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00:00Les familles, les victimes de violences sexuelles veulent des réponses après l'affaire Liana qui relance les critiques sur la
00:06justice des mineurs.
00:07Les moyens sont-ils suffisants ? Est-ce que tout est fait pour protéger les enfants et les femmes ?
00:11On pose ces questions ce matin au procureur de grâce qui est l'invité d'ici matin.
00:15Bonjour Eric Camus.
00:16Oui bonjour.
00:17Est-ce que c'est de la faute de la justice si des drames comme celui de Liana existent ?
00:21Alors force est de constater que c'est actuellement la question principale qui est posée,
00:26ce qui mérite bien évidemment des explications de la part d'abord du ministère public.
00:34C'est d'abord bien entendre le fait que pour nous c'est un véritable drame.
00:38Parler d'électrochoc alors même que tous les jours nous avons nos services d'enquête,
00:43nos collègues qui travaillent sur des enquêtes, c'est aussi le moyen d'expliquer justement
00:47et vous m'en donnez l'occasion d'abord ce qu'est une enquête.
00:50Parce que le principal sujet qui revient c'est celui des lenteurs de la justice.
00:56Est-ce que c'est toute la chaîne qui est défaillante ?
00:58Ce n'est pas une question de défaillance de la chaîne mais plutôt d'exigence de la chaîne.
01:03La première chose c'est bien de se rendre compte de ce qu'est une enquête judiciaire.
01:08Une enquête judiciaire c'est une enquête par laquelle des personnes vont être mises en cause
01:11pour des faits extrêmement graves.
01:13Et nous avons l'obligation de pourvoir à la manifestation de la vérité.
01:18Ça veut dire faire des actes pour justement remonter le temps et savoir ce qui s'est passé.
01:21Alors pourquoi le meurtrier présumé de Liana avait fait l'objet de plusieurs plaintes pour viol sur mineur
01:26sans jamais être interrogé ?
01:29Comment c'est possible ?
01:30Comme j'ai pu déjà l'expliquer, pour interroger une personne sur des faits,
01:34il faut avoir des éléments sur lesquels lui poser des questions.
01:37Et ces éléments-là, comment on les obtient ?
01:38On les obtient parce qu'il faut interroger les victimes, interroger les témoins,
01:43faire des perquisitions, réaliser toutes sortes d'investigations sur son portable,
01:46sur des éléments sur la base desquels on va pouvoir confronter ces déclarations
01:51à la réalité des recherches que nous avons réalisées.
01:54Et tout ça, cela prend du temps.
01:55Alors, l'enquête administrative déterminera si toutes ces étapes ont été respectées dans l'affaire Liana.
02:03On va plutôt rentrer dans le détail de ce qui se passe dans votre juridiction à Grasse
02:07pour tout l'ouest des Alpes-Maritimes, donc à partir de Saint-Laurent-du-Var.
02:11Combien de procédures pour des faits de violences sexuelles sur mineurs sont enregistrées chaque année ?
02:16Alors, en l'état de ce que nous avons pu voir en termes d'enregistrement au sein du parquet,
02:20nous avons 340 procédures qui sont suivies par le parquet de Grasse.
02:25Ce à quoi il faut ajouter les procédures en cours au sein des services d'enquête
02:29qui n'ont pas été remontées, parce que bien évidemment, comme je vous l'ai indiqué,
02:33les investigations sont en cours.
02:35Et donc, les instructions qui nous ont été données et que j'ai données,
02:38c'est tout simplement de faire remonter immédiatement toutes les plaintes qui ont été déposées
02:42pour pouvoir à l'enregistrement et ainsi avoir des données statistiques fiables.
02:46D'accord, donc ce chiffre de 340, il va encore augmenter.
02:48C'est pour combien de magistrats spécialisés dans les violences sur mineurs à Grasse ?
02:533.
02:543 pour 340, plus de 340. Il est là le problème ?
02:58Non, le problème il est là aussi sur le fait que les investigations qu'on nous demande de faire
03:03sont particulièrement lourdes.
03:05Vous prenez par exemple l'unité de la brigade des mineurs de Grasse.
03:10J'ai vu en effet que le fait d'apprendre que cette brigade avait été démantelée
03:13a suscité beaucoup d'émotions.
03:14Mais il faut comprendre pourquoi ça avait été fait en 2022.
03:18C'est tout simplement parce que cette brigade des mineurs a été démultipliée.
03:22C'est-à-dire que vous avez des services spécialisés en charge des violences sur mineurs
03:25qui ont été créés dans les commissariats de Cannes, d'Antibes et de Grasse.
03:29Et par voie de conséquence, des officiers de police judiciaire spécialisés
03:33sont maintenant en intervention dans ces unités avec des salles Mélanie.
03:38Et aujourd'hui, depuis mon installation en septembre,
03:41la création du parcours victime et du parcours victime renforcé.
03:43Alors on va revenir sur ces dispositifs, les salles Mélanie, etc.
03:47Mais 3 magistrats et des enquêteurs comme ça dispatchés sur les différents commissariats
03:54pour 340 procédures, vous ne pouvez pas nier que c'est complètement insuffisant ?
04:00Je ne le nie pas.
04:01Je dis simplement qu'on nous demande de faire face.
04:05Nous allons faire face.
04:06Et pour faire face, j'ai d'ores et déjà donné des instructions
04:10pour que les collègues soient renforcés.
04:12Ce qui veut dire qu'un certain nombre de contentions vont être mis en suspens
04:15pour que d'autres magistrats viennent au soutien de nos collègues en charge des mineurs.
04:20Et en même temps, les services de police vont eux-mêmes être mobilisés.
04:25Sachant que dès aujourd'hui, les magistrats en question sont appelés
04:30à aller au sein même des unités d'enquête, police et gendarmerie,
04:33pour faire ce que nous appelons du traitement sur site,
04:36c'est-à-dire directement au contact des enquêteurs,
04:38procédure par procédure en matière d'infraction de nature sexuelle
04:42commise contre des mineurs, pour voir où en est le dossier
04:45et comment le faire avancer.
04:46Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a demandé le réexamen des plaintes d'ici mi-juillet.
04:50C'est réalisable ?
04:53Ça doit être réalisable.
04:55C'est-à-dire que c'est la force du ministère public.
04:56À partir du moment où des instructions nous sont données, on les met en application.
04:59Mais en revanche, si nous devons les mettre en application,
05:03c'est que nécessairement, nous allons nous désengager sur un certain nombre de dossiers,
05:06sur un certain nombre de procédures, et les mettre en suspens.
05:09Que nous reprendrons plus tard.
05:10Mais ça veut dire que pour d'autres procédures, les délais vont s'allonger.
05:13Éric Camus, en tant que procureur de la République de Grasse,
05:16vous nous avez donné beaucoup de chiffres,
05:18mais désormais, je voudrais qu'on parle d'un cas très concret.
05:20Une affaire qui s'est passée pas plus tard que mardi.
05:22Un homme de 63 ans a arrêté car soupçonné d'avoir agressé sexuellement
05:25une fillette de 7 ans sur la plage de Jean Lépin.
05:28Est-ce qu'il est en détention provisoire actuellement ?
05:30Cette personne a fait l'objet d'une enquête sur la base de laquelle,
05:34lorsqu'il a été interpellé,
05:36une expertise psychiatrique avait révélé qu'il souffrait de troubles avérés,
05:40qui d'une part ne lui permettait pas de rester en garde à vue,
05:46et d'autre part, poser interrogation sur sa capacité
05:49à vouloir y comprendre ce qu'il faisait.
05:51Je vous rappelle, et c'était mes mots lorsque j'ai été installé au mois de septembre,
05:55la première de nos criminalités, c'est la folie.
05:57Il faut bien se rendre compte que nous sommes confrontés,
06:00depuis des années, à des personnes qui, dans le passage à l'acte,
06:04présentent des troubles d'ordre psychiatrique.
06:06C'est la raison pour laquelle, depuis mon arrivée,
06:09j'ai organisé des relations continues avec les services hospitaliers,
06:13avec la perspective de créer une UPJ, une unité de psychiatrie judiciaire.
06:17Cet homme de 63 ans, ça veut dire qu'il est désormais en hôpital psychiatrique ?
06:20Alors, ça veut dire qu'il est prêt en charge par les services hospitaliers.
06:24Vous comprenez, le rôle de la justice,
06:27c'est d'une part d'identifier les auteurs d'infractions,
06:29d'autre part de les traduire en justice.
06:31À partir du moment où, pour des raisons légales,
06:34le droit dit qu'une personne qui est en garde à vue
06:37est dans un état physique, médical,
06:40qui ne permet pas son maintien en garde à vue,
06:42automatiquement, elle est prise en charge par l'administration hospitalière.
06:45On entend, mais comment éviter qu'il ne recommence ?
06:48Alors, comment éviter qu'il ne recommence ?
06:50S'il est malade.
06:51C'est tout l'enjeu de l'accompagnement et du traitement des personnes
06:54qui sont en souffrance de par leur situation psychiatrique.
06:58Mais vous comprenez, vous me posez une question
07:00à laquelle je ne peux pas répondre
07:01parce qu'elle n'est pas de mon ressort.
07:03Et en même temps, j'entends nos consultoriens qui disent
07:05« Mais est-ce que vous n'êtes pas en train de vous défausser ? »
07:07Réponse non.
07:08C'est que chacun fait son métier.
07:10Mais comment coordonner la justice
07:13et ces organismes qui s'occupent de soigner ces personnes ?
07:17Parce qu'il y a aussi un enjeu, là, quand même,
07:20pour éviter la récidive.
07:21Là, vous posez la bonne question.
07:22Là, vous posez la bonne question.
07:24C'est la raison pour laquelle, depuis mon installation,
07:26j'ai lancé la création d'un dispositif
07:28que j'avais déjà créé sur mon précédent ressort.
07:30C'est-à-dire, d'une part, le parcours victime,
07:33le parcours victime renforcé,
07:34le renforcement de l'unité de médecine légale d'Antibes
07:38qui, en effet, maintenant accueille deux psychologues
07:41et une secrétaire administrative,
07:43en plus des médecins légistes,
07:44et le projet de création
07:47de pôles médico-judiciaires de proximité
07:49et d'accompagnement du parcours victime
07:51qui vont mettre en coordination
07:53l'ensemble des services d'enquête,
07:55de médecine et du parquet.
07:56Alors, il y a des dispositifs qui existent,
07:58qui se développent.
07:59Pour mener les enquêtes,
08:00on en a parlé brièvement,
08:01dans les Alpes-Maritimes,
08:02il y a une salle Mélanie à Cagnes-sur-Mer.
08:07Les salles Mélanie,
08:08ce sont des salles aménagées pour les enfants
08:09avec des jouets pour les mettre à l'aise
08:12lors des interrogatoires
08:14pour recueillir leurs paroles.
08:15Est-ce qu'il y en a assez ?
08:17Alors, ça va beaucoup plus loin que ça.
08:19Alors, il n'y en a pas qu'une.
08:20Il y en a trois.
08:22Quels sur maires ?
08:22Quatre, si je compte,
08:24celles qui sont au sein
08:24de l'unité d'accueil pédiatrique
08:26Enfants en danger.
08:27Il faut aussi compter avec le fait
08:28qu'avec ces salles Mélanie,
08:29et vous avez pu voir le reportage
08:31hier sur France 2,
08:32l'engagement des forces de police
08:34et des forces de gendarmerie,
08:36parce qu'on ne parle pas assez
08:38de nos enquêteurs
08:39qui, tous les matins,
08:40se lèvent avec la charge mentale
08:42que constitue une enquête judiciaire.
08:44N'imaginez pas une seconde
08:45que nos enquêteurs
08:46n'ont pas en tête
08:48la responsabilité qu'est la leur
08:50lorsque le soir y rentre chez eux,
08:51après avoir entendu
08:52une enfant de 3 ans
08:54ou de 7 ans
08:55expliquer qu'elle a été violée,
08:56qu'elle a été agressée sexuellement.
08:58Et bien évidemment,
08:59tout le monde pense
09:00à ce que va être l'enquête demain,
09:01aux questions posées,
09:03aux éléments qu'il faut aller rechercher.
09:05Et cela,
09:06nous les mettons en concordance
09:07avec les moyens
09:08dont nous disposons.
09:09Vous avez parlé de la salle de Mélanie,
09:10moi je vais vous parler aussi
09:11de l'unité d'accueil pédiatrique
09:12enfant en danger
09:13qui a été créée
09:14au sein de l'hôpital de Grasse
09:16et qui est aujourd'hui
09:17absolument indispensable.
09:18Je suis d'accord,
09:20je suis d'accord.
09:21Il y a des choses
09:22qui manifestement
09:23n'ont pas été faites,
09:24qui auraient dû l'être.
09:25Et ça, c'est à l'enquête administrative
09:27de nous le dire.
09:28Est-ce qu'il y a des fautes
09:29qui ont été commises ?
09:30C'est l'enquête administrative
09:31qui nous le dira.
09:33Mais en même temps,
09:34je veux que nos concitoyens
09:35entendent que tous les jours,
09:38sur des horaires
09:38dont l'amplitude
09:39est largement au-delà
09:41de ce que peuvent être
09:43des horaires normales de travail,
09:44nous avons des enquêteurs,
09:46des magistrats,
09:47des juges d'instruction,
09:48des juges du siège
09:49qui tous les jours
09:50travaillent pour la sécurité
09:51de nos concitoyens
09:52et la sécurité de nos enfants.
09:53Et ça, c'est un discours
09:54qu'il faut porter.
09:55Il y en a,
09:55mais il n'y en a pas assez.
09:57C'est tout le fond du problème.
09:58Merci beaucoup Eric Camus,
10:00procureur de la République de Grasse.
10:01Vous étiez notre invité
10:02ce matin.
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