00:00Quand tu vois quelqu'un sombrer, quelle est la bonne position à adopter ?
00:04Et ça, on le voit beaucoup avec le personnage très noc de Sarah Girodo,
00:09de quelle position, quelle place tu vas avoir quand tu vois quelqu'un s'anesthésier
00:13et en même temps en chute libre, et pour lequel tu portes un amour véritable
00:17et que tu connais aussi sans la boisson.
00:19Et ça, ça m'a interrogée, de me dire c'est quoi les bonnes limites,
00:21jusqu'où il faut dire la vérité aux gens ?
00:23Est-ce qu'il vaut mieux rester à côté et les regarder tomber ?
00:26Ou est-ce qu'il vaut mieux s'écarter pour qui tu le fais ?
00:28Moi j'ai très très très peur des addictions, pour moi-même, pour les autres,
00:32je trouve ça très destructeur et en même temps je comprends très bien,
00:35c'est pas facile de vivre, on a besoin des béquilles, c'est une béquille comme une autre,
00:38l'alcool c'est quand même très très répandu.
00:40Si je mets les mineurs de côté, je connais presque personne qui ne boit pas d'alcool,
00:47alors après toutes les consommations sont différentes et en même temps moi j'aime beaucoup ça,
00:52boire des verres, je trouve que le versant positif des inhibiteurs joyeux de l'alcool,
00:57je me sens très bien des coupes récentes, mais en même temps on est sur une crête,
01:03mais ça raconte vraiment la difficulté de vivre pour moi, par un biais,
01:07c'est juste une autre façon de dire, c'est pas facile d'exister,
01:11pourquoi on a besoin de ces béquilles-là pour vivre ?
01:13Les gens ont interrogé leur consommation sur le tournage par exemple,
01:16je sais qu'il y a des gens qui disent, moi je bois moins,
01:18parce que c'est tellement quotidien, on la voit tellement boire des verres,
01:22moi je sais qu'au bout d'un moment, j'avais marre de la filmer en train de voir le
01:25verre,
01:26et au montage, comme on travaillait chronologiquement,
01:29je me suis dit, mais elle s'arrête quand ?
01:31J'en ai marre, quand tu t'es arrêtée,
01:32quand on a abordé la séquence au montage où tu t'arrêtes,
01:36j'étais contente, je me dis, voilà, ça va s'arrêter, c'est super.
01:39Moi j'avoue que quand j'ai lu le scénario, je me suis sentie extrêmement chanceuse,
01:43c'est-à-dire pour une actrice de rentrer comme ça dans le train de la vision de femme
01:47qui s'étale sur 8 ans avec effectivement cette addiction ultra insidieuse
01:51et en même temps tout ce qui a joué autour,
01:52qui est l'ordre d'une pure révolution intime, amoureuse,
01:58ça m'a fait très peur et du coup je me suis dit que c'était bien signé.
02:01Et en vie, ouais, c'est ça.
02:02Non, que peur.
02:03Que peur.
02:04J'adore, donc du coup quand c'est peur, c'est bon signal.
02:06Ouais, bien sûr.
02:08Ouais.
02:08Bah oui, quand tu viens risquer d'un coup quelque chose,
02:11quand tu te dis, mais est-ce que je vais être à la hauteur de ce personnage,
02:13comment je vais faire, comment je vais l'appréhender,
02:15comment on te parle plus à ta nuit et que tu as des questions,
02:18je trouve que c'est un bon signal.
02:21Ouais.
02:22Il fallait vraiment une athlète.
02:24Non mais c'est vrai en plus, il fallait vraiment une athlète pour le personnage
02:26et elle est très très très athlétique cette personne en ce moment.
02:29C'est un peu comme les grandes années de l'an Manodou,
02:31on se dit qu'elle est imbattable.
02:33C'est sympa de faire des comparaisons de plus fort.
02:35J'adore l'an Manodou, parce que c'est pareil.
02:38Mais c'est rare, mais je me suis fait la réflexion,
02:39mais tu es sur tout le long du film, en fait,
02:41il n'y a pas une seule image sans toi, je crois.
02:43Il y a l'image où le type se rend caleçon.
02:45C'est la chambre.
02:47Oui, c'est juste ça en fait.
02:48C'est le seul moment où j'ai pu aller.
02:49C'est impressionnant.
02:50Moi j'ai un petit coup.
02:50Oui, pendant une demi-heure.
02:52Et du coup, comment tu l'appréhendais ce rôle, ce portrait,
02:54du coup, est-ce que tu as eu des craintes ?
02:56Comment on prépare justement un rôle aussi fort
02:58dans la lourdeur du portrait et du sujet du coup ?
03:02Déjà, il faut dire que les films de Jeanne,
03:04c'est vraiment une partition extrêmement précise
03:06où il y a un grand sacré autour des mots.
03:09Je crois qu'il y avait une énorme prépa pour toi
03:11par rapport aux autres films.
03:12Oui, c'est ça, en fait, il y a le travail.
03:13Il y a eu beaucoup de travail en amont déjà
03:15pour le théâtre, pour le doublage.
03:19Et pour Adèle, un énorme travail de mémoire à faire
03:22puisqu'il y avait comme du coup, 150-150,
03:25c'est à apprendre avec des dialogues plutôt précis.
03:28Donc, je me souviens que tu as passé quand même
03:31beaucoup de temps à apprendre ce texte.
03:33C'est vrai.
03:35Non, moi, en fait, beaucoup de travail.
03:37J'ai eu de la chance de prendre un long temps de prépa.
03:40Forcément, au début, beaucoup de questions,
03:42mais j'avais conscience déjà qu'on allait patronner chronologiquement.
03:45Donc, on peut passer tout le scénario et c'est secret.
03:49On sait très bien que ça ne sert à rien
03:50de mettre de la pression sur des habits.
03:52Ça ne marche jamais de dire
03:54« Tu devrais arrêter de fumer, tu devrais arrêter de changer. »
03:56Ça ne marche pas.
03:57C'est une prise de conscience intime et personnelle.
04:00Et c'est vrai que je pense que
04:02si le personnage de Sarah Girodo
04:03n'avait pas eu ce positionnement-là,
04:05ça ne devrait jamais marcher
04:06ni dans le couple,
04:07ni pour faire arrêter le personnage de Garance.
04:09Mais c'est chouette parce qu'on a aussi la vision
04:11des personnes qui essayent de justement forcer.
04:13Ça va être toujours exhaustif.
04:14On a Sarah qui est très compréhensive
04:16et qui prend le temps.
04:16Et on a aussi des amis de la troupe
04:19qui, eux, sont...
04:21Parce que, oui,
04:22je pense que sur les parcours d'addiction,
04:23on perd beaucoup de gens.
04:24Les gens qui sont très addicts,
04:25ils perdent du monde.
04:26C'est normal.
04:27C'est difficile de voir quelqu'un s'abîmer comme ça.
04:30Donc, oui, oui,
04:31c'est la colère, la révolte,
04:34l'autoritarisme.
04:36C'est humain, c'est normal.
04:38Et c'est dans le film.
04:39C'est plus à l'humain
04:39qui passe à leur propre faille aussi.
04:41C'est-à-dire me dire
04:42« Moi, j'ai déjà vécu ça,
04:43je n'ai pas réussi. »
04:43Alors, du coup,
04:44je préfère prendre de la distance avec toi.
04:45Enfin, il y a toujours quelque chose de narcissique
04:46quand même dans le choix du prix
04:48à continuer d'accompagner quelqu'un ou pas, je crois.
04:50Je trouve que ce qui est extraordinaire,
04:52c'est d'avoir la chance
04:52de pouvoir explorer des choses
04:54extrêmement différentes.
04:55Je ne manque pas,
04:56je n'ai pas d'obsession à me dire
04:57« Tiens, j'ai envie de faire ce genre, etc. »
04:59Et puis surtout,
04:59je pense parfois égoïsément
05:00à me dire
05:01« Tiens, qu'est-ce que j'ai envie de voir ?
05:02Qu'est-ce que j'irai voir ? »
05:03Des fois, je viens à un scénario,
05:04je me dis « Est-ce que j'irai voir ce film ? »
05:06Et c'est vrai qu'en plus,
05:07Jeanne, pour le coup,
05:09elle réunit un désir de public
05:10qui est aussi une chance d'actrice
05:12de se dire
05:12« Ah, on va vraiment me laisser jouer tout ça,
05:17explorer tout ça
05:17et avoir peur à ça. »
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