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Il nous emmène dans les coulisses des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis. Robert Malley est le principal négociateur de l'accord nucléaire iranien de 2015. C'est également l'ancien envoyé spécial pour l'Iran de Joe Biden. Faut-il croire dans l'accord signé à Versailles ? Robert Malley est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 24 juin 2026.
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00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h18, l'interview de Marc-Olivier Fogiel alors que le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, est
00:10en visite dans le Golfe
00:11et que les Iraniens semblent prendre un malin plaisir à contredire tout ce qu'affirme Donald Trump sur l'accord
00:16de paix.
00:17Vous recevez ce matin Robert Mallet. Robert Mallet, c'est un Américain qui a été un des principaux négociateurs de
00:22l'ancien accord avec les Iraniens, celui de 2015, que Donald Trump d'ailleurs avait déchiré.
00:26Et bonjour Robert Mallet. Bonjour. Merci d'être là. La semaine dernière, je recevais Yossi Cohen, l'ancien patron du
00:33Mossad, qui nous disait qu'on ne peut pas faire confiance au MOLA.
00:36Vous qui avez négocié directement avec lui en 2015, alors que ce week-end, un accord a été signé avec
00:42Donald Trump. Est-ce que vous, pour commencer, vous leur faites confiance ?
00:46Bien sûr que non. Mais est-ce que vous feriez confiance au président Trump si vous étiez en train de
00:49négocier avec lui ? Je ne vais pas faire le parallèle, mais bien sûr.
00:52Vous le faites quand même.
00:52Je le fais quand même. Il faut quand même se rappeler que l'accord qui a été conclu en 2015,
00:57jusqu'à ce que le président Trump le déchire, l'Iran le respectait.
01:00Il le respectait pour ses propres raisons. S'il pouvait tricher, sans doute il l'aurait fait, mais il savait
01:03qu'il y avait des inspections, une vérification très poussée.
01:06Donc je pense que dans les bonnes circonstances, on n'a pas besoin de faire confiance dans leurs intentions.
01:10On regarde leurs actes. Et si l'accord est bien ficelé, ils auront plus de mal à tricher.
01:14Mais votre accord à vous, en 2015, Trump l'a déchiré, puisque c'était l'accord d'Obama. Il disait
01:19notamment qu'il ne tenait pas compte des missiles balistiques iraniens.
01:23L'arme nucléaire, puisque c'est ça qui est au cœur de tout, petit à petit, ils essayaient de la
01:27constituer, cette arme nucléaire, et ils enrichissaient leur uranium, non ?
01:30Depuis cet accord de 2015.
01:31Pas avant que le président Trump ne le déchire. Et ça, vous n'avez pas besoin de me faire confiance
01:35à moi.
01:36C'est ce que disait l'AEA, l'Agence Internationale pour l'Énergie Atomique.
01:39C'est ce que disait même, d'ailleurs, le département d'État du président Trump, parce qu'il devait certifier,
01:42je pense, tous les six mois, je ne me souviens plus des échéances,
01:45s'il ira respecter l'accord.
01:47Il ne pouvait pas dire autrement, parce qu'il ira le respecter, y compris sur les questions d'enrichissement, de
01:51développement de programmes nucléaires.
01:53On va y venir à l'accord récent, le dernier, voir ce qu'il y a dedans, et surtout ce
01:57qu'il faut maintenant y mettre dans les 60 jours.
01:59Mais racontez-nous, parce qu'on se pose la question, quand on négocie, comment ça se passe ?
02:03Quand vous êtes en face, ça s'est passé en Suisse, comment ça se passe ?
02:06Qui vous avez en face ? C'est quoi une journée type ?
02:08Et tout ça, c'est du théâtre où il y a une réelle discussion qui avance, et avec des claquements
02:14de portes qui sont fictifs ou réels.
02:16D'abord, oui, c'est des vraies négociations.
02:18Et d'ailleurs, je regarde un peu comment ils vont constituer les équipes actuelles.
02:21Je sais qu'on y reviendra, mais ce n'est pas tellement différent, c'est-à-dire qu'il y
02:24a des équipes techniques.
02:25Moi, j'étais le représentant de la Maison Blanche sous Obama pour ces négociations.
02:29Je ne suis pas expert nucléaire, je ne suis pas expert sur les sanctions.
02:32Donc, il fallait des équipes de gens du département d'État, du département du Trésor, d'autres départements concernés, les
02:37experts nucléaires.
02:38C'est eux qui faisaient le travail technique.
02:40Nous, on regardait pour savoir et nous expliquait, et on savait quels étaient les enjeux.
02:43Est-ce qu'il y avait des choix à faire, sous l'autorité du président Obama ?
02:46Mon vis-à-vis, c'était celui qui est maintenant le numéro 2 du ministre des Affaires étrangères.
02:51Nous rencontrions lui et celui qui est actuellement ministre des Affaires étrangères.
02:54Le secrétaire d'État, lui, avait des conversations avec son homologue, le ministre Javad Zarif.
02:59Il y a les niveaux politiques, mais là où se passe véritablement le travail, c'est au niveau technique.
03:04Donc, c'est vraiment une négociation pas à pas, pied à pied.
03:07Ça a duré 30 jours.
03:08D'abord, ça avait duré des années avant, mais l'accord final a été conclu.
03:11Nous étions tous dans le même hôtel à Vienne.
03:1430 jours, c'était un des voyages les plus longs qu'un secrétaire d'État ait fait sans retourner aux
03:17États-Unis,
03:18parce qu'il tenait à être là.
03:19Et il fallait faire beaucoup de, pas de négociations, mais de discussions avec nos autres partenaires.
03:23La France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine.
03:26Le ton montre, par exemple ?
03:28Il y a eu des moments où l'un ou l'autre ont claqué la porte.
03:30Il y a un moment où le secrétaire d'État, Thierry, a frappé sur la table et son stylo a
03:34failli aveugler un des négociateurs iraniens.
03:36Parfois, c'est du théâtre, c'est sûr.
03:38Mais parfois, c'est réel, parce que d'abord, quand ça dure 30 jours, on en a assez,
03:42et on se dit que les autres sont en train de nous mener en bateau, donc on menace de quitter.
03:46Parfois, avant, Vienne, on a quitté, ou eux ont quitté la salle.
03:50Ça arrive, mais le fait est qu'il n'y a jamais eu un moment où la crise était telle
03:55que les gens sont partis et ne sont pas revenus.
03:56Et c'est ça l'important.
03:57L'expert que vous êtes sur cet accord-là, le premier round, il a duré 18 heures.
04:02Marco Rubio, on a bossé les bases de la maison, maintenant il reste à construire les murs.
04:06Les bases sont bien posées ? On est sur quelque chose de sérieux, selon vous ?
04:10D'abord, je pense que ça a duré plus que les journées où ils étaient en Suisse,
04:13parce que ça fait longtemps maintenant qu'ils font passer des documents par l'intermédiaire d'une tierce partie,
04:17le Qatar, le Pakistan et d'autres.
04:19Est-ce que les bases sont solides ?
04:20Pour garder le verre à moitié plein, c'est-à-dire qu'ils ont, pour l'instant, cessé la guerre,
04:25en Iran, peut-être au Liban, ils ont réouvert le détroit d'Ormuz, ça c'était l'enjeu principal.
04:30Ils ont jeté les bases des négociations à venir. Est-ce que c'est les bases de la maison ou
04:35c'est les bases des bases de la maison ?
04:36On peut en discuter, mais pour l'instant, il y a des principes assez abstraits,
04:39mais qui montrent le chemin à suivre pour l'avenir.
04:42Mais manifestement, l'Iran a accepté d'inviter à nouveau des inspecteurs de l'AIEA,
04:46l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique sur le territoire.
04:49Ça, c'est une avancée. On va pouvoir voir précisément où ils en sont de leur uranium enrichi.
04:53Il y a des détails à voir et si vous lisez là...
04:56Vous avez l'air assez sceptique.
04:56Non, écoutez, tout va être difficile et ça ne se fera pas en 60 jours.
05:00Parce que même, là, ce que vous dites, les États-Unis ont dit qu'ils ont accepté le retour des
05:03inspecteurs.
05:04L'Iran dit que nous n'avons rien accepté du tout.
05:06C'est notre politique depuis longtemps qu'on a invité les inspecteurs.
05:09Ça veut dire qu'il y aura sans doute une différence d'appréciation dans ce que les inspecteurs peuvent faire.
05:14Chaque étape sera une crise jusqu'à ce qu'on ait un accord final, et même après, à cause de
05:19l'interprétation.
05:19Donc pour l'instant, oui, c'est une avancée.
05:21Et je pense que c'est une indication de l'approche qu'ils vont suivre qui, à mon avis, est
05:25plus intelligente que de dire
05:26on va tout résoudre d'un coup et tant qu'on n'aura pas résolu, on ne fera rien.
05:30Je pense qu'ils vont procéder par étapes.
05:31La première étape, c'est justement le retour des inspecteurs.
05:34En échange de quoi, les États-Unis vont donner accès à l'Iran à quelques milliards de leurs propres fonds
05:39qui sont maintenant gelés au Qatar.
05:41Donc je pense qu'on verra un peu du troc, c'est-à-dire que petit à petit, des petits
05:44accords
05:45qui mèneront peut-être à l'accord final que recherche le président Trump.
05:4960 jours, pour vous, ce n'est pas tenable ?
05:51Non, je ne pense pas.
05:52Ça nous a pris beaucoup plus que ça pour aboutir au JCPOA,
05:55et ça leur a pris beaucoup plus que ça pour obtenir ce petit mémorandum.
05:59Donc je pense qu'ils régleront, dans le meilleur des cas, beaucoup de choses,
06:02mais il restera encore des sujets.
06:03Vous, votre chef, c'était Barack Obama.
06:05Là, leur chef, c'est Donald Trump, qui n'est pas une déclaration près,
06:09qui peut tout faire capoter.
06:10On voit bien dimanche dernier, quand il dit
06:12l'Iran doit immédiatement empêcher ses mandataires grassement payés au Liban de semer le trouble.
06:17S'ils ne le font pas, nous frapperont à nouveau très fort l'Iran.
06:20Et là, les négociateurs quittent la table quasiment.
06:22N'oublions pas le fait que c'est une violation de la première clause,
06:25du premier paragraphe de l'accord,
06:26qui dit que ni l'un ni l'autre ne fera recours à la force
06:29ou ne menacera le recours à la force.
06:31Donc il a tout de suite violé l'accord.
06:33Je pense que les Iraniens connaissent le président Trump.
06:35Ils savent, ils s'en méfient.
06:36C'est qu'il va dire une chose et son contraire dans la même phrase.
06:39Mais là, ils ont dû marquer le coup pour dire
06:40qu'on n'est pas prêt à négocier dans ces conditions.
06:42Bien sûr, ils ont continué à négocier.
06:44Selon le chef de la délégation iranienne,
06:47ils ont négocié à ce moment-là de façon indirecte,
06:49à travers le Pakistan.
06:50C'est comme ça que ça se passe.
06:51On fait semblant d'être énervé, mais on continue à négocier en dessous.
06:54S'ils vont quitter la table à chaque fois que le président américain
06:56dira quelque chose qui leur déplaît,
06:58même si c'est en violation de l'accord,
06:59pas besoin de commencer.
07:00Mais ça, c'est du côté iranien, du côté américain.
07:02Ceux qui ont pris votre place sur cet accord-là.
07:05Ça doit être terrible d'être à cette place-là
07:06et d'avoir un président comme Trump
07:08qui est prêt à toutes ses sorties au fur et à mesure
07:11et qui fragilise en permanence les discussions, non ?
07:14Oui, je ne dis pas que j'ai une sympathie particulière
07:16nécessairement pour eux, mais j'ai un peu de pitié parce que...
07:19Le pitié, vous dites.
07:19Oui, parce que travailler pour quelqu'un
07:21dont on ne connaît pas le point de vue,
07:23au moment même, et même si on pense le connaître,
07:25on ne sait pas s'il changera dans les minutes
07:26ou les heures qui suivent,
07:27je pense que pour l'instant, ils ont bien commencé.
07:30Mais je n'exclus pas un matin que le président se réveille
07:33au vu des critiques et les critiques très, très dures
07:36contre l'accord, y compris de la part de Républicain.
07:38Eh bien, est-ce qu'un jour, il va se dire
07:40« J'en ai assez, il va falloir les bombarder
07:41pour montrer qui est le maître ».
07:42Je pense qu'il a assez appris de l'expérience passée
07:45que le recours à la force ne l'a pas vraiment aidé.
07:47Mais qui sait avec lui ?
07:48C'est quand même quelqu'un.
07:49La France et tous les autres pays du monde
07:50sont bien placés pour le savoir.
07:52On ne sait jamais ce qu'il va penser d'un jour à l'autre.
07:54Vous avez trouvé comment cette espèce de mise en scène
07:56de signature de l'accord à Versailles
07:57aux côtés d'Emmanuel Macron ?
07:59Vous qui, les accords, vous les avez vus de l'intérieur ?
08:01Écoutez, c'est du Trump.
08:02Il aime Versailles, il aime le grand spectacle.
08:04C'était un peu ridicule parce que l'accord
08:06avait apparemment déjà été électroniquement signé avant.
08:09Mais il lui faut ça, il lui faut les grands gestes
08:11qui, franchement, ne signifient pas grand-chose.
08:14Quand vous dézoomez, vous vous dites que
08:15cette guerre, elle a servi à quelque chose ou pas ?
08:17Je commençais cette interview en parlant d'Iossi Cohen,
08:20du Mossad, qui disait que malgré tout,
08:22les frappes ont endommagé très fortement
08:24l'arsenal nucléaire iranien.
08:26Et rien que pour ça, la guerre a servi à quelque chose.
08:28Vous, vous dites quoi ?
08:29Oui, moi, je dis très peu de positifs à l'égard de cette guerre.
08:31D'abord, elle était illégale, elle n'était pas justifiée.
08:33Elle a eu lieu au milieu d'une négociation
08:34que beaucoup de gens m'ont dit était assez productif.
08:37Il n'avait pas abouti, mais le 28 février,
08:40quand les frappes ont commencé,
08:41beaucoup des médiateurs pensaient
08:42que ça allait continuer parce que les négociations avancent.
08:46Et évidemment, ça a causé des morts de civils en Iran.
08:48Ça a également causé une déstabilisation économique globale
08:51avec des pertes en vie humaine énormes
08:54dans des pays du sud global pour des raisons qu'on connaît bien.
08:56Donc, je vois très peu de positifs dans cette guerre.
08:59Oui, évidemment, au point de vue tactique,
09:01il est vrai que beaucoup des ressources militaires iraniennes
09:04ont été frappées.
09:05Mais à en croire les services de renseignement américains,
09:0770% des capacités de missiles iraniennes demeurent.
09:11C'est quand même un échec flagrant.
09:12Oui, ils ont détruit beaucoup des capacités nucléaires,
09:15mais selon les experts,
09:16si l'Iran, demain, a décidé d'acquérir une bombe atomique,
09:18ça leur prendrait peut-être 9 à 12 mois pour y arriver.
09:21Donc, ce sont des victoires tactiques
09:23et une défaite stratégique très nette.
09:26Il suffit de lire le mémorandum
09:27pour voir que c'est une défaite.
09:28Parce que les États-Unis auraient pu obtenir plus
09:30à plus bas prix avant la guerre et sans la guerre.
09:34Il suffit de regarder les faits,
09:35également d'écouter les officiels israéliens
09:38et les plus durs aux États-Unis
09:40pour reconnaître qu'ils se disent eux-mêmes
09:41que cette guerre, finalement, c'est un échec pour les États-Unis.
09:44Et pour conclure, ce régime, il tombera un jour en Iran
09:46puisque c'était aussi un des objectifs
09:48et celui-là, il est raté.
09:49Un jour, oui, mais pas à cause de la guerre
09:50qui a peut-être retardé l'évolution naturelle
09:53et le départ de ce régime.
09:55On verra.
09:55Bien sûr qu'un jour, il chutera.
09:57Je pense qu'il n'a pas la capacité
09:59de répondre aux besoins,
10:00aux aspirations fondamentales du peuple iranien.
10:02Donc, il est en porte-à-faux
10:04avec sa propre population.
10:05Maintenant, il a démontré
10:06qu'il est prêt à faire énormément de choses
10:08pour rester au pouvoir.
10:09Là, il se sent un peu renforcé
10:11à cause de cette guerre
10:11parce qu'il a tenu tête
10:12non seulement à la plus grande superpuissance mondiale,
10:15mais à la superpuissance régionale.
10:16À mon avis, il est en position aujourd'hui
10:19de réprimer son peuple
10:20si son peuple se soulève
10:21et son peuple est assez fatigué aujourd'hui.
10:23Oui, un jour, il tombera.
10:25Mais je pense que
10:25ce n'est pas cette guerre qui aura contribué.
10:28Merci, Robert Mallet.
10:29C'était passionnant ce matin sur RTL.
10:30Merci.
10:30Merci à vous également, Marc Ollé.
10:32Et on retrouvera évidemment
10:33sur RTL.
10:33Merci.
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