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  • il y a 2 heures
Adèle Exarchopoulos et la réalisatrice Jeanne Herry ont parlé alcoolisme avec notre journaliste Guillaume Macé, l’un des sujets abordés dans le film "Garance", présenté en compétition au Festival de Cannes.

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Transcription
00:00Quand tu vois quelqu'un sombrer, quelle est la bonne position à adopter ?
00:04Et ça, on le voit beaucoup avec le personnage très noc de Sarah Girodo,
00:09de quelle position, quelle place tu vas avoir quand tu vois quelqu'un s'anesthésier
00:13et en même temps en chute libre, et pour lequel tu portes un amour véritable
00:17et que tu connais aussi sans la boisson.
00:19Et ça, ça m'a interrogée, de me dire c'est quoi les bonnes limites,
00:21jusqu'où il faut dire la vérité aux gens ?
00:23Est-ce qu'il vaut mieux rester à côté et les regarder tomber ?
00:26Ou est-ce qu'il vaut mieux s'écarter pour qui tu le fais ?
00:28Moi j'ai très très très peur des addictions, pour moi-même, pour les autres,
00:32je trouve ça très destructeur et en même temps je comprends très bien,
00:35c'est pas facile de vivre, on a besoin des béquilles, c'est une béquille comme une autre,
00:38l'alcool c'est quand même très très répandu.
00:40Si je mets les mineurs de côté, je connais presque personne qui ne boit pas d'alcool,
00:47alors après toutes les consommations sont différentes et en même temps moi j'aime beaucoup ça,
00:52boire des verres, je trouve que le versant positif des inhibiteurs joyeux de l'alcool,
00:57je me sens très bien des coupes récentes, mais en même temps on est sur une crête,
01:03mais ça raconte vraiment la difficulté de vivre pour moi, par un biais,
01:07c'est juste une autre façon de dire, c'est pas facile d'exister,
01:11pourquoi on a besoin de ces béquilles-là pour vivre ?
01:13Les gens ont interrogé leur consommation sur le tournage par exemple,
01:16je sais qu'il y a des gens qui disent, moi je bois moins,
01:18parce que c'est tellement quotidien, on la voit tellement boire des verres,
01:22moi je sais qu'au bout d'un moment, j'avais marre de la filmer en train de voir le
01:25verre,
01:26et au montage, comme on travaillait chronologiquement,
01:29je me suis dit, mais elle s'arrête quand ?
01:31J'en ai marre, quand tu t'es arrêtée,
01:32quand on a abordé la séquence au montage où tu t'arrêtes,
01:36j'étais contente, je me dis, voilà, ça va s'arrêter, c'est super.
01:39Moi j'avoue que quand j'ai lu le scénario, je me suis sentie extrêmement chanceuse,
01:43c'est-à-dire pour une actrice de rentrer comme ça dans le train de la vision de femme
01:47qui s'étale sur 8 ans avec effectivement cette addiction ultra insidieuse
01:51et en même temps tout ce qui a joué autour,
01:52qui est l'ordre d'une pure révolution intime, amoureuse,
01:58ça m'a fait très peur et du coup je me suis dit que c'était bien signé.
02:01Et en vie, ouais, c'est ça.
02:02Non, que peur.
02:03Que peur.
02:04J'adore, donc du coup quand c'est peur, c'est bon signal.
02:06Ouais, bien sûr.
02:08Ouais.
02:08Bah oui, quand tu viens risquer d'un coup quelque chose,
02:11quand tu te dis, mais est-ce que je vais être à la hauteur de ce personnage,
02:13comment je vais faire, comment je vais l'appréhender,
02:15comment on te parle plus à ta nuit et que tu as des questions,
02:18je trouve que c'est un bon signal.
02:21Ouais.
02:22Il fallait vraiment une athlète.
02:24Non mais c'est vrai en plus, il fallait vraiment une athlète pour le personnage
02:26et elle est très très très athlétique cette personne en ce moment.
02:29C'est un peu comme les grandes années de l'an Manodou,
02:31on se dit qu'elle est imbattable.
02:33C'est sympa de faire des comparaisons de plus fort.
02:35J'adore l'an Manodou, parce que c'est pareil.
02:38Mais c'est rare, mais je me suis fait la réflexion,
02:39mais tu es sur tout le long du film, en fait,
02:41il n'y a pas une seule image sans toi, je crois.
02:43Il y a l'image où le type se rend caleçon.
02:45C'est la chambre.
02:47Oui, c'est juste ça en fait.
02:48C'est le seul moment où j'ai pu aller.
02:49C'est impressionnant.
02:50Moi j'ai un petit coup.
02:50Oui, pendant une demi-heure.
02:52Et du coup, comment tu l'appréhendais ce rôle, ce portrait,
02:54du coup, est-ce que tu as eu des craintes ?
02:56Comment on prépare justement un rôle aussi fort
02:58dans la lourdeur du portrait et du sujet du coup ?
03:02Déjà, il faut dire que les films de Jeanne,
03:04c'est vraiment une partition extrêmement précise
03:06où il y a un grand sacré autour des mots.
03:09Je crois qu'il y avait une énorme prépa pour toi
03:11par rapport aux autres films.
03:12Oui, c'est ça, en fait, il y a le travail.
03:13Il y a eu beaucoup de travail en amont déjà
03:15pour le théâtre, pour le doublage.
03:19Et pour Adèle, un énorme travail de mémoire à faire
03:22puisqu'il y avait comme du coup, 150-150,
03:25c'est à apprendre avec des dialogues plutôt précis.
03:28Donc, je me souviens que tu as passé quand même
03:31beaucoup de temps à apprendre ce texte.
03:33C'est vrai.
03:35Non, moi, en fait, beaucoup de travail.
03:37J'ai eu de la chance de prendre un long temps de prépa.
03:40Forcément, au début, beaucoup de questions,
03:42mais j'avais conscience déjà qu'on allait patronner chronologiquement.
03:45Donc, on peut passer tout le scénario et c'est secret.
03:49On sait très bien que ça ne sert à rien
03:50de mettre de la pression sur des habits.
03:52Ça ne marche jamais de dire
03:54« Tu devrais arrêter de fumer, tu devrais arrêter de changer. »
03:56Ça ne marche pas.
03:57C'est une prise de conscience intime et personnelle.
04:00Et c'est vrai que je pense que
04:02si le personnage de Sarah Girodo
04:03n'avait pas eu ce positionnement-là,
04:05ça ne devrait jamais marcher
04:06ni dans le couple,
04:07ni pour faire arrêter le personnage de Garance.
04:09Mais c'est chouette parce qu'on a aussi la vision
04:11des personnes qui essayent de justement forcer.
04:13Ça va être toujours exhaustif.
04:14On a Sarah qui est très compréhensive
04:16et qui prend le temps.
04:16Et on a aussi des amis de la troupe
04:19qui, eux, sont...
04:21Parce que, oui,
04:22je pense que sur les parcours d'addiction,
04:23on perd beaucoup de gens.
04:24Les gens qui sont très addicts,
04:25ils perdent du monde.
04:26C'est normal.
04:27C'est difficile de voir quelqu'un s'abîmer comme ça.
04:30Donc, oui, oui,
04:31c'est la colère, la révolte,
04:34l'autoritarisme.
04:36C'est humain, c'est normal.
04:38Et c'est dans le film.
04:39C'est plus à l'humain
04:39qui passe à leur propre faille aussi.
04:41C'est-à-dire me dire
04:42« Moi, j'ai déjà vécu ça,
04:43je n'ai pas réussi. »
04:43Alors, du coup,
04:44je préfère prendre de la distance avec toi.
04:45Enfin, il y a toujours quelque chose de narcissique
04:46quand même dans le choix du prix
04:48à continuer d'accompagner quelqu'un ou pas, je crois.
04:50Je trouve que ce qui est extraordinaire,
04:52c'est d'avoir la chance
04:52de pouvoir explorer des choses
04:54extrêmement différentes.
04:55Je ne manque pas,
04:56je n'ai pas d'obsession à me dire
04:57« Tiens, j'ai envie de faire ce genre, etc. »
04:59Et puis surtout,
04:59je pense parfois égoïsément
05:00à me dire
05:01« Tiens, qu'est-ce que j'ai envie de voir ?
05:02Qu'est-ce que j'irai voir ? »
05:03Des fois, je viens à un scénario,
05:04je me dis « Est-ce que j'irai voir ce film ? »
05:06Et c'est vrai qu'en plus,
05:07Jeanne, pour le coup,
05:09elle réunit un désir de public
05:10qui est aussi une chance d'actrice
05:12de se dire
05:12« Ah, on va vraiment me laisser jouer tout ça,
05:17explorer tout ça
05:17et avoir peur à ça. »
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