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Années 90. Christophe Guazzelli est un enfant choyé par son père Francis, l'un des parrains de la "Brise de mer". Christophe rêve de devenir footballeur. Il a du talent, son père a les appuis. Les voyous blanchissent leur fortune à tour de bras. Ils ont même une "machine à cash" en plein Paris, le cercle de jeu Wagram. Richard Casanova vit une cavale très tranquille, la rumeur le dit protégé "en haut lieu".
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00:19La brise de mer, à partir du coup de l'UBS en 1990,
00:22elle a définitivement changé d'échelle, changé de braquet.
00:25Mais là, tout d'un coup, elle va devoir gérer une masse d'argent
00:28tout à fait inhabituelle en un seul coup.
00:31Le but du jeu de la brise de mer, comme de toute équipe,
00:33comme de toute équipe de voyous,
00:35c'est de transformer son argent illégal en argent légal.
00:37Ils se sont entourés très vite d'experts judiciaires, d'experts financiers
00:40qui leur ont appris de ne te casse pas la tête à braquer les manques,
00:42c'est stupide, tu fais ça, tu verras, c'est pareil,
00:44il n'y a pas de risque, tu ne risques pas de tuer quelqu'un, voilà.
00:47Donc c'est ça, c'est ça qui s'est passé peu à peu.
00:49Nous, les nationalistes, nous avons une part des responsabilités.
00:55Nous avons cautionné la voyocratie,
00:57c'est-à-dire que l'une armée, les armes,
01:00qu'elles soient d'un côté ou de l'autre, elles tuent.
01:03Il y a des bons morts, des mauvais morts,
01:05des bons assassinats, c'est du pipo, ça.
01:07Nous avons cautionné le système mafieux.
01:10La brise de mer, elle est considérée comme une mafia,
01:12comme une organisation mafieuse,
01:14mais pas sur le modèle de Cosa Nostra en Italie, par exemple.
01:16Il n'y a pas un chef, un donne, un boss,
01:19et des lieutenants en dessous.
01:21C'est plus comme la dranguetta, la mafia calabrese,
01:23avec des familles, des clans,
01:25donc des personnes qui sont au même niveau,
01:29qui dirigent et qui prennent des décisions ensemble.
01:40Insidieusement, un pouvoir occulte s'empare de la Corse.
01:44Plus redouté que les nationalistes.
01:47Toujours en avance sur l'État.
01:50La brise de mer, c'est la première mafia made in France.
02:16La brise de mer, c'est la première fois.
02:23et le fait...
02:30La brise de mer, vous allez rider,
02:31c'est la première fois.
02:42...
02:49...
03:16Sous-titrage MFP.
03:26Francis Mariani s'élance au volant d'une Subaru Impreza Grompa, celle que pilotait il y a quelques mois encore
03:32Colline Macré.
03:33L'argent des braquages, les voyous de la brise de mer l'investissent chacun à leur façon.
03:39Francis Mariani a maintenant les moyens de financer sa passion et de se payer des bolides professionnels.
03:49Francis Mariani est en quelque sorte l'atout insulaire de ce tour de Corse.
03:54Le pilote Bastia s'est longuement préparé, il espère secrètement jouer les troubles faites au milieu des usines.
04:00J'aimerais bien, ça peut arriver, non mais je ne pense pas.
04:03Je pense, je vais essayer de gagner ce challenge à ma terre.
04:08Mais le butin des voyous ne sert pas qu'à s'offrir des loisirs.
04:13Le cerveau du casse du siècle, Richard Casanova, a pris le maquis depuis le hold-up de l'UBS en
04:211990.
04:23Il a besoin d'argent pour financer une cavale qui va durer 16 ans.
04:29Une cavale étrangement tranquille.
04:33Il a une vie de famille quasi normale.
04:35Il va à la maternité lors de la naissance d'un de ses enfants.
04:39Il aura été voté.
04:41Visiblement, il n'est pas inquiet.
04:43Les voyous Corses ont de très bonnes raisons d'être sereins.
04:47Car les pouvoirs publics regardent encore et toujours du côté du FLNC.
04:55Sauf que cette fois, il s'agit d'une guerre inédite entre nationalistes eux-mêmes.
05:01Comme avec cet attentat en juillet 1996.
05:09Cet enchevêtrement de tôles calcinées et tout ce qu'il reste de la voiture piégée
05:14qui a explosé un peu après 16 heures sur le quai est du vieux port de Bastia.
05:19L'explosion a fauché 8 personnes.
05:22Des passants, mais aussi deux importants nationalistes, membres de la conculta.
05:27Ce nouvel épisode de la guerre des chefs nationalistes a créé la stupeur et l'inquiétude.
05:34Depuis le début des années 90, les frères d'armes d'autrefois s'entretuent comme des voyous.
05:41La police, impuissante, ne peut que compter les morts.
05:47Un homme a été tué ce matin à Bastia d'une décharge de...
05:51Un journaliste, le FLNC historique revendique l'assassinat de Robert Saut.
05:56Un troisième meurtre a été commis à Bastia en moins de 72 heures.
06:00Il s'agit du treizième meurtre depuis le début de l'année en Corse.
06:07Le mouvement nationaliste qui est né en 76 commence à être traversé par des dérives criminogènes et des dérives aussi
06:15affairistes.
06:16Et ça crée vraiment des tensions au sein d'un mouvement qui commence à imploser.
06:19Nous disposons de moyens très importants et appropriés pour faire échec à toute bande armée qui tenterait de s'opposer
06:28à notre action.
06:30Les chefs militaires vont se diviser sur des questions de rivalité, de pouvoir, d'influence,
06:35sur ce qu'on appelait assez pudiquement l'impôt révolutionnaire, mais en fait qui portait sur du racket.
06:40Il faut dire que la dérive mafieuse est essentiellement liée à la spéculation immobilière.
06:47Nous mettons en garde tous ceux qui ont pris la lourde responsabilité d'entraîner la Corse dans cette spirale.
06:55Et donc les armes plus l'argent, c'est sûr que ça a semé la division au sein de ce
07:00mouvement.
07:04Certains nationalistes sont devenus des voyous.
07:07Les voyous, eux, veulent ressembler à des notables.
07:15Francis Guadzelli mène une vie paisible, en apparence.
07:20Le week-end, il vit au village, respecté de tous, dans son domaine de la Porta.
07:27Et la semaine, il met l'économie du nord de l'île en coupe réglée.
07:32A commencer par Bastia et son agglomération.
07:45Francis Guadzelli, c'est celui qui fait le lien entre le monde des voyous, ce de la brise, et puis
07:50le monde des affaires.
07:51C'est lui qu'on vient solliciter pour savoir si on peut, par exemple, ouvrir une boutique à tel endroit,
07:56si on peut racheter une entreprise au tribunal de commerce.
08:01Des gens qui venaient demander la permission à la brise de mer pour investir sur l'île.
08:06On voyait bien que Francis Guadzelli exerçait quand même une espèce d'emprise.
08:10C'est lui qui oriente un peu tout ça.
08:17La brise de mer, ils vont inventer le banditisme investisseur.
08:22C'est des chefs d'entreprise.
08:24Il y a un exemple assez frappant à ça, c'est la grande place à Bastia, la place Saint-Nicolas.
08:32Disons que sur la dizaine d'établissements qu'il y a sur la place Saint-Nicolas,
08:377 leur appartenaient, en gros, 7 sur 10.
08:43La place Saint-Nicolas, lieu de rencontre de tous les Bastiais,
08:47n'est que la partie visible de l'emprise mafieuse.
08:52Sur la côte ouest ou sur la côte est de l'île,
08:55les voyous ont mis la main sur le monde de la nuit.
09:05Ils ont investi dans les discothèques,
09:09à Bastia, à Saint-Florent, à Calvi,
09:12il y avait le Challenger,
09:16il y avait l'apocalypse.
09:19Des discothèques à la réussite insolente.
09:23L'une est inaugurée par Alain Delon dans les années 80.
09:27Une autre, des années plus tard,
09:30verra s'y produire des stars mondialement connues.
09:33Snoop Doggy Dogg ou David Guetta.
09:37Puis, à part les discothèques, il y avait 50 façons de blanchir de l'argent.
09:45Ils vous prêtaient de l'argent et ensuite,
09:47tous les mois, tous les trimestres, tous les semestres, tous les ans,
09:51vous étiez tenu de reverser une partie de votre chiffre d'affaires
09:55aux représentants de la brise de mer.
10:00La seule différence qu'il y avait entre la brise de mer et la banque,
10:02c'est qu'un prêt de la brise de mer, c'était un prêt à vie.
10:06Après, vous avez de réelles raquettes sur les débits de boissons,
10:09sur les bars, sur les restaurants,
10:10sur les promenades en mer, dans les ports.
10:18Si tu veux avoir une activité normale, tu me payes une assurance.
10:23Si tu me donnes de l'argent tous les mois,
10:25tout va bien, si tu ne m'en donnes pas, tes bateaux brûlent,
10:28donc là, tu n'avais qu'à payer l'assurance, ton bateau n'aurait pas brûlé.
10:34Le raquette, c'est ce qui permet à la mafia d'être riche
10:38et surtout souveraine sur son territoire.
10:41A ce jeu, les Corses de la brise de mer s'inspirent des mafias italiennes,
10:45la Cosa Nostra ou la Camorra.
10:49Comme elles, ils se sont assurés des protections politiques,
10:54des contacts très haut placés
10:56qui vont faire échouer l'une des opérations de police
10:59les plus ambitieuses menées contre la brise de mer.
11:14Dans les années 80,
11:16les crimes commis par la brise de mer restent impunis.
11:21Les Américains avaient réussi à faire tomber Al Capone
11:24pour fraude fiscale dans les années 30.
11:2750 ans plus tard,
11:28les policiers français veulent faire pareil avec la brise.
11:33Une vingtaine d'enquêteurs spécialisés,
11:35dépêchés de Paris,
11:37viennent à Bastia passer la comptabilité des voyous au peigne fin.
11:44Le but, c'était d'opérer des redressements fiscaux
11:47sur l'ensemble de ces discothèques,
11:51bar à filles, restaurants.
11:54À l'époque, la Brigade nationale des enquêtes économiques
11:58ont travaillé pendant un mois,
12:00mangeant et dormant dans un endroit dissimulé
12:04au sein du casernement permanent de la CRS,
12:07travaillant très discrètement sans jamais sortir de ce campement.
12:11Ils ont pris en main tous les dossiers
12:13de ces messieurs de la brise de mer
12:16pour obtenir du préfet et du ministre par la suite
12:21des fermetures administratives extrêmement lourdes.
12:25L'autorité préfectorale a validé les demandes de fermeture,
12:29souhaitait ces fermetures ardemment.
12:32Si ensuite, au-dessus, pour des motifs politiques,
12:36le préfet ne reçoit pas le feu vert,
12:39ça n'est pas de sa faute.
12:42Le feu vert, c'est au ministre de l'Intérieur de l'époque,
12:46Charles Pasqua, de le donner.
12:50Pendant plusieurs mois,
12:51les policiers vont attendre sa confirmation.
12:59Les cinq demandes de fermeture administratives des principaux établissements,
13:04les plus beaux, les plus riches, les plus profitables,
13:09ces cinq établissements n'ont jamais fermé.
13:13Sur le continent, ils auraient tous fermé pour six mois ou pour un an.
13:16Ils n'ont jamais fermé.
13:18Le nom était fermé définitif, laconique.
13:25Non.
13:31Charles Pasqua aurait protégé les caïds de la brise de mer.
13:40Le premier flic de France est lui-même Corse.
13:43Il connaît l'île comme sa poche.
13:46C'est la première fois qu'un ministre de l'Intérieur,
13:49Escalité, réserve sa toute première visite en Corse,
13:52au village qui fut le berceau de sa famille
13:54et où tous les habitants sont ses petits-parents.
13:57Le maire, son cousin, entouré des habitants de Cazébec.
14:01Tous lui ont dit sur tous les temps, vous êtes ici, chez vous.
14:06Charles Pasqua, un ministre très fier de ses racines
14:11et en même temps très opposé au nationalisme Corse.
14:15Je voudrais dire que si je suis ici chez moi,
14:19tous les Français sont ici chez eux.
14:27En refusant la fermeture des établissements de la brise de mer,
14:31le ministre de l'Intérieur cherchait-il auprès des voyous
14:34des soutiens dans sa lutte contre les nationalistes ?
14:39La brise de mer a des alliés au plus haut niveau de la police.
14:43Elle en a aussi sur le terrain.
14:45En particulier auprès de ceux qui surveillent les établissements de jeu.
15:13Le cercle Vagrin, c'était certainement un des plus jolis cercles de jeu en France.
15:18J'ai toujours été un peu joueur,
15:20donc j'ai toujours un peu traîné dans ces endroits-là.
15:23C'était un endroit où il y avait beaucoup de footeux
15:25et les gens qui tenaient ce club adoraient le foot
15:28et on passait notre temps à parler de foot.
15:34C'était une très grande salle avec un très joli bar,
15:38un très bon restaurant.
15:42En haut, il y avait une mezzanine où on jouait au poker.
15:48Je savais juste que ça appartenait à des familles corse.
15:53À 80%, c'était des groupiers corses, des serbeurs corses.
15:59C'était corse.
16:05C'était fréquenté par, on va dire, entre guillemets, par le tout Paris.
16:10Il y avait, oui, effectivement, oui, des acteurs, des chanteurs.
16:14Il y avait tout un tas de jours.
16:16C'était très bien fréquenté.
16:17Il n'y avait jamais l'ombre d'un problème.
16:23Le cercle de la gamme, c'est une pompe à fric pour la brise de mer.
16:27Le cercle de la gamme, c'est une manne d'argent
16:30qui se déverse sur la brise de mer.
16:34Et pourtant, le cercle de la gamme, c'est une association.
16:38Loi de 1901.
16:42En tant qu'association, et contrairement au casino,
16:46les cercles de jeu n'ont pas le droit de faire des bénéfices.
16:50Pourtant, les membres de la brise de mer vont prélever des millions d'euros
16:54dans les caisses du Wagram, aidés par des policiers.
16:58Ce soir, on est parti, 25, 25.
17:01Aux manettes, le voyou de la brise de mer, le plus habile.
17:12Richard Casanova a mis en coupe réglée le cercle Wagram.
17:21Par exemple, un policier avait été bombardé
17:24président du conseil d'administration du cercle Wagram.
17:27Et on voyait qu'une partie des enquêteurs de notre propre service
17:32entretenait des relations avec une partie des employés
17:37qui, eux, étaient, encore une fois, des affidés des voyous corses.
17:40Et puis, on s'apercevait que, finalement, le comportement s'était dévoyé
17:45à la faveur, peut-être à la fois de pression, peut-être aussi d'argent promis, etc.
17:50Et c'est vrai que la difficulté majeure, c'était de travailler sur des collègues
17:55qu'on avait connus, qu'on avait côtoyés, qu'on avait fréquentés.
18:03Dans le cas de cette affaire, j'ai fait l'objet de plusieurs menaces
18:06par des personnes qui m'ont dit directement
18:09qu'il fallait arrêter, en fait, cette procédure.
18:13Ils ne m'ont pas donné d'explication.
18:15Ils m'ont dit qu'il fallait arrêter cette procédure,
18:17sinon je pourrais avoir de graves ennuis.
18:19J'ai pu aller jusqu'au groupe parce que j'ai été soutenu
18:23par les magistrats instructeurs.
18:26La justice a prononcé plusieurs condamnations
18:29et fait fermer le cercle Vagram,
18:32ce pourvoyeur d'emplois pour les Corses monté à Paris.
18:36Sur l'île, le chômage des jeunes atteint les 25%.
18:41Les salariés du cercle se montraient d'une loyauté sans faille.
18:56Chaque année, les tauliers de la brise
18:58détournaient plus de 500 000 euros en cash.
19:01Une rente qui alimentait leurs caisses communes
19:04et finançait les cavales.
19:11Richard Casanova a fait une cavale très longue de 16 ans
19:14au cours de laquelle il a mis régulièrement le pied en France,
19:17tant en Corsque, sur le continent.
19:20On sait qu'il est allé dans de nombreux pays,
19:23en Amérique du Sud.
19:24On peut penser qu'il est allé mettre des intérêts
19:26de la brise de mer en Asie, en Russie.
19:30Il a fréquemment 1000 pieds en Afrique.
19:34Donc il a voyagé.
19:37Richard Casanova voyage beaucoup,
19:39mais pas que pour la brise de mer.
19:44L'homme est ambitieux.
19:45Il lance des projets personnels,
19:47quitte à s'éloigner un peu de ses complices.
19:54Il va par exemple se rendre une fois en Afrique
19:57pour le compte d'une grande société de BTP français.
20:00Il a fait des déplacements au Maroc
20:01pour voir justement l'état du marché.
20:04C'est quelqu'un qui est en cheville
20:05avec des affairistes,
20:08le monde politique.
20:11Richard Casanova
20:12commence à prendre ses distances
20:14avec la brise de mer.
20:15Mais à l'époque,
20:17les policiers qui le pistent
20:19n'en savent rien.
20:22Il y avait des informations
20:23très parcellaires,
20:25très ponctuelles,
20:26sur sa présence
20:27à tel ou tel endroit.
20:37Mais on a été dans l'incapacité
20:40d'arriver à trouver des fils
20:41pour pouvoir remonter jusqu'à lui.
20:45Pour un fugitif,
20:46la Corse est presque une planque
20:48à ciel ouvert.
20:50Du maquis à perte de vue,
20:53des bergeries au milieu de nulle part,
20:56et une certaine culture
20:57de l'entraide ancestrale.
21:03C'est vrai qu'en Corse,
21:04la cavale est plus facile
21:05parce qu'on a l'aide
21:06de la population
21:07qui nous cache volontiers,
21:09qui nous met des appartements,
21:10des villas,
21:11des endroits à disposition
21:12pour qu'on soit à l'abri.
21:25J'ai un cousin
21:27qui était en cavale.
21:29Bien.
21:30Son père
21:32est venu voir ma grand-mère
21:34au centre.
21:35Est-ce que tu peux le garder
21:37quelques jours ?
21:39Ma grand-mère lui a répondu
21:40« Je suis fille de gendarme,
21:43je ne partage pas
21:44les idées de ton fils,
21:46mais il ne sera pas dit
21:47que je refuserai
21:49l'hospitalité
21:50à quelqu'un
21:51qui me la demande. »
21:53Mais là-bas,
21:53ça fait partie,
21:54j'allais dire,
21:55de notre vie sociale.
21:58On ne peut pas le refuser.
22:05L'environnement en Corse
22:06est tel que sur des petits villages,
22:08dans le maquis ou autre,
22:09des individus extérieurs
22:11qui se présentent
22:12sont potentiellement
22:13des ennemis
22:14et très potentiellement
22:15surtout des flics.
22:16Donc on se cache
22:17et on a fait énormément
22:18de surveillance
22:19à cette époque-là,
22:20que ce soit sur le continent,
22:22sur tout son environnement
22:23ou plus particulièrement
22:24en Corse.
22:25C'est des surveillances
22:26qui ont échoué systématiquement.
22:28Alors Richard Casanova ?
22:29Richard Casanova.
22:31Casanova.
22:31Casanova.
22:32Donc on le met au premier rang.
22:33Mais c'est une sorte de fantôme.
22:35N'oublions pas
22:35qu'il vient des maquis terroristes.
22:38Il était artificier,
22:39Richard Casanova.
22:41Il a cette intelligence de terrain.
22:42On nous dit,
22:43parce que ça,
22:43c'était aussi,
22:44ça fait partie du décor,
22:45du fantasme.
22:46Ouais, il a fait des opérations,
22:48de chirurgie esthétique.
22:48Moi, j'ai tout entendu
22:49à la matière.
22:50On s'est interrogé
22:52pour savoir
22:53comment on a démarré
22:53nos investigations,
22:54on a implanté le décor
22:55sur tout son environnement
22:57familial et amical
22:58qu'on connaît bien.
22:59Donc ça,
23:00on sait faire.
23:00On se rend compte
23:01qu'il n'a pas de domicile fiscal,
23:03aucun revenu.
23:03J'avais placé
23:05un dispositif de surveillance
23:07sur la commune de Luciana,
23:09entre Luciana et l'aéroport.
23:10Et puis,
23:11on a eu l'idée
23:12d'aller assez rapidement
23:13en perquisition
23:14au sein de sa famille
23:16dans l'espoir
23:17de trouver des photos récentes.
23:18C'était une bonne idée.
23:20Ils ont fait faire
23:21une perquisition,
23:22ils ont trouvé une photo.
23:23On a trouvé des photos
23:24de Richard
23:25avec son jeune enfant.
23:27On savait qu'il était père
23:28près d'une plage
23:29en Balagne.
23:36Les policiers
23:38ont enfin
23:38des photos récentes
23:39pour lancer
23:40un avis de recherche.
23:42Mais Richard Casanova
23:44n'est décidément pas
23:46un fugitif
23:47comme les autres.
23:50On est en droit
23:50de penser
23:51que Richard Casanova
23:53a pu être protégé.
23:59La liberté de mouvement
24:01du fugitif Casanova
24:03pose beaucoup de questions
24:04aux policiers
24:05qui le traquent.
24:08Pour voyager
24:09à travers le monde
24:10pendant 10 ans,
24:12alors que vous faites
24:13l'objet
24:14d'une recherche internationale,
24:15il me paraît difficile
24:16de le faire
24:16sans avoir
24:18un faux passeport.
24:21Maintenant,
24:21est-ce que c'est
24:22un faux passeport
24:23qui a été
24:24effectué
24:25par un faussaire ?
24:27Est-ce que c'est
24:28un vrai faux passeport
24:29édité par
24:30l'État français ?
24:33Je ne suis pas en mesure
24:34de le dire,
24:34je ne l'ai pas retrouvé.
24:36Son visage,
24:36quand même,
24:37ne le changeait pas
24:37et quand on passe
24:39un contrôle frontière,
24:40surtout à l'époque,
24:40où il y a encore
24:41des gens qui font
24:42les frontières,
24:42on peut penser
24:43qu'il aurait pu être reconnu.
24:45Donc il n'a jamais été reconnu.
24:47Nous,
24:48on nous disait
24:48« Vous allez travailler
24:49sur Richard Casanova. »
24:50Bon, d'accord,
24:51on commence.
24:53Et puis,
24:53quelques heures après,
24:54« Vous arrêtez
24:55de travailler
24:56sur Richard Casanova. »
24:58Pourquoi ?
25:04Qui l'a protégé ?
25:05Est-ce que c'est
25:06Place Beauvau ?
25:06Est-ce que c'est
25:07au sein de la hiérarchie
25:08policière ?
25:09Ou avait-il des appuis ?
25:11Mais forcément,
25:11il en avait.
25:12Richard Casanova,
25:13c'est quand même
25:13quelqu'un qui avait
25:14une personnalité
25:15qui était suffisamment
25:16trouble pour que,
25:17dans le milieu des voyous,
25:18il soit surnommé
25:19le menteur.
25:23Richard le menteur
25:24était-il
25:25un indique
25:25de la police ?
25:27Un criminel
25:28de ce calibre
25:29sur un territoire
25:30aussi difficile
25:31à infiltrer,
25:32ce serait une prise
25:33de choix.
25:35D'autant que
25:36toutes les polices
25:37de France
25:38vont bientôt
25:39se lancer
25:40dans une vraie
25:40chasse à l'homme.
25:48Madame, Monsieur,
25:49bonjour.
25:50Nous allons consacrer
25:50une grande partie
25:51de cette édition
25:52rallongée exceptionnellement
25:53à l'assassinat
25:54du préfet de Corse du Sud,
25:56Claude Erignac.
25:57Le préfet de Corse
25:58a été abattu
25:59il y a deux heures
25:59à Ajaccio.
26:00Claude Erignac
26:01a été assassiné
26:03en pleine rue
26:03alors qu'il se rendait
26:04à un concert.
26:05Il a eu plusieurs balles
26:06dans la tête ce soir
26:07à Ajaccio
26:07par deux inconnus.
26:08Il était un peu plus
26:09de 21 heures
26:10et Claude Erignac
26:11qui a été abattu
26:11en pleine rue
26:12alors qu'il sortait
26:13de sa voiture.
26:14C'est la première fois.
26:17L'assassinat
26:18du préfet Erignac
26:18c'est un moment
26:20clé dans l'histoire
26:22des relations
26:22entre l'État
26:22et la Corse.
26:23C'est-à-dire que
26:24tout d'un coup
26:24ce petit bout
26:26de territoire français
26:27devient un sujet national.
26:29Je le dis
26:30solennellement
26:31ici
26:32à Ajaccio
26:35nous ne laisserons
26:36pas le crime
26:37et le non-droit
26:39s'installer en Corse.
26:41nous ne laisserons pas
26:43se défaire
26:44l'unité du pays.
26:45C'est là
26:46que l'État
26:46a été pris
26:47dans une course
26:48contre la montre
26:49pour arrêter
26:49les assassins
26:50du préfet Erignac.
26:51Les pouvoirs publics
26:52considèrent
26:52que c'est devenu
26:53une priorité.
26:56Simultanément
26:56en petit matin
26:57la police judiciaire
26:58le RAID
26:59sont intervenus
27:00à Bastia
27:00Ajaccio
27:01Corté
27:02Sartène
27:02ils ont interpellé
27:03une dizaine
27:05de personnes.
27:05Ils vont renforcer
27:06à la fois
27:07ces effectifs de police
27:08envoient des magistrats
27:09expérimentés
27:10modifier aussi
27:11des textes de loi
27:13ils mettent
27:13des moyens colossaux
27:15en effet
27:15pour retrouver
27:16les assassins
27:16du préfet Erignac.
27:20À un moment donné
27:22ils ont suspecté
27:23les voyous
27:23d'avoir peut-être
27:24joué un rôle
27:24finalement
27:25ils ont vu
27:26que c'était
27:26plutôt une affaire
27:27de nationalistes
27:30donc tous les projecteurs
27:32sont braqués
27:32sur les indépendantistes
27:38Celui que la justice
27:39soupçonne d'être
27:40l'assassin du préfet
27:41est un militant
27:42indépendantiste radical
27:45Yvan Colonna
27:48La rumeur le dit
27:50caché
27:50dans le maquis corse
28:01Certains services
28:02de police
28:02ont joué
28:03la carte des voyous
28:05comme source
28:06d'informations
28:08Il y a eu
28:09des contreparties
28:09qui ont été
28:11facilement identifiées
28:12Vous avez eu
28:13plus d'une dizaine
28:14de noms
28:15de membres
28:15du grand banditisme
28:16corse
28:16y compris des membres
28:17de la brise de mer
28:18qui ont été retirés
28:19du fichier
28:19du grand banditisme
28:24Et la brise de mer
28:25a de nouveau
28:26su jouer
28:27la partie
28:28qu'ils avaient jouée
28:28au début des années 80
28:30L'impact
28:31de l'assassinat
28:31du préfet Rignac
28:32ça a de nouveau
28:33permis
28:34à la brise de mer
28:35de reprendre
28:36ses activités
28:37en se cachant
28:38derrière
28:38le paravent nationaliste
28:41Si la brise de mer
28:42est tranquille
28:43ça n'est pas seulement
28:44parce que l'état
28:45est occupé
28:46à traquer
28:46Yvan Colonna
28:47l'état
28:48est aussi occupé
28:49à rétablir
28:50son autorité
28:51sur l'île
28:51et vite
28:57La lutte
28:58contre les constructions
29:00illégales
29:00qui pullulent
29:01sur le littoral
29:02doit servir d'exemple
29:11Ce dossier
29:12va obséder
29:13le nouveau préfet
29:14choisi par son ministre
29:16pour son intransigeance
29:18C'est un homme énergique
29:20et capable
29:21par conséquent
29:22c'est l'homme
29:23qu'il faut
29:24à l'endroit
29:24où il faut
29:26Aussitôt nommé
29:27le successeur
29:28du préfet Rignac
29:29Bernard Bonnet
29:30applique les ordres
29:32à la lettre
29:33En Corse
29:34l'état poursuit
29:35sa politique
29:35de démolition
29:36des bâtiments
29:37touristiques
29:38construits illégalement
29:39plusieurs paillotes
29:40devaient être détruites
29:41aujourd'hui
29:42près d'Ajaccio
29:45policiers et militaires
29:47sont réquisitionnés
29:48le préfet
29:50emploie la manière forte
29:52mais en face
29:53les propriétaires
29:54se rebellent
30:00Lucie va venir
30:02va me demander
30:03monsieur Paul
30:04est-ce que vous comptez
30:05partir de l'établissement
30:06je vais lui dire non
30:07et si les bulldozers viennent
30:09les bulldozers viennent
30:10ils auront une résistance
30:14en Corse
30:15l'état ne sait pas
30:17comment s'y prendre
30:18l'île de beauté
30:19rend fou
30:20le préfet Bonnet
30:21va délibérément
30:23se mettre hors la loi
30:37le 20 avril 1999
30:39au matin
30:40les gendarmes
30:41découvrent une paillote
30:42incendiée
30:44ce qu'ils ne savent pas
30:46c'est que ce sont
30:47des collègues
30:48qui l'ont brûlé
30:48trois gendarmes
30:50en toute illégalité
30:51sur les ordres
30:52du préfet Bonnet
30:55la barbouserie est découverte
30:56quelques jours plus tard
30:58elle devient
30:59une affaire d'état
31:01bonsoir
31:01le préfet de Corse
31:02est en garde à vue
31:03depuis hier soir
31:04jamais un fonctionnaire
31:05représentant de l'état
31:07à ce niveau
31:07ne s'était retrouvé
31:08dans une telle situation
31:09le préfet Bonnet
31:10a été démis
31:11de ses fonctions
31:12il sera remplacé
31:14demain
31:14en conseil des ministres
31:16je veux le redire
31:17ici nettement
31:18aucun ministre
31:20aucun de mes collaborateurs
31:22n'est en rien
31:24impliqué
31:25dans cette déplorable affaire
31:30cette turbulence politique
31:32profite à la brise de mer
31:33qui passe encore
31:35hors des radars de l'état
31:36elle peut continuer
31:38à terroriser
31:39prospérer
31:40et mûrir
31:42Francis Guadzelli
31:44prépare son fils Christophe
31:46à une vie bourgeoise
31:47et cossue
31:59la semaine
32:01il est scolarisé
32:02au meilleur collège privé
32:03de Bastia
32:06le week-end
32:07il rejoint
32:08la confortable maison
32:09du clan Guadzelli
32:10au village
32:11à Laporta
32:12où il chasse en famille
32:17c'est bien avant l'aube
32:18que les chasseurs
32:19de Laporta
32:19s'étaient donné rendez-vous
32:21ce matin
32:21fusil en bandoulière
32:23et poste de tir réparti
32:24tous les ingrédients
32:25étaient là
32:25pour une ouverture
32:26aux sangliers réussis
32:27on est une bonne équipe
32:28beaucoup de chien
32:29vous avez vu
32:30de bons chiens
32:31beaucoup de chiens
32:32on est la région
32:33ça fait un mois
32:34qu'on prépare tout cela
32:35l'un des criminels
32:36les plus puissants de l'île
32:37est interviewé
32:39comme n'importe quel citoyen
32:41à la télévision locale
32:42il incarne même
32:44avec son fils
32:44l'image modèle
32:46de la tradition corse
32:47au milieu de la bonne
32:48vingtaine de chasseurs
32:49de cette battue
32:50il y en a un
32:50qui est un peu plus petit
32:51que les autres
32:52mais pas moins concentré
32:54dans les villages
32:55tout le monde chasse
32:57j'ai été avec mon père
32:58quand j'étais plus jeune
32:59j'ai pris la passion
33:00et le plaisir
33:00maintenant
33:01c'est à mon tour
33:05sur ces images
33:07Christophe Guadzeli
33:08a 13 ans
33:1112 ans plus tard
33:12il sera accusé
33:13d'avoir tué par deux fois
33:15pour venger son père
33:16à l'aéroport de Port-Etat
33:20mais pour le moment
33:22il a les rêves
33:23de n'importe quel adolescent
33:27Christophe Guadzeli
33:28est passionné de foot
33:29il rêve de devenir
33:30joueur de foot professionnel
33:31son père
33:32Francis Guadzeli
33:33va tout faire pour l'aider
33:34donc il va jouer
33:35évidemment de son nom
33:36de son influence
33:37de son carnet d'adresse
33:38et puis de sa capacité
33:40de persuasion aussi
33:41pour l'aider
33:41à rentrer dans les plus grands
33:43centres de formation
33:44et pour ça
33:45il va rentrer en contact
33:47avec un joueur du cercle Vagram
33:48qui s'appelle Gilles Favard
33:50et qui est par ailleurs
33:51agent professionnel
33:52de joueur de foot
33:59déjà à cette époque-là
34:00on sait
34:01on sait qui est la famille
34:03Guadzeli
34:03qui est le père
34:05on disait que c'était
34:08comme disent les Corses
34:10quelqu'un d'important sur l'île
34:16il y a un directeur du Vagram
34:18qui un jour me demande
34:19voilà il y a des stages
34:21à Clairefontaine
34:23c'est des amis à moi
34:24est-ce que tu peux m'aider
34:26sur un truc
34:26je lui dis
34:27tant on va essayer
34:28et je l'ai reçu
34:30à Clairefontaine
34:33à Clairefontaine
34:34la voie est belle
34:35mais la porte étroite
34:36chaque année
34:37des milliers d'enfants
34:38rêvent d'entrer à l'institut
34:40250 passent balle au pied
34:42le concours d'entrée
34:4320 gagnent leur billet
34:45j'ai rencontré
34:46la famille Guadzeli
34:47au grand complet
34:48on a été déjeuner
34:49d'un restaurant
34:50sympathique
34:51ils m'ont remercié
34:53et c'est comme ça
34:54que j'ai connu
34:56Christophe Guadzeli
35:01si je dis vraiment
35:02ce que je pense
35:03il aurait pu être
35:03un joueur de Ligue 2
35:05voilà
35:05un joueur moyen
35:06de Ligue 2
35:07mais après
35:07c'est devenu des connaissances
35:08que je voyais
35:10que je voyais régulièrement
35:11quand il montait à Paris
35:12mais
35:13puis en plus
35:14après j'ai suivi
35:14la carrière de Christophe
35:17c'est une évidence
35:23que Francis était content
35:24que son fils
35:26sortent du système corse
35:40ce système corse
35:41cette criminalité
35:43qui a gangréné l'île
35:47Francis Mariani
35:48lui
35:48ne voit aucune raison
35:50de rompre avec
35:52parce qu'il sait l'exploiter
35:53mieux que n'importe qui
35:54même derrière les barreaux
35:58son arrestation
36:00pour Raquette
36:00le 5 juillet 2000
36:02la justice française
36:03s'en souvient encore
36:06Madame Monsieur
36:07bonsoir
36:085 hommes
36:08ont été mis en examen
36:09aujourd'hui
36:09par le juge
36:10ajaxien
36:10Patrice Camberoux
36:11pour tentative
36:12d'extorsion de fonds
36:13en bande organisée
36:14et détention d'armes
36:15parmi ces hommes
36:15plusieurs
36:16sont soupçonnés
36:16d'appartenir
36:17à la bande
36:17de la brise de mer
36:19on est dans une affaire
36:21qui se limite
36:23à ce stade là
36:24à 5 personnes
36:25un sac
36:26une cagoule
36:27deux chargeurs
36:28un pistolet automatique
36:29et deux véhicules
36:30qui sont déclarés volés
36:32signalés volés
36:34on est donc
36:35en présence
36:36d'une scène
36:36qui va être qualifiée
36:38d'association de malfaiteurs
36:39un des principaux acteurs
36:41on va dire
36:43dirigeants
36:44et Francis Mariani
36:47que je viens
36:48de mettre en examen
36:49et d'incarcérer
36:51et j'ai la sensation
36:52que non seulement
36:53il ne me calcule pas
36:54mais qu'il sait très bien
36:56il se dit
36:56je vais sortir très bientôt
36:59nous sommes au tout début
37:01juin 2001
37:03alors que je m'apprête
37:04à faire une confrontation
37:05de Pierre-Marie Santucci
37:07Maurice Costa
37:08et Francis Mariani
37:09qui étaient
37:10dans des maisons d'arrêt
37:11différentes
37:12sur le continent
37:13je les reprête
37:14je regroupe
37:14à la maison d'arrêt
37:15de Borgo
37:16par facilité
37:17pour les escortes
37:18de police
37:20ou de gendarmerie
37:20et je m'apprête
37:22à les entendre
37:23et puis je reçois
37:24un document
37:24de la maison d'arrêt
37:27m'apprenant
37:27que le 31 mai
37:29ils ont été libérés
37:32je vais tout de suite
37:33voir le procureur
37:34parce que j'essaie
37:35de comprendre
37:36je lui dis
37:37mais qu'est-ce qui se passe
37:37et très rapidement
37:38on discute ensemble
37:39et là on comprend
37:51c'est un truc génial
37:52ils ont trouvé une faille
37:53et ils l'ont
37:55ils l'ont exploité
37:56ils l'ont exploité à fond
37:57parce que personne
37:57n'y avait jamais pensé
37:58avant eux
37:59franchement
38:00tout le monde
38:00leur a tiré le chapeau
38:02parce que c'était
38:04sans violence
38:05ils leur ont ouvert la porte
38:06ils sont partis
38:09il n'y a pas mieux
38:09comme évasion
38:11juste un morceau de papier
38:12un faux fax
38:19la maison d'arrêt de Borgo
38:20a reçu un avis de libération
38:22qui est en fait
38:23un montage
38:24un papier
38:25avec toute l'apparence
38:27d'un ordre de libération
38:28avec le nom d'un juge
38:30qui existe vraiment
38:31avec une forme
38:32qui ressemble
38:32à ce qui pourrait être
38:34un acte de libération
38:36c'est signé du juge des libertés
38:37et c'est même
38:38le numéro de fax
38:39du fax que j'avais
38:40dans mon cabinet
38:41qui est inscrit
38:43en haut de page
38:44ça a toute l'apparence
38:45d'un vrai ordre de libération
38:52on s'est posé légitimement
38:53la question
38:53de savoir
38:54s'il n'y avait pas
38:55des complicités
38:56à la maison d'arrêt de Borgo
38:58la prison de Borgo
39:00que j'ai connue
39:00assez brièvement
39:02c'est vrai qu'elle est spéciale
39:04dans son fonctionnement
39:06les surveillants
39:08sont particulièrement souples
39:10à 20 km de Bastia
39:13la maison d'arrêt de Borgo
39:14est en théorie
39:15une prison modèle
39:17à la sécurité optimale
39:22inaugurée en 1993
39:24elle ne connaît
39:25ni vétusté
39:26ni manque de personnel
39:27le problème
39:28c'est toujours le même
39:30en Corse
39:30tout le monde se connaît
39:33dans les grandes prisons
39:35Frennes, Fleury, La Santé, Les Beaumettes
39:37les surveillants
39:37ils sont anonymes
39:38tu ne sais rien d'eux
39:39tu ne connais pas leur nom
39:40tu ne connais pas leur prénom
39:41tu ne connais pas leur adresse
39:42tu les appelles surveillants
39:44en Corse
39:44tu les appelles par leur prénom
39:45tu leur serres la main
39:46c'est le voisin à ton frère
39:48c'est le voisin à ton cousin
39:49ceux qui se mettraient
39:50à fouiller
39:52à saisir des téléphones
39:53ou à vouloir fermer des portes
39:57ceux-là
39:58c'est la Corse
39:59ils sont vite recadrés
40:01ils sont vite repérés
40:02si à l'intérieur
40:03il ne leur arrive rien
40:05à l'extérieur
40:05ils peuvent se retrouver
40:06comme si c'est arrivé
40:08mis dans le coffre
40:09d'une voiture
40:09et attaché
40:11à un arbre
40:12au col de Tegim
40:18c'est d'abord
40:20une prison
40:20plus agréable
40:21plus humaine
40:22tennis
40:23et cellules individuelles
40:24pour tous les détenus
40:26des voyous
40:26pour la plupart
40:27pour les surveillants
40:28la vie est moins facile
40:30lettres de menaces
40:31agressions physiques
40:32et verbales
40:33leurs logements
40:34sont détruits
40:34certains témoignent
40:35à visage caché
40:36de ce climat pesant
40:38à l'intérieur
40:39c'est eux
40:40les maîtres
40:41c'est le seul détenu
40:42il dit tu m'ouvres cette porte
40:43c'est ouvert
40:43t'es obligé de l'ouvrir
40:44parce que sinon
40:45il a problème
40:46moi j'ai été figurant
40:47à Borgo
40:48avec une clé de cellule
40:49mais qui me servait à rien
40:50parce qu'une fois
40:50qu'elle était ouverte
40:51j'avais plus le contrôle
40:52de rien
40:55à Borgo
40:55ça a toujours été
40:57les détenus
40:58qui gèrent la prison
41:00c'est comme ça
41:01depuis des années
41:01depuis l'ouverture
41:02pratiquement en 92
41:03et puis
41:0530 ans après
41:05c'est toujours pareil
41:11les évasions
41:12à Borgo
41:12sont fréquentes
41:13la maison d'arrêt
41:15est baptisée
41:15la prison courant d'air
41:19Francis Mariani
41:20qui se fait la belle
41:21sans violence
41:21à l'aide
41:23d'un simple fax
41:23contrefait
41:25c'est un nouveau
41:26camouflet
41:26pour l'état français
41:32c'était une belle carotte
41:33pour la pénitentiaire
41:34pour la justice
41:35donc on en rigolait
41:37je sais que
41:39qu'il y avait un des trois
41:40qui réclamait
41:41son pécule libérable
41:42à la sortie
41:42et que
41:44comme il avait pas mal
41:45d'argent sur son compte
41:45de prison
41:46il paraît qu'il les réclamait
41:47mais ils n'avaient pas
41:48la somme en liquide
41:48pour lui donner
41:51et Francis
41:51il lui mettait des coups de coude
41:52il dit viens on s'en va
41:54parce que bon
41:54c'était quand même
41:55une évasion
41:56il ne fallait pas trop insister
41:57au greffe
41:58il fallait partir vite
41:59quand même
41:59cette libération par fax
42:01est assez terrible
42:03quand même
42:03parce qu'on se retrouve
42:05avec trois
42:07criminels
42:07chevronnés
42:08dans la nature
42:14trois mois plus tard
42:15presque jour pour jour
42:16après son évasion
42:17Francis Mariani
42:19est impliqué
42:20dans un meurtre
42:25un nouvel assassinat
42:26commis hier soir
42:27à Bastia
42:28Nicolas Montigny
42:28âgé de 27 ans
42:29a été tué par deux hommes
42:30dans un bar
42:31vers 20h30
42:32même s'il a été proche
42:33de son mouvement
42:34nationaliste
42:34présent de sa nationale
42:35la piste du règlement
42:37de compte de droit commun
42:37n'est pas exclue
42:38un nationaliste
42:40a été tué
42:41mais ses accointances
42:42avec le milieu des voyous
42:44brouillent toutes les cartes
42:46difficile pour les enquêteurs
42:48de déterminer le mobile
42:49de l'assassinat
42:49de Nicolas Montigny
42:50le parquet de Bastia
42:51privilégié la piste
42:53crapuleuse
42:53Nicolas Montigny
42:54était aussi connu
42:55pour des affaires
42:56de droit commun
42:57la section antiterroriste
42:59du parquet de Paris
42:59penchait pour le règlement
43:01de compte politique
43:02elle devrait se saisir
43:03de l'affaire
43:04dès demain
43:06l'enquête le prouvera
43:07il s'agit d'un crime
43:09crapuleux
43:10ce meurtre
43:11auquel Francis Mariani
43:12a participé
43:13est l'oeuvre
43:14de son propre fils
43:16Jacques Mariani
43:24le clan Mariani
43:25a éliminé celui
43:26qu'il pense être complice
43:27de l'exécution
43:29de l'un des leurs
43:30ses voyous
43:31et ses nationalistes
43:32s'affrontent
43:33car ils vivent désormais
43:35des mêmes business
43:35les machines à sous
43:37et le racket
43:40les mêmes business
43:41et les mêmes méthodes
43:44expéditives
43:50c'est sûr que dans le milieu
43:53du nationalisme radical
43:55ou du crime organisé
43:57ça va beaucoup plus vite
43:58on pense que c'est toi
44:00boum boum
44:01donc il n'y a pas besoin
44:02d'avocat
44:03ni de règles
44:04de procédure
44:05on abat
44:06on tue
44:06on exécute
44:13pour l'affaire de Nicolas Montigny
44:16j'ai été amené
44:17à mettre en examen
44:20Jacques Mariani
44:22le fils de Francis
44:28même lorsqu'il était incarcéré
44:30il continuait à gérer
44:32une partie du monde
44:33de la nuit
44:34ex-soise
44:35et son nom
44:36a inspiré
44:36une crainte révérentielle
44:38à tous ceux
44:39qui l'avaient
44:41raquetté
44:42peu ou prou
44:43donc il avait dû
44:44apprendre
44:46un certain nombre
44:47de choses
44:48de la part de son père
44:50il avait eu une bonne
44:51formation professionnelle
44:53j'ai connu son père
44:55je suis le dernier
44:56à l'avoir éprouvé
44:57et lorsque je l'interroge
44:58c'est
45:01de la nitroglycérine
45:03quoi
45:06d'ailleurs il avait dit
45:07au flic
45:08ton juge
45:08j'avais lui retourné
45:09le bureau sur la gueule
45:11en arrivant à Paris
45:12bon c'était quelqu'un
45:13qui
45:14qui en imposait
45:15or s'il en imposait
45:17c'était pas pour avoir
45:18donné 3-4 taloches
45:19à un type
45:21non
45:22c'est parce qu'il avait
45:23la réputation
45:25d'être un assassin
45:28Francis Mariani
45:29se serait vanté
45:30d'avoir tué
45:3164 personnes
45:32pas fait tuer
45:3464 personnes
45:35d'avoir tué
45:36personnellement
45:3764 personnes
45:40au début du procès
45:41Francis Mariani
45:43comparaît libre
45:45mais le voyou corse
45:46sait que le verdict
45:47risque de le renvoyer
45:49en prison
45:50il décide de prendre
45:51le maquis
46:09ce qu'on côtoyait
46:10Francis Mariani
46:11à cette époque là
46:11le décrivent comme
46:13de plus en plus parano
46:16jaloux
46:17très très très colérique
46:19et ce qui va encore plus
46:21exciter Francis Mariani
46:22ce qui va encore plus
46:23l'énerver
46:24c'est quand Richard Casanova
46:26va vouloir faire des affaires
46:27dans le sud de l'île
46:31or le sud de la Corse
46:32pour Francis Mariani
46:33c'est chez lui
46:36si les deux voyous
46:37de la brise de mer
46:38l'orgne maintenant
46:38vers le sud
46:40c'est parce qu'il y a
46:41une place à prendre
46:43il était devenu
46:44une forme de mythe
46:45Jean G. Cologne
46:46a présenté comme l'un
46:47des derniers parrains
46:48du grand banditisme
46:49et mort dans un accident
46:50de voiture
46:50en fin de matinée
46:51à Serra Diffère
46:52sa sortie de route
46:53serait consécutive
46:54à un...
46:54une mort providentielle
46:56pour ceux qui convoitent
46:57la Corse du Sud
46:58et ses joyaux
47:01la baie de Bonifacio
47:05les plages de Propriano
47:09ou encore
47:10le port de Porto Vecchio
47:12surnommé le Saint-Tropez-Corse
47:17Casanova et Mariani
47:19pensaient enfin
47:20conquérir toute l'île
47:21mais cette fois
47:22chacun dans son coin
47:25l'affrontement
47:26est inévitable
47:29dans des grosses équipes
47:30il y a de la place
47:31que pour un
47:35la chute de l'abri
47:36c'est la guerre
47:37que se sont livrés
47:38Francis Marianne
47:39et Richard Casanova
47:59on est en début de la nuit
48:01Mariani
48:02rejoint son domicile
48:04conduit vite
48:05Mariani
48:05parce que
48:06c'était
48:07un fou du volant
48:11il avait une Porsche
48:12je crois
48:13c'est déjà une voiture
48:15qui est assez basse
48:16c'était une Porsche GT Sport
48:20qui était un véhicule
48:21pas du tout adapté
48:22à la Corse
48:22parce qu'elle est tellement basse
48:24qu'au moindre temps
48:24il laissait le dessous
48:27de la voiture
48:27sur le sol
48:29avant d'arriver
48:30à son domicile
48:31il y avait
48:32un espèce
48:33de dos d'âne
48:35il y avait un véhicule
48:36qui l'a tenté en buscade
48:37et qui l'a arrosé
48:38à la calachique
48:40la voiture
48:41si vous voulez
48:42emporter par la vitesse
48:43donc
48:44a sauté
48:45etc
48:45et
48:48les tireurs
48:49n'ont pas tenu compte
48:50du changement
48:51de trajectoire
48:52de la voiture
48:54c'est ce qui lui a permis
48:58d'avoir la visseau
49:00et Francis Mariani
49:01a toujours été
49:04intimement persuadé
49:05que
49:07Richard voulait sa mort
49:10à partir de ce moment là
49:11je crois qu'il est parti
49:14dans une sorte de diagonale
49:16du fou paranoïaque
49:17si vous voulez
49:18et
49:19le drame
49:20c'est qu'il n'y avait personne
49:21au sein du groupe
49:23capable
49:24de le canaliser
49:26et de lui dire
49:27arrête
49:48il flotte
49:49comme une odeur de mort
49:52la brise de mer
49:54va bientôt rendre l'âme
49:56et pour ses voyous
49:57la mort
49:59appelle la vengeance
50:03ma mission première
50:05c'est de ne pas laisser
50:06s'enfermer une société
50:07dans un désir de vengeance
50:14à un fils
50:15qui veut venger son père
50:15je lui dis
50:16moi je peux comprendre
50:17que tu aies ce sentiment là
50:20puis
50:20je lui dis
50:21ton père n'aurait jamais voulu
50:22que tu fasses ça
50:25mais
50:25la mort violente
50:27elle fait partie
50:28de notre histoire
50:38encore s'il y a un dicton
50:40qui dit
50:41perdona
50:42et d'aon cristiano
50:44dimentica
50:44d'état basse
50:47pardonner
50:48c'est être un bon chrétien
50:51oublier
50:52c'est d'être faux
50:56c'est un bon chrétien
50:57dans un knocks
51:29...
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