00:00C'est l'édito politique, bonjour Maxence Lambrec.
00:03Notre constitution, Maxence, devient-elle trop rigide ?
00:07Elle devait évoluer le mois dernier, accueillir les grandes lignes de l'accord scellé pour la Nouvelle-Calédonie.
00:12Mais faute d'unanimité sur l'archipel, les socialistes ont reculé à Paris.
00:16Et voilà que le gouvernement se retrouve cette semaine à bricoler une modification du corps électoral
00:21pour des élections qui auront lieu dans 40 jours, inimaginables dans l'Hexagone.
00:26Si Manuel Valls était resté ministre des Outre-mer cet automne,
00:29l'histoire aurait sans doute été différente.
00:30Mais n'est-ce pas aussi un problème structurel ?
00:33Pourquoi Emmanuel Macron n'aura réussi qu'à ajouter une phrase à notre constitution ?
00:37Et ce n'était pas son idée, il l'a repris avec habileté.
00:4022 mots dans l'article 34, je cite
00:43« La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à
00:48une interruption volontaire de grossesse ».
00:50Point à la ligne.
00:52On ne voit pas dans les 11 mois qu'il reste avant le premier tour de la présidentielle
00:55comment un autre texte pourrait aboutir.
00:57Ni la Nouvelle-Calédonie, ni la Corse, ni la partie institutionnelle.
01:01D'ailleurs, l'introduction de la proportionnelle aux élections législatives a été discrètement, mais définitivement, enterrée la semaine dernière.
01:08Donc, le seul président de la 5e à avoir été réélu en étant pleinement au pouvoir, n'aura pas réussi
01:13à modeler à sa main notre texte fondamental.
01:16Ça fait réfléchir un paquet de candidats à l'Elysée.
01:18Mais qu'est-ce qui s'est passé, Maxence, depuis 2017 ?
01:21Mais il y a eu deux manières de voir les choses.
01:22Soit Emmanuel Macron s'y est mal pris, soit notre constitution est mal écrite.
01:27Première hypothèse, il n'a jamais réussi à embarquer le Sénat avec lui.
01:31Que ce soit pour toucher à nos institutions, le grand projet de 2018 enterré après l'affaire Benalla,
01:36pour y ajouter la préservation de l'environnement, projet de 2020 après la Convention citoyenne,
01:41écarté par la droite, trop bazar 2, pour donner un statut à la Corse, projet de 2022, rejeté là aussi
01:48par la droite, trop permissif.
01:50Mais à vrai dire, si le Sénat a basculé à gauche, ce qui n'arrivera pas en septembre,
01:53il ne serait pas plus facile à manœuvrer.
01:56C'est son ADN constitutionnel, et on en vient donc à la deuxième hypothèse.
02:00Et à votre question, Florence, sur la rigidité de ces 24 pages, 25 pages, format A4,
02:05quel que soit le grammage du papier, on tombe sur ce seuil de 3 cinquièmes des parlementaires
02:10que Nicolas Sarkozy a failli ne pas obtenir à une voix près en 2008,
02:14alors qu'Assemblée et Sénat étaient à droite.
02:16Et on en revient à l'incontournable accord sur un même texte dans les deux chambres pour que le processus
02:21avance.
02:22Est-ce trop restrictif, alors que seuls les députés sont élus au suffrage universel direct ?
02:27Les illibéraux répondront oui, les constitutionnalistes non,
02:31mettant en avant tous nos voisins, dont la constitution est encore davantage protégée en Allemagne,
02:36aux Etats-Unis notamment.
02:38Alors, au final, est-ce que cette expérience des 15 dernières années en France doit nous rassurer pour la suite
02:43?
02:43A première vue, oui.
02:44Les garde-fous sont en place, l'élan politique ne suffit pas,
02:47mais cette stabilité vient aussi nourrir le dégagisme,
02:50l'envie de retourner la table, d'en appeler à une nouvelle république,
02:53à un référendum immédiat sur l'immigration.
02:55Et ce refrain, une partie de la droite le reprend, la constitution, un carcan ou un trésor.
03:01Elle résiste aux envies d'un jour ou d'un homme garantissant plus de choses que l'on imagine
03:06et elle laisse libre tous ses adversaires.
03:08Merci Maxence Lambrecq.