00:04Bonjour Kaya Kalas, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
00:09Vous êtes haute représentante de l'Union Européenne pour les affaires étrangères
00:12et la politique de sécurité, vice-présidente de la Commission Européenne.
00:17Nous avons mis fin à la guerre en Iran.
00:20Ce sont les mots de Donald Trump ces dernières heures.
00:23Le président assure avoir trouvé un bon accord avec l'Iran sur le nucléaire,
00:28notamment Téhéran dément. Est-ce que vous y croyez cette fois-ci ?
00:35Tout le monde espère en tout cas que cet accord tiendra.
00:41On arrive enfin à la fin de cette guerre, mais enfin tout est encore dans l'expectative.
00:47Les gens ont pays à prix très élevés pour la fermeture du détroit d'Ormuse.
00:52Hier, je me suis entretenu avec, il y a eu un entretien plutôt avec le ministère des Affaires étrangères iranien.
00:58Il semblerait qu'il y ait un protocole d'accord et qu'on arrivera effectivement à une solution.
01:03Est-ce que vous êtes optimiste ?
01:07Eh bien, disons que nous attendons depuis longtemps cet accord.
01:12Nous étions en contact avec les acteurs régionaux, les pays voisins.
01:17Alors évidemment, ces pays, ce matin même, j'étais en contact avec le Premier ministre adjoint du Pakistan
01:24qui m'a dit qu'effectivement, il y avait un accord sur la table.
01:28On peut donc espérer qu'on peut être un peu optimiste.
01:31La signature de cet accord cadre devrait intervenir dès ce week-end en Europe, selon Donald Trump toujours.
01:38Que pouvez-vous nous dire ? Est-ce que vous avez été inclus ? Est-ce que vous avez été
01:41tenu au courant ?
01:43Comme je vous l'ai dit, nous sommes toujours en contact avec les acteurs autour de la table.
01:52Alors nous avons des raisons d'espérer que cet accord cadre sera effectivement signé.
01:58Ce sera très prochainement, nous l'espérons.
02:01Et c'est là que commence la partie difficile parce que, évidemment,
02:06cette période de 60 jours doit permettre d'arriver à résoudre les questions difficiles.
02:10Justement, le dossier nucléaire et l'Europe peut aider parce que nous avons des experts
02:14qui ont déjà négocié par le passé avec l'Iran.
02:17Il y a le dossier nucléaire, mais également la question des proxys et d'autres questions complexes.
02:22Si la guerre se poursuit et qu'aucun accord n'est trouvé, l'impact serait important pour l'UE.
02:28Il est déjà, avec le détroit d'Hormuz qui est pour l'instant toujours bloqué.
02:33L'Europe restera-t-elle à l'écart du jeu ?
02:39Eh bien, nous sommes quand même associés au processus avec les partenaires régionaux
02:45et nous sommes bien sûr prêts à apporter notre concours pour escorter les navires
02:51dès lors que le conflit sera réglé.
02:53Nous sommes en contact étroit avec les pays de la région,
02:56de sorte que nous pouvons apporter également notre aide
02:59parce que c'est dans notre propre intérêt d'arriver à la fin des hostilités.
03:03L'un des enjeux, je le disais, c'est la réouverture du détroit d'Hormuz.
03:06Est-ce que de nouvelles sanctions contre l'Iran sont à l'étude, par exemple ?
03:10Vous en avez annoncé quelques-unes ces derniers jours.
03:15En effet, disons qu'il y a un nouveau régime de sanctions qui est prévu,
03:21notamment par rapport à ces problèmes de navigation.
03:23Donc ces sanctions pèsent sur les rangs.
03:26Et les acteurs qui imposent la fermeture du détroit d'Hormuz,
03:31il va falloir également agir pour utiliser les outils dont nous disposons.
03:38Mais pour l'instant, nous donnons sa première chance à la diplomatie
03:41et espérons que l'accord tiendra.
03:43Venons-en à la raison de votre venue à Paris ce vendredi 12 juin
03:47pour une conférence internationale sur la solution à deux États,
03:51Israël et Palestine.
03:53La France tente manifestement de donner une nouvelle impulsion sur ce dossier.
03:58Mais qu'est-ce qu'il manque aujourd'hui pour que cette solution à deux États se réalise ?
04:04Il y a quand même pas mal de problèmes qui restent en suspens.
04:11Tout ce qui se passe en Cisjordanie,
04:13on trouve des obstacles à la solution à deux États.
04:17Et là, c'est la raison d'ailleurs pour laquelle il y a des sanctions contre les colons
04:21et une position très ferme sur cette question.
04:25Nous sommes en négociation avec le ministre des Affaires étrangères.
04:31Les négociations reprennent la semaine prochaine, dès lundi.
04:34Alors, les négociations restent ouvertes parce que c'est la seule solution
04:37pour que les Israéliens et Palestiniens puissent vivre en paix et en stabilité
04:42les uns aux côtés des autres.
04:43Mais enfin, il faut quand même que cela se traduise dans la pratique.
04:47Et c'est pour cela qu'il faut voir ce que sont les réformes du côté palestinien,
04:51mais également le soutien dont les Palestiniens ont besoin.
04:55Mais d'un autre côté, il faut que la sécurité d'Israël soit assurée.
04:59Il y a un accord d'association entre l'Union européenne et Israël.
05:02Israël doit respecter dans ce cadre-là des obligations en matière de droits humains, par exemple.
05:07Or, et vous le disiez, des colons extrémistes israéliens sont coupables de violence contre les Palestiniens en Cisjordanie.
05:13L'ONU le dit également.
05:15Cet accord Israël-UE peut-il toujours tenir ?
05:20Disons que, comme vous le soulignez, il y a cet accord d'association avec Israël,
05:29qui a l'obligation de respecter les droits humains.
05:36Par ailleurs, nous avons étudié de près la question de savoir si justement il y a eu violation de leurs
05:41obligations.
05:42Alors, on a vu ce problème qu'il y a, violation.
05:45Alors, qu'est-ce qu'on fait par rapport à cela ?
05:46Des mesures ont été prises, en tout cas, et c'était aux États membres de décider si elles vont les
05:51appliquer.
05:53Par exemple, des mesures commerciales, mais également, on va bloquer le financement de...
06:02Enfin, les financements qui avaient été consentis à Israël.
06:06Il y a le programme Horizon, également, qui peut être mis en suspens,
06:10mais malheureusement, les États membres n'arrivent pas à se mettre d'accord là-dessus.
06:15Il faut, justement, les mesures, les sanctions commerciales, par exemple,
06:19il faut pour cela une majorité des deux tiers,
06:21donc une majorité qualifiée pour arriver à faire passer cela,
06:24et nous n'avons pas cette majorité.
06:25C'est la raison pour laquelle il est difficile pour nous d'avancer sur ce dossier.
06:30Alors, on voit cette situation compliquée, extrêmement compliquée.
06:34et on en parle tout le temps pour savoir ce qu'on peut faire de plus
06:37pour aider les gens sur place et faire avancer ces affaires.
06:43À titre personnel, est-ce que vous espérez que cet accord soit suspendu ?
06:49Non, de toute façon, pour cela, encore une fois,
06:54il faudrait que tout le monde soit d'accord pour suspendre l'accord d'association,
06:59et à la mesure où on n'a pas cet accord, on ne peut pas suivre.
07:02Il faut voir que l'accord d'association nous permet de parler à Israël,
07:06et justement de soulever toutes ces questions,
07:09et justement de faire avancer les choses de leur côté.
07:13Là, je ne vois pas les états avancés dans ce sens-là.
07:15Avant de vous libérer, Kayakalas, sur la guerre en Ukraine,
07:19des sanctions contre la Russie ont de nouveau été annoncées par Ursula von der Leyen.
07:23L'UE ne dialogue toujours pas avec Vladimir Poutine.
07:26Lorsque vous l'entendez dire, si vous voulez venir, vous pouvez venir,
07:31vous pouvez nous appeler, que lui répondez-vous ?
07:35Disons que l'Ukraine a été très claire là-dessus.
07:40D'ailleurs, une lettre a été directe, une lettre ouverte a été adressée à Poutine,
07:44disant, assoyons-nous à la table de négociation.
07:47La réponse de Poutine, ça a été d'attaquer des cibles civiles en Ukraine.
07:53Donc, la Russie n'est pas sérieuse par rapport à ce processus de paix.
07:57C'est la raison pour laquelle nous avançons plus de sanctions.
07:59Et nous voyons que ces sanctions ont un effet sur l'économie russe,
08:02puisque la Russie ne peut pas financer son économie de guerre comme elle le pouvait par le passé.
08:08Alors, en plus, il y a la guerre d'Iran qui aide la Russie, mais pas suffisamment.
08:11Donc, vous savez que les guerres prennent fin lorsque l'une des parties,
08:16lorsque l'agresseur est à court d'argent pour financer son effort de guerre.
08:21Et c'est la raison pour laquelle il faut continuer à faire pression sur la Russie
08:24pour arriver à ce stade où la Russie se rendra à la table de négociation
08:30avec vraiment la volonté de négocier.
08:33Vous dites que dans cette guerre, l'UE n'est pas neutre.
08:37Est-ce qu'on doit comprendre que vous ne serez jamais médiateur dans ce...
08:43Effectivement, on ne peut pas être médiateur sur ce dossier,
08:47parce que là, nous avons été très clairs.
08:49Il y a des intérêts de sécurité qui nous concernent aux premiers chefs dans cette guerre.
08:56Nous avons toujours appuyé l'Ukraine, et là, nous l'avons toujours fait.
09:01Nous sommes du côté de la partie qui a été attaquée,
09:05donc on ne peut pas être médiateur, mais nous pouvons défendre nos propres intérêts de sécurité
09:10autour de la table de négociation, et il y a des intérêts européens en jeu.
09:14Dernière question, quel est aujourd'hui le plus grand danger selon vous en Europe ?
09:18La Russie, on en a parlé, l'instabilité au Moyen-Orient,
09:21ou alors l'éventuel désengagement américain en matière de sécurité ?
09:26Dans mon sens, la principale menace vient quand même de la Russie.
09:33Nous avons vu d'autres acteurs qui travaillent ensemble avec la Russie,
09:40on pense notamment à la Corée du Nord, mais également l'Iran, justement.
09:44Donc il y a une espèce de concertation de ce côté-là.
09:46Alors nous, de notre côté, il faut voir, disons, avoir une vue d'ensemble.
09:52L'alliance avec nos amis transatlantiques est également sous pression actuellement,
10:00puisque nos adversaires bénéficient de ces tensions,
10:03donc au contraire, il faut renforcer la relation avec les États-Unis.
10:08Et d'ailleurs, les États-Unis voient qu'ils ont tout intérêt à soutenir l'Europe.
10:14En cas d'un retrait militaire des États-Unis en Europe, l'UE peut-elle se défendre seule ?
10:22En tout cas, il y a eu un signal clair au nom des États-Unis, et ce depuis assez longtemps.
10:26L'Europe doit quand même pouvoir assumer plus de responsabilités pour assurer sa propre défense.
10:31Et d'ailleurs, cet effort, nous l'avons consenti.
10:33Les États membres consacrent plus de leur budget au titre de la défense
10:37pour construire ce pilier européen de défense,
10:41pour pouvoir être crédible et être en mesure de nous défendre nous-mêmes.
10:47Merci beaucoup, Kai Kalas, de nous avoir accordé cette interview.
10:51Et merci à vous de nous avoir suivis.
10:53Je vous dis à très bientôt.
10:55Merci à vous.
Commentaires