00:00Nous sommes à la veille de l'ouverture du mondial de football et ce matin, on va faire rimer ballon
00:04avec pognon.
00:05Ce sport brasse des milliards, c'est logique, c'est le sport le plus populaire au monde,
00:09mais ce mondial organisé en Amérique du Nord, le sera-t-il réellement populaire ?
00:14Il semble en tout cas difficilement accessible au commun des mortels.
00:17Le foot business est le titre de votre livre, Luc Arondel. Bonjour.
00:21Bonjour.
00:22Vous êtes chercheur au CNRS, professeur à l'école d'économie de Paris.
00:26La FIFA cash machine, c'est plus vrai que jamais avec ce mondial ?
00:30C'est sans doute une vision un petit peu déformée qu'on a effectivement de la FIFA.
00:34Parce qu'il faut vraiment relativiser un petit peu tous les revenus qui sont générés par la FIFA
00:41par rapport à la popularité du foot, l'enthousiasme que ça suscite, etc.
00:46Si on regarde un petit peu le budget, au Qatar, la Coupe du Monde a généré à peu près 6
00:53milliards de dollars.
00:56Il y a à peu près 1,5 milliard de supporters qui ont regardé la finale.
01:02Donc si vous mettez en rapport ces deux chiffres, ça veut dire que finalement,
01:07chaque supporter a mis 4 euros pour regarder la finale.
01:10Donc par rapport à toute la popularité que suscite le football, finalement, c'est assez peu d'argent.
01:14Et notamment, si on regarde aux Etats-Unis, par exemple, la NFL génère à peu près 20 milliards de dollars
01:22par an.
01:23Donc effectivement, il faut vraiment relativiser tous ces chiffres.
01:26Mais est-ce qu'on peut encore parler de sport populaire quand on voit le prix des billets ?
01:30Ils sont franchement très souvent autour de 1 000 euros la place.
01:33Il y en a un, je ne vais en citer qu'un, mais il y a une place pour le
01:35match Norvège-France qui s'est vendue à 5 767 euros.
01:39C'est toujours aussi cher, les places des Coupes du Monde ?
01:42Non, ça c'est vraiment le problème de la compétition de cette année.
01:47Puisque si on regarde dans les prévisions de la FIFA, la billetterie au Qatar, ça représentait à peu près 1
01:52milliard, on va dire.
01:54Et là, ça va être multiplié par 3.
01:56Donc effectivement, il y a un problème de prix.
01:59Parce qu'effectivement, il y a plusieurs éléments.
02:02Un, il y aura plus de matchs.
02:04Oui, c'est la première fois qu'il y a un mondial avec 48 équipes.
02:06Donc forcément, plus de matchs.
02:07C'est 104 matchs, donc il y aura plus de matchs.
02:10Les stades sont aussi plus grands, puisque c'est les stades de football américain.
02:15Et puis, il y a aussi, c'est-à-dire qu'on a appliqué à cette compétition, on va dire,
02:20les lois du marché américain.
02:22C'est-à-dire que si vous regardez comment fonctionne l'économie du soccer aux Etats-Unis, c'est vraiment
02:28basé essentiellement sur la billetterie.
02:32Enfin, c'est ce qu'on appelle les recettes des jours de match.
02:33Avec une tarification dynamique.
02:35Avec des plateformes de revente.
02:37Avec aussi une exploitation commerciale des stades qui est sans commune mesure avec celle qu'on peut observer en Europe.
02:44Et puis aussi avec, par exemple, une exploitation des parkings, etc.
02:49Donc finalement, on a appliqué un petit peu ces lois du marché.
02:54Et c'est vrai que c'est la première fois pour une Coupe du Monde que la revente est légale.
02:56Il y a des plateformes officielles.
02:58Et d'ailleurs, la FIFA prélève 15% vendeurs et 15% à l'acheteur.
03:01Le problème, c'est qu'on est à la veille du coup d'envoi.
03:03Il y a encore des billets disponibles.
03:04Il y en a vraiment beaucoup.
03:05Tout n'a pas été vendu.
03:07Ça veut dire que le Mondial, c'est devenu un produit premium aujourd'hui ?
03:10Là, c'est vrai qu'on applique vraiment la loi de l'offre d'allemande.
03:14C'est-à-dire qu'à partir du moment où il y a un pricing dynamique sur des plateformes de
03:17revente,
03:17effectivement, les prix peuvent évoluer en fonction de l'offre et de la demande.
03:20Donc c'est vrai que par rapport à certains matchs,
03:24il y aura forcément beaucoup moins de demandes que pour d'autres matchs.
03:26Donc il va y avoir un grand écart sur les prix des différents matchs.
03:31Alors c'est beaucoup d'investissements, des milliards évidemment pour les pays qui l'organisent.
03:35Trois cette année, Etats-Unis, Mexique, Canada.
03:37Est-ce que c'est rentable pour les pays hautes ?
03:38Ça, c'est pas rentable économiquement.
03:41C'est-à-dire que là, on a suffisamment de recul pour étudier l'impact économique des grands événements sportifs.
03:47Que ce soit les Jeux Olympiques ou la Coupe du Monde, il y a assez peu d'impact sur les
03:51économies.
03:52Si on regarde par exemple aux Etats-Unis en 1994,
03:55déjà les Etats-Unis qui organisaient la Coupe du Monde de 1994,
03:58on s'attendait à avoir un impact économique positif,
04:01alors que finalement, ils ont plutôt fait des pertes économiques sur l'événement.
04:07En France, par exemple, l'euro 2016, il a rapporté à peu près 1,5 milliard à l'économie.
04:12Il a eu un impact économique, donc vous voyez, rapporter au PIB, c'est très très peu.
04:16Et il n'y a pas de différence entre les trois pays ?
04:18Ce n'est pas plus intéressant pour le Mexique et le Canada,
04:20qui ont peut-être dépensé un petit peu moins parce qu'ils vont accueillir moins de matchs ?
04:24Oui, mais justement, s'ils accueillent moins de matchs, il y aura moins d'impact.
04:26Il y a aussi moins de retombées.
04:28Alors, c'est la troisième Coupe du Monde pour Gianni Infantino en tant que président de la FIFA.
04:32Est-ce que les choses ont beaucoup changé en dix ans sous son règne ?
04:35Parce que la FIFA, c'est quand même la plus grosse fédée au monde, la plus riche aussi.
04:38Est-ce que le côté business s'est accentué ?
04:42Disons qu'on ne peut pas reprocher à la FIFA de vouloir augmenter ses revenus,
04:46puisque je vous rappelle, c'est une association qui a été fondée en 1908
04:50pour gérer et développer le football dans le monde.
04:52Donc quelque part, c'est tout à fait logique.
04:54Est-ce qu'elle gagne, elle le réinvestit normalement sur le terrain ?
04:56Elle le redistribue.
04:56C'est-à-dire que par exemple, on raisonne en quadriennale,
05:01mais sur le quadriennale 2023-2026,
05:05il y a un programme de développement du football qui s'appelle FIFA Forward.
05:10Et donc, ils vont redistribuer 2,5 milliards de dollars
05:14pour développer le football dans le monde, donner aux confédérations,
05:17développer le football féminin, développer les infrastructures.
05:19Donc quelque part, la philosophie originelle de la FIFA,
05:22c'est quand même de développer le football dans le monde.
05:24Donc après, on peut critiquer, on peut s'interroger sur la gouvernance de ce football.
05:29Et puis finalement, c'est vrai, on peut faire de l'argent tant qu'on respecte le football.
05:34Et je vais citer aussi Michel Platini qui dit de lui qu'il aime les riches et les puissants.
05:38Ceux qui ont de l'argent, c'est dans sa nature, dit-il.
05:41Voilà, c'est surtout ça qu'il faut avoir en tête,
05:44c'est de garder quand même, respecter le football.
05:47Merci Lucas Rondel, chercheur au CNRS, professeur à l'école d'économie de Paris.
05:51Et je vais donner le titre de votre livre,
05:53« Food Business, les 30 glorieuses » paru chez Odile Jacob.
05:56Ce mondial de foot, c'est donc à partir de demain et jusqu'au 19 juillet.
06:00Merci.
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