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  • il y a 12 heures
À l'occasion de son livre "La Légende", qui retrace son année en prison en Algérie, Boualem Sansal était hier soir sur France 2 dans "Quelle époque" et avec émotion et lucidité, il est revenu la violence psychologique et physique qu'il a endurée en prison, en Algérie pendant la durée de sa détention.

L'arrestation de Boualem Sansal a provoqué une vive émotion en France et dans le monde intellectuel. L'écrivain franco-algérien a été interpellé à son arrivée à l'aéroport d'Alger le 16 novembre 2024, après plusieurs déclarations controversées sur l'histoire et les frontières de l'Algérie.

Les autorités algériennes l'ont poursuivi pour atteinte à l'unité nationale et à la sûreté de l'État. Pendant plusieurs mois, l'auteur est resté détenu dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Paris et Alger. Âgé de plus de 80 ans et atteint d'un cancer de la prostate selon ses proches, son état de santé a rapidement suscité l'inquiétude de sa famille et de nombreux responsables politiques.

Le 27 mars 2025, le tribunal de Dar El-Beïda l'a condamné à cinq ans de prison ferme et à une amende de 500.000 dinars. Une décision qui a immédiatement provoqué de nombreuses réactions en France, où plusieurs personnalités ont dénoncé un procès politique. Le 1er juillet 2025, la cour d'appel d'Alger a confirmé intégralement cette condamnation malgré les demandes de clémence formulées par les autorités françaises.

L'écrivain est alors devenu l'un des symboles de la dégradation des relations entre la France et l'Algérie.

Durant toute sa détention, des écrivains, des intellectuels, le Parlement européen ainsi que plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont multiplié les appels à sa libération. Après près d'un an passé derrière les barreaux, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a finalement accordé une grâce présidentielle pour raisons humanitaires.

Cette décision est intervenue à la suite d'une médiation menée par l'Allemagne et d'un plaidoyer fondé sur l'âge et l'état de santé de l'écrivain.

Le 12 novembre 2025, Boualem Sansal a été officiellement libéré. Dans la foulée, il a quitté l'Algérie pour l'Allemagne afin d'y recevoir des soins médicaux spécialisés. Sa libération a été saluée comme un geste d'apaisement après une année de crise diplomatique et de mobilisation internationale.

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Transcription
00:00C'est important, c'est cette année que vous avez vécue dans ces geôles algériennes.
00:0546 611, c'est quoi ?
00:0746 611, c'est mon numéro d'écrou.
00:10En prison, quand vous rentrez en prison, votre nom, votre prénom, votre identité,
00:15vous les oubliez, ça n'a aucune valeur.
00:18Vous êtes un numéro d'écrou.
00:20Et vous appartenez à un quartier.
00:22Moi, j'étais dans le quartier de haute sécurité,
00:25c'est-à-dire accusé de terrorisme, d'espionnage, d'atteinte à la sûreté de l'État.
00:28Enfin bref, toute une litanie de grief.
00:31C'était ça mon identité.
00:33Terroriste, espionnage, 46 611.
00:3746 611, c'est comme ça qu'on vous appelait.
00:39On vous appelait aussi, vous aviez un autre surnom qui est le titre du livre.
00:43Les autres prisonniers, ils vous appelaient la légende.
00:46Pourquoi ?
00:47Je ne sais pas, je crois qu'ils ont fait un transfert sur moi.
00:51Ils se sont dit, cet homme est l'opposant du régime.
00:54Donc du coup, c'est notre copain.
00:56Quelque part, il est de notre côté.
00:58Derrière lui, il a la France, il a l'Europe, il a le monde entier.
01:02Et forcément, ça va faire tomber le régime.
01:04Vous dites que la prison change un homme.
01:06En quoi vous avez changé ?
01:08Qu'est-ce qui a changé chez vous après cette année en détention ?
01:11Les prisonniers m'ont expliqué la chose.
01:12Quand on arrive, les premiers temps, on est soi-même.
01:15Je suis bonhomme sans salle, dans une prison, face à un État.
01:20Et puis très rapidement, on devient, l'identité disparaît.
01:24Je suis 46, c'est 11, quartier de haute sécurité.
01:28Et puis avec le temps, les mois passant, on se transforme, on devient la prison.
01:35On fait partie de la prison.
01:36La prison, vous travaille de l'intérieur.
01:38Pendant tout le temps que vous passez là, vous abandonnez beaucoup de choses,
01:41votre identité, vos rêves, vos ambitions.
01:44À mon âge, malade, qu'on allait à 5 ans, je me suis dit, c'est fini, je vais mourir
01:48ici.
01:49Donc j'étais déjà dans ma tombe.
01:51J'ai essayé de m'adapter à cette idée.
01:53C'est très difficile de savoir.
01:55Vous vous êtes préparé à mourir en prison ?
01:57Oui, on y pense tous les jours.
02:00Il faut s'accrocher à quelque chose.
02:01Mais quoi ? C'est que la mémoire se vide.
02:03On n'a plus de vocabulaire, on n'a plus de mots.
02:05On a des relations très primitives avec ses voisins.
02:09C'est bonjour, comment tu as bien dormi ?
02:10Est-ce que tu restes du pain ? Est-ce que si ?
02:13Du coup.
02:14Vous parlez notamment des humiliations, des coups que vous avez subis en prison.
02:18Vous évoquez notamment un gardien qui s'appelle Abdallah, je crois,
02:21qui a été particulièrement violent avec vous.
02:23Oui, il était violent, on va dire, naturellement.
02:26Pas spécialement avec moi.
02:28D'accord.
02:28Il était naturellement.
02:28Qu'est-ce qu'il vous faisait ?
02:29Il bousculait tout le monde, il frappait tout le monde, des coups de pied.
02:32Bon, je crois qu'il était malade.
02:35On ne faisait pas attention à ça, on dit, il est malade.
02:38Vous parlez de l'attente, de l'ennui en prison.
02:42Et vous parlez de la colère quand votre femme, qui venait vous voir tous les quelques temps, n'est plus
02:49venue.
02:49Et là, c'était le pire.
02:51Ah oui, c'est terrible.
02:53Je crois qu'on le tient en prison, on ne le tient que par sa famille.
02:58Mon épouse passait me voir tous les 15 jours, une demi-heure, au parloir, donc c'est par téléphone, on
03:04communique par téléphone.
03:06Et tout s'organise autour de ce moment où ma femme va venir.
03:10J'y pensais déjà une semaine avant, ma femme arrive, et puis ensuite, elle s'en va.
03:15Et je retombe petit à petit dans l'état de prisonnier qui attend le mardi suivant.
03:20Je vivais comme ça, d'un mardi à l'autre.
03:23En cellule, vous n'aviez droit qu'à un seul livre au début, c'était, je crois, Notre-Dame de
03:27Paris.
03:28Non, non, on n'a pas droit au livre, non, non, c'était les trafics de prison.
03:32Oui, mais vous avez un livre, c'est celui-là.
03:33Oui, je passe ma vie à lire, comme vous tous, et donc ça me manquait terriblement.
03:37Les livres étaient interdits de vous pour ?
03:38Non, c'est interdit, il y a une librairie, mais une bibliothèque, il n'y a pas de livres,
03:44il y a surtout des livres religieux, le Coran, ce n'est pas ma tasse de thé, donc voilà.
03:52Et donc, j'ai lancé une sorte d'appel comme ça au secours, en prison,
03:56mais s'il vous plaît, trouvez-moi quelque chose à lire.
03:58Et un jour, on m'a ramené à Notre-Dame de Paris, à le bonheur.
04:01Je l'ai lu quatre fois de suite.
04:03Mais de manière clandestine.
04:04Après, on m'a ramené à... Vraiment, j'ai un coup de...
04:08C'est un de mes auteurs favoris, Monterland.
04:11Je ne sais pas, on arrive à vivre avec soi-même, ce qui est extrêmement difficile.
04:14On peut vivre avec les autres, c'est plus facile.
04:16Vivre avec soi-même, c'est extrêmement difficile.
04:18Il faut s'occuper.
04:19Oui, c'est ça, en fait. C'est l'ennui qui est insupportable.
04:22Extrêmement long. Une journée en prison, c'est pratiquement un mois dehors.
04:26Ça fait six mois que vous êtes sorti.
04:27Quand vous repensez à cette année-là, quelle est l'image qui vient ?
04:30C'est que depuis que je suis sorti, je pense souvent à mes copains en prison.
04:35J'ai trouvé des gens formidables qui m'ont beaucoup aidé,
04:38parce que moi, je n'ai pas l'habitude de la prison.
04:40Mais en face de moi, il y avait des gens qui ont fait beaucoup de prison.
04:44Des repris de justice, des gens condamnés à mort, des gens condamnés à perpétuité.
04:50J'ai beaucoup appris avec eux.
04:52Et je dois dire que quand je suis parti, c'était un peu...
04:56Je perdais ma nouvelle famille.
04:58J'essaie de m'en faire une ici aujourd'hui.
05:00Apparemment, ça a l'air d'être très difficile.
05:03Bon, alors, vous avez envie d'en parler, donc on va en parler.
05:05Non, non, non, on ne va pas en parler.
05:06C'est vrai que j'avais l'impression de perdre quelque chose d'important.
05:11Et j'ai vraiment envie de savoir ce qu'ils sont devenus.
05:13Merci.
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