00:22:15s'ils le souhaitent
00:22:16au procès
00:22:17des individus
00:22:17poursuivis
00:22:18pour le génocide.
00:22:47Il est difficilement
00:22:50et c'est de ces moments-là
00:22:52qu'ils sont privés
00:22:54si nécessaire
00:22:56à un travail de deuil.
00:23:00Je vous remercie.
00:23:16Merci Madame
00:23:17Ouimabasi
00:23:18pour ce témoignage
00:23:19poignant.
00:23:20La poésie étant souvent
00:23:21l'art de dire
00:23:23l'indicible,
00:23:23nous allons
00:23:24désormais écouter
00:23:25un poème
00:23:26lu
00:23:27par Gaëlle Fay
00:23:30de la poétesse
00:23:31rwandaise
00:23:32Beata Umumbieyi
00:23:33Merez.
00:24:02Sous-titrage
00:24:27Notre amitié
00:24:29ancienne comète
00:24:31a mis fin
00:24:33à mes ténèbres.
00:24:37La nuit s'est teintée
00:24:39de tendresse colorée.
00:24:44J'ai cessé
00:24:45de traverser
00:24:46les déserts d'oreilles.
00:24:52C'est une heureuse surprise
00:24:54au firmament,
00:24:56une nouvelle légèreté
00:24:58à l'horizon.
00:25:15Il nous aura fallu
00:25:17trente ans
00:25:18pour composer
00:25:20cette chanson
00:25:21de nos voix
00:25:23qui savent désormais
00:25:25apaiser
00:25:26l'incommensurable
00:25:28brouhaha des morts.
00:25:33Sur quelque rive
00:25:35que l'on est
00:25:36accosté
00:25:37sa mélodie
00:25:39monde
00:25:39saura raconter
00:25:40notre épopée
00:25:42d'enfants échoués.
00:25:55De rive en rive
00:25:58de rive
00:25:59en rage
00:26:01nous sommes
00:26:02les pièces
00:26:03réarrimées
00:26:04d'un récit
00:26:06immense
00:26:06et généreux.
00:26:12Dans les remous
00:26:13de ce long voyage
00:26:15nous apprenons
00:26:17à culbuter
00:26:19le malheur.
00:26:41Sous-titrage
00:26:41s'il stakes
00:26:41los要
00:26:41de
00:26:43centre
00:27:14Merci pour cette lecture pleine de sensibilité. J'invite désormais M. Paul Kagame à venir s'exprimer.
00:27:53Excellency Emmanuel Macron, President of the French Republic, Mayor Emmanuel Grégoire,
00:28:07M. Kavanda, President of VUCA France, Senior Government Officials,
00:28:16Members of the Diplomatic Co-Distinguished, Ladies and Gentlemen.
00:28:24I would like to thank the survivor who has just spoken, Jeanne Huimbawazek.
00:28:40It's not part of my speech, but let me say a small thing.
00:28:47And the events she described are very familiar to me in many ways.
00:29:03One, it seems in Rwanda, there was bound to be a cycle of 30 years in which such a tragedy
00:29:18would take place, because what she described,
00:29:2830 years or so, 34.
00:29:38Before that, we experienced another tragedy in which, at that time, I was four years old.
00:29:58And my family and others became refugees in a neighboring country.
00:30:11I grew up in a refugee camp for over 20 years.
00:30:19So it happened in the 1960s, and then it happened in 1994.
00:30:28Of course, what happened in 1994 has no comparison.
00:30:34But I was just talking about the story of the cycle that took place.
00:30:46So the events of the genocide against the Tutsi are within living memory.
00:30:56And so, the work of memory in the story begins with their word.
00:31:10Survivors are leaving memorials, not only by virtue of the visible scars of the body,
00:31:21but also, the indelible wounds of the spirit, which they transmit to us through their testimony.
00:31:38The memorial before us is powerful.
00:31:43Because it sets the truth in stone and protects it from the heartlessness of time
00:31:54by instructing the living.
00:32:02It's not a validation because none is needed.
00:32:11But it will stand as a mark of respect for the dignity of Rwandans and our history.
00:32:22However,
00:32:25to witness the inauguration of such a memorial
00:32:30in a place of honor in the city of Paris
00:32:37is anything but routine.
00:32:44I want to thank
00:32:47the city of Paris
00:32:49and its mayor, Emmanuel Grégoire,
00:32:54as well as the former mayor,
00:32:58Anne Hildago,
00:33:00for making this possible.
00:33:09Confronting historical responsibilities requires real courage
00:33:14because it generates fierce opposition
00:33:19by those with a case to answer.
00:33:25you need a sense,
00:33:27a strong sense of humanity
00:33:31to see it through.
00:33:35President Macron,
00:33:40I want to commend you
00:33:42on both counts,
00:33:46courage
00:33:47and humanity.
00:33:56Five years ago,
00:33:59you took a risk
00:34:02and came to Kigali
00:34:03following the release
00:34:05of two independent reports,
00:34:07one commissioned by your government,
00:34:10the other
00:34:11by Rwanda,
00:34:13but arriving
00:34:15at similar
00:34:16conclusions.
00:34:20You acknowledge
00:34:21that France
00:34:22could have stopped
00:34:23the genocide
00:34:23but did not.
00:34:25In response,
00:34:29I described the words
00:34:31as something more valuable
00:34:32than an apology,
00:34:37namely,
00:34:38the truth.
00:34:42this door
00:34:44was first opened
00:34:46by President Nicholas Sarkozy
00:34:47and I wish
00:34:49to commend him
00:34:50today.
00:34:57In a historic visit
00:34:59to Rwanda
00:35:00in 2010,
00:35:01President Sarkozy
00:35:03considered serious
00:35:04mistakes by France
00:35:06and said
00:35:07that it was not up
00:35:10to the task
00:35:10of stopping
00:35:11the genocide.
00:35:14I also pay tribute
00:35:17to the dedicated
00:35:19French
00:35:20journalists,
00:35:23activists
00:35:23and researchers
00:35:25who never
00:35:25wavered
00:35:26in exposing
00:35:28the truth
00:35:29and many
00:35:31are here
00:35:32today.
00:35:39Your efforts
00:35:40to make sure
00:35:42that
00:35:42the story
00:35:44was told
00:35:45have
00:35:47saved
00:35:48countless lives
00:35:50and conferred
00:35:52dignity
00:35:53on the victims.
00:35:58The genocide
00:35:59against the Tutsis
00:36:01was foreseeable
00:36:04and in fact
00:36:06foreseen
00:36:07and France
00:36:09was in
00:36:10unique position
00:36:12to observe
00:36:14and to act.
00:36:17it took
00:36:18too long
00:36:20for France
00:36:21to come
00:36:22to terms
00:36:23with its role
00:36:25causing
00:36:26additional pain
00:36:28and some
00:36:29points
00:36:30we still
00:36:31have
00:36:32not found
00:36:33consensus.
00:36:36I fully
00:36:37understand
00:36:38the feelings
00:36:38of those
00:36:39survivors
00:36:39and advocates
00:36:40who remain
00:36:42dissatisfied
00:36:44with
00:36:45the official
00:36:47record.
00:36:48But I
00:36:50believe
00:36:50that our
00:36:52common
00:36:52work
00:36:52has
00:36:54initiated
00:36:54a journey
00:36:55towards
00:36:56the truth
00:36:57which
00:36:58is
00:36:59irreversible.
00:37:02And
00:37:03France
00:37:03was not
00:37:05alone
00:37:06in
00:37:07falling
00:37:07short
00:37:08far
00:37:09from it.
00:37:10Many
00:37:11other
00:37:11countries
00:37:12did
00:37:14so as
00:37:14well
00:37:16but
00:37:17none
00:37:17has
00:37:18gone
00:37:18as far
00:37:19as
00:37:20France
00:37:20in
00:37:21setting
00:37:22the record
00:37:22straight
00:37:23and
00:37:24accepting
00:37:25its part
00:37:26in the
00:37:27tragedy.
00:37:33We also
00:37:34appreciate
00:37:36the notable
00:37:37efforts
00:37:38that have
00:37:38been made
00:37:39by
00:37:41France
00:37:42to try
00:37:43genocide
00:37:44perpetrators
00:37:45living
00:37:46here
00:37:47and
00:37:48to
00:37:49criminalize
00:37:49genocide
00:37:51denial
00:37:52that work
00:37:53must
00:37:54continue.
00:37:58Settling
00:37:59scores
00:37:59on
00:37:59traps
00:38:01settling
00:38:03scores
00:38:05only
00:38:06traps
00:38:06all
00:38:08of
00:38:08us
00:38:08in
00:38:09the
00:38:09past
00:38:11we
00:38:12needed
00:38:12to
00:38:12walk
00:38:13free
00:38:13from
00:38:15the
00:38:15tongue
00:38:15of
00:38:15lies
00:38:17and
00:38:17we
00:38:18have.
00:38:20Then
00:38:21as
00:38:22now
00:38:23France
00:38:24serves
00:38:25as a
00:38:25pen
00:38:26holder
00:38:26for
00:38:27African
00:38:28affairs
00:38:28at
00:38:30the
00:38:30United
00:38:30Nations
00:38:30and
00:38:32in
00:38:33other
00:38:33forums
00:38:33as
00:38:35a
00:38:35result
00:38:36France
00:38:37will
00:38:39naturally
00:38:39be
00:38:40held
00:38:41to a
00:38:42higher
00:38:43standard
00:38:45factually
00:38:46and
00:38:47morally
00:38:48whenever
00:38:50the
00:38:51echoes
00:38:51of
00:38:52history
00:38:52intrude
00:38:53on
00:38:53current
00:38:53affairs
00:38:54on
00:38:56our
00:38:56continent.
00:38:58I
00:38:59hope
00:38:59that
00:39:01France
00:39:02realises
00:39:03the
00:39:04weight
00:39:04and
00:39:04meaning
00:39:05of
00:39:06the
00:39:07special
00:39:07responsibility.
00:39:09It
00:39:10is not
00:39:11easy
00:39:11but
00:39:13it
00:39:13is
00:39:13vitally
00:39:14important
00:39:16and
00:39:17this
00:39:18memorial
00:39:19symbolises
00:39:21those
00:39:22higher
00:39:24expectations.
00:39:27Rwanda
00:39:28emerged
00:39:28from the
00:39:28experience
00:39:29of
00:39:29genocide
00:39:31and
00:39:32the
00:39:32international
00:39:32response
00:39:33to it
00:39:34without
00:39:35illusions
00:39:38of any
00:39:39sort.
00:39:43One
00:39:44certitude
00:39:46is that
00:39:47the main
00:39:49responsibility
00:39:49for the
00:39:51genocide
00:39:51is located
00:39:52within
00:39:53our own
00:39:53society
00:39:54as
00:39:56Rwandans.
00:39:59Others
00:40:00contributed
00:40:01but you
00:40:03cannot
00:40:03blame
00:40:04them
00:40:04more
00:40:05than
00:40:06we
00:40:07do
00:40:07ourselves.
00:40:10That
00:40:11attitude
00:40:12has
00:40:13liberated
00:40:14us
00:40:14to look
00:40:15within
00:40:15ourselves
00:40:17and
00:40:18our
00:40:18traditions
00:40:19for the
00:40:20solutions
00:40:21needed to
00:40:22change
00:40:22our
00:40:23society
00:40:23for the
00:40:23better
00:40:24for all
00:40:26Rwandans.
00:40:28Rwanda's
00:40:29determination
00:40:29to overcome
00:40:30its
00:40:31tragic
00:40:33history
00:40:35and
00:40:36ensure
00:40:36that
00:40:37it is
00:40:37never
00:40:38repeated
00:40:38as
00:40:40never
00:40:40weaned
00:40:42and
00:40:43never
00:40:46weaned
00:40:47weaned
00:40:48deliberate
00:40:50about
00:40:50educating
00:40:51our
00:40:52young
00:40:52people
00:40:53to
00:40:54sustain
00:40:54and
00:40:54expand
00:40:55the
00:40:55progress
00:40:56we
00:40:56have
00:40:56made
00:40:58however
00:40:59modest
00:41:00that
00:41:01may
00:41:01be.
00:41:03Acts
00:41:04of
00:41:04intimidation
00:41:05and
00:41:05pressure
00:41:05no
00:41:07matter
00:41:07how
00:41:08powerful
00:41:08the
00:41:09source
00:41:10only
00:41:11gives
00:41:12us
00:41:12more
00:41:13strength
00:41:14to
00:41:15stand
00:41:15very
00:41:16firm.
00:41:18Overcoming
00:41:19history
00:41:20requires
00:41:22political
00:41:24will
00:41:24on all
00:41:26sides
00:41:27and in
00:41:28today's
00:41:29world
00:41:29that
00:41:31is
00:41:31uncommon.
00:41:35I
00:41:35therefore
00:41:36would like
00:41:38to close
00:41:38by reiterating
00:41:39our appreciation
00:41:40and
00:41:42respect
00:41:42for
00:41:44President
00:41:45McRose
00:41:47clarity
00:41:48and resolve.
00:41:50The work
00:41:51we are doing
00:41:52together
00:41:52will give
00:41:54future
00:41:55generations
00:41:56the tools
00:41:58to build
00:41:58and
00:42:00sustain
00:42:00the peace
00:42:02and understanding
00:42:04which we
00:42:06seek.
00:42:07that
00:42:08is
00:42:09the
00:42:10deeper
00:42:10significance
00:42:11of this
00:42:13moment.
00:42:14I
00:42:15thank you
00:42:16for your
00:42:17kind
00:42:17attention.
00:42:46I invite now
00:43:10Mr. President of the
00:43:12Republic of Rwanda,
00:43:16Paul Kagame, Madame la Première Dame,
00:43:22Mesdames et Messieurs les Ministres,
00:43:26Madame la Secrétaire Générale de l'Organisation internationale
00:43:29de la Francophonie,
00:43:31Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
00:43:33Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
00:43:35Monsieur le Délégué national de l'Ordre de la Libération,
00:43:39Monsieur le Maire de Paris,
00:43:41Mesdames et Messieurs les Élus,
00:43:43Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,
00:43:47Chers rescapés, chers amis,
00:43:55Ce monument est un aboutissement.
00:43:59Il inscrit désormais le génocide des Tutsis au Rwanda,
00:44:03au cœur de notre capitale et de notre histoire.
00:44:11Il est l'aboutissement d'un long et patient travail de vérité
00:44:18que nous avons collectivement fait nôtre
00:44:20et qui s'appuie sur des décennies de témoignages,
00:44:27d'écrits, de travaux, d'une mobilisation acharnée.
00:44:37Et merci pour les mots à l'instant prononcés, Madame, avec courage.
00:44:45La lumière devait être faite, les mots devaient être posés,
00:44:49la reconnaissance devait être accomplie.
00:44:55A Kigali, en mai 2021, au mémorial de Gizosi,
00:45:04j'ai reconnu au nom de la France les responsabilités de notre pays
00:45:08dans un engrenage qui a conduit à mener au génocide des Tutsis.
00:45:17J'ai dit alors ce que notre nation a fait, a laissé faire, a dit ou n'a pas dit.
00:45:26Je n'entends rien retrancher de ces mots qui sont autant de pierres ajoutées à l'édifice de vérité,
00:45:32que nous voulons bâtir.
00:45:37Je n'ai oublié aucun de ces mots.
00:45:42Je n'ai pas oublié non plus votre regard dans ces instants, Président.
00:45:49Votre attention,
00:45:53puis vos propres mots,
00:45:56comme toujours,
00:45:59choisis,
00:46:02pudiques,
00:46:06mais qui accueillaient cette reconnaissance.
00:46:11Et je veux ici, aujourd'hui, à Paris,
00:46:14vous remercier infiniment pour cela.
00:46:26En cela, j'entends demeurer fidèle
00:46:28à notre volonté de respecter les leçons de l'histoire toujours et partout,
00:46:33comme nous le faisons et comptons continuer de le faire avec l'Algérie,
00:46:37comme nous l'avons fait au Cameroun, au Sénégal, en Haïti.
00:46:41Moments toujours arrasés par le sel des silences, de l'injustice, de l'absence trop longue de reconnaissance.
00:46:55Et soyez ici assurés de notre détermination à poursuivre cette œuvre de vérité et de justice.
00:47:04Oui, notre nation regarde son histoire en face,
00:47:10devoir pour elle-même,
00:47:12devoir envers autrui lorsque les actes commis en son nom s'écartent de l'idéal qui est le sien,
00:47:20devoir envers les victimes, les survivants,
00:47:24leurs enfants et les enfants de ceux qui ne sont plus,
00:47:28de ceux qui, durant ces jours et ces nuits, ont vécu la terreur,
00:47:34comme vous l'avez admirablement rappelé.
00:47:39La France le doit aussi au regard des liens fraternels qu'elle entend nouer avec les peuples amis au premier
00:47:45rang desquels le peuple rwandais.
00:47:48Elle le doit enfin, car dire et nommer le passé permet d'ouvrir l'avenir.
00:47:56Depuis ces mots prononcés, depuis ce moment pour les présents et les absents,
00:48:04depuis lors, un rapprochement inédit s'est dessiné entre le Rwanda et la France.
00:48:14Et votre présence aujourd'hui à Paris, M. le Président, Mme, donne à ce moment un sens profond et une
00:48:25portée historique.
00:48:28Cette reconnaissance a été permise dans l'ombre et la persévérance par des esprits courageux.
00:48:36Et je veux ici saluer, comme vous l'avez fait, le travail des associations,
00:48:41et en particulier celui d'Ibuka France, cher Marcel Cavanda.
00:48:51Sans lequel, ce monument n'existerait pas.
00:48:56Ce monument est l'enfant de cette persévérance et de cette reconnaissance.
00:49:03L'oeuvre de l'artiste, ce dialogue entre deux masses formant un jardin où chacun peut prêter voix au souffle
00:49:10du temps,
00:49:11cette oeuvre, nous la devons à Grada-Kilomba.
00:49:16Ces archives, c'est leur nom, ont quelque chose du calme bloc ici-bas,
00:49:23je suis d'un désastre obscur pour évoquer ma armée.
00:49:30Ce désastre, c'est celui du génocide, où les Tutsis furent massacrés pour ce qu'ils étaient.
00:49:37Ce désastre est formé des appels à la haine, des nuits de massacres ininterrompus,
00:49:44des corps amoncelés sous la besogne des bourreaux.
00:49:47Le désastre, c'est celui de l'absence, de la nuit perpétuelle de l'anéantissement,
00:49:55de l'épouvante au cœur des survivants.
00:49:58Cette oeuvre incarne cette puissance du désastre, où se figent la haine et l'esprit de mort.
00:50:09Cette oeuvre relève aussi d'un mouvement inverse,
00:50:14celui de la mémoire à travers les mots inscrits en français, en anglais, en Kinyarwanda, en Swahili.
00:50:24Ces blocs sombres ne sont pas seulement un mausolée, mais un livre ouvert,
00:50:29et qui, comme les livres, restent, et traversent le temps par-delà l'aube et le crépuscule.
00:50:37Et dans ces pierres imaginées se dessine la résistance de la vie à l'oubli, à la mort.
00:50:45Comme l'a dit Esther Mujawayo, survivre, c'est apprendre à vivre avec les absents.
00:50:53Près de ce mausolée, les absents sont là.
00:50:58Ils sont dans le cœur des vivants et dans ces blocs, avec nous, ici pour toujours.
00:51:06Je veux remercier en cela l'artiste, l'ensemble de ceux qui ont oeuvré pour l'édification de cette oeuvre,
00:51:13qui dit avec force, calme et beauté, la permanence pour nous du souvenir.
00:51:20Et je veux remercier M. le maire de Paris, M. Grégoire et sa prédécesseur, Mme la maire Anne Hidalgo,
00:51:29pour avoir voulu ici cette oeuvre, l'avoir portée et nous avoir accueillis par vos mots, M. le maire.
00:51:43Mais ce monument, s'il est un aboutissement, il n'est pas une fin.
00:51:47C'est un jalon sur un chemin que nous avons ouvert.
00:51:54Nous avons collectivement, ces dernières années, beaucoup travaillé.
00:51:58Vous, vous avez beaucoup lutté pour que des mots soient prononcés en 2021.
00:52:04Comme je l'ai dit, Président, vous les avez accueillis avec beaucoup de courage.
00:52:10Et je ne sous-estime pas qu'il y avait beaucoup de gens pour vous dire que ça n'était
00:52:16pas assez,
00:52:16que ça aurait dû arriver plus tôt.
00:52:20Et cela d'autant plus que vous, vous aviez combattu.
00:52:25Mais par ce travail de tous, par ces mots prononcés, par ce que vous les avez accueillis,
00:52:31nous avons ouvert des chemins.
00:52:35Ils sont fragiles, ces chemins encore, mais nécessaires.
00:52:40Et le rassemblement d'aujourd'hui doit nous rappeler aussi tout le soin que nous devons y mettre.
00:52:48Chemin de vérité.
00:52:51Dans un monde où les empires parfois ont la tentation de falsifier l'histoire,
00:52:55dans ce moment aussi où le passé est un champ de bataille,
00:52:58dire la vérité est plus que jamais nécessaire.
00:53:04C'est la condition de la paix.
00:53:07Et tous ceux qui y compris aujourd'hui encore,
00:53:11dans votre région,
00:53:14ni cette vérité,
00:53:16prennent le risque du retour de la guerre.
00:53:21D'abord, nous devons continuer d'écouter la parole des survivants.
00:53:27Je pense aujourd'hui aux rescapés,
00:53:30aux témoignages bouleversants que nous venons d'entendre,
00:53:36à l'innocence du quotidien opposée à la mécanique du crime de masse,
00:53:43à celles et ceux qui ont vu disparaître leurs proches,
00:53:46à celles et ceux qui ont traversé ces mois atroces
00:53:48et qui ont pourtant trouvé la force de témoigner, de transmettre, de reconstruire.
00:53:55Je pense à tant d'écrits, de romans, de témoignages.
00:54:00Je pense aux récits brûlants de Jean Hatzfeld, dont je me souviens encore,
00:54:06et les voix des rescapés de Nyamata, aux livres, aux textes de Gaël Fay et de tant d'autres.
00:54:14Je pense aussi à la diaspora rwandaise de France, à celles et ceux qui portent en eux le deuil,
00:54:20la survie, parfois l'attente longue, difficile de la justice.
00:54:29Ensuite, ce chemin de vérité, nous le ferons en donnant aux historiens les moyens de travailler,
00:54:36en écoutant leurs recommandations, en continuant chaque fois qu'il le faut
00:54:41d'accompagner cette oeuvre scientifique.
00:54:44Et je veux ici remercier M. Duclair et tous les membres de la Commission sous sa direction.
00:54:59Merci, cher Vincent, vous et tous vos collègues,
00:55:01pour le travail mené avec rigueur, courage,
00:55:05par la Commission de recherche sur les archives françaises.
00:55:10Pour nous, la vérité se fonde et se fondera toujours sur le dialogue,
00:55:14la recherche historique, l'ouverture des archives,
00:55:17le travail des historiens menés dans le silence des livres,
00:55:21aux côtés des sources et des traces de l'histoire.
00:55:26L'histoire prend ainsi sa juste place.
00:55:30Elle donne aux témoignages, aux traces, elle accueille les mémoires, elle fait justice.
00:55:40Elle permet la vérité et la reconnaissance.
00:55:46Chemin de justice, ensuite.
00:55:49Ces dernières années, encore, la justice française a poursuivi son travail, il le fallait.
00:55:54Mais ce que vous avez dit pour conclure tout à l'heure, Madame, est juste et nous allons y veiller.
00:56:01Les procès se sont tenus, d'autres enquêtes se poursuivent.
00:56:06Personne n'est ni ne sera au-dessus des lois.
00:56:09Et à celles et ceux qui pensaient avoir trouvé sur notre sol le refuge du temps ou l'abri de
00:56:15l'oubli,
00:56:16la justice française s'est trouvée les moyens de répondre.
00:56:20Aucun crime contre l'humanité ne peut bénéficier de la prescription ou de l'impunité, aucun.
00:56:28Et je le redis avec force, justice sera rendue.
00:56:40Et je salue à ce titre le travail inlassable des associations de partis civils qui jouent un rôle
00:56:46fondamental dans ce processus, le travail des avocats, le travail des magistrats.
00:56:54Chemin de vigilance aussi.
00:56:57Ces blocs irrécusables sont devant nous aussi comme des injonctions.
00:57:02Injonctions à ne jamais nous accommoder, ne jamais oublier que ces masses obscures
00:57:07renferment aussi ce que l'esprit humain peut avoir de barbare.
00:57:12Ne cédons rien à la haine raciste de tous les jours.
00:57:16Et comme le dit l'auteur rwando-canadien Benjamin Céhen, le génocide commence quand on
00:57:23regarde son voisin comme un étranger.
00:57:27C'est vrai.
00:57:29Le seul remède à cet abandon de chaque jour, à ce mal qui n'est jamais banal, mais qui
00:57:34devient courant, est un devoir de fraternité.
00:57:37Et comment ? Comment imaginer que le risque a disparu ?
00:57:42Comment ne pas s'épouvanter devant la force de frappe aujourd'hui des propagandes en ligne ?
00:57:49Il y a derrière nos écrans d'autres radios mille collines.
00:57:55Ouvrons les yeux.
00:58:03Et soyons lucides aussi sur les logiques ethniques, racialistes qui fleurissent ici ou là.
00:58:10Les mots peuvent varier, les masques changer.
00:58:14La logique à la fin demeure, haine de l'autre, haine de tous les autres, haine totale et implacable
00:58:23qui conduit au meurtre de masse.
00:58:26La logique de ce crime de masse a été parfaitement décrite, là aussi, par plusieurs historiens,
00:58:33Stéphane Audouin-Rouzeau et plusieurs autres, qui ont montré cette continuité, le retour de
00:58:37ces cycles dont vous avez parlé, Président, ceci nous oblige.
00:58:45Ce monument est donc aussi un enseignement qui commence à haïr l'autre en raison de sa couleur de peau,
00:58:53de son identité, de son origine, de son ethnie, enclenche une mécanique qui emporte tout.
00:59:02Une soif de meurtre qui tonaille les esprits et le jour venu frappe, massacre, efface.
00:59:12Chemin de vigilance, car le génocide est un crime contre l'humanité et par son caractère
00:59:18systématique, sa barbarie, sa volonté d'anéantissement et d'oubli, il est une offense que les bourreaux
00:59:26commettent contre tous les hommes.
00:59:30Une blessure faite à la conscience universelle.
00:59:35Oui, ce génocide porte en lui la mémoire de tous les autres génocides, dans leurs différences
00:59:42particulières et irréductibles, sans hiérarchie, sans confusion, avec la même indignation,
00:59:50la même douleur, la même résolution aussi à ne pas laisser se commettre le pire.
00:59:56Et notre conception de l'universel revient à dire cela.
01:00:01Nul ne peut être en paix dans le secret de sa conscience si l'humanité, quelque part, est prise pour
01:00:08cible.
01:00:11Chemin d'action, ensuite.
01:00:16Car toute cette histoire nous oblige à toujours œuvrer pour la paix, le dialogue, pour que les armes cessent et
01:00:24que la mécanique des crimes ne se réenclenche plus jamais.
01:00:29À ce titre, être là nous oblige à vouloir la paix pour tous, le respect de chacun et de toutes
01:00:36les souverainetés dans ce drame en cours depuis trop longtemps dans la région des Grands Lacs.
01:00:43Chemin d'espérance, enfin.
01:00:47Comment ne pas souhaiter que les femmes se réunissent plus jamais.
01:01:24Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:49...et d'avancer ensemble.
01:01:53Rien n'est acquis, rien n'est conquis, rien n'est achevé.
01:02:03Mais ces blocs sont là pour nous rappeler ce passé,
01:02:11pour nous dire ce qui est désormais reconnu.
01:02:15Et pour nous permettre ensemble ce chemin.
01:02:20A nous de transmettre avec rigueur,
01:02:23dignité et fidélité ce message,
01:02:28de redire vos mots, de dire ces poèmes,
01:02:33de porter ensemble avec courage cette histoire.
01:02:39Tuibuke, tuibaka.
01:02:50Se souvenir, bâtir, ensemble.
01:02:56Et nous serons là.
01:02:58Je vous remercie.
01:03:10Nous allons à présent procéder au geste inaugural.
01:03:14J'invite M. le Président de la République de Rwanda
01:03:17et M. le Président de la République à venir déposer une gerbe.
01:03:21Nous observerons ensuite une minute de silence,
01:03:26suivi des hymnes nationaux.
01:03:56Olympique de M. le Président de la République entre
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