00:00On reçoit aujourd'hui le père Pedro, bonjour, bienvenue.
00:02Bonjour.
00:03Alors vous êtes connu dans le monde entier pour votre engagement auprès des plus pauvres à Madagascar depuis près de
00:0740 ans.
00:08Vous avez transformé une ancienne décharge en une cité de la dignité qui s'appelle Akamasoa.
00:13Ça va, je le prononce bien ?
00:15Oui, Akamasoa, les bons amis, les amis fiables.
00:17Quand vous êtes arrivé là-bas, c'est dans les années 70, vous êtes né en Argentine, je le précise.
00:21Oui.
00:22Quand vous êtes arrivé sur place, qu'est-ce qui vous a fait penser à cette idée ?
00:26Vous vous êtes dit, il faut que je me rende utile, c'était ça le concept ?
00:29Oui, quand j'étais jeune, en 1968, quand j'ai quitté l'Argentine, un grand pays où j'ai découvert
00:38la fraternité.
00:39Et moi, je suis d'une famille religieuse où la foi n'était pas un folklore, c'était la vie.
00:47Et un homme qui aimait les pauvres, un homme qui a dit, seule la vérité vous fera libre,
00:52et qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour celui qu'on
00:55aime,
00:55cet homme-là, j'ai dit, je vais l'imiter, c'est Jésus.
00:59Et c'est à cause de cet homme-là que je suis à Madagascar, il y avait une invitation.
01:04Je suis prêtre de la congrégation de Saint-Maisen-de-Paul, un grand saint du XVIIe siècle en France,
01:10qui a redonné la dignité aux pauvres ici.
01:14Donc là, pour vous, c'était une évidence, il n'y a pas d'autres mots, c'était une évidence.
01:17Alors, comment est l'idée d'Akamasso ?
01:20Mais d'Akamasso, après 15 ans de Madagascar, où j'étais dans le sud-est, un peu dans la forêt,
01:26avec des gens extraordinaires, ils souffraient, mais ils avaient une dignité dans leur souffrance,
01:34et une solidarité, une entraide qui m'a frappé.
01:38Alors, j'ai vécu avec eux, j'ai essayé de vivre comme eux,
01:45et j'ai même su aller travailler avec eux dans les rizières, à l'époque.
01:50Ils m'invitaient à manger ceux-eux, l'eau que je vivais, c'était polluée.
01:56Alors, après 15 ans, j'étais malade, très malade.
02:00Et j'ai dit, je dois partir, je ne peux plus rien faire.
02:03Et voilà qu'à ce moment-là, ma congrégation de Saint-Mais-Saint-Dépaule me demande d'accepter la direction
02:10du futur prêtre lazariste à Madagascar.
02:13Et là, quand j'arrive là-bas, à la capitale, j'ai vu cette décharge-là qui m'a bouleversé,
02:22qui a changé ma vie.
02:24Et bien, là, j'ai dit à Dieu, Seigneur, aide-moi à faire quelque chose pour ces milliers d'enfants
02:30que je vis dans la décharge.
02:32Alors, ces 22 villages aujourd'hui, 40 000 personnes logées, 21 000 enfants scolarisés, des centres de santé, des routes,
02:38des ateliers, des maternités.
02:39Autant dire que vous n'avez pas tout seul, évidemment, mais beaucoup œuvré.
02:42Vous dites que votre action, elle repose sur une idée forte.
02:46Aider, oui, mais avec exigence.
02:48Exactement. Aider sans assister.
02:51Moi, j'ai dit à mes frères là-bas, à Madagascar, qui m'ont accueilli comme quelqu'un de leur
02:56famille,
02:57j'ai dit, je vous aime trop, je ne peux pas vous assister.
03:02Alors, eh bien, je dis, on va s'en sortir de la pauvreté par le travail, par l'éducation et
03:11par la discipline.
03:12C'est ça, vous insistez beaucoup sur l'éducation et le rôle des femmes aussi.
03:14Exactement, des femmes, et que les femmes, ce sont la pierre angulaire de Madagascar.
03:20Autour de moi, j'ai eu la chance d'être découvert, et un millier de jeunes, de jeunes qui dirigent
03:29les 40 000 personnes dont on s'occupe à Kamassou,
03:32les 80 %, c'est des femmes.
03:34Et les hommes qui sont là, ils commencent à comprendre qu'ils ont une responsabilité.
03:42Mais bon, ça c'est un long galin, un combat de long encore, mais les femmes là-bas, j'ai
03:49dit chapeau, chapeau, parce qu'en toute Afrique, en Madagascar et en Afrique, les femmes, c'est la base de
03:58tout développement.
03:59C'est l'avenir de l'homme.
04:00C'est l'avenir de l'homme, exactement.
04:01On ne va pas pouvoir tout raconter, mais on a envie que vous le fassiez, vous allez le faire ce
04:05soir, dans une conférence à Bezanne, au village Baïséa, je vais dire ça comme ça.
04:09Ce soir, à Bezanne, on va mettre les infos sur notre site internet.
04:12Comment, pour terminer, comment vous vous définiriez vous-même ? Vous êtes un guide.
04:16Moi, je suis un terrien, né d'un planète Terre, un terrien, un humain.
04:22Oui, mais moi aussi, donc c'est quoi qui fait notre différence ?
04:24La différence, c'est que, la différence a serré dans l'esprit.
04:29A Madagascar, il y a un proverbe qui dit, c'est l'esprit qui fait la personne.
04:33Ce n'est pas ton diplôme, ce n'est pas ton argent, ce n'est pas ta bagnole, ce n
04:36'est pas ta belle maison.
04:37C'est l'esprit qui fait de toi une personne.
04:39Si nous avons découvert, vous et moi, que nous avons un esprit qui nous a été donné,
04:46qui nous fait réfléchir et qui nous fait comprendre que nous sommes égaux,
04:50et que nous sommes de la même famille, de la même race, la même race,
04:54la race de Dieu qui est amour.
04:56Bon, ben voilà, très belle conclusion.
04:57Merci d'être passé par ici Champagne-Ardenne,
05:00et rendez-vous ce soir, donc, à Bezanne pour cette conférence pour parler de Madagascar.
05:04Merci à vous aussi.
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