00:00On a vécu l'année dernière, le 31 mai, une soirée d'émeutes, un moment d'épouvante, inouïche,
00:18où chacun se disait, tout à coup, la vie n'est plus la vie, elle n'est plus qu'effarement
00:28et peur,
00:32le foot n'est plus le foot, la fête n'est plus la fête, Paris n'est plus Paris, la
00:36France n'est plus la France.
00:39Et on a vécu l'année dernière un grand basculement.
00:45Pourquoi ? Parce qu'on a vécu une manifestation inédite de tribalisme, de conquête territoriale,
00:51avec trois gestes que l'histoire retiendra.
00:56Trois gestes de conquête invasive.
00:59Le premier geste de conquête invasive, c'est le pillage.
01:02Non plus un pillage comme avant, un pillage de vitrine, un pillage, comme on disait du temps de Clovis,
01:10après la bataille de Soissons, de robberie, de déroberie, pour s'enrichir.
01:15Non, un pillage de sanctions, un pillage de jouissance punitive.
01:20Un pillage qui est une sorte d'exutoire, de révélateur, de revanche postcoloniale.
01:28Sur le thème, vous êtes venus chez nous, on vient chez vous, c'est le match retour.
01:32C'est ça ce pillage l'année dernière, pour tous les sociologues qui ont regardé de près, ce qui s
01:38'est passé.
01:39Deuxième geste de conquête invasive, c'est encore plus frappant, c'est la confrontation.
01:44C'est-à-dire en fait, la police nationale, la police française, considérée comme une bande rivale,
01:50par des gens qui ne cherchent plus l'esquive comme avant.
01:53On joue à cache-cache avec la police, non.
01:55Ils cherchent l'affrontement, ils cherchent la peur,
01:57ils cherchent à faire reculer les voitures de police pour la demi-finale.
02:01Et enfin, troisième geste de conquête invasive, c'est le plus lourd, le plus important.
02:10C'est le jeu des consignes de la préfecture de police et du ministre de l'Intérieur.
02:14Restez chez vous.
02:16Ce mot-là, comment dirais-je, ce commandement impérieux,
02:21cette instruction donnée à tous les Parisiens, restez chez vous.
02:25Ça veut dire, la rue n'est plus à vous.
02:28Vous n'êtes plus chez vous.
02:30Si on dit restez chez vous, c'est parce que vous n'êtes plus tout à fait chez vous.
02:33Alors, on voit les commerçants, là tout à l'heure, je voyais, des contreplaqués partout.
02:38Ah, les fabricants de contreplaqués sont ravis.
02:42Pour se protéger, et les gens vont se calfotrer, les Parisiens vont se calfotrer et attendre.
02:48Et attendre.
02:50Qu'est-ce que ça veut dire ?
02:51Restez chez vous.
02:52Ça veut dire que le chez-soi change de résident, que le souverain change de titulaire.
03:01Et c'est le passage qu'on avait prédit du confinement sanitaire, bien connu, hélas, de nos services,
03:11au confinement sécuritaire.
03:13C'est le début du confinement sécuritaire.
03:16Voilà ce qui est devant nous, voilà ce qui est derrière nous.
03:19Et en fait, je voudrais dire à tous ces politiciens qui nous gouvernent,
03:25ou qui font mine de s'opposer.
03:27Vous êtes tous coupables, tous responsables, tous complices.
03:32Parce que la politique de la ville, c'est vous.
03:34C'est une faillite.
03:37Vous avez supprimé le mot assimilation.
03:40Vous parlez maintenant de l'intégration.
03:43C'est un crime.
03:44Il n'y a pas d'intégration, il y a une désintégration.
03:47Vous avez parlé d'insertion.
03:49Vous avez parlé de société inclusive.
03:51Le rapport Thuo en 2003, société inclusive.
03:53Je t'en foutrais de la société inclusive.
03:55Et on a aujourd'hui un climat de pré-gare civile.
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