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🏚️ Déguerpissements à Abidjan : que deviennent les populations de Koumassi Campement ?

Des semaines après les démolitions qui ont choqué l’opinion publique, de nombreuses familles continuent de vivre dans la précarité, entre relogement incertain, pertes matérielles et traumatismes.

Au-delà du drame humain, cette affaire a mis en lumière l’ampleur d’une crise foncière longtemps sous-estimée en Côte d’Ivoire.

🎥 Linfodrome revient sur ce dossier qui continue de susciter interrogations et indignation.

#Linfodrome

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Transcription
00:00Au moins cela, si nous devons nous prévenir, c'est de mieux !
00:03On ne sait pas où passer !
00:04Les gens sont à la rue, les gens ont dormi s'il n'y a plus !
00:07Aie pitié ! Aie pitié !
00:09Aie pitié !
00:21Destruction d'une grande partie de la cité au Fouette-Boigny,
00:23plus connue sous le nom de Koumasi Grand Compliment,
00:26est en train de se transformer en l'une des affaires foncières
00:28les plus troublantes de ces dernières années en Côte d'Ivoire.
00:31Aujourd'hui, des milliers de personnes ont été jetées à la rue, livrées à elles-mêmes.
00:35Certaines d'hommes à la Belle Étoile, d'autres dans des écoles,
00:38chez des proches car ayant tout perdu du jour au lendemain.
00:42C'est dans l'école où ils ont dormi, pour que les enfants soient là,
00:45ils ne peuvent pas manger !
00:51Des propriétaires munis d'arrêtés de concessions définitives
00:53cherchent encore à comprendre ce qui s'est réellement passé
00:56pour que les maisons soient détruites.
00:58Le bâtiment m'a coûté à la population de 70 à 115 millions.
01:03Moi, je me trouve que je suis déjà mort.
01:06Je n'ai plus rien.
01:07Pendant les 30 ans que j'ai travaillé, c'est tout ce que j'ai mis dedans.
01:10Plusieurs entités politiques et de la société civile
01:13condamnent le caractère brusque et inhumain de ces déguerpissements,
01:16supposés améliorer le cadre de vie.
01:18Plusieurs observateurs dénoncent également
01:20le non-respect des principes élémentaires d'humanité.
01:36L'ancien préfet d'Abidjan, Vincent Tobi-Hirier, revenant sur la situation,
01:41a rappelé qu'il existe des orientations claires
01:43telles qu'éviter les déguerpissements en saison de pluie
01:46pendant l'année scolaire et durant les périodes de fêtes.
01:48Des dispositions qui visaient à limiter les souffrances des populations.
01:51Mais ici, toutes ces dispositions ont été froissées.
01:55Derrière cette initiative floue, une personne du troisième âge
01:59qui sort et brandit une décision de justice lui autorisant à démolir.
02:03J'ai obtenu une autorisation de remblayage depuis 2016
02:09après une enquête d'études d'empathes environnementales.
02:15Tout est confus et flou dans les explications des uns et des autres.
02:19Le constat ? Un système administratif, judiciaire et sécuritaire défaillant.
02:24Au départ, les populations ont entendu l'explication selon laquelle
02:28un opérateur économique le nommé à lui Broujac aurait obtenu gain devant la justice
02:34dans un litige foncier vieux d'une dizaine d'années.
02:36Il est alors pointé comme auteur de cette opération visant à récupérer sa parcelle.
02:45Cette version est reprise par certaines autorités locales,
02:48dont le maire de Kumasi, qui a affirmé que la commune n'était pas à l'origine
02:52de cette opération de destruction.
02:55Une information confirmée plus tard par Aloui Broujac dans une vidéo qu'il a produite
03:00et diffusée sur les réseaux sociaux.
03:01Je suis le troisième agent au maire de la commune de Kumasi chargé du comètre
03:06sous le maire Adoua-Sazor.
03:08À ce titre, j'ai pu obtenir ce terrain qui fait beaucoup de grands bruits dans le faux
03:17de ceux qui ne connaissent pas l'histoire.
03:19Mais quelques jours après sa sortie, une surprise de taille venant de la justice va surprendre.
03:24Un communiqué du procureur de la République près du tribunal de première instance d'Abidjan,
03:29Bramakone, publié le 10 juin, vient bouleverser tout ce récit.
03:33Selon le parquet, aucune décision judiciaire n'autorisait la démolition de ces habitations.
03:38Mieux encore, la demande d'exécution forcée formulée par l'intéressé avait été jetée par le tribunal.
03:44La procédure concernait à l'origine seulement cinq habitations
03:47et non plusieurs hectares de construction selon les précisions du communiqué du procureur.
03:52C'est d'ailleurs cette version qu'avait confiée Nanna Marcelin Kofi,
03:55chef coutumier de Kumasi Campement au micro de l'infodrome,
03:58au lendemain de l'opération, indiquant que le concerné,
04:01même s'il disposait de décisions de justice, avait cassé plus qu'il en fallait.
04:05Il a par ailleurs dénoncé son autorité bafouée,
04:08car n'ayant pas été informé au préalable,
04:10tout comme la quasi-totalité des déguerbis interrogés.
04:13Cette révélation ouvre alors une série de questions troublantes.
04:17Comment des engins de démolition ont-ils pu intervenir
04:20sous la protection des forces de l'ordre,
04:22sans qu'une vérification préalable de la base légale de l'opération ne soit effectuée ?
04:26Quel document a été présenté aux autorités administratives et sécuritaires
04:30pour justifier une telle mobilisation ?
04:32L'affaire est d'autant plus grave,
04:34car la législation ivarienne encadre strictement les démolitions.
04:37L'article 30 du Code de la construction et de l'habitation
04:40précise que toute personne souhaitant démolir un bâtiment
04:43doit au préalable obtenir un permis de démolir
04:46délivré par les services compétents de l'urbanisme et de l'habitat.
04:50Sauf que dans le cas de Kumasi Campement,
04:52l'auteur des cases n'avait aucune raison légale.
04:54C'est hallucinant.
04:55L'enquête ouverte par le paquet
04:57devra désormais établir toute la chaîne de responsabilité
05:00qui a œuvré pour que nous en soyons dans cette situation.
05:03Car, si Aloui Broujac est présenté comme l'instigateur des démolitions
05:07et fait actuellement l'objet de recherches,
05:10une question demeure.
05:11Un seul individu pouvait-il réellement faire raser
05:14tout un quartier sans véritable appui administratif et sécuritaire ?
05:18C'est désormais la crédibilité de l'état de droit
05:20qui est mise à l'épreuve dans cette affaire.
05:22Au vu de la situation qui prévaut,
05:24avec ces montements,
05:26que fera l'état de Côte d'Ivoire ?
05:27Pour de nombreux sinistrés,
05:29l'urgence n'est plus seulement de connaître les responsables,
05:31mais aussi d'obtenir réparation
05:33après une opération dont la légalité apparaît aujourd'hui
05:36plus que jamais contestée.
05:39Ce que nous demandons, nous, les sinistrés,
05:42c'est de suivre ce dossier-là pour nous,
05:44pour dire réparation.
05:45De toutes les façons, l'opinion publique
05:48suit cette affaire comme du lait sur le feu.
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