00:01Nous sommes à Bonfolle, petite commune du Jura.
00:05Dans la salle communale se prépare une soirée qui cite tout le monde à temps avec impatience.
00:12Ce soir, on est là pour donner un dernier hommage à Johnny Hallyday.
00:19Ça fait depuis toute petite que je baigne là-dedans.
00:21Mes parents aiment Johnny Hallyday, ma grand-mère.
00:24Chaque année, on fait des soirées en famille.
00:26Elle a toujours du Johnny. On ne fait pas une soirée sans Johnny, en principe.
00:32Plus de 150 fans sont attendus pour assister à deux heures de show en l'honneur de la superstar disparue
00:38il y a un an.
00:39Et celui qui va incarner Johnny, c'est lui, John Tsog.
00:42Ce gestionnaire en logistique et son sosie depuis 25 ans, l'idole des jeunes, il la connaît par cœur.
00:48Je regarde beaucoup Johnny, comment il fait, dans l'envie de donner vraiment du plaisir aux gens.
00:53Et puis qu'ils se sentent le plus possible et qu'ils aient l'impression, à mon échelle, qu'ils
00:58aient l'impression d'être à un concert de Johnny.
01:01Dans la salle, John peut compter sur la présence du fan club de De Lémon, le dernier de Suisse, représenté
01:06par Nicole, veuve du fondateur, ainsi que sa fille Natacha et son petit-fils Ethan.
01:12Trois générations de fans.
01:14Petit, c'est fan ?
01:15Il est fan, oui.
01:16Comment ça se fait qu'il soit fan de Johnny ? Il a quel âge ?
01:19Il n'a pas trop eu le choix.
01:21Cinq ans et demi.
01:22Enfin, je n'ai même pas toué.
01:24Ah, vous êtes plus que fan ?
01:26Quand même.
01:27Et pourquoi t'es là, Ethan ?
01:29Pour voir le John.
01:31John fait partie du club, donc voilà, on est impatients.
01:34Jusqu'à présent, on pouvait aller voir Johnny, le vrai Johnny, on pensait.
01:39Maintenant, on va se contenter des sosies, hein ?
01:44Alors que le concert va commencer, en coulisses, le spectre du taulier est omniprésent.
01:50Vous l'avez toujours avec vous ?
01:52Oui.
01:53Oui, quand je chante, oui.
01:55Regardez-moi ça, cette gueule.
01:58Quand Johnny est mort, ce jour-là, vous faisiez quoi ?
02:02J'étais dans mon lit.
02:03Et puis, on m'a appelé.
02:06Pardon.
02:09Beaucoup d'émotion, vraiment, c'est comme si vous avez perdu un proche, en fait.
02:16Oui, tout à fait.
02:18Je pensais qu'il allait revenir comme il l'a fait souvent, tel le phoenix.
02:24Stop, attendez le tchèque.
02:38On l'a écarté gentiment.
02:41On l'a écarté gentiment.
03:08Il ressemblait à son idole.
03:11Là, je suis connu au Val-de-Travers.
03:13Tout le monde m'appelle Johnny.
03:16C'est une passion depuis...
03:18C'est là, c'est...
03:20C'est toute ma vie, Johnny.
03:26Chaque fois, j'étais au concert, je me sens tel dans la peau de Johnny.
03:37Aujourd'hui, qu'il n'est plus là, ça change quelque chose ?
03:41Oui, ça change un peu, oui, quand même, parce qu'on ne verra plus, quoi.
03:50Mais ce soir, John Sog a réussi son pari.
03:53Donner l'illusion aux fans que Johnny Hallyday était parmi eux.
03:59Merci, les filles, c'était chouette.
04:00Oui, extra.
04:01Ça vous a plu ?
04:02Oui, très sympa.
04:03Vous avez pris du plaisir ?
04:03Extra.
04:04Oui, c'est cool.
04:04Nickel.
04:05Nickel, merci, merci infiniment.
04:08Merci à toi.
04:08On l'a fait.
04:09Parce que ce serait...
04:10On a coupé dedans.
04:12Ah, décontracte, vas-y, c'est fini, c'est prêt.
04:15Allez, ça va, John.
04:17Laisse aller.
04:19C'est fini.
04:21Bon, on va quand on met ça.
04:23Ouais, c'est quand on met ça.
04:26Dehors aussi, c'est l'émotion.
04:29Il est toujours là, même si c'est des imitateurs.
04:32Ça ne perd pas.
04:34Ça ne perd pas.
04:35Comme il bouge, comme il fait.
04:37C'est une limite, hein.
04:38C'est vraiment Johnny, hein.
04:39Des moments, c'est terrible.
04:4419 octobre, Lausanne.
04:46Nous retrouvons Nicole avec sa famille,
04:48ainsi que Gérard, son compagnon.
04:50Pour eux, c'est un grand jour,
04:51la sortie de l'album posthume de Johnny.
04:53Pour rien au monde, ils n'auraient raté ça.
04:55Ils sont même rentrés plus tôt de vacances.
05:00On a écourté, c'est pas grave une nuit pour Johnny.
05:03J'ai eu l'occasion déjà de l'écouter
05:05sur une plateforme de musique
05:07qui diffuse, donc depuis hier soir à minuit.
05:10C'est grandiose.
05:12Mais maintenant, ce qu'il nous faut,
05:13c'est quand même le CD, le livre.
05:16Voilà, il faut le tout.
05:17Sinon, la collection n'est pas complète.
05:19Oh, super !
05:22Oh, magnifique !
05:24C'est surtout les vinyles, là,
05:26qui sont partout les vinyles.
05:27Comme des petits pains.
05:28Donc, vous avez bien fait les réserves.
05:30Magnifique !
05:30Oh là là !
05:31Voilà pour vous.
05:32Gérard avait pris les devants,
05:33sachant très bien que son idole
05:35allait provoquer un véritable raz-de-marée.
05:39On a déjà vu un engouement
05:41à peu près comme celui-ci en 2009
05:42lors de la disparition de Michael Jackson.
05:44On a ouvert le magasin
05:45une demi-heure avant ce matin,
05:47donc à 8h30,
05:48on pensait qu'on aurait quelques clients
05:50comme ça, parsemés,
05:52mais en fait, c'était un rush.
05:53Et à 11h du matin,
05:55le vinyle, il n'y en avait plus.
05:58Le collector avec le petit livret
05:59de 24 pages,
06:01en début d'après-midi,
06:02il n'y en avait plus.
06:02Et on ne devrait même pas tenir la journée
06:04avec le CD normal.
06:06Le vinyle ?
06:06C'est le cadeau,
06:07ne pas ouvrir.
06:09Pourquoi ?
06:09Surtout pas.
06:10Celui-là, non.
06:11Il perd toute sa valeur.
06:12Le fait qu'il soit sorti aujourd'hui,
06:14c'est aussi...
06:15Ça me fait quelque chose
06:17parce qu'en fait,
06:18c'est pas celui qui a créé le...
06:19qui a fondé le club de Johnny de Dlemont,
06:22mon papa, Johnny Muller.
06:24C'est son vrai prénom en plus.
06:27Il est décédé, en fait,
06:28le 19 octobre,
06:29donc le jour de la sortie de Johnny Brouillard.
06:33De nombreuses années,
06:35mais le 19 octobre.
06:37Donc c'est vrai que ça fait quelque chose.
06:43Nous sommes à Couvay,
06:44dans le Val-de-Travers.
06:46C'est ici qu'il vit Dédé,
06:48celui que tout le monde appelle Johnny.
06:50Aujourd'hui, il reçoit la visite
06:52de sa soeur Georgette,
06:53ainsi que de sa petite-fille.
06:54et les conversations tournent inévitablement
06:57autour de la star.
06:58Mais bon, cool.
06:59Quand c'est un héritage,
07:00il y a des problèmes...
07:01Moi, j'en connais pas beaucoup
07:03qui ont pas de problème, hein.
07:04C'est vrai que ça...
07:05C'est ce mot déshérité qui me plaît pas, moi.
07:08Enfin, Laetitia,
07:08il devrait s'asseoir
07:09et puis discuter avec
07:10et puis donner une partie.
07:12Ils ont mieux le temps
07:12de se mettre à table
07:13et puis...
07:15Et puis...
07:18Partager un peu le pécule.
07:20Mais seulement...
07:20Bon, ça va pas comme ça, hein.
07:23Oh, puis moi,
07:23alors quand Johnny, il est mort,
07:25j'ai tellement pleuré
07:27qu'après, j'ai fait une grosse déprime.
07:28J'ai été dix jours malade.
07:31Dédé avait pour habitude
07:32de suivre chaque tournée de Johnny
07:34au point de mettre sa santé en danger.
07:37Moi, une ou deux fois,
07:38j'ai versé à Paris, par exemple.
07:41Je me suis retrouvé étendu devant.
07:45Juste devant le Parc des Princes.
07:47J'avais l'air fin, là, hein.
07:49Et j'ai quand même fait le spectacle, après, hein.
07:52J'ai dit, non, non,
07:53je suis venu pour Johnny.
07:55Je...
07:55Je vais pas aller à l'hôpital, hein.
07:58En 2013, là,
07:58j'ai fait un arrêt cardiaque, quoi.
08:00D'après ce que vous me dites,
08:01j'étais mort.
08:01Ouais, t'étais mort,
08:02mort cliniquement, ouais.
08:06Un accident cardiaque
08:07dont il s'est sorti,
08:08mais durant sa convalescence,
08:10Dédé avait un peu perdu la tête
08:11au point de croire
08:12qu'il était Johnny Hallyday.
08:15D'après ce qu'elle me disait à l'hôpital,
08:18je voulais faire un concert à la maladière.
08:21Non, mais j'y croyais, hein.
08:22J'ai des cartes de visite,
08:24parce que j'étais encore dans les...
08:26Je sais pas, j'étais pas...
08:27Ouais, il faisait des cartes de visite,
08:29il m'a dit,
08:29tu es mon manager,
08:30parce que moi,
08:30j'ai des cancers à faire
08:31un peu partout,
08:32je dois faire un cancer à la maladière.
08:34En France, en Espagne, en Italie,
08:37je dis, mais Dédé,
08:37mais quand même.
08:39Le pire, c'est que j'y croyais, moi.
08:44Ça partageait ma vie du début à la fin.
08:47Ah non, il nous a donné bien du bonheur,
08:49ce Johnny Hallyday.
08:55Aujourd'hui, Dédé ne se prend plus pour Johnny,
08:58sauf dans son salon.
09:03Qu'on me donne l'octurité,
09:05puis la lumière.
09:08Qu'on me donne la fin, la soif,
09:11puis j'en fais ça.
09:13Il y avait quelque chose en lui
09:14qui te donnait une force.
09:16Par exemple, quand t'as des problèmes,
09:18que ce soit n'importe quel problème,
09:20mais ça te redonnait la force
09:22d'avancer.
09:24Aujourd'hui, vous avez moins de force ?
09:26C'est-à-dire que...
09:28Ouais, c'est tous les jours.
09:31Ouais, c'est...
09:34J'y pense tous les jours.
09:43Le rêve de Dédé aurait été
09:45de rencontrer Johnny Hallyday en personne.
09:48Et cela restera un rêve.
09:54Elisabeth, elle, a eu cette chance.
09:56À de nombreuses reprises.
09:58Habitante de la Neuve-Ville,
10:00cette infirmière de 60 ans
10:01fait partie d'une catégorie de fans
10:03un peu à part,
10:04ceux qui arrivent à créer un lien
10:06avec leur idole.
10:08C'est là qu'il repère mon panneau,
10:11devant lui, là.
10:13De voir le moment
10:14où il le voit,
10:16où il le lit,
10:17et puis où il me fait un petit signe.
10:20Et ça, c'est sûr que...
10:22C'est toujours hyper sympa,
10:24parce qu'en fait,
10:24le but, il est acquis.
10:26J'ai pu lui passer le message
10:27et il sait qu'on est là
10:29et c'est ça qui est chouette.
10:33Échanger un regard
10:34ou lui donner un cadeau,
10:36c'est ce qui lui manque le plus
10:38depuis le 5 décembre 2017.
10:43Ce que j'ai ressenti,
10:45c'était atroce, quoi.
10:48La première chose que j'ai criée,
10:49c'est non, quoi.
10:51J'ai hurlé,
10:52puis je me suis dit,
10:53voilà, on y est, quoi, finalement.
10:55J'ai aussi commencé
10:56à mettre beaucoup plus de choses
10:57dans l'appartement.
10:58Avant, j'essayais d'être
10:59encore un peu raisonnable.
11:00Depuis qu'il est parti,
11:02je ne le suis plus du tout.
11:03J'ai besoin d'afficher
11:07ce que j'ai toujours aimé,
11:09en fait.
11:10J'ai retrouvé aussi
11:13un mégot de Johnny,
11:15des gitanes,
11:16en montreux.
11:18Ça, c'est quand j'étais adolescente,
11:20voilà, c'est comme ça.
11:22Comme tous les fans,
11:23Elisabeth est allée à Paris
11:24pour assister aux funérailles,
11:26avec le privilège
11:27d'être aux premières loges.
11:29Il avait dit qu'il voulait
11:31quelques personnes
11:32dans l'église de fidèles,
11:34en guillemets,
11:36et là, d'avoir été choisie,
11:38alors qu'il y en a tellement
11:39qui aurait voulu être à ma place,
11:41bien sûr que je suis privilégiée.
11:43Et je vais encore aller
11:45à Saint-Barthes au mois de janvier
11:47parce que c'est...
11:49C'est l'ultime au revoir.
11:52Dorénavant,
11:53Elisabeth préfère se plonger
11:54seule dans ses souvenirs,
11:56symbolisés par des centaines
11:57de tickets de concert,
11:58plutôt que d'aller se mélanger
12:00aux autres fans.
12:02Je déteste les sosies,
12:03je n'aime pas les rencontres
12:04où tout le monde chante faux.
12:06Je n'irai jamais voir
12:07un gars qui imite Johnny,
12:09maintenant,
12:10encore moins qu'avant.
12:11Non, parce que Johnny
12:12n'en a qu'un,
12:12et puis c'est...
12:13Il est inimitable,
12:15c'est tout.
12:18Créer des événements
12:19autour de leur idole,
12:21c'est le but
12:21d'un fan club.
12:23Ce soir,
12:23les fans de Johnny
12:24se réunissent dans un bar
12:25à Delémont
12:26pour fêter
12:27le nouvel album.
12:29Je remercie
12:30tout le monde
12:31d'être là,
12:32tous les amis du club.
12:37Et maintenant,
12:38j'aimerais juste faire
12:39une petite minute de silence
12:40comme en souvenir de Johnny,
12:42et puis des membres
12:44du club
12:44et des amis du club
12:45qui ont disparu
12:46ces temps.
12:53Voilà, merci bien.
12:54Et puis le fans club
12:55Johnny Hallyday
12:56offre l'apéro
12:57au club chapter.
12:58Jura.
13:00Il s'appelle comment ?
13:01Jade.
13:03Le même prénom
13:04que la fille de Johnny.
13:06Alors, on va la baptiser
13:07le jour
13:08de l'anniversaire
13:09de Johnny.
13:09Ce sera le 15 juin
13:10l'année prochaine.
13:12C'est comme une petite famille,
13:13on se connaît tous.
13:15Vous pensez qu'un fan club
13:16comme ça,
13:17ça peut disparaître un jour ?
13:18Je pense que...
13:20Non.
13:20Je vais aussi
13:21dans des autres fans clubs
13:24comme Elvis.
13:25ça fait 40 ans
13:27qu'il est mort,
13:28il se connaît toujours là.
13:30Donc Johnny,
13:31c'est la même chose.
13:32Ça sert à entretenir
13:33ce rêve,
13:34ce rêve américain
13:35que Johnny avait aussi,
13:37de vivre des choses
13:39incroyables.
13:39Il nous a fait partager
13:41en même temps
13:41notre carrière,
13:43ce rêve américain.
13:45Et vient le moment
13:46de la soirée
13:46que tout le monde attend.
13:48On y va ?
13:52Bon concert.
13:56On fait trois jours
13:57qu'il tourne en boucle
13:58dans la voiture,
13:59mais c'est pas la même chose
14:01ce soir.
14:01On est tous là,
14:02on est ensemble.
14:03Et puis il y a d'autres
14:04émotions qui ressortent.
14:05C'est comme s'il était là
14:06quand même.
14:08Il fait partie de nous,
14:09il est là.
14:09« Si jamais on me dit
14:12que j'ai trahi,
14:14alors je ne branche pas.
14:18Si jamais on me dit
14:20que j'ai menti,
14:22alors je ne relève pas.
14:26Car le jour viendra
14:28de répondre aux mes actes
14:30et je ne me cacherai pas.
14:34Oui, le jour viendra
14:36de respecter le pacte
14:38et je ne m'entendrai.
14:41J'en parlerai au diable
14:44s'il est rien à sauver.
14:49Demain soirée à sa table
14:52et dire ma vérité.
14:57J'en parlerai au diable
15:00S'il est rien à sauver.
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