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  • il y a 3 heures
Magistrat et premier vice-président du tribunal judiciaire de Nancy, Jérôme Pauzat a évoqué les critiques à l'égard de la justice : «Je travaille sur mon temps privé».

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Transcription
00:00J'ai fait, moi, je suis passé au parquet et je suis actuellement au siège.
00:05Au parquet, je vais vous le dire, ils n'ont vraiment pas de vie.
00:09Un parquetier, ça dépend des tailles de parquet.
00:12Vous avez les grands parquets comme Paris, Lille, qui sont assez sectorisés.
00:16Mais par exemple, pour prendre un petit peu comme le parquet d'Auches,
00:18qui est un parquet très regroupé, ils sont quatre.
00:21Je crois qu'il y a plus de 10 000 plaintes de ce que j'ai compris par an.
00:26La journée d'un parquetier, sa semaine, c'est l'audience,
00:30au moins deux fois aller prendre des réquisitions à l'audience,
00:33avoir travaillé ses dossiers, tomber les piles que vous avez vues,
00:36que vous passez en boucle dans les reportages.
00:38Les compagnies de gendarmerie, on a les mêmes au parquet.
00:41Essayer de motiver pourquoi il prend telle ou telle orientation.
00:45Et puis ensuite, remplacer éventuellement le procureur,
00:48parce qu'il y a des réunions un petit peu partout.
00:49C'est ça aussi qu'il va falloir changer dans la magistrature.
00:51C'est-à-dire arrêter de faire des réunions
00:53et puis d'envoyer des circulaires, des orientations tout le temps,
00:57où finalement le judiciaire n'est pas priorisé.
00:59Là, par exemple, je vais vous parler de moi au magistrat au siège.
01:03J'ai 22 ans de carrière.
01:04Je suis coordonnateur, on dit, d'un service,
01:07c'est-à-dire je suis chef sans pouvoir.
01:09J'ai six cabinets de magistrats à chapeauter
01:13avec, on va dire, huit fonctionnaires
01:15et deux attachés de justice.
01:17Ma journée, c'est régler à peu près une centaine de mails,
01:23visualiser sur le ressort de Nancy,
01:25où je travaille, les bracelets anti-rapprochement.
01:28Qu'est-ce qu'il y a ?
01:29Pour les violences communes.
01:30J'ai 500 dossiers à suivre, par exemple, en ce moment.
01:34Et en plus de ça, je dois appliquer la réforme de M. Darmanin
01:37à moyen constant, c'est-à-dire que je suis juge d'application des peines
01:40chargé des affaires de criminalité organisée.
01:42On ne m'a pas donné de nouveaux moyens.
01:44C'est une charge qui m'est revenue parce que je suis le plus ancien
01:47et parce que je n'allais pas la donner à mes autres collègues.
01:50Je n'ai aucun autre moyen.
01:52Et en plus de ça, attendez, et là, c'est du bénévolat,
01:55c'est-à-dire que la coordination de service, faire les plannings,
01:57tout ça, je n'ai aucun secrétariat.
01:59Je fais ça tout seul, la plupart du temps, sur mon temps privé.
02:01Les rapports d'activité que je dois au supérieur,
02:04je les fais sur mon temps privé.
02:05Je suis magistrat référent du pôle violence intrafamiliale.
02:08Vous voyez, ça ressemble un petit peu à ce que je le fais sur mon temps privé.
02:12C'est-à-dire que ce matin, c'est du bénévolat.
02:14J'ai fait une formation sur les bracelets anti-rapprochement
02:16à destination de tous les greffiers et de tous les magistrats du tribunal.
02:19Je le fais alors que ce n'est pas compris dans ma fiche de poste.
02:22Et je reviens un petit peu à ce que je disais,
02:24comme ça je boucle la boucle par rapport à cette évaluation de la charge de travail.
02:29Aujourd'hui, on est évalué sur notre charge de travail
02:32par un référentiel officieux qui a été pondu
02:35par la Conférence nationale des présidents de juridiction.
02:38Un 100% égale 135%.
02:42Vous pouvez demander à tous les présidents, ils vous diront, c'est vrai.
02:44Et je dois être à 160-70%, 235%.
02:49Donc vous voyez, je suis quasiment à 200%.
02:51Donc, comme beaucoup de professions, un magistrat, c'est un no life.
02:55Et c'est un no life qui a peur.
02:56C'est pour ça que vous avez très peu de magistrats qui osent parler.
02:59Je ne suis même pas syndiqué, je n'ai aucune protection.
03:01On va me parler de mon devoir de réserve.
03:02Mais je préfère dire aux citoyens ce qu'il en est.
03:05Et c'est un no life qui a peur.
03:07Pourquoi ?
03:08Parce que ce qui est arrivé à Liana, ça peut nous arriver.
03:11Moi, j'ai 500 dossiers.
03:13500 dossiers ?
03:13Alors, 500.
03:15Pas tous de la même rapport.
03:16Dans le service, on a à peu près 3 000 dossiers.
03:18C'est-à-dire des gens condamnés en milieu ouvert
03:20qui sont suivis par des éducateurs
03:21et par le juge d'application des peines.
03:23Il suffit qu'il y ait un problème qui sorte.
03:28Et effectivement, ce qui est arrivé à Liana, ça me tombera dessus.
03:30Alors, j'espère que...
03:32Je ne sais pas ce que diront les inspections,
03:33mais j'espère que je fais bien mon travail.
03:34mais on ne peut pas suivre 3 000 dossiers.
03:36Mais vous priez...
03:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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