00:01Céline Landreau, RTL Matin.
00:0353 départements en alerte orange canicule aujourd'hui.
00:06Des records de températures qui tombent.
00:0839 degrés attendus encore par endroits.
00:10Et un pays qui se prépare à suffoquer pendant près d'une semaine.
00:13A ralentir aussi.
00:14Train supprimé, au reau du bac reporté.
00:16La canicule est bel et bien installée.
00:18Bonjour Magali Réguezazit.
00:20Bonjour.
00:20Vous êtes géographe spécialiste de la transition écologique.
00:23Vous avez aussi été membre du Haut Conseil pour le Climat.
00:25Pour la deuxième fois déjà cette année.
00:27Et sans attendre l'été, les températures flambent.
00:30Est-ce qu'on peut parler là d'une vague de chaleur exceptionnelle ?
00:34Alors exceptionnelle oui.
00:35Par rapport à ce qu'on connaît d'habitude.
00:37Par rapport à ce qu'on appelle les normales saisonnières.
00:40Absolument pas surprenante malheureusement.
00:42Par rapport à ce que les scientifiques anticipaient.
00:45Puisqu'en fait c'est la conséquence directe du changement climatique.
00:48Et exceptionnelle pour combien de temps ?
00:50Est-ce que c'est en passe de devenir la norme ?
00:51Alors c'est en passe de devenir la norme.
00:53Plus le climat va se réchauffer.
00:55Plus on va avoir ce type de vagues de chaleur.
00:57De plus en plus tôt dans l'année.
00:58De plus en plus tard aussi.
00:59De plus en plus intense.
01:01De plus en plus longue.
01:02Pour l'instant on est sur à peu près encore une semaine.
01:04Mais on ne sait pas ce qui se passe après.
01:06Et surtout on ne sait pas ce qui va se passer cet été.
01:07Quand vous dites encore plus intense.
01:11On est à 40 degrés.
01:12Aujourd'hui on disait un record de précocité à cette température.
01:16Hier battu.
01:17Ça pourrait être beaucoup plus dans les années qui viennent.
01:195 degrés de plus ? 10 degrés de plus ?
01:21Oui.
01:21On sait que dans les années 2050, au rythme de nos émissions, on franchira les 50 degrés.
01:2750 degrés à l'ombre en France métropolitaine ?
01:30À Paris.
01:31À Paris.
01:32Comment on vit ?
01:33Plutôt comment on survit à ces températures-là ?
01:35On ne survit pas.
01:36On ne survit pas si on n'a pas adapté non seulement nos logements, notre bâti, nos villes, nos activités.
01:42Mais surtout, si on n'a pas derrière, transformer complètement notre manière de travailler, notre manière d'aller à l
01:48'école.
01:48La chaleur va nous demander d'avoir une transformation de toutes nos activités dans les 20 ans qui viennent.
01:56Là, on va le dire clairement, on n'est pas du tout prêt.
01:58On est à peine à 40 degrés.
01:59Déjà, on disait des trains supprimés, des examens scolaires menacés.
02:03Ça veut dire que concrètement, il va falloir aussi se préparer à des fins de printemps, des étés,
02:08où la vie économique peut se mettre en pause dès que le mercure grimpe ?
02:12Tout est à l'arrêt ?
02:13Tout est à l'arrêt parce que derrière, la chaleur est mortelle.
02:17La chaleur est mortelle, elle est mortelle pour les êtres vivants.
02:19Et on voit aujourd'hui que plus c'est tôt, plus on a des catégories de populations qui d'habitude
02:23ne sont pas touchées
02:24ou sont moins vulnérables.
02:26La première vague de chaleur de mai, elle a particulièrement touché les 15-45 ans
02:30parce que c'est le moment où on travaille tout simplement.
02:33Et puis, ça a aussi un impact très très fort sur les animaux.
02:35Par exemple, aujourd'hui, les élevages en France, c'est très compliqué.
02:38Et puis, ça a un impact sur la biodiversité.
02:41Et cette biodiversité, c'est un impact sur l'eau.
02:44Et donc, en fait, vous avez des effets dominos qui font que derrière,
02:47bien par exemple, on voit que là, il y a des centrales nucléaires qui sont au ralenti,
02:50qui tournent au ralenti parce qu'elles chauffent, il faut les refroidir.
02:53Il y a moins d'eau.
02:54Et donc, vous avez en fait des effets dominos comme ça.
02:56Ça serait la même chose dans l'industrie.
02:57On a besoin de beaucoup de chaleur.
02:59C'est la même chose dans le tourisme, par exemple dans la restauration.
03:01Parce que les gens, quand vous êtes dans un restaurant, vous travaillez à côté d'un four.
03:04Donc, on voit en fait qu'il y a plein, plein, plein comme ça de métiers qui sont touchés.
03:09On a aussi la question, et on le voit là, des enfants, des petits-enfants.
03:13Et puis, on ne pense pas à des sujets comme, par exemple, les prisons.
03:15Dans les prisons, vous avez non seulement les détenus, mais vous avez aussi les survivants de prison.
03:19Vous avez aujourd'hui toutes les personnes qui assurent notre sécurité, les policiers, les gendarmes.
03:23Comment est-ce que vous patrouillez avec des gilets pare-balles ?
03:25À des températures pareilles.
03:27À des températures pareilles.
03:28Donc voilà, c'est une question vraiment de sécurité.
03:29Là, on touche au cœur de la sécurité économique, de la sécurité alimentaire, mais aussi de notre sécurité intérieure.
03:36Et la réponse politique, elle vous semble à la hauteur aujourd'hui,
03:39quand le gouvernement présente cette semaine son plan endurance pour accélérer l'adaptation des logements aux canicules,
03:45en annonçant une baisse de la TVA sur les pompes à chaleur,
03:49en permettant aux copropriétés de voter plus facilement à la majorité simple des travaux d'ampleur et de rénovation ?
03:54C'est le verre à moitié vide et à moitié plein.
03:56C'est-à-dire que c'est bien qu'on le fasse s'il était temps.
03:58La grosse difficulté, c'est qu'aujourd'hui, on court après les crises.
04:01Il ne faut pas imaginer qu'on va résoudre ce problème en mettant trois pompes à chaleur et des climatiseurs.
04:05Ce n'est pas vrai.
04:05Il va falloir rénover d'abord complètement nos villes, toutes entières.
04:09Parce que vous pouvez climatiser une école, par exemple.
04:11S'il fait 50 degrés, les enfants ne peuvent pas aller à l'école.
04:15Vous ne pouvez pas manger dans l'école.
04:17Si vous avez, par exemple, des transports en commun,
04:20ou même des voitures qui font 50 degrés, vous ne pouvez pas aller travailler.
04:24Si vous avez, par exemple, des réseaux, vous dépendez de l'électricité pour faire du télétravail.
04:29S'il n'y a plus d'électricité parce qu'il y a un problème sur le réseau, vous ne
04:32pouvez plus travailler.
04:33Donc, c'est beaucoup plus grand, en fait.
04:35Et là, on arrive au verre à moitié vide.
04:36Vous dites que c'est bien de prendre ces mesures, même si elles interviennent peut-être un petit peu tard.
04:41Le verre à moitié vide, c'est, par exemple, ce fond vert qui est destiné à aider les collectivités territoriales
04:46à engager cette transition écologique et qui, lui, font à vue d'œil.
04:50Qui font à vue d'œil.
04:50Et puis, derrière, c'est quand même, et ça, il faut le dire, l'adaptation ne suffit pas.
04:55Tant qu'on n'a pas atteint ce qu'on appelle la neutralité carbone,
04:57c'est-à-dire que tant qu'on continue à mettre du CO2 dans l'atmosphère,
05:00c'est comme si vous mettiez de l'essence dans un moteur.
05:03Le réchauffement se poursuit.
05:04Et donc, vous leur dites quoi, ce matin, aux politiques ?
05:06Il faut absolument travailler aujourd'hui pour décarboner nos sociétés en même temps que l'adaptation.
05:11Sinon, en fait, on est condamné à poursuivre un but qui s'éloigne sans cesse
05:16parce que dès qu'on est en plein de mesures d'adaptation,
05:19elle sera en fait déjà dépassée par le changement climatique qui se poursuit.
05:22On parle beaucoup du coût de la dette publique qui se creuse
05:25et c'est ce qui justifie notamment les coûts drabeaux successifs
05:27sur ce fameux fond vert dont on parlait il y a quelques instants.
05:30Est-ce qu'on a tendance à oublier que ce coût-là, celui du réchauffement climatique,
05:36devient exponentiel à mesure qu'on repousse ces arbitrages ?
05:38Ce qui est très intéressant aujourd'hui, c'est que les économistes,
05:41ce qui n'était pas le cas il y a quelques années,
05:43ont montré que l'impact du réchauffement climatique sur l'économie
05:46était en fait beaucoup plus important que l'action climatique.
05:49On voit qu'aujourd'hui, c'est des pertes de PIB, c'est des pertes de croissance,
05:52c'est des pertes d'activité économique, c'est des destructions d'entreprises.
05:54Et donc en fait, aujourd'hui, y compris d'ailleurs dans les très grands groupes,
05:57vous avez peut-être vu passer un rapport des réassureurs mondiaux,
06:00ce qui réassure les assureurs,
06:02on attend à peu près à plus de 200 milliards d'euros
06:05les coûts de ces vagues de chaleur.
06:08Ces vagues de chaleur, c'est plus de 200 000 morts
06:10sur ces dernières années, ces cinq dernières années en Europe.
06:12Donc en fait, les coûts sur l'économie aujourd'hui du changement climatique
06:15sont beaucoup plus importants que les bénéfices qu'on va retirer de la transition.
06:20Bon, tout ça dresse un tableau un peu sombre.
06:22Et pourtant, vous restez optimiste avec ce livre.
06:24Bienvenue en 2055, dans 30 ans donc.
06:27Ce n'est pas de la science-fiction, mais une fiction scientifique.
06:29Vous présentez ça comme ça.
06:30Vous nous plongez dans un monde neutre en carbone.
06:33Vous nous avez rappelé ce qu'était la neutralité carbone tout à l'heure.
06:36En clair, c'était arrêter de dégager du CO2 dans l'atmosphère.
06:38Vous partez du principe qu'on a réussi ce pari en 2055.
06:42Pour autant, le monde a changé,
06:43parce que les effets du réchauffement climatique ne se sont pas dissipés.
06:47On est à plus de 2,7 degrés pour la France.
06:50Comment on vit au quotidien avec ces températures-là ?
06:53Vous l'esquissez un petit peu dans votre livre.
06:55Vous vous imaginez dans 30 ans, à quoi il ressemble votre quotidien ?
06:57On vit bien.
06:58Vous vivez où d'abord ?
06:59On vit en maison, en appartement, en ville.
07:02Mais on vit dans des logements qui ont effectivement été adaptés à la chaleur.
07:05On vit dans des villes où la voiture thermique a quasiment disparu.
07:09Mais ce n'est pas pour ça qu'on ne se déplace pas.
07:11On vit dans un monde où on mange mieux, on mange plus local.
07:15Les bénéfices qu'on a tirés d'une alimentation décarbonée,
07:19où il y a plus de fruits et légumes, plus de légumineuses,
07:21moins de viande, mais une viande qui est moins grasse en réalité,
07:24c'est très bon pour la santé.
07:26On a aussi...
07:27Alors, il y a des métiers qui ont disparu,
07:28mais il y a des métiers qui se sont créés,
07:30de nouveaux métiers, des métiers qui ont du sens.
07:32On a évidemment adapté notre calendrier scolaire.
07:35On a adapté nos rythmes de travail.
07:37Par exemple, pendant les périodes de canicule,
07:39on travaille la nuit.
07:39On travaille plus tôt et on travaille plus tôt aussi.
07:42On a aussi plus de solidarité.
07:44Par exemple, les personnes qui ne peuvent pas utiliser un vélo ou la marche à pied,
07:48on va avoir des transports partagés.
07:49Parce qu'on ne se déplace plus tout à fait de la même manière non plus.
07:51On ne peut plus se déplacer de la même manière,
07:52puisqu'on n'a plus accès à ces énergies fossiles.
07:54Tout est électrifié.
07:56Alors, tout est électrifié.
07:57On a appris à être économe.
07:59Mais économe, ça ne veut pas dire la régression.
08:01Ça veut dire qu'on a appris à privilégier la qualité.
08:04Le plastique a disparu des placards.
08:05Alors, le plastique a disparu des placards.
08:07Les emballages aussi.
08:08On a des vêtements qui sont différents, en fibres végétales ou animales.
08:12Pour raconter tout ça, on peut avoir l'impression d'un retour en arrière,
08:15alors même qu'on est en train de raconter ici même tous les jours
08:17cette course à l'intelligence artificielle,
08:20ces progrès qu'on attend de quelque chose qui est très énergivore.
08:24Ça vous paraît possible ?
08:25Bien sûr, parce que derrière, on va pouvoir choisir les usages essentiels.
08:29Par exemple, on va avoir de l'IA pour gérer nos réseaux électriques.
08:31Par contre, utiliser l'IA pour faire des photos sympas, ça c'est moins essentiel.
08:38Avoir des beaux vêtements, je pense que les gens aiment bien.
08:40Avoir des vêtements qui durent, avoir des jolis meubles.
08:42On parlait tout à l'heure de la paire.
08:43Avoir des meubles faits sur mesure.
08:46Ça veut dire que derrière, il faut accompagner tout ça.
08:48Il faut créer les métiers.
08:49Il faut créer les incitations économiques.
08:50Il faut réinvestir ou redéployer les investissements.
08:55Vous donnez 30 ans pour réussir ce qu'on peut qualifier de révolution.
08:57Ça vous paraît réaliste ?
08:5930 ans, ce n'est pas trop court ?
09:00Prenez quelqu'un qui est en 1925.
09:02En 1955, il a connu les congés payés.
09:05Il a connu la sécurité sociale, le droit de vote des femmes, la guerre froide.
09:08Il a connu le travail à la chaîne.
09:09Il a connu le développement de l'automobile.
09:11Il a connu le développement de la télévision.
09:12Il a connu justement l'arrivée, par exemple, du pétrole dans les vêtements avec les fibres synthétiques.
09:1730 ans, c'est énorme.
09:18Et ce qu'on peut dire, c'est que les solutions, c'est pourquoi ce n'est pas une science
09:21-fiction,
09:22parce que ces solutions, elles existent déjà.
09:24Elles sont accessibles.
09:25Elles sont efficaces.
09:27Elles sont économiquement rentables.
09:30Finalement, c'est un avenir qu'on peut tout savoir à condition, effectivement,
09:34de le mettre sur la table et de choisir collectivement où on veut aller.
09:37Et si vous voulez voir où on peut aller, en tout cas, si on en croit,
09:42vos projections scientifiques, on le rappelle, on vous conseille donc ce livre.
09:45Bienvenue en 2055 dans un monde neutre en carbone.
09:48Merci beaucoup, Magali Regézaz.
09:50Merci beaucoup.
09:51Merci.
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