00:00Vous l'avez remarqué, vous avez fait parler de vous dans Libération le 11 mai dernier en signant la tribune
00:07contre Vincent Bolloré qui, je cite,
00:09l'emprise grandissante qui dénonce, cette tribune dénonce l'emprise grandissante de l'extrême droite sur le cinéma français. Est
00:17-ce que vous regrettez ?
00:18Ah non, pas du tout. Non, et puis il faut la lire avec objectivité la tribune. Moi je l'ai
00:23lue, autrement je ne l'aurais pas signée, je ne l'ai pas signée, les yeux fermés.
00:25Ce qu'elle dit, elle ne parle pas des équipes de Canal+, et Canal+, aide le cinéma. Ça
00:30fait partie de ses prérogatives légales aussi.
00:32Mais bon, indépendamment de ça, ils aident le cinéma depuis longtemps. Laurent Acide est un homme formidable.
00:37Maxime Saada, qui a pris la parole, à mon avis, de manière un peu intempestive, le regrette peut-être déjà,
00:43parce que maintenant on n'est pas 600 à l'avoir signée, on n'est plus de 4800.
00:46C'était une bêtise sa réponse, Maxime Saada ?
00:48Je pense, en tout cas c'était un excès de réaction, une impulsivité qui n'est pas la hauteur justement
00:53de Canal et des équipes de Canal.
00:55Canal aide le cinéma, c'est vrai. Mais pour autant, les dérives potentielles que nous signalions dans cette tribune, elles
01:02existent.
01:03On ne va pas faire semblant d'ignorer que la manière dont Canal et bientôt UGC va être phagocytée par
01:09une certaine idéologie est susceptible de changer la vision qu'on aura de l'art.
01:14Donc, à partir du moment où il y a des gens qui le signent, et à partir du moment où
01:16Maxime Saada dit « je vais blacklister ces gens-là », je suis désolé, c'est un petit peu l
01:21'équivalent du macartisme aux Etats-Unis.
01:23Si je peux me permettre, il n'a pas dit « je vais blacklister », il a dit « je
01:26ne souhaite pas que ».
01:27Et d'ailleurs, il s'est réexprimé à l'Assemblée Générale de Canal en disant « je ne vais pas
01:31arrêter de travailler avec tous les signataires ».
01:34Cela dit, on n'est pas les porte-parole de Canal.
01:38Simplement, c'est difficile à suivre, puisqu'il y a eu ce texte, 600 signataires, certains s'en sont retirés,
01:45comme Jean-Pascal Zaddy ou Juliette Binoche, qui ont dit que finalement ils avaient signé un peu trop vite.
01:50Ça va où ? Il a été question à un moment d'une médiation. Ça va où ? Qu'est
01:54-ce que ça doit être demain ?
01:54Je ne suis pas à l'initiative, à la différence des tribunes que je signe, par exemple, pour ONU Femmes
01:59France. Je ne suis pas à l'initiative.
02:00Je vais signer par solidarité parce que j'ai peur des dérives.
02:03Vous craignez de plus bosser maintenant ou pas ?
02:05Non, déjà, parce que déjà, non, je ne crains pas. Et puis si tel est le cas, je dirais que
02:09je n'ai pas été engagé pour cette prise d'opposition.
02:11Je trouverais ça profondément injuste. Nous sommes quand même des citoyens dans un pays démocratique, susceptibles de signer des tribunes
02:18qui ne peuvent pas plaire à tout le monde.
02:19Est-ce qu'on vous dit que c'est du procès d'intention ?
02:21Oui, bien sûr que c'est du procès d'intention à notre égard.
02:24Non, mais du procès d'intention, vous dites qu'aujourd'hui, il ne se passe pas grand-chose. Mais demain,
02:29peut-être.
02:29Est-ce que penser le monde, ce n'est pas aussi anticiper ce qui peut se passer ?
02:34Ce n'est pas ça aussi l'idée de s'engager dans quelque chose, c'est anticiper effectivement des dérives
02:39potentielles.
02:40On a alerté sur une dérive potentielle. Et puis arrêtons d'être tartuffes. On ne va pas faire cacher ce
02:46sein que je ne saurais voir.
02:47Il y a potentiellement et de manière de plus en plus marquée une dérive potentielle de la culture et elle
02:53est inscrite même dans les programmes de certains programmes politiques.
02:57On le sait que le service public est menacé. On le sait que le CNC est menacé.
03:01On sait qu'effectivement, si demain, il n'y a plus le CNC et qu'il n'y a plus
03:05le service public, il n'y aura plus que Canal qui décidera de ce qui se fait ou ce qui
03:08ne se fait pas au cinéma.
03:09Et quand on nous dit que le film comme l'histoire de Souleymane, effectivement, a été financé par Canal+,
03:14on ne sait tout de même pas que c'est Vincent Bolloré lui-même,
03:17quand il a reçu le scénario sur son bureau, qui a dit « Ah ça, il faut l'aider !
03:20»
03:21Mais les équipes de Canal, ce n'est pas du tout elle qui a été critiquée dans cette tribune. Pas
03:25du tout.
03:26Il suffit de lire la tribune avec objectivité et avec lucidité.
03:30Et si elle est lue telle qu'elle, vous vous rendrez compte que ce n'était pas une attaque en
03:33règle contre les équipes de Canal et personne ne dit le contraire.
03:36En revanche, le fait d'avoir eu cette réaction fait que maintenant, on est presque 5 000 à l'avoir
03:41signé.
03:41Donc il pourra l'acquister s'il veut 5 000.
03:43Mais moi, je me souviens d'heure sombre aux Etats-Unis, quand il y a eu une liste noire qui
03:47a été faite par les macartistes.
03:48Et voilà, et là, c'est une liste noire.
03:50Il a dit qu'elle n'avait pas.
03:51Alors maintenant, il a dit, mais il est revenu dessus et c'est tout à son honneur à Maxime Saada.
03:55Allez, on continue.
03:56Claire Coudré, Bonneau-Solo, vous restez avec nous, Philippe et Rémi, évidemment aussi.
04:00On va accueillir à présent.
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