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  • il y a 15 heures
La journaliste Gabrielle Cluzel parle de la mémoire des harkis : «L'histoire officielle est complètement hémiplégique».

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Transcription
00:00Non, mais de toute façon, dans les relations franco-algériennes,
00:03quand vous avez un président qui a dit que la colonisation
00:04était un crime contre l'humanité,
00:06qu'est-ce que vous voulez faire de plus ?
00:07C'est terminé.
00:09Moi, j'ai une pensée émue pour des gens
00:12qui sont en train de disparaître aujourd'hui,
00:13mais dont la mémoire a été complètement oubliée.
00:15C'est celle des pieds noirs, des harkis,
00:17parce qu'aujourd'hui, la mémoire est complètement hémiplégique.
00:20L'histoire officielle est complètement hémiplégique.
00:23Ils ont été massacrés pour certains.
00:25D'autres ont disparu.
00:26Il n'y a rien à envier à ce qui s'est passé le 7 octobre.
00:28Il y a des vraies similitudes.
00:29Ceux-là, on n'en parle jamais.
00:31Et puis, dernière question.
00:31Si les Français sont si méchants,
00:33si ils ont été des colonisateurs aussi abominables,
00:35je ne comprends pas pourquoi il y a tant d'Algériens
00:37qui viennent chez nous.
00:37Ce n'est pas prudent.
00:38Ce n'est pas prudent.
00:39On n'est pas gentils.
00:41Voilà.
00:41Donc, moi, c'est vrai que c'est une question qui me taraude.
00:44Il y a un petit peu d'incohérence, selon vous, dans le propos.
00:48C'est le moins que l'on puisse dire.
00:49Alors, il y a un autre sujet sur lequel, là,
00:51il n'y a pas du tout d'incohérence.
00:53Ça me permet d'enchaîner avec vous, évidemment.
00:54C'est le pèlerinage de Chartres qui vient de s'achever.
00:57Les pèlerins, à l'heure qu'il est,
00:59sont en train de quitter Chartres,
01:00ou peut-être même pour certains,
01:01rentrer beaucoup plus vite avec le train.
01:04Vous y voyez, vous, un symbole de recivilisation.
01:07Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi ?
01:08Alors, vous savez, oui.
01:09Aujourd'hui, on invente beaucoup de néologisme
01:12parce que nous avons une situation un peu inédite dans ce pays,
01:14il faut bien le dire.
01:16Donc, nous ne trouvons pas les mots ad hoc.
01:17Et vous vous souvenez qu'Emmanuel Macron,
01:18il avait parlé de décivilisation.
01:20Je crois que c'était Jérôme Pourquet
01:21qui lui avait glissé ce mot.
01:24Et il avait été très critiqué
01:25parce qu'évidemment, ça impliquait une dynamique négative.
01:28C'est-à-dire que nous avons détricoté
01:30ce qu'étaient nos mœurs,
01:32notre façon de vivre, notre civilisation.
01:33La recivilisation, c'est l'inverse.
01:35On retricote, on ravode,
01:37on répare le lien, on raboute.
01:40Alors, il ne s'agit pas de dire
01:41que la civilisation ne se trouve que dans ce pèlerinage,
01:44je dis même que chez les catholiques,
01:46évidemment, ce serait complètement faux.
01:48Et s'agissant des catholiques,
01:49il y avait d'ailleurs d'autres événements.
01:51Je tiens à le dire parce que beaucoup de gens m'ont dit
01:52« Ah oui, vous parlez beaucoup du pèlerinage de Chartres,
01:53mais pas du reste. »
01:54Alors, il y avait déjà le pèlerinage de Chartres en face
01:56qui a réuni 7000 personnes
01:58qui est née d'une scission des deux pèlerinages
02:00il y a un peu plus de 30 ans,
02:02après les sacres faits par Mgr Lefebvre.
02:04Il y avait le rassemblement du frat 14 000 jeunes
02:07qui se fait chaque année à cette époque-là.
02:08Il y avait le pèlerinage militaire international.
02:11Pour ce week-end de Pentecôte,
02:12je crois que ça faisait 50 000 personnes sur le pont,
02:14si vous me permettez l'expression.
02:15Tous ces gens se sont croisés.
02:16Et tous ces gens,
02:17ce n'est pas étanche entre les uns et les autres.
02:22Je sais que les deux pèlerinages
02:23qui se croisent à Chartres à titre individuel,
02:25il y a des gens qui déjeunent ensemble.
02:27Et puis le frat et le pèlerinage de Chartres,
02:30du Notre-Dame de Chrétienté,
02:32avaient promis de prier officiellement les uns pour les autres.
02:36Quant au pèlerinage militaire international,
02:38il y a beaucoup de gens qui le font,
02:39mais qui ont aussi fait celui de Chartres.
02:41Mais pourquoi je vous parle du pèlerinage de Chartres,
02:43de Notre-Dame de Chrétienté,
02:44qui a réuni 20 000 personnes de Paris à Chartres ?
02:48Parce que c'est le plus grand pèlerinage européen,
02:51et peut-être même occidental, je crois.
02:53Il fascine du reste les étrangers.
02:54J'ai observé ça tout le week-end.
02:55Il y a des comptes X extrêmement puissants.
02:58Vous savez, aux États-Unis,
02:59tout est XXL.
03:00Nous, on compte notre nombre d'abonnés.
03:01On se dit qu'on est tout petits
03:02à côté de ceux des Américains.
03:04Et ils se sont fait l'écho de ce pèlerinage,
03:07des Espagnols, des Anglais.
03:08Avec un peu de fascination et aussi d'envie.
03:11Vous savez, les Américains disent un jour en oral même.
03:14C'est un peu comme le 14 juillet.
03:15Oui, comme celui qui veut Donald Trump.
03:17Il veut son arche, il veut son défilé.
03:21Alors, CNews, on s'en souvient,
03:22a couvert le pèlerinage tout au long du week-end,
03:25notamment la messe dominicale de Pentecôte.
03:26D'ailleurs, petite surprise,
03:28on entendra Charlotte, dans un instant,
03:31qui nous donnait son sentiment sur ce parcours.
03:33Vous vouliez parler de ces petits détails
03:34qui sont parfois imperceptibles,
03:36en tout cas pas visibles à la télévision.
03:39Oui, exactement.
03:39À la télévision, on voit les offices,
03:41on voit la foi de ceux qui témoignent.
03:42Mais il y a des petits détails.
03:43On dit que le diable se cache dans les détails.
03:45Moi, je crois que le bon Dieu se cache dans les détails.
03:47Et on ne peut les saisir que sur place.
03:49Alors, je vais essayer de faire ça chronologiquement.
03:51Tout d'abord, le samedi matin,
03:52je suis allée les voir partir à 5h30.
03:55Et alors, il y avait une foule dans les rues.
03:58Mais c'était extrêmement impressionnant.
04:01Je vais vous expliquer pourquoi.
04:02Déjà, c'est toujours impressionnant,
04:03place Saint-Sulpice.
04:04Mais là, il s'est tiré dans toutes les rues
04:06du 6e arrondissement.
04:06Parce qu'en fait, on avait un tout petit peu changé
04:08le mode de distribution des bracelets
04:10qui permettent d'obtenir le précieux sésame.
04:13Vous savez qu'ils sont 20 000.
04:14C'est limité.
04:15Parce que c'est limité.
04:16C'est limité pour des raisons logistiques.
04:17Déjà, c'est extrêmement lourd.
04:18Il faut plus de 1 000 bénévoles pour s'en occuper.
04:20Donc, il ne peut pas y en avoir plus de 20 000.
04:21Donc, le jour de l'inscription,
04:23à 7h, ils sont au taquet pour s'inscrire
04:24comme pour un concert de Céline Dion.
04:2820 000, c'est quand même toute la ville de Caor
04:30qu'il faut transporter, pour donner une idée,
04:32sur 100 kilomètres pendant 3 jours.
04:34Et donc, d'habitude, on leur envoie leurs bracelets.
04:36Et puis, en fait, comme c'est beaucoup de jeunes,
04:39certains n'ont pas leur nom,
04:40ils sont en colloque sur les boîtes, etc.
04:42Donc, cette année, le pèlerinage s'est dit
04:43« Bon, ce n'est pas grave, on va leur envoyer un QR code.
04:45Et puis, on leur donnera leurs bracelets là-bas. »
04:47Et ça a fait un embouteillage,
04:48une foule incroyable,
04:50qui s'est finalement très bien passé.
04:53Mais vous savez, quand je les ai vus,
04:55avant que tout ça se résorbe,
04:56quand j'ai vu cette foule qui était là
04:58et qui attendait son bracelet,
05:00je n'ai pas pu m'empêcher de penser
05:01à la foule des centres commerciaux.
05:03Vous savez, par exemple, à Paris 2,
05:05dans les Yvelines, récemment,
05:06la vente de la montre Swatch Audemars Piguet.
05:08Vous savez, cette collaboration.
05:10Ça s'est fini en émeute.
05:12La police a dû utiliser les gaz lacrymogènes.
05:14Là, ils étaient avec leurs gros sacs,
05:16qu'ils étaient avec leurs bannières,
05:17ils auraient pu râler.
05:18Pas du tout.
05:19Et d'un côté, vous voyez,
05:20vous avez le temple de la consommation,
05:22la convoitise d'une monde de luxe,
05:24l'impatience et la violence.
05:25De l'autre, vous avez une église,
05:27la volonté de l'effort.
05:29Et je peux vous assurer que cette année,
05:30c'était très dur,
05:30parce qu'il faisait très chaud.
05:31Et ça fait très mal aux pieds,
05:32de façon générale.
05:34La patience et la paix.
05:35Alors, les forces de l'ordre
05:36sont remerciées tout au long du trajet.
05:38Je ne sais pas,
05:38j'avais donné une image à France,
05:39je ne sais pas si elle-là,
05:40où on voit notamment
05:41un garde républicain Asphal
05:42qui fait un tchèque,
05:45je crois qu'on appelle ça comme ça,
05:46avec un petit garçon.
05:47Oui, c'est une belle image.
05:48Il se passe en bonne intelligence.
05:50Bref, c'est la recivilisation.
05:53Alors, autre détail important,
05:55qui m'a frappée,
05:56ils étaient un certain nombre
05:57à porter un suite
05:58qui avait été édité
05:59par la direction du pèlerinage
06:00il y a quelque temps.
06:01Le temps était encore un peu frais.
06:03Après, je pense qu'ils l'ont enlevé.
06:04Et sur le suite,
06:05il y avait marqué
06:06gardien de la tradition.
06:07Je crois qu'on l'a aussi, l'image.
06:08Qu'est-ce que ça veut dire alors ?
06:09Qu'est-ce que ça nous apprend ?
06:10Moi, j'ai trouvé ça très touchant.
06:12J'ai trouvé très touchant
06:13de voir des jeunes
06:14se déclarer gardiens
06:15de la tradition.
06:17La transmission dans l'Église
06:18depuis 2000 ans,
06:19ça se fait par les écritures
06:20et par la tradition.
06:22Et c'est vrai que dans une société
06:23d'individus atomisés,
06:25seulement intéressés
06:26par le plaisir immédiat,
06:27ils se reconnaissent humblement,
06:29maillons d'une chaîne,
06:30comme Saint-Paul,
06:30ils pourront dire,
06:31j'ai transmis
06:32ce que j'ai reçu.
06:34Et au-delà du rite ancien,
06:36vous savez,
06:36le pèlerinage de Chartres,
06:38c'est le Vétou Sordo,
06:39c'est la messe traditionnelle,
06:42eh bien, il y a cette tradition,
06:43cette pèlerinisation
06:44de la tradition du pèlerinage.
06:46Est-ce que vous savez
06:46que les pèlerins de Chartres,
06:47ils vont depuis le Moyen-Âge,
06:49car depuis 876,
06:51il y a une relique
06:52du voile de la Vierge.
06:53On dit que c'était le voile
06:54qu'elle avait
06:55lors de l'Annonciation.
06:57Donc, ces jeunes mettent les pas
06:58dans ces pèlerins médiévaux,
07:00puis aussi dans ceux
07:00de Charles Péguy
07:01au début du XXe,
07:03et puis dans ceux
07:04des fondateurs
07:05de ce pèlerinage.
07:06Parce que pourquoi
07:06ils avaient fait ce pèlerinage
07:07au début des années 80 ?
07:08Parce qu'ils avaient été piqués
07:09par l'interpellation
07:11du pape Jean-Paul II
07:12qui avait dit
07:12« France, fille aînée
07:13de l'Église,
07:14qu'as-tu fait
07:15de ton baptême ? »
07:16Alors, j'ai été frappée aussi,
07:18je vais vite parce que je sais
07:19qu'on n'a pas beaucoup de temps,
07:22parce qu'au moment de la communion,
07:25les gens viennent s'agenouiller
07:26devant le prêtre,
07:27il y a beaucoup de jeunes
07:27qui arrivaient avec les bras
07:28comme ça,
07:29ce qui veut dire
07:29qu'ils n'ont pas fait
07:30leur première communion,
07:31voire qu'ils n'ont pas été baptisés,
07:33donc ce sont des catéchumènes.
07:35Donc, vous voyez,
07:35ils s'apprêtaient à faire
07:36100 kilomètres.
07:38Alors, ils ne sont pas encore
07:39dans les vies,
07:40ils sont sur la route.
07:40Voilà, ils seront peut-être
07:41baptisés à Pâques l'an prochain,
07:43ou alors ils feront
07:44leur première communion plus tard.
07:45Et c'est vrai que c'est
07:46très impressionnant,
07:49ces jeunes.
07:49Alors, l'organisation du pèlerinage
07:51a fait des statistiques.
07:52Alors, ce n'est pas tous
07:53des catéchumènes,
07:54mais ils étaient 34 %
07:55à venir pour la première fois.
07:57Voilà, 34 %, c'est beaucoup.
07:59Donc, ça veut dire
07:59qu'il y a un vrai regard d'intérêt
08:01pour ce pèlerinage.
08:02Voilà, mais il y a quand même
08:0266 % qui reviennent.
08:04Alors, moi, je peux vous dire,
08:05pour avoir fait ce pèlerinage,
08:06je trouve que c'est impressionnant
08:07qu'il y en ait 66 % qui reviennent.
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