00:00Par exemple, il y a deux résidents qui sont décédés en l'espace de deux mois, dont un, parce que
00:11si on repart sur les conditions de vie des résidents, souvent quand tu es tout seul, la sécurité elle est
00:16minime, parce que tu es un peu partout, les résidents déambulent et tout, donc il peut y avoir un danger
00:21à tout moment.
00:22Donc forcément, moi dans mon travail, il y avait un résident dont je me souviendrai, je n'oublierai jamais d
00:27'ailleurs, lui dans sa tête, il était persuadé de savoir qu'il peut encore marcher, sauf que moi, connaissant le
00:32monsieur qui a des troubles de l'équilibre, je me dis non, tu ne peux plus marcher, du moins tu
00:36peux tenir debout, mais là si tu marches, tu vas tomber.
00:38Donc j'étais très protecteur, j'ai essayé de lui expliquer, même si je savais qu'il ne comprenait pas,
00:43parce que comme il me disait, mais laisse-moi tranquille, pourquoi tu t'inquiètes ? Mais je peux marcher, arrête
00:47de t'inquiéter, machin.
00:49Et moi je me disais toujours, mais monsieur Intel et tout, je ne m'en rappelle plus, Michel, Michel, tu
00:55vas te faire mal, moi j'ai peur pour toi, je sais que c'est chiant et tout, que je
00:58suis derrière toi, vouloir absolument que tu sois assis, mais j'ai peur que tu te casses la figure.
01:03Jusqu'au moment où ce monsieur, ce que je ressentais qu'il est arrivé, ce monsieur, avant qu'il décède,
01:15il était sur son lit, et on discutait.
01:20où je lui disais encore, Michel, je te demande pardon, parce que si par moments je suis chiant, je suis
01:25derrière toi, tu as peut-être l'impression que je t'empêche de vivre,
01:28mais c'est juste parce que je t'apprécie beaucoup, je t'admire et je n'ai pas envie de
01:31te perdre.
01:33Et là, en fait, il me tient la main, donc je lui dis, j'espère que tu ne m'en
01:37veux pas, voilà.
01:38Il me dit, mais pourquoi tu veux que je t'en veuille ?
01:41Pourquoi tu veux que je t'en veuille ?
01:43Pour moi, tu es comme mon fils, pour moi, tu es comme un ami.
01:47Je n'ai jamais connu d'homme aussi doux que toi.
01:51Et dans cette période-là, moi-même, je n'étais pas bien.
01:54C'est-à-dire, c'était encore un petit peu cette remise en question sur la fatigue, l'usure.
02:04Parce que je me disais, bon, même si je redonne du sens à ce que je fais,
02:09mais je ne vais pas quand même nier qu'il y a quand même la fatigue qui est là.
02:11Il y a des moments où je n'en peux plus.
02:15Et quand il m'a tenu la main et qu'il m'a dit cette phrase-là,
02:17que je n'ai jamais connu d'homme aussi doux que toi,
02:23c'est comme s'il me rappelait l'importance du métier que je fais.
Commentaires