00:00Allez, juste, vous parlez de défaillance structurelle, Mourad Batik.
00:03Il y a peut-être une image qui va illustrer précisément ce que vous dites, Mourad Batik.
00:07Elle a été postée ce soir sur les réseaux sociaux par Linda Kebab, secrétaire nationale d'Unité Police,
00:13et qui est avec nous. J'avais envie du coup de vous entendre, Linda.
00:16On va peut-être la montrer, cette photo, parce que c'est ça qui m'a interpellée.
00:19Vous l'avez postée sur les réseaux sociaux. La voici, cette photo.
00:23Qu'est-ce que c'est, Linda Kebab ? Et je précise que vous l'avez postée pour réagir à
00:27ce drame. Pourquoi ?
00:30Bonsoir. En fait, déjà, on réagit tous à ce drame émotionnellement, humainement,
00:37et moi particulièrement, professionnellement et syndicalement.
00:41Parce que, l'on dit, la difficulté qu'on a dans les services de police,
00:45et j'imagine qu'en gendarmerie, c'est la même chose, et je sais que du côté des magistrats, c
00:49'est la même chose,
00:49nous sommes débordés. Cette photo, c'est quoi ?
00:52C'est une ville moyenne de 15 000 habitants dans l'Est de la France,
00:55où je suis passée voir mes collègues, puisque je le fais très régulièrement,
00:59et au moment où je rentre dans la brigade de protection de la famille,
01:03je rappelle d'un petit commissariat d'une ville lambda de 15 000 habitants,
01:06eh bien, j'ai ce policier qui me montre ses, je cite, 350 dossiers.
01:11Donc, le placard déborde, le sol est jonché de dossier.
01:15Avec des dossiers, et c'est le sujet qui nous touche tous et nous préoccupe tous,
01:20des viols sur mineurs et par mineurs, entendez, enfants, par des adultes identifiés.
01:25Et donc, des dossiers qui mettent des mois, voire des années avant d'être traités,
01:29parce que 350 dossiers pour un policier, vous vous doutez bien qu'il faut des années,
01:32que chaque jour, l'équivalent revient.
01:35Je rappelle que dans, enfin, je dis juste que dans ce service,
01:37il y a trois autres policiers, donc des policières et des policiers,
01:41et que chacun a autant de dossiers, et donc du coup, plus de 1 000,
01:45voire même 1 200 dossiers de ce type pour une ville de 15 000 habitants.
01:49Alors, c'était important de le dire pour dire que c'est insondable à ce stade,
01:52et je suis d'accord avec tout le monde.
01:54Vous ne dites pas que ça, Linda Kebab, vous dites aussi qu'il y aura malheureusement,
01:57vous l'écrivez, d'autres affaires, Liana.
02:00Bien sûr, c'est inévitable.
02:02Vous savez, comme il y aura d'autres féminicides, on le sait très bien,
02:05parce que chaque jour, ces policiers, eh bien, font plouf-plouf.
02:08Quel est le dossier que je vais traiter aujourd'hui, en espérant que ce soit le bon,
02:11et que je ne mette pas de côté celui qui, malheureusement, finira par un drame.
02:15Je rappelle, on parle de viols qui sont consommés sur des enfants par des adultes identifiés,
02:19et pour lesquels on ne va pas chercher les auteurs,
02:21parce qu'on n'a pas les policiers en nombre suffisant.
02:24C'est un problème de moyens, donc vous dites, la police n'a pas les moyens.
02:29Je pense que c'est un problème de paradigme et de philosophie,
02:31puisque les moyens, on les met quand la philosophie y est.
02:33Quand on décide de lutter contre une filière criminelle, par exemple,
02:37eh bien, on voit parfois arriver, alors, de manière insuffisante,
02:40mais en tout cas, on tente de voir des moyens arriver.
02:43Je pense que les violences sexuelles sur mineurs sont un sujet encore trop tabou,
02:47et les policiers qui travaillent dans les ex-brigades de mineurs,
02:50qu'on appelle aujourd'hui la protection de la famille,
02:51le disent assez facilement en disant que c'est un sujet qu'on met un peu sous cloche,
02:56parce que ça concerne, vous l'avez dit, et tout le monde en convient,
02:59un peu monsieur tout le monde, et que ça concerne le voisin,
03:02ça concerne des personnes qu'on connaît de son entourage,
03:05et que peut-être ceux qui doivent décider ont conscience que c'est quelque chose
03:08qui peut un peu nous éclater à la figure à tous.
03:11Et il y a une deuxième chose, on parlait, juste c'est important,
03:14sur les délits sexuels sur mineurs, ils sont quasiment tous classés sans suite
03:19pour infractions insuffisamment caractérisées,
03:21et ça, c'est dramatique, parce qu'on dit que c'est la parole de l'enfant
03:24contre la parole de l'adulte, et c'est ce que je dis sur les réseaux sociaux ce soir,
03:27c'est que la parole de l'enfant en France, et ça c'est philosophique et systémique,
03:31ne pèse malheureusement rien.
03:32Et donc, il y aura d'autres Liliana, malheureusement,
03:34et nous pensons tous à sa famille ce soir.
03:36Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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