- il y a 2 jours
Le délégué général du Festival de Cannes est l'invité de Sonia Devillers dans la matinale de France Inter.
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00:00Elle était sur scène hier soir sur la scène du Palais des Festivals, c'était une surprise pour le public,
00:06c'était un émerveillement, silhouette époustouflante dans une robe à sequins, elle a 88 ans, au micro du mag Thierry
00:14Frémaux, bonjour Thierry, 25 ans qu'il a la haute main sur la sélection cannoise et sur son jury.
00:20Alors, que devient le cinéma américain ? Que va devenir le cinéma français ? Et notre audiovisuel public d'ailleurs,
00:26partenaire du Festival de Cannes, un festival se doit-il d'être en prise avec la politique ?
00:31Vous voyez, chaque jour à cette heure-ci, normalement, nous débattons, et bien rassurez-vous, les sujets de débat, ils
00:35sont nombreux. Thierry, on y va. Pourquoi Jane Fonda ?
00:41Parce que, d'abord, on était heureux qu'à la fois Gong Lee et Jane Fonda aient annoncé leur présence,
00:48et je ne veux pas dire une chinoise, une américaine, mais il y avait quand même un peu de ça,
00:52deux générations différentes d'actrices.
00:54Il y avait un peu de géopolitique.
00:55Un peu de géopolitique. Les deux ont marqué l'histoire du Festival de Cannes, et en effet, Gong Lee parlant
01:03chinois, Jane Fonda décidant finalement d'ouvrir le festival en français, rappelons qu'elle a été mariée à Vadim et
01:09qu'elle parle très bien le français.
01:10Et oui, ce sont des gens, je ne sais pas, plus le temps passe, peut-être aussi pour moi, d
01:16'ailleurs, parce qu'on a nos âges, mais plus l'idée que Jane Fonda soit toujours là, c'est important.
01:25Elle l'a dit hier soir, elle a dit le cinéma est un acte de résistance. Jane Fonda reste Jane
01:30Fonda.
01:30Oui, oui, oui.
01:31Ben oui, c'est important.
01:32Et elle continue, à son âge d'ailleurs, de dire ce qu'elle pense. Ça reste quelqu'un de formidablement
01:39passionnant.
01:39Écoutez-la hier soir.
01:41Je crois que le cinéma a toujours été un acte de résistance, parce que nous nous racontons les histoires, les
01:49histoires qui nous permettent de voir qu'il y a un futur alternatif. C'est possible.
01:56Je déclare le 79e festival de Cannes ouvert.
02:02Est-ce que Jane Fonda, c'était aussi une manière de répondre aux innombrables articles qui pointent la rareté des
02:08Américains dans cette édition, Thierry Frémont ?
02:11Non, non, parce qu'on avait décidé ça un peu avant. D'abord, il n'y a pas de rareté.
02:16Il n'y a pas de rareté ?
02:16Non, non, sur le plan purement quantitatif.
02:18Les journalistes, qu'est-ce qu'il y a ? Ils louchent, ils biglent, ils cherchent des sujets pour...
02:22Ils louchent, ils biglent, ils se répètent les uns les autres.
02:24Ils se répètent, oui, c'est ça.
02:25Non, non, sur le plan quantitatif, il y a tout à fait des Américains. Il y en a deux en
02:30compétition.
02:31D'on a annoncé à la dernière minute ?
02:33Non, non, il était là depuis longtemps, mais on ne pouvait pas l'annoncer. Donc, il n'est pas arrivé
02:37à la dernière minute.
02:38Non, vous savez, si on lit les journaux, il y a eu l'épidémie, il y a eu la grève
02:44des scénaristes.
02:45Oui, à Hollywood.
02:46À Hollywood, il y a eu les incendies. Il y a des fusions-acquisitions. Hollywood est complètement en recomposition.
02:54Et puis, il y a peut-être, en effet, sur le plan purement de la création, peut-être un excès
02:59de suites, de franchises, de films qui étaient toujours les mêmes, une sorte de marvélisation du public.
03:06Et puis, surtout...
03:07De marvélisation du public ou de marvélisation de la production américaine ?
03:11Les deux.
03:11Les deux.
03:12Il y a un moment où, si on ne forme pas un public adulte parce qu'on ne s'adresse
03:16qu'aux enfants, le public adulte, il fait autre chose.
03:19Et alors, ce n'est pas perdu du tout parce que quand on voit que Sinners de Ryan Coogler ou
03:23Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson...
03:25Et là, bientôt, le film de Christopher Nolan sur Ulysse, l'Odyssée...
03:30Et là, vous ne parlez que de films qui ne viennent pas à Cannes, Thierry Frémont.
03:33C'est-à-dire, là, ce que vous venez de nous donner, en gros, c'est un panorama de pourquoi,
03:37en réalité, la création américaine s'assèche un petit peu ou, en tout cas, est peut-être dans une phase
03:41un peu basse en ce moment ?
03:42Une phase un peu creuse en ce moment ?
03:44C'est mécaniquement la raison pour laquelle, s'il y en a moins, il y en a moins à Cannes.
03:49Cannes est toujours le reflet, toujours à la fin du cycle.
03:52Par ailleurs, pour juger vraiment, disons, une tendance, il faut prendre cinq ans, une demi-décennie.
03:58Et il y a deux ans, Tom Cruise était là avec Michel Apeussi.
04:02Absolument.
04:03Deux ans plus tôt, il était là avec Top Gun.
04:05Vin Diesel revient pour célébrer avec le studio Universal.
04:10Donc, il n'y a pas du tout...
04:11Et Steven Spielberg, il ne voulait pas se montrer à Cannes cette année ?
04:14Non, en tout cas, il faut respecter les stratégies.
04:18Sa stratégie n'était pas de venir à Cannes.
04:21Et Cannes va faire sans lui.
04:23Je suis triste, mais enfin, il reviendra très vite.
04:25Il reviendra, évidemment.
04:26Le festival de Berlin a été émaillé de polémiques.
04:30Alors, ça a commencé le premier jour.
04:31Ça a été jusqu'au dernier jour.
04:33Et on en parle encore, puisque même vous, en conférence de presse,
04:36votre jury a été interpellé sur ces questions.
04:39Vous voyez que les journalistes...
04:40Se répètent ?
04:41Se répètent.
04:41C'est ça ?
04:42Oui, parce que comme on a beaucoup parlé de ça à Berlin...
04:45Alors, il faut raconter quand même, parce que tous les auditeurs n'étaient pas à Berlin...
04:48Une question a été posée au président du jury, qui était Wim Wenders,
04:52sur la question de la politique.
04:53Et Wim a répondu, non, mais on est là pour la poésie, pour le cinéma, etc.
04:57Il a dit, nous sommes un contrepoids à la politique.
05:00Voilà.
05:00Nous sommes le contraire de la politique.
05:01Oui, et il a dit qu'il était du côté des gens.
05:03Mais moi, je vois ce qu'il a voulu dire.
05:05On a été assez injustes avec lui.
05:07D'abord, on est assez injustes avec un cinéaste qui a déclaré, ici, à Cannes, lorsqu'il avait reçu un
05:11prix,
05:12si nous pouvons changer les images du monde, alors peut-être que nous pourrons changer le monde.
05:17Il avait dit ça.
05:18C'est quand même une des plus belles déclarations politiques qui soit.
05:22Mais non, nous, ici, on a une stratégie qui est toujours la même,
05:25c'est-à-dire la parole est celle des artistes et la politique, elle est sur l'écran.
05:29Quand André Schwachda est récompensé pour l'Homme de Fer, pour la Palme d'Or,
05:34on est en plein Solidarnosc, Jaruzelski, et son film est là pour.
05:39Cannes, en 1946, c'est la bataille du rail, c'est les films de Rossellini.
05:42On est dans l'après-guerre.
05:44Les cinéastes ne vivent pas en dehors de leur époque.
05:47Donc, nous, le festival...
05:49Cannes s'est créé en 1939.
05:50Cannes s'est créé en 1939, il y avait la Mostra de Venise, c'était l'Italie fasciste.
05:54Cannes s'est créé en réaction à cette Italie fasciste.
05:57Absolument, absolument.
05:58Et moi, j'aime bien aussi le Cannes 46, c'est-à-dire l'espoir, l'espérance de l'après
06:03-guerre,
06:04la reconstruction par la culture, par le cinéma.
06:08Là, si vous voulez qu'on parle politique, j'aimerais que les politiques parlent de culture.
06:14C'est le contraire.
06:15On n'arrête pas de nous questionner sur la politique.
06:17J'aimerais qu'on questionne les hommes politiques sur leur rapport à la culture.
06:21Alors là, je suis très étonnée parce que pendant cinq mois, la culture et particulièrement le festival de Cannes
06:26a été au milieu, au centre du débat politique en France.
06:30On sort d'une commission consacrée à l'audiovisuel public, animée par un député sciotiste, Charles Aloncle,
06:36Charles-Henri Aloncle, si je veux être précise, qui a martelé certaines de ses obsessions.
06:41Vous êtes une de ses obsessions. Vous, je dis le festival de Cannes.
06:45C'est-à-dire que quand il pose la question du financement et du fonctionnement, l'audiovisuel public,
06:50il parle de Cannes systématiquement comme une gabegie et comme un gâchis d'argent public.
06:55Ça vous fait quoi à vous, Thierry Frémaux, d'entendre parler du festival de Cannes comme un gâchis d'argent
06:59public ?
07:00Alors d'abord, je ne suis pas sûr qu'il soit allé aussi loin, mais je ne sais pas, parce
07:04que d'abord, ça concernait la télévision et pas tant le cinéma.
07:07Ça concernait la manière dont la télévision couvrait le festival de Cannes.
07:11Oui, oui, oui. Non, alors il faudrait revenir, je ne crois pas qu'on ait le temps de reparler tout
07:15ça.
07:16Un, sur le système du cinéma et du cinéma français, dans l'idée qu'il y aurait beaucoup d'argent
07:20public pour ça.
07:21Moi, je viens de Lyon, d'une région, la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui contribue à coproduire des films.
07:27C'est de l'investissement, ce n'est pas de la subvention.
07:30Et on sait très bien que l'écosystème du cinéma provient de cette petite part qui est prise sur chaque
07:36ticket vendu,
07:37qui revient dans le lot commun, y compris les films américains qui contribuent à leur manière,
07:44parce qu'ils payent une cote part sans qu'eux aient le droit de réinvestir.
07:49Le Rassemblement National ne semble pas avoir compris.
07:52Non, mais moi, je peux comprendre qu'il faille l'expliquer et on l'expliquera autant qu'il le faudra.
07:58Après, l'idée que Cannes soit ceci, cela.
08:02D'abord, souvent, les gens parlent de Cannes.
08:04Ceux qui parlent de Cannes sont ceux qui ne viennent pas.
08:06Et ceux, quand ils viennent, sont épatés par le fait que c'est un lieu de travail.
08:13Il y a 40 000 accrédités, il y a 80 000 personnes qui sont là, qui viennent du monde entier
08:17pour travailler.
08:19La majorité, y compris les artistes, sont là pour travailler.
08:22Les spectateurs, le cinéma fait du bien à nos vies.
08:25Par exemple, en France, là, ça se passe bien sur les entrées.
08:28À la fin de l'année, si tout va bien, on devrait être pas loin des 190 millions de spectateurs.
08:34C'est beaucoup, beaucoup.
08:35Et le cinéma, les films, les beaux films, que ce soit en famille le dimanche soir, si tant est que
08:42ça existe encore, parce qu'il paraît que c'est moins la messe d'avant,
08:47ou aller au cinéma en salle dans une petite salle municipale ou une petite salle RSA, ça fait du bien
08:53à nos vies.
08:54Donc, c'est important.
08:55Et évidemment, nous avons le cuir dur et le dos large.
08:59On sait que Cannes, par exemple, le cliché, c'est le tapis rouge et le cinéma d'auteur.
09:07Une fois que vous avez dit ça, ça devient le bling-bling et les films emmerdants.
09:11Non, c'est en effet le tapis rouge.
09:14Les gros films protègent les petits films.
09:17Ça a toujours été comme ça.
09:18Et je crois pas du tout...
09:21Bien sûr qu'on peut instrumentaliser les festivals de Cannes à des fins politiques, mais je crois pas que la
09:25vérité soit bafouée.
09:27Et on voit à quel point le cinéma devient vraiment, et la chose culturelle, au cœur du débat politique français,
09:33puisque à la veille du festival de Cannes, il y a une tribune, il y a 600 professionnels du cinéma
09:38qui signent une tribune pour dire
09:40« Attention, Vincent Bolloré et le groupe Vivendi étend son emprise sur le cinéma français, en rachetant, en plus de
09:47cinéma, de financer la quasi-totalité des films français,
09:51mais en plus en rachetant UGC, c'est-à-dire un producteur et un distributeur et un catalogue.
09:56Vous pensez qu'il faudrait en France une loi anti-trust, une loi anti-concentration ?
10:02C'est-à-dire qu'on voit d'un côté l'audiovisuel public attaqué, de l'autre côté un acteur
10:05privé qui commence à prendre beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de place sur le marché.
10:08Oui, oui, l'acteur privé prend beaucoup de place.
10:10Donc là, le législateur aura en effet peut-être à s'interroger sur ces questions-là.
10:17Aux Etats-Unis, c'est pas possible.
10:19Ça fait longtemps que ça n'est plus possible, que les studios ne peuvent pas posséder des salles de cinéma.
10:25Non, moi, c'est une grande tradition, je crois, en France, où on est à l'époque où il y
10:29avait Costa Gavras, Tavernier, Gérard Horry, Claude Berry,
10:32qui allaient à Strasbourg ou à Bruxelles pour défendre le droit des auteurs.
10:37Alors, ils l'ont fait.
10:38Et ils l'ont fait, ici, dans ce pays, dans cette ville, où ils jouaient, Gabin, dans l'après-guerre,
10:43quand il fallait protester contre le plan Marshall, qui ne mettait pas les intérêts du cinéma français en priorité,
10:51les gens se rebellaient, les gens parlaient.
10:54Donc, c'est un peu dans cette tradition-là.
10:55Alors, vous qui avez parlé de tradition et d'histoire, comment vous expliquez une telle présence des récits sur la
11:01Seconde Guerre mondiale,
11:02sur l'histoire, avec un H majuscule, là, cette année, ce 79e Festival de Cannes,
11:08et sur la Seconde Guerre mondiale, un film sur Jean Moulin, celui de Laszlo Nemes,
11:11vous allez projeter la première partie du diptyque sur De Gaulle, de Baudry,
11:15il y a le film d'Emmanuel Marr, qui se passe à Vichy, le film du Polonais Pavel Pawlikowski, c
11:22'est ça, Fatherland,
11:23le retour de Thomas Mann en Allemagne après la guerre, comment vous l'expliquez ?
11:27Alors, on peut toujours penser que c'est des coïncidences, chaque auteur est dans son coin, etc.
11:32Mais c'est sans doute pas une coïncidence, mais une tendance.
11:35La tendance qui veut que, peut-être qu'on a besoin d'aller se revisiter l'histoire, se nourrir à
11:42l'histoire.
11:42Par exemple, la question de la figure de De Gaulle, c'est pas le De Gaulle plus compliqué, disons, des
11:49années 60,
11:50qui s'en va, chassé par les Français en 69, c'est le De Gaulle 40-44,
11:57qui est cette espèce de figure de résistance, etc.
12:01Moulin, c'est pareil, c'est un grand héros français.
12:04On a peut-être besoin de redire ce que fut l'affrontement final entre Jean Moulin et Klaus Barbie,
12:11qui finit par être attrapé par la France, comme Eichmann le fut par Israël.
12:19Et c'est peut-être bien aux jeunes générations aussi de leur rappeler ça.
12:23On a besoin de héros.
12:24Donc c'est une manière de déplacer le débat politique, pour vous, en les sélectionnés ?
12:28Moi, je ne crois pas que ça le déplace, je crois que ça le remet, au contraire, en plein milieu.
12:31C'est-à-dire que débattre aujourd'hui de ce que fut la vie quotidienne à Vichy,
12:38ce qu'étaient ses fonctionnaires,
12:41on peut évidemment, et ça a fait pas mal parler, évoquer le film de Xavier Giannoli.
12:46D'abord, c'est une grande trajectoire.
12:48Et le film d'Antonin Baudry sur De Gaulle,
12:52alors on revient aux Américains,
12:53ça c'est les films que les Américains faisaient avant.
12:56Paris Brûle-t-il est un film produit par les Américains
12:58qui ne font plus ce type de cinéma.
13:01Ils ne le font plus, les grands films historiques, les grands films de guerre.
13:04On parlait de Steven Spielberg, L'Aïs de Schindler,
13:07ou même quand il fait Munich.
13:09Les Français, peut-être, continuent à faire ce cinéma,
13:11je ne veux pas dire adulte,
13:12mais il y a un peu de ça quand même,
13:14même si ça s'en reste tout à fait aux jeunes.
13:15Thierry Frémeau, délégué général du Festival de Cannes,
13:18merci d'être venu au micro de France Inter.
13:21On continue en direct de La Croisette
13:23avec Daphné Burki et un membre du jury,
13:25Diego Cespedes, 30 ans.
13:27Vos jurés, habituellement, ils sont un petit peu plus âgés, c'est ça ?
13:30Dans le jury actuel, vous avez Stéline Sassgaard,
13:33à qui je ne ferai pas l'injure de donner son âge.
13:36On l'a connue il y a 20 ans.
13:37Et puis il y a des jeunes comme Diego Cespedes ou Laura Vandel.
13:42et qui sont formidables.
13:44Il sera là dans un instant, il est là,
13:45il est juste derrière la vitre et il entre dans le studio.
13:48Il vous fait un petit coucou.
13:49Et puis on va rejoindre Charline Vanhoenacker à Paris aussi.
13:52Merci d'avoir regardé cette vidéo !
13:53Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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