00:01En fait, je crois qu'il faut essayer de se dire que chacun est touché.
00:07Vous savez, moi, avant d'être ancien magistrat, je suis une maman.
00:12Donc, je peux imaginer ce qu'est de perdre un enfant.
00:17C'est une douleur absolument indiscible.
00:19Et je peux imaginer ce qu'est perdre un enfant quand on se dit qu'on aurait pu ne pas
00:23le perdre.
00:24Voilà, ça, c'est absolument terrible.
00:27En tant que magistrat, moi, je ne fais pas que de corporatisme.
00:33Mais je n'exclus pas qu'il y ait des défaillances individuelles.
00:36Il y a des inspections qui sont en cours, qui seront menées, je l'espère, en toute indépendance.
00:44Néanmoins, moi, j'ai exercé ce métier au pénal pendant plus de 20 ans.
00:48Et je pense qu'on ne peut pas faire l'économie du débat sur les moyens qui sont octroyés à
00:56la justice.
00:57Ces moyens, on vous dira qu'ils ont été augmentés.
01:01Mais enfin, on part de si bas que de toute façon, on n'arrive même pas à rattraper la moyenne
01:06des pays européens.
01:07Dans un pays où la délinquance est absolument exponentielle.
01:12C'est-à-dire qu'aujourd'hui, Eliott Deval, vous n'avez plus un contentieux pénal qui ne soit pas
01:17un contentieux de masse.
01:19Que ce soit les viols, que ce soit les meurtres, etc.
01:22Vous n'avez que des contentieux de masse.
01:26Et évidemment, la justice étant, comme je le rappelle souvent, une affaire de tuyauterie, avec une entrée du tuyau et
01:34une sortie,
01:35si votre tuyau n'est pas assez calibré, si vous voulez, plus rien ne passe.
01:39Et c'est exactement ce qui se passe.
01:40C'est un pays où, de toute façon, d'une manière générale, les services publics s'effondrent.
01:47Je pense que maintenant, de tous bords politiques confondus, nous pouvons quand même faire ce constat.
01:52Au Rassemblement National, il est fait depuis longtemps.
01:54Et en matière judiciaire, c'est pareil.
01:57Vous n'avez plus assez d'enquêteurs.
01:59Vous n'avez évidemment pas assez de magistrats.
02:01Vous n'avez pas d'experts.
02:03Et vous savez pourquoi vous n'avez pas d'experts, par exemple.
02:05Moi, j'ai été juge d'instruction, je peux vous le dire.
02:07Des experts que vous commandez et vous avez les rapports deux ans, trois ans après.
02:11Tout simplement parce qu'ils passent des périodes très longues sans être payés et qu'ils sont payés trois cacahuètes.
02:17Donc, vous avez de moins en moins d'experts.
02:19Vous avez des parquets dans lesquels, moi, je l'ai connu, ça aussi.
02:24On ne fait même plus appel au pont au funèbre.
02:27On a eu une période comme ça parce qu'on n'avait plus d'argent pour venir chercher les cadavres.
02:31Enfin, il faut savoir que l'état des tribunaux est un état absolument lamentable.
02:37Alors moi, je veux bien tout entendre des défaillances personnelles.
02:41Il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas de défaillance personnelle dans la magistrature.
02:44Mais je dis que tant que nous resterons dans le déni de ce constat, nous ne pourrons pas progresser.
02:51Et ce n'est pas telle loi, telle loi ou telle loi.
02:53C'est un système entier qu'il faut repenser.
02:56Et c'est ça qu'il faut avoir à l'esprit, à mon avis.
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