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  • 10 saat önce
Fransa siyasetinin önde gelen isimlerinden, tarihçi ve yazar kimliğiyle de tanınan Eski Başbakan Dominique de Villepin, 7 Haziran’da sosyal medya hesabından yayımladığı videoda Orhan Pamuk’un Masumiyet Müzesi eseri üzerine değerlendirmelerde bulundu.

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00:41Fouzun'un,
00:55Fouzun'un,
00:56La jeune femme, plus modeste, cousine éloignée, présence à la fois lumineuse et fragile.
01:01La passion éclate, elle n'est pas seulement désir, elle est choc, elle est obsession.
01:06Et ce choc, Pamouk le raconte avec une précision douce et cruelle à la fois.
01:11Le bonheur, comme une fulgurance, puis la peur, puis la perte.
01:15Car l'innocence du titre n'est pas une innocence morale, c'est une innocence du moment,
01:20l'instant où l'on croit que le bonheur peut durer,
01:23l'instant où l'on ne sait pas encore que chaque geste, chaque objet, chaque phrase sera un jour une
01:29relique.
01:30C'est là que le roman bascule et devient unique.
01:32Kemal, séparé de Fouzun, va commencer une étrange entreprise.
01:36Il collectionne, il garde, il rassemble, il vole parfois, il accumule les objets liés à elle,
01:42à leur moment, à leur monde.
01:44Une barrette, un verre, une boucle d'oreille, une robe à fleurs, une paire de souliers,
01:48un ticket de cinéma pour le goût suave du péché.
01:51Jusqu'aux 4213 mégots de cigarettes, méticuleusement étiquetés, fumés par Fouzun et recueillis comme des reliques.
02:00Des choses minuscules, des choses qui n'ont aucune valeur en soi,
02:04mais qui deviennent pour lui des fragments de temps, des fragments de vie.
02:08Et l'on comprend alors que le musée de l'innocence est un roman sur la nostalgie,
02:12mais une nostalgie active, une nostalgie qui devient architecture.
02:17Le héros veut construire un musée pour préserver l'amour, préserver l'instant, préserver la ville elle-même,
02:22comme si l'on pouvait retenir la vie en la classant,
02:25comme si l'on pouvait empêcher la perte en la transformant en mémoire matérielle.
02:29La force de Pamuk est de ne pas juger trop vite.
02:33On pourrait réduire Kemal à un amoureux malade, à un homme prisonnier de son obsession,
02:38mais Pamuk nous oblige à voir plus large.
02:40Il raconte une époque où la société change, où les classes se déplacent,
02:44où la modernité accélère, où la télévision, la consommation, les rêves d'Occident modifient les existences.
02:51Istanbul est en train de devenir autre,
02:54et Kemal à sa manière refuse que tout disparaisse sans laisser de traces.
02:58Alors le roman devient une question.
03:00Que faisons-nous du temps qui nous échappe ?
03:03Que faisons-nous de ce que nous perdons ?
03:05Il y a une première leçon à tirer.
03:07L'amour est aussi un travail de mémoire.
03:09Ce n'est pas seulement ce que l'on vit, c'est ce que l'on garde,
03:12ce que l'on raconte, ce que l'on transforme en récit.
03:15Pamuk montre que l'amour n'est pas un simple sentiment.
03:18C'est une manière d'habiter le monde.
03:21Et quand l'amour se brise, le monde se brise avec lui.
03:24Deuxième leçon,
03:25les objets sont des archives de la vie.
03:27Dans un monde saturé de données, nous croyons que tout est conservé.
03:31Mais Pamuk nous rappelle le contraire.
03:32Ce qui est précieux, ce n'est pas l'information, c'est la charge affective.
03:37Un objet devient mémoire quand il porte une présence.
03:40C'est une leçon bouleversante sur ce que nous perdons
03:42quand nous laissons nos vies se dissoudre dans la vitesse.
03:46Troisième leçon,
03:47la société fabrique des tragédies intimes.
03:49Le roman est aussi une critique douce, presque silencieuse,
03:52des codes sociaux.
03:54Ce qui se fait, ce qui ne se fait pas,
03:56ce qui se dit, ce qui se cache.
03:58Pamuk montre comment une société peut empêcher des êtres de vivre leur vérité.
04:04Et comment cette contrainte produit du mensonge,
04:06de la honte, du théâtre.
04:07Il y a une quatrième leçon, enfin.
04:10C'est que la nostalgie peut être une prison.
04:12Mais elle peut aussi devenir une œuvre.
04:14Chez Pamuk, l'obsession de Kemal est tragique.
04:17Mais elle est aussi créatrice.
04:19Il transforme la perte en musée.
04:22Il transforme l'absence en un lieu.
04:24Il ne guérit pas, il construit.
04:26Et cette construction, à la fois folle et splendide,
04:30nous dit quelque chose de notre condition.
04:32Nous cherchons tous, d'une façon ou d'une autre,
04:34à sauver ce qui s'efface.
04:36Lire le musée de l'innocence, aujourd'hui,
04:39c'est comprendre que la modernité n'est pas seulement un progrès.
04:43Elle est aussi une disparition.
04:45Disparition des quartiers, des gestes, des lenteurs, des rites.
04:48Et que l'art, parfois, est la seule manière de retenir ce qui compte.
04:52Non pas en le figeant, mais en le rendant visible.
04:56Ce roman nous laisse une idée simple, presque douloureuse.
04:59L'innocence est toujours fragile.
05:00Elle est faite de moments qui passent,
05:02mais la mémoire, si elle est sincère,
05:03peut devenir une forme de dignité.
05:06Une manière de dire au temps,
05:08« Tu m'as pris, tu m'as volé, même, ce que j'avais de plus cher. »
05:12Mais je n'oublie pas.
05:12C'est peut-être cela, le secret d'Oran Pamuk.
05:15Faire de l'amour, non pas un simple récit sentimental,
05:18mais une manière de penser, de vivre et d'habiter la vie.
05:22Et de regarder aussi Istanbul, non pas comme un décor,
05:26mais comme un cœur battant, traversé par la perte,
05:29par le désir, par la beauté et par la mélancolie.
05:32Aujourd'hui, l'œuvre connaît un nouvel avatar.
05:34Le musée de l'innocence est devenu une mini-série.
05:38Et Pamuk y apparaît en caméo.
05:40Comme si l'auteur venait saluer sa propre créature au seuil du musée.
05:43La fiction s'adosse au réel.
05:45Et le réel accepte d'être traversé par la fiction.
05:48Une mise en abîme vertigineuse.
05:50Là où le Taj Mahal avait élevé l'amour dans un palais de marbre,
05:54Pamuk, lui, l'enferme dans un palais de poussière.
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