00:02Un cri brut, imprévisible, presque incompris.
00:06Le cri d'un enfant autiste.
00:08Un appel, une détresse, une tentative d'exister dans un monde qui peine encore à l'entendre.
00:14Et derrière ce cri, une réalité se dévoile.
00:18Dans une salle du groupe scolaire Flambeau Ami, plusieurs enfants s'accrochent à l'essentiel.
00:23Apprendre à lire et à écrire.
00:25Le son P et B, on va lui permettre de pouvoir presser les lèvres du le son P et B.
00:31Sans ça, il ne faut jamais dire le son.
00:33Bah !
00:34Bah !
00:36On répond bah !
00:37Bah !
00:39Beau !
00:39Oh !
00:40On presse bien beau !
00:42Oh !
00:43Assis face à leur cahier, ils affrontent chaque lettre comme un obstacle.
00:48Les regards se perdent, les lignes se brouillent.
00:50Écrire un simple mot devient un parcours éprouvant, parfois interminable.
00:55Il faut répéter, effacer, recommencer, encore et encore.
01:00Chaque trait demande un effort immense, chaque syllabe arrache une concentration extrême.
01:06Certains s'interrompent, submergés, puis reprennent, guidés avec patience par un encadreur spécialisé.
01:13Ici, rien n'est facile, rien n'est automatique.
01:17Tout se conquiert dans la lenteur et la persévérance.
01:20Pour ces enfants, apprendre à écrire, ce n'est pas seulement apprendre, c'est tenter de se faire entendre, de
01:27sortir du silence, d'exister enfin.
01:29Au centre de rééducation ici, nous avons reçu des enfants qui ne savaient pas lire, qui ne savaient pas attraper
01:35un stylo, qui ne savaient même pas bien marcher, qui n'étaient pas autonomes, qui n'arrivaient pas à être
01:40stables.
01:41Quand on dit stabilité, venir s'asseoir et puis écouter la maîtresse, ce qu'elle dit.
01:45Il y a des enfants qui n'arrivaient pas à le faire.
01:48Mais grâce à nos activités, aujourd'hui, ils arrivent à s'asseoir, à écrire, à voir la piste graphique et
01:56puis à être autonomes aussi.
01:57Ils apprennent à se laver, à se brosser, à s'habiller, à se chausser, tout ça.
02:01Compte tenu du travail pénible qui existe dans le centre, les enfants qui crient, qui s'agressent eux-mêmes, qui
02:08moquent leurs camarades, qui tapent les assistants, qui les moquent.
02:12Vraiment, il y a deux ou trois assistants qui vont lâcher en cours d'euro.
02:15Nous avons besoin d'un espace de jeu, de terrain parce qu'ils sont beaucoup agressifs.
02:20Donc quand un enfant est agressif, il a besoin de faire du sport pour pouvoir se stabiliser, faire du sexo,
02:26du jeu, le toboggan pour pouvoir se stabiliser, pour déstresser un peu.
02:30Comme une respiration dans ce combat quotidien, les activités artistiques prennent le relais sous l'encadrement de l'ONG Shigata.
02:38La musique s'élève doucement et les corps, encore hésitants, essaient de suivre le rythme.
02:44Les pas sont maladroits, parfois désordonnés, mais ils portent une vérité profonde.
02:49La danse devient un refuge, elle engage lorsque les mots échappent encore.
02:54C'est pas facile de leur apprendre la danse, c'est pas facile de les encadrer, c'est pas du
02:59tout facile.
03:00Ils sont étudis, et puis bon, notre rôle, c'est d'essayer de les encadrer vraiment, de les encadrer vraiment
03:07dans un sens positif.
03:10Et puis, ça fait vraiment un mouvement qu'on n'a pas à danser, mais il y a de l
03:15'amélioration.
03:16Il y a vraiment, vraiment, vraiment de l'amélioration.
03:18Un peu plus loin, les pinceaux remplacent les gestes et les mots qui parfois peinent à sortir.
03:24Les enfants superposent des couleurs.
03:26Ici, aucune consigne rigide, aucune contrainte.
03:30Juste un espace de liberté où chacun s'exprime à sa manière, avec ses propres repères.
03:35Là où la parole se bloque ou reste difficile, les dessins prennent le relais.
03:40Ils deviennent des ponts entre le monde intérieur et celui qui les entoure.
03:45À travers ces créations, émergent des émotions parfois enfouies.
03:48La peur face à l'inconnu, la joie des moments partagés, la frustration de ne pas toujours être compris.
03:55Nous avons décidé d'enseigner le dessin aux enfants, parce que le dessin, on peut dire, c'est la base
04:00de toute chose.
04:02Tout ce qui est matériel, qu'on peut toucher, est d'abord passé par le dessin.
04:08Avec le dessin, on essaie de transposer ce qui est tangible, ce qu'on peut toucher,
04:15et qui n'ont pas la possibilité peut-être de voir ou d'approcher.
04:20On essaie d'apporter ça dans leur conscience, ce qui existe, à travers le dessin.
04:27Donc, les couleurs, on essaie d'ajouter des couleurs, par-ci et là, pour éveiller leur conscience, voilà, sur certaines
04:40choses.
04:41Au cœur de ces efforts invisibles, un moment inattendu vient illuminer les visages.
04:46L'anniversaire de Mélissa, enfant autiste, élève du groupe scolaire Flambeau-Amir.
04:51Autour d'elle, des chants s'élèvent, des mains applaudissent.
04:55Elle sourit, timidement, presque surprise d'être au centre de l'attention.
05:00Pendant quelques instants, le poids des différences s'efface.
05:13Ici, chaque progrès est une victoire silencieuse.
05:17Une lettre enfin maîtrisée, un pas de danse accompli sans peur, un dessin achevé, autant de conquêtes invisibles pour le
05:25reste du monde.
05:26Au groupe scolaire Flambeau-Amir, ses enfants avancent, lentement, difficilement, mais avec une force bouleversante.
05:35Derrière chaque cri, chaque geste, chaque effort, il y a une lutte.
05:39Et dans cette lutte, une vérité s'impose.
05:42Malgré tout, malgré le silence et les obstacles, l'espoir continue de vivre.
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