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00:009h, ici matin.
00:03Une représentante des magistrats s'est installée dans notre studio,
00:06François Pelleret, dans le studio d'ICI Lorraine,
00:08au lendemain des manifestations contre la justice dans l'affaire Liana.
00:11Oui, parce que c'est bien une colère qui anime les milliers de personnes
00:14rassemblées hier devant des tribunaux, dont 350 à Metz.
00:17Bonjour Anne Faber.
00:18Bonjour messieurs.
00:19Vous êtes conseillère, c'est-à-dire juge à la cour d'appel de Metz,
00:23déléguée régionale, c'est à ce titre qu'on vous reçoit de l'union syndicale des magistrats,
00:27des citoyens en colère parce que le suspect mis en cause a au moins été signalé 7 fois
00:33depuis 2017 à la justice.
00:35D'abord vous Anne Faber, que ressentez-vous au lendemain de ces manifestations très mobilisatrices ?
00:40C'est un drame qui nous a touchés, tous mes collègues et moi,
00:46c'est pas seulement moi, mais toute l'institution judiciaire,
00:49je pense qu'elle est très affectée par ce drame et ce dysfonctionnement.
00:54c'est sûr qu'on fait un métier, nous, qui est de rechercher en général les auteurs d'infractions
01:00et de protéger les victimes.
01:02Donc forcément ça nous atteint, ça nous pose des questions aussi dans notre métier,
01:06dans le sens de notre métier et de nos pratiques.
01:09Oui, parce que ce suspect avait été trouvé, avait été recherché et trouvé et connu.
01:15Je voudrais vous faire réagir sur les mots du plus haut procureur de France, Rémi Eitz,
01:20qui déclare qu'il faut tout mettre à plat pour que plus jamais une telle affaire ne survienne.
01:25Il dit qu'il y a eu un échec dans l'affaire Liana.
01:29Alors selon vous, c'est le résultat d'une erreur individuelle, isolée ou d'un raté du système judiciaire ?
01:34Je pense qu'il a raison quand il dit qu'il faut tout mettre à plat
01:38et que l'inspection générale nous le dira, parce que je ne connais pas le détail effectivement du dossier
01:44et il y a beaucoup d'imbrications qui font que c'est difficile de se prononcer qu'avec seulement quelques
01:48éléments.
01:49Mais ce qui est sûr, c'est que si on ne recherche qu'une responsabilité individuelle,
01:53on ne résoudra pas le problème et on ne trouvera pas les causes de ce qui a dysfonctionné.
01:58Les dysfonctionnements peuvent être individuels, comme on l'a dit,
02:02ils peuvent être organisationnels et ils peuvent être structurels en termes de moyens.
02:05Et je pense qu'on ne peut pas, on n'a pas le droit d'éluder le problème des moyens
02:08quand on connaît le fonctionnement actuel des juridictions et leur état,
02:13malgré une augmentation du budget récente, mais qui reste insuffisante à ce jour.
02:18Anne Faber de l'Union syndicale des magistrats,
02:21quand on entend hier soir des milliers de manifestants partout en France
02:26qui pointent, disent-ils, une négligence de la justice,
02:30que ressentez-vous, comment réagissez-vous ?
02:34Comme je le disais, ça nous affecte et on peut les comprendre.
02:37La colère des victimes et des citoyens,
02:39quand on voit des choses comme ça qui se répètent,
02:44on comprend leur colère et on l'accepte et on est prêt au dialogue avec ça.
02:49Après, il y a le principe de réalité, effectivement,
02:51où on ne peut pas promettre actuellement
02:53que le système permet de fonctionner dans des conditions idéales,
02:58compte tenu des piles qu'on sait qui existent dans les parquets,
03:03dans les services enquêteurs de gendarmerie ou de police,
03:06dans les problèmes de manque de moyens qui existent.
03:08Parce qu'on sait que même si on demande, par exemple,
03:11de traiter immédiatement certaines plaintes,
03:14ça se fera peut-être, mais ça sera forcément au détriment d'autres choses
03:17parce qu'on n'a pas les moyens de suivre tous les contentieux actuellement.
03:20Alors, nous, qui nous comprenons mal,
03:22puisqu'on n'est pas dans ce système judiciaire,
03:24ce n'est pas notre métier,
03:25comment se fait-il qu'il y ait des mois de délai
03:27entre l'ouverture d'une enquête et l'audition d'un suspect ?
03:32Alors, ce qui est vrai, ce qui est parfois étonnant,
03:35c'est que dans des enquêtes de ce type
03:37pour violences sur mineurs de nature sexuelle,
03:42quand on a une plainte, ça part de là,
03:46on n'est pas en flagrant délit,
03:48donc il n'y a pas de flagrance,
03:50donc on entend une victime,
03:51et après, si on veut entendre efficacement
03:54la personne qui est mise en cause,
03:55on est obligé d'investiguer
03:57et d'avoir des éléments, de fermer des portes,
03:59d'avoir des éléments supplémentaires
04:01pour pouvoir le confronter à la personne
04:02qui, en général, 99% des cas, va contester.
04:06Donc, si on y va avec une simple plainte,
04:09l'enquête n'aboutira pas.
04:10Faute d'éléments, on risque d'avoir
04:12justement un comportement sur la défensive
04:14qui n'aboutira pas.
04:15Donc, de toute façon, il y a des investigations à faire.
04:17Après, les critères, effectivement,
04:20qu'ont les parquetiers quand ils ont des plaintes,
04:23effectivement, c'est le risque et l'urgence.
04:25Et l'urgence pour un parquetier
04:27qui est saisi de multiples procédures
04:29dans la journée du même type,
04:31ça va être, est-ce que l'auteur et la victime
04:33sont en contact régulier ?
04:34S'il n'y a pas de contact régulier,
04:36on estime déjà que c'est moins urgent,
04:37même si c'est gravissime.
04:39Mais l'urgence, ça va être déjà
04:41d'écarter le danger
04:42entre l'auteur et la victime.
04:44Donc, je vous parle d'un critère,
04:46il y a d'autres choses qui sont en compte,
04:48mais c'est pour vous expliquer un peu
04:50les contraintes et la façon dont...
04:52Hiérarchiser l'urgence.
04:54Dans les piles de dossiers dont vous nous parlez,
04:56il y a le ministre de la Justice, justement,
04:58qui demande de rouvrir ces piles de dossiers,
05:0170 000 dossiers concernant des enfants
05:03d'ici le 14 juillet.
05:06C'est légitime comme demande, vous le comprenez ?
05:09Je le comprends par rapport aux conséquences.
05:10Après, est-ce que c'est faisable ?
05:11Ça, c'est autre chose.
05:13Et de toute façon,
05:13ça laissera d'autres contentieux ailleurs.
05:15Lesquels ?
05:15Ça sera peut-être au ministre de les dire,
05:17mais les collègues ne pourront pas tout assumer.
05:20Ça sera en déprimant d'autres affaires.
05:22Alors, lesquels ?
05:22Je ne sais pas.
05:23Est-ce que c'est le narcotrafic ?
05:25Est-ce que c'est les violences intrafamiliales ?
05:27Est-ce que c'est d'autres contentieux
05:28qu'il faudra identifier ?
05:29Mais de toute façon,
05:30si on veut bien traiter
05:33et traiter justement, effectivement,
05:34ces plaintes,
05:35et c'est légitime,
05:36à moyen constant,
05:37il y aura obligatoirement
05:39un choix de contentieux qui sera fait.
05:41Anne Faber, un dernier mot
05:42sur les moyens,
05:43sur le budget de la justice.
05:44Il augmente depuis quelques années
05:46et pourtant,
05:47les magistrats sont toujours sous l'eau,
05:49toujours submergés
05:50par le nombre de dossiers.
05:51Comment ça se fait ?
05:51Alors, il faut voir qu'on part
05:53d'une situation depuis des décennies
05:55qui est carencée.
05:57Donc, certes,
05:58il y a une augmentation du budget.
06:00Il faut voir aussi
06:01que l'administration pénitentiaire
06:02prend beaucoup de ce budget.
06:03Ce n'est pas sur le fonctionnement
06:04de la justice judiciaire totalement.
06:06il faut voir aussi
06:07que le plan quinquennal
06:09qui a créé 1500 postes de magistrats,
06:12il a commencé en 2022
06:14et se termine en 2027
06:15et il y a deux ans et demi
06:16de formation d'un magistrat.
06:17Oui, donc tous les moyens
06:19ne sont pas encore arrivés.
06:20Voilà.
06:20Et il y a des départs
06:20à la retraite régulièrement
06:21qui fait qu'on n'aura pas
06:221500 postes en plus.
06:24Et au-delà de ça,
06:26il n'y a pas que les magistrats
06:27qui sont en moyens,
06:30j'allais dire, sous-évalués.
06:32Il y a toute la chaîne
06:33depuis le signalement
06:34des enquêteurs
06:35mais aussi le nombre de salles
06:37par exemple d'auditions,
06:39le nombre de psychologues.
06:40Il y a toute la chaîne en amont.
06:42Et puis si on débloque
06:43au niveau des enquêtes,
06:45au niveau des investigations,
06:47il faudra aussi débloquer
06:50des moyens pour le jugement
06:51et pas engorger à ce stade-là
06:53effectivement le processus
06:54si on veut mener à bois.
06:55Merci à vous.
06:56Anne Faber,
06:57représentante régionale
06:58de l'Union syndicale
06:59des magistrats
07:00et invité d'ici Lorraine ce matin.
07:02Bonne journée.
07:02Merci.
07:02Merci.
07:02Merci.
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