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  • il y a 2 semaines
Stève Stievenart, nageur en eau libre, est le premier à réussir la triple couronne du bout du monde. Il a traversé le Rio de la Plata. Entre défis physiques et immersion totale dans la nature, il raconte son quotidien d'athlète hors norme face aux éléments. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-12-mai-2026-5297424

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00:03Générique
00:08La grande matinale Le Mag, c'est parti pour une heure d'aventure en eau froide,
00:13de controverses, disco pop et de découvertes littéraires.
00:16Charline Vanhoenacker nous parlera de la diplomatie du houmous au Moyen-Orient.
00:21Kézako, Daphné Burki nous présentera un premier roman qui s'intitule La fille de la colline.
00:26A 9h30, vous retrouverez le débat du jour avec une question cruciale.
00:31Pas de podium depuis la victoire de Marie Myriam en 1977 ce matin, donc.
00:37Alors qu'arrivent à Vienne les 35 délégations en compétition,
00:41la France est-elle, oui ou non, condamnée à perdre l'Eurovision ?
00:46Mais tout de suite, le grand portrait.
00:47France Inter
00:50La grande matinale
00:54Sonia de Villers
00:56Ce matin, je vous raconte l'histoire d'un freluquet qui s'est mué en bonhomme gros et gras.
01:03Gros et gras comme un phoque, son animal totem et son surnom aussi.
01:07Car il nage sans relâche dans les eaux froides avec pour seule protection sa peau.
01:13Il a traversé la Manche, aller-retour, le Loch Ness, le lac Baikal et le lac Léman.
01:19Il vient de relier l'Uruguay à l'Argentine après le détroit de Magellan au Chili.
01:26Aucun homme au monde n'avait bouclé ces trois étapes parce qu'avant le détroit de Magellan,
01:30il y avait encore un autre détroit, on va vous raconter tout à l'heure.
01:32Alors, plongeons dans les flots du Rio del Plata et tentons de comprendre comment un picard né à Abbeville est
01:39devenu un phoque.
01:41Portrait numéro 139.
01:45Bonjour Steph Sivnard.
01:47Bonjour.
01:48Vous arrivez tout juste d'Amérique du Sud, c'est ça ?
01:50Oui.
01:50Voilà.
01:51Sans combinaison, donc, vous traversez, vous nagez dans l'eau froide.
01:55Sur les images, on vous voit vous enduire d'un machin blanc.
01:59Qu'est-ce que c'est ?
02:00Alors, c'est de la vaseline qui permet de limiter les frictions, en fait.
02:06Je mets ça dans les zones de frottement.
02:07Ça permet d'éviter les lésions parce qu'avec les heures passées dans l'eau,
02:10ça devient compliqué si on n'a pas une petite protection, une petite graisse, en fait, qui facilite le mouvement.
02:15Alors, le Rio del Plata, ça ressemble à quoi ?
02:18Voilà. Alors, pour rappeler nos auditeurs, c'est le plus grand fleuve du monde.
02:22C'est l'Amazone qui se déverse à cet endroit.
02:24Une immensité marron liée aux sédiments.
02:28C'est assez particulier parce qu'il a fallu attendre un moment pour avoir une bonne fenêtre météo
02:33pour traverser ce Rio del Plata entre l'Uruguay et l'Argentine.
02:37Et c'est incroyable parce que, déjà, c'est chargé d'histoire.
02:41Mais c'est pour moi nouveau de nager dans ces conditions avec beaucoup de courant,
02:47beaucoup de vagues. Comme je disais, je n'ai pas eu un moment de répit.
02:51La dernière de ces trois, parce que c'est la triple couronne, vous êtes le premier à avoir réussi à
02:56boucler ça.
02:56La dernière, là, vous l'avez faite en 17 heures, c'est ça ?
02:58Oui, quasiment 18 heures.
03:00Quasiment 18 heures.
03:01Quasiment 18 heures. Donc, des vagues, du courant, des déchets.
03:06Oui, beaucoup. Malheureusement, c'est l'Amazone.
03:08Donc, il y a beaucoup d'arbres, de branches.
03:10Donc, il m'est arrivé une petite mésaventure.
03:11J'ai percuté en pleine nuit parce qu'évidemment, on nage de nuit.
03:14Donc, on n'a pas beaucoup de visibilité.
03:17Et malheureusement, ça fait partie des risques de se traverser en eau libre.
03:22J'ai percuté un arbre.
03:23Un arbre qui flottait ?
03:24Qui flottait.
03:25Donc, la probabilité pour que je percute un arbre sur 40 kilomètres, c'est vraiment pas de vol.
03:30C'est pas de vol ?
03:30Ça fait partie de la course.
03:33Et Magellan, parce que juste avant, dans les étapes, il y avait Magellan.
03:38Magellan, en fait, vous nagez entre deux masses d'eau absolument colossales.
03:44Oui, c'est impressionnant.
03:45Il faut rappeler, c'est que c'est l'océan Atlantique et Pacifique qui se rencontre.
03:49Qui se rencontre.
03:49Et vous nagez.
03:50Et l'homme phoque au milieu.
03:51Voilà, exactement.
03:52Et vous sentez, en fait, la pression de chaque côté, en fait.
03:54Vraiment ?
03:54Vraiment.
03:55Et c'est hyper dur d'avancer, de progresser, en fait.
03:58Et le moindre moment de relâchement, à mon avis, j'ai bougé un peu mes lunettes.
04:00J'ai pris trois mètres.
04:03Ça ne pardonne pas.
04:04Donc, il a fallu remettre de l'intensité.
04:07Parce qu'on est limité, en fait.
04:08Parce que, pour la petite histoire, j'ai attendu quinze jours dans une cabane au bord du Détroit.
04:12Pour pouvoir y aller.
04:13Pour pouvoir y aller.
04:13Parce que c'est l'armée chilienne qui décide, en fait, de savoir si vous pouvez y aller ou pas.
04:16Parce que c'est très dangereux.
04:17Et les courants peuvent changer en dix minutes de temps.
04:20Et le vent aussi.
04:21Donc, plusieurs fois, je me suis préparé à partir.
04:24Et puis, au dernier moment, ma armée me dit non, ça sera pour un autre jour.
04:27Lequel des deux océans est le plus hostile ?
04:28L'Atlantique ou le Pacifique ?
04:31Pour un nageur.
04:32Je pense que les deux ont leur particularité.
04:35Mais le mot d'ordre, c'est l'adaptation.
04:37C'est ça.
04:55Ce qui est étonnant avec vous, vous avez presque 50 ans, c'est que vous nagez depuis très peu de
05:00temps.
05:00Oui, j'ai démarré de la nage à 40 ans.
05:03À 40 ans ? C'est l'âge où les nageurs prennent leur retraite ?
05:06Oui, bien avant même, pour certains.
05:09Et moi, j'ai commencé ma carrière professionnelle à 40 ans.
05:11Oui.
05:12Alors, l'élément déclencheur de ça, c'est déjà, ça a toujours été un rêve d'enfant de traverser la
05:17Manche.
05:18Auquel cas, je me suis toujours...
05:19Vous êtes un gars du Nord.
05:21Voilà.
05:21Vous êtes un gars du Nord.
05:23Vous avez grandi où ?
05:24Alors, entre la baie de Somme, à Saint-Véry-sur-Somme, à Abbeville, et Sangatte, entre la côte d'Opale
05:30et la baie de Somme, deux régions magnifiques.
05:31Qu'est-ce qui vous a donné envie de traverser la Manche ?
05:34Alors, tout petit, mon grand-père m'emmenait voir les départs de la traversée de la Manche, qui partaient de
05:39France à l'époque.
05:40Des traversées à la nage ?
05:41Voilà.
05:41Et je voyais des nageurs s'enduire de Grèce dans le restaurant avant de partir.
05:44Au début, je croyais que c'était pour faire une course, une traversée.
05:46Quand il m'a expliqué qu'il y avait d'un pays à un autre, ça m'a toujours fasciné
05:48toute ma vie.
05:49Et vous les avez vus disparaître à l'horizon ?
05:51Voilà, c'est incroyable.
05:52C'était votre grand-père qui était cycliste ?
05:54Voilà, exactement.
05:55Qui était cycliste professionnel.
05:57Et moi, ça m'a toujours resté dans ma tête.
05:59Et j'ai toujours suivi, en fait, par procuration.
06:01Parce que je me suis toujours interdit de le faire, parce que je n'étais pas nageur.
06:05C'était toujours quand même réservé à une certaine élite de nageurs professionnels qui, au bout de leur carrière, faisaient
06:09ça.
06:09En fait, c'était l'évraise de la natation.
06:11Et il a fallu attendre 40 ans, une séparation, comme malheureusement tout le monde vit, douloureuse.
06:15Et on se pose des vraies questions profondes.
06:18« Qu'est-ce que j'aimerais bien faire une dernière fois ici ? »
06:21Les vraies questions profondes, c'est aussi une période de dépression.
06:24Ça s'appelle comme ça.
06:25Oui, complètement.
06:26J'ai dormi quand même un an dans un hangar.
06:29Alors, je tiens du positif de cette période parce que je n'avais pas de chauffage.
06:34Donc, mon corps, il s'est habitué au froid.
06:36Pour la suite, en fait.
06:38Et je me lavais avec un tuyau d'arrosage.
06:39Ça a été un moment difficile de ma vie.
06:42Et là, j'ai pris la décision de partir à la mer.
06:45J'avais un appel de la mer.
06:46Et ce moment-là, ce jour-là, a changé ma vie parce que tout s'est clarifié un peu dans
06:50ma tête.
06:50Parce que c'est un jour en particulier.
06:52Oui.
06:52C'est un souvenir en particulier.
06:54Voilà.
06:54Lequel ?
06:55En fait, c'était où d'abord ?
06:57C'était à la pointe aux voies, à Vimreux.
06:59Une plage naturelle auquel il y a...
07:01C'est un couloir d'énergie, en fait.
07:03C'est incroyable.
07:04Moi, j'aime beaucoup faire de la méditation là-bas.
07:07Et il y a comme ça, on a toute cette petite voie intérieure.
07:09Et ce jour-là, il fallait que j'aille là-bas.
07:11Donc, je me suis écouté.
07:12Je suis parti avec mon chien.
07:13Et tout s'est clarifié, en fait.
07:15Après cette séance, en fait.
07:16Je me suis dit, en fait, c'est ça que je veux faire.
07:18Et par ailleurs, vous avez une maman qui tenait un bar PMU à Rosières-en-Senterre.
07:23Là d'où viennent mes ancêtres.
07:24Donc, je les salue.
07:27Mais vous vous êtes vite dit.
07:29Et surtout, vous avez un papa qui s'est rendu compte que vous n'aviez pas beaucoup d'avenir
07:32si vous restiez là-bas.
07:34Et qui, lui, faisait de la photo et du reportage photo.
07:37Et qui vous a embarqué.
07:38Et c'est lui qui vous a fait découvrir les phoques.
07:40Exactement.
07:40L'avantage, c'est que j'ai pu avoir du matériel photo.
07:43Il prêtait son appareil photo.
07:44J'avais 7 ans.
07:45Et c'était mes premières...
07:47J'adorais la photo animalière, en fait.
07:48La photo macro.
07:49Et je me suis passionné par ça.
07:50Et donc, je passais énormément de temps dans la nature, dans les bois,
07:53à faire des affûts, pour photographier les renards.
07:56Et puis, les phoques, bien évidemment, ils sont arrivés.
07:59Et c'est un animal qui m'a fasciné.
08:00Pourquoi ?
08:01Parce qu'il est mignon.
08:03Il est touchant.
08:04On a toute cette image aussi de Brigitte Bardot
08:08avec ce bébé phoque sur la banquise.
08:10C'est de notre génération.
08:11C'est de notre génération.
08:11Donc, ça a marqué.
08:15Donc, le fait d'avoir des phoques comme ça, chez moi, en fait, c'est quand même assez improbable.
08:19Parce qu'on a toujours l'image du phoque dans l'Antarctique ou dans les zones très froides.
08:23Mais finalement...
08:23Il y en a plein, la Béthson.
08:24Il y en a plein.
08:25Et donc, très tôt, à l'âge de 12 ans, je me suis inscrit à Picardie Nature
08:30pour être photographe animalier, pour faire de la photo d'identification.
08:33Et donc, ça a été passionnant parce que je travaillais avec des scientifiques et c'était génial.
08:38Et suite à ça, je connais bien son mode alimentaire, son mode de vie finalement.
08:43Donc, je me suis inspiré.
08:44Moi, je n'ai rien inventé.
08:44J'ai fait ce que fait la nature.
08:46Alors, voilà comment l'homme phoque est devenu l'homme phoque.
09:04Vous vous décidez à traverser la Manche.
09:08Et là, vous découvrez des nageurs anglais qui se nourrissent exclusivement de bonbons et de sucreries.
09:16Vraiment ?
09:17Ah oui, oui, complètement.
09:18Parce que j'arrive en Angleterre, je fais 63 kilos.
09:20Et là, je me rends bien compte que les nageurs, on n'a pas du tout le même gabarit.
09:24Et je me rends vite compte dans le port de Doubs parce qu'il y a une sonne...
09:27C'est-à-dire, un nageur qui traverse la Manche, il est quoi ?
09:29Il est barraqué, il est costaud ?
09:31Alors, il est musclé, mais il est surtout protégé avec une pellicule de gras, en fait.
09:34Une bonne graisse.
09:35Et ils sont tous entre 90 et 100 kilos minimum, voire plus.
09:39Donc, vous faites 40 kilos de moins.
09:41Donc, voilà.
09:41Et je suis vite rattrapé par le froid.
09:43Moi, je comprends vite qu'avant de parler d'effort, le froid, c'est l'ennemi numéro 1.
09:46Et effectivement, lors des ravitaillements, moi, je fais une saturation en sucre rapide à force parce que c'est trop
09:51pour moi.
09:53Et donc, là, en nageant, il y a quelque chose qui est venu, il faut que tu prennes du poids,
09:56mais il faut que tu prennes quelque chose qui s'assimile rapidement.
09:58Et là, vient l'idée de m'aspirer des phoques, en fait.
10:01Je me suis dit, voilà, tu vas faire pareil.
10:03Comme les loups de mer, avant leur migration, ils mangent énormément de poissons gras et ils ne mangent pas du
10:06tout pendant leur voyage.
10:07Et donc, je me suis mis à manger des quantités énormes.
10:10D'où mon surnom, ce Steph The Seal, vient de mon entraîneur.
10:13Steph The Seal.
10:14Steph The Seal.
10:14The Seal.
10:15D'accord.
10:15Le phoque en anglais.
10:16Voilà, parce que mon entraîneur, à forme de me donner des poissons gras au ravitaillement, il m'a dit, mais
10:21tu manges comme un phoque.
10:22Et c'est parti de là, en fait, mon histoire.
10:23Et c'est parti de là, mais donc, qu'est-ce que vous mangez comme poisson gras ?
10:26Alors, harang, sardines, macros, anchois, ça dépend de la saison.
10:29Vous avez une petite préférence ?
10:30J'aime bien le keeper, c'est vraiment, le keeper fumé, c'est pour moi le...
10:35Ah d'accord, très bien.
10:36Ça peut aller jusqu'à un kilo par jour.
10:38D'accord.
10:39Vous avez pris combien de kilos ?
10:40En tout, 47 kilos.
10:4247 kilos, c'est, comment dire, c'est facile de prendre.
10:4647 kilos, alors pour nager, j'ai bien compris que ça vous fait une combinaison naturelle, mais dans la vie
10:51?
10:51Alors, dans la vie, il faut accepter de se balader avec un sac à dos de 47 kilos.
10:54Ce qui n'est pas simple, parce que ça fait qu'on ne peut pas courir, on ne peut plus
10:59courir.
10:59Donc, je fais de la marche rapide.
11:01Donc, c'est contraignant sur terre.
11:03Autant, c'est super efficace dans l'eau.
11:05Après, j'ai accepté le fait de prendre ces...
11:08Alors, au jour d'aujourd'hui, j'arrive à gérer plus 10, moins 10 kilos pour m'adapter aux courses,
11:14en fait.
11:14Parce que, maintenant, après 9 ans de pratique, je commence à mieux me connaître.
11:18Et dans l'eau, vous perdez du poids ?
11:20Alors, dans l'eau, je perds énormément de poids par rapport au froid.
11:24Quand, par exemple, votre corps est à 37 degrés, vous nagez dans une noix à 14.
11:28Donc, rien qu'en restant statique, vous avez déjà brûlé des calories pour rester à votre température initiale.
11:32Et après, vous lui demandez un effort qui peut être de 51 heures de nage non-stop.
11:35D'où l'importance d'avoir des calories en amont, parce que je peux perdre 5, 7 kilos après une
11:39grosse traversée.
11:39Alors, ce que je voudrais comprendre, c'est les entraves, les peurs, les obstacles, la difficulté effroyable de traverser à
11:51la nage.
11:51Vous traversez la Manche, allez-retour.
11:54Traverser la Manche, aller-retour, ça veut dire côtoyer des portes-conteneurs absolument colossaux.
12:00Mais colossaux !
12:01Vous n'êtes rien à côté.
12:03Alors, oui, complètement.
12:04Avec mon bateau, on a une coquille de noix.
12:05Au milieu des portes-conteneurs, il faut rappeler à nos auditeurs que le détroit du Pas-de-Calais, c'est
12:09450 portes-conteneurs qui traversent toutes les 24 heures.
12:13Alors, le bateau, il vous guide, il vous file une banane de temps en temps pour que vous repreniez des
12:19calories, mais vous n'avez pas le droit de le toucher.
12:21Donc, voilà.
12:22Vous, vous êtes entièrement à la nage.
12:24Donc, vous n'êtes rien par rapport à un porte-conteneur.
12:26Complètement.
12:26On est à la merci du porte-conteneur.
12:28Donc, à mon pilote, mon équipe, de s'adapter à la vitesse du porte-conteneur, à passer soit devant le
12:32porte-conteneur, soit derrière.
12:34Mais on n'a pas de temps à perdre parce que c'est l'autoroute.
12:36Donc, ça suit.
12:36Il y en a un qui est deux kilomètres derrière.
12:38Il faut rappeler qu'un porte-conteneur, il faut 40 kilomètres à peu près pour s'arrêter.
12:42Il ne peut pas changer sa route.
12:44Il ne peut pas freiner.
12:44Donc, il ne peut pas freiner.
12:45Rien qu'avec l'inertie du tonnage.
12:47Donc, c'est assez rock'n'roll.
12:49Pendant le 2-Wid, j'ai traversé huit fois les lignes de porte-conteneur.
12:52Et des moments, vous avez un building à côté de vous.
12:54C'est assez impressionnant.
12:56Et si vous vous approchez trop près ?
12:57On peut se faire aspirer.
12:59Vers le fond.
12:59Voilà, complètement.
13:01La nuit.
13:01Racontez-nous les traversées de nuit.
13:04Je fais partie des gens, et je pense qu'on est très très nombreux, qui ont terriblement peur de nager
13:08dans le noir.
13:09Alors, si je peux vous rassurer.
13:10L'eau est toute noire.
13:11L'eau est noire.
13:12Alors, moi, j'ai la même peur.
13:13C'est une peur qui est légitime quand vous sortez de la piscine et que vous arrivez dans l'immensité
13:16de l'océan.
13:17Vous avez la même peur.
13:18Mais en fait, c'est une peur qu'il faut canaliser.
13:22Toutes les choses auxquelles vous allez être confrontés, c'est-à-dire que, quand je prends mon sport, nager la
13:26nuit, nager dans les algues, nager dans les méduses.
13:28Parce qu'on s'entraîne aussi à nager dans les méduses, parce qu'on va être piqué.
13:31Donc, autant s'entraîner dedans.
13:32Je ne dis pas qu'on est immunisés, mais on a vécu cette situation.
13:35Parce que ce qui peut créer l'abandon, c'est la surprise.
13:37Vous avez été ravagé par les méduses.
13:38Ah oui, des moments, on traverse des bancs entiers, on n'a pas le choix.
13:42Donc, on s'entraîne au préalable dans les méduses.
13:44Parce qu'on sait qu'on va vivre cette expérience.
13:46Et ça, c'est hyper important, avant de se lancer dans cette traversée de Détroit, de vivre des choses auxquelles
13:50vous êtes confrontés.
13:51Mais on habitue son esprit à résister à la peur des méduses, ou on habitue son corps à résister aux
13:56piqûres ?
13:56Alors, son corps, ça dépend des endroits, parce qu'il y a des piqûres qui sont plus virulentes que d
13:59'autres dans certains pays.
14:00Si je prends le Nord Channel, entre l'Irlande et l'Écosse, c'est l'Alliance Men.
14:03Les méduses font 20 mètres de long.
14:05La toxine, elle est très...
14:07Oui, 20 mètres de long.
14:08C'est une soupe de méduses.
14:11Et donc, la toxine, elle est différente.
14:13Elle fait accélérer le rythme cardiaque.
14:14Donc, il faut faire...
14:16Ça dépend des endroits.
14:17Mais pour gérer ça, c'est l'entraînement, en fait.
14:20Je m'entraîne énormément la nuit, parce que je sais que la nuit, la perception, elle est complètement différente, avec
14:24la fatigue aussi.
14:25Donc, c'est hyper important, parce que moi, je redeviens une proie la nuit.
14:28Je n'ai rien à faire là en pleine nuit.
14:29Si je suis aux États-Unis, quand j'ai passé 51 heures, j'ai passé...
14:3251 heures, vous avez fait une traversée de 51 heures ?
14:3551 heures 18, ça s'appelle le trioué de Los Angeles, entre Los Angeles et Catalina.
14:39Donc là, il faut imaginer nos auditeurs partir le mardi soir à 8h30.
14:44On part, on saute dans l'eau, et la course s'arrête vendredi au milieu de la nuit.
14:48Et entre deux, c'est non-stop.
14:50Donc, ça représente 120 kilomètres.
14:52Dans quel état vous avez fini ?
14:53C'est terrible.
14:53Vous voyez les images, j'ai l'impression que j'ai fait du Botox, parce que j'étais vraiment passé
14:56dedans, dans le sel, que mes lèvres, elles ont gonflées énormément.
15:00Donc, j'ai du mal à ouvrir, à fermer la bouche.
15:01Et ce qui est compliqué, c'est que ça obstrue l'entrée d'air, en fait, le sel.
15:05Le sel ?
15:05Donc, ça fait... On doit fournir le même effort, mais avec moins d'air.
15:09Donc, instinctivement, on met moins de jambes pour économiser un peu d'oxygène.
15:11Donc, la fin, les six dernières heures, elles ont été terribles, terribles.
15:14J'ai lu que l'une de vos traversées, je ne sais plus laquelle, vous êtes arrivée dans un tel
15:19état d'épuisement,
15:21que vous ne pouviez pas vous relever.
15:23Vous ne pouviez pas vous remettre à la verticale.
15:25Vous rampiez sur la plage, au grand étonnement, probablement, des gens qui étaient venus faire des pâtés de sable en
15:33famille
15:34quand ils vous ont vu sortir de l'eau.
15:36Mais donc, c'est extrêmement difficile de se remettre debout ?
15:38Oui, parce que vous êtes tellement balotté, en fait, dans la mer, en fait, avec le roulis de la mer,
15:42que vous avez un problème avec la verticalité, après, quand vous revenez à terre, en fait.
15:46Et c'est assez compliqué.
15:48On a le mal de terre, si je puis dire.
15:50C'est un peu bizarre, mais on a le mal de terre.
15:51Et c'est assez compliqué aussi, l'après, parce qu'on va tellement chercher des choses en profondeur.
15:56C'est surtout un voyage intérieur.
15:58C'est-à-dire que psychologiquement, il y a quoi ? Il y a une sorte de chute, après ?
16:02L'après, on n'a pas envie que ça s'arrête, en fait.
16:05Paradoxalement, on est épuisé physiquement, mais on est tellement dans un état second
16:09de connexion avec la nature profond, parce qu'au-delà des méduses, des dangers qu'il peut y avoir,
16:15il y a des très belles rencontres.
16:16Notamment, une maman dauphin qui vient avec son petit,
16:18et on échange un regard comme on se regarde là.
16:21Et c'est un regard qui a changé ma vie.
16:23Parce que ce qui rajoute de la magie à cette interaction,
16:25c'est que c'est elle qui a pris l'initiative de passer un petit moment avec vous.
16:29Et après, chacun reprend sa vie.
16:31Écoutez la voix de François Sarano, qui est un immense spécialiste des géants des mers.
16:38Regardez comment il raconte la rencontre avec Lucas Chalot.
16:41Pour rentrer dans leur monde, il faut changer de référentiel.
16:45Par conséquent, on s'oublie.
16:46Et ça, tout d'un coup, ça fait basculer.
16:49On change de monde.
16:51C'est une sensation un peu difficile à expliquer.
16:55On n'est plus dans le monde des hommes, ni on n'est pas dans le sien,
17:00on ne rentrera jamais dans le sien.
17:01On est dans cette interface bizarre, qui veut tenter d'être à l'écoute,
17:05qui veut tenter de répondre à ses demandes, à ses interrogations, à son avance.
17:10Et puis, qui sait que quand il reviendra dans le monde des hommes,
17:13il ne pourra pas transmettre ça.
17:15Parce que c'est deux mondes si différents, celui du cachot et celui de l'humain.
17:20Il faut le vivre.
17:21Vous avez ça, c'est-à-dire que vous revenez sur Terre,
17:24il faut revenir dans le monde des humains,
17:25et c'est difficile de raconter ce que vous avez vécu pendant 51 heures dans l'eau ?
17:30Oui, c'est très bien.
17:33J'adore.
17:35Mais oui, c'est très difficile.
17:37C'est très difficile parce qu'on va chercher vraiment des choses,
17:41même au niveau vibration,
17:44on a des couleurs qu'on n'a pas forcément.
17:47Et ce n'est pas lié à des hallucinations.
17:49C'est vraiment des choses qu'on peut vivre dans ces moments-là particuliers.
17:53Et on n'a pas envie que ça s'arrête, en fait.
17:55Et je précise que quand même, il faut deux ans pour préparer une course,
17:59et que pendant des semaines et des semaines, pour habituer votre corps,
18:02vous dormez la fenêtre ouverte,
18:04quitte à vous retrouver le lit trempé de flotte parce qu'il a plu.
18:07Vous dormez avec vos lunettes de plongée ?
18:10Alors, pas toujours.
18:11Pas toujours.
18:12Mais en fait, ça paraît bizarre d'extérieur,
18:14mais c'est du bon sens.
18:16Parce qu'à l'entraînement, au bout de 15 heures,
18:18j'avais du mal à supporter les lunettes.
18:20Et je me dis, là, le doué va durer entre 30 et 40 heures.
18:24Comment je vais faire, en fait ?
18:25Et je me suis dit, en plus des entraînements,
18:27je vais porter mes lunettes la nuit pour que le globe oculaire
18:29s'habitue à la pression qu'elles exercent.
18:31Et ça a fonctionné, en fait.
18:32Vous avez une compagne formidable.
18:35Elle supporte tout.
18:36Ma dernière question,
18:37est-ce qu'un homme peut nager contre la marée ?
18:40Non.
18:42Non.
18:43De toute façon, aujourd'hui,
18:46quelle que soit la manière dont on aborde une traversée ou une nage,
18:51quel que soit l'endroit dans le monde,
18:52il y a beaucoup d'humilité à avoir avec l'élément.
18:55Et le mot d'ordre, c'est de s'adapter avec le courant.
19:00Vous repartez où, là ?
19:02Parce que vous arrivez d'Amérique du Sud,
19:03vous repartez où ?
19:04C'est rare de vous avoir à Paris.
19:05Où est-ce que vous repartez ?
19:06Aux Etats-Unis,
19:07pour la traversée du détroit de Molokai.
19:10Eh bien, bonne chance !
19:11Hommes phoques,
19:13merci un phoque au micro de France Inter.
19:15C'est rare, quand même,
19:16qu'on en ait un vrai.
19:18Merci infiniment, en tout cas.
19:19Steve Stenart,
19:20merci d'être venu nous voir à la maison de la radio.
19:22Sous-titrage Société Radio-Canada
19:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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