Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 semaines
Qui décide que quelqu’un est « déviant » ?
Un militant qui jette de la soupe, un graffeur, un hacker, un étudiant qui utilise ChatGPT… Aucun ne se pense « hors norme ». Ce sont les règles – et surtout ceux qui les écrivent – qui transforment un acte en déviance.

Dans cette vidéo, je présente Howard Becker, sociologue majeur de l’interactionnisme, et l’auteur d’Outsiders.
On y découvre :
✔️ pourquoi la déviance n’existe pas “en soi” ;
✔️ comment les entrepreneurs de morale fabriquent les normes ;
✔️ ce que sont les carrières déviantes ;
✔️ comment les mondes de l’art fonctionnent comme des chaînes de coopération ;
✔️ et pourquoi ceux qui dévient font évoluer la société autant que ceux qui obéissent.

Une vidéo pour comprendre comment la société étiquette, classe, sanctionne… et parfois, légitime ceux qu’elle rejetait hier.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Un militant qui jette de la soupe sur un tableau, un trader crypto qui snobbe la fac,
00:05quelqu'un qui fait son mémoire avec ChatGPT.
00:08Qui décide s'ils sont déviants ? Pas eux, pas vous.
00:12C'est ceux qui écrivent les règles.
00:13Et voilà le truc, on est tous potentiellement déviants.
00:17Howard Baker a passé sa vie à décrypter ce mécanisme invisible.
00:21Salut, aujourd'hui on va parler d'Haward Baker,
00:24un sociologue américain qui a bouleversé notre compréhension de la déviance.
00:29Son idée centrale ? La déviance n'existe pas en soi.
00:33Ce qu'on appelle déviant, c'est quelqu'un que d'autres ont défini comme tel.
00:37Autrement dit, la déviance n'est pas une qualité de l'acte, mais une conséquence du jugement social.
00:43Et ça change tout.
00:48Dans son livre Outsider, publié en 1963,
00:52Baker étudie les musiciens de jazz et les fumeurs de marijuana.
00:55Ils montrent que ce qui fait d'eux des déviants,
00:59ce n'est pas leur pratique en elles-mêmes,
01:01mais le regard que ceux qui fixent les règles posent sur eux.
01:05Baker écrit,
01:05Les groupes sociaux créent la déviance en instituant des normes dont la transgression constitue la déviance,
01:12en appliquant ces normes à certains individus et en les étiquetant comme des déviants.
01:16Cette capacité à définir l'écart appartient à ce qu'il appelle les entrepreneurs de morale,
01:22c'est-à-dire ceux qui créent, qui promeuvent et qui font appliquer les normes.
01:26Prenons un exemple français.
01:27Dans les années 1970, les militants écologistes qui s'enchaînent aux arbres
01:32sont considérés comme des marginaux dangereux.
01:35Aujourd'hui, leurs actions sont plutôt largement légitimées.
01:39Qu'est-ce qui a changé ?
01:40Pas l'acte en lui-même, mais le rapport de force sociale dans lequel il s'inscrit.
01:44Baker nous montre ainsi que le déviant révèle toujours la société qu'il désigne.
01:50Ce renversement de perspective fait de Baker une figure majeure de l'interactionnisme.
01:58Baker introduit une idée originale.
02:01On ne devient pas déviant d'un coup.
02:03C'est un processus, c'est un apprentissage, c'est une trajectoire qu'il appelle lui-même carrière déviante.
02:09Dans son article paru en 1953, « Devenir un fumeur de marijuana »,
02:14il montre qu'on n'accède pas immédiatement aux effets de la drogue.
02:18On apprend la technique, on apprend à reconnaître les sensations
02:22et surtout, on apprend à les apprécier au contact d'autres consommateurs.
02:27On apprend aussi à justifier ses actes, à fréquenter ceux qui transgressent et à adopter leurs codes.
02:33En France, on pourrait penser aux graffeurs.
02:35Au début, on tague maladroitement un mur la nuit, puis on intègre un groupe, on développe un style,
02:40on revendique une identité artistique face à la répression.
02:44Tout ça n'est pas une pathologie, mais une manière alternative d'exister dans un système de normes.
02:49L'activiste, le hacker ou l'artiste provocateur ne sont pas hors du social, ils en testent les limites.
02:56Mais attention, cette approche a aussi ses limites.
02:58Baker a été critiqué pour avoir parfois minimisé le poids des structures sociales
03:04et des inégalités dans la production de la déviance.
03:08Tout le monde n'a pas la même marge de manœuvre face aux normes.
03:15Baker était lui-même musicien de jazz et c'est probablement ce qui l'a amené à observer
03:21que toute activité humaine fonctionne comme un jeu collectif
03:25avec ses conventions, ses règles implicites et ses marges de liberté.
03:30Dans les mondes de l'art, publié en 1982, il montre que l'art n'est jamais le produit d
03:36'un génie isolé,
03:37mais le résultat d'une coopération.
03:40Artistes, techniciens, galeristes, critiques, institutions, publics,
03:44tout le monde participe à la définition de ce qui compte comme art.
03:49Sans ces chaînes de coopération, aucune œuvre ne tient socialement.
03:53Prenons l'exemple du street art en France.
03:55Banshee est aujourd'hui exposé dans les musées, mais sans les galeries qui ont légitimé le graffiti,
04:01sans les collectionneurs qui l'ont acheté, sans les critiques qui l'ont commenté,
04:07eh bien il serait sans doute resté un simple vandal.
04:10Ce qui est reconnu comme légitime dépend des alliances, des contextes, des mondes sociaux.
04:17Et c'est là que Baker boucle la boucle.
04:19La déviance, c'est l'autre face de la normalité.
04:22C'est la marge qui fait bouger les lignes du centre.
04:26Alors, qui décide de ce qui est déviant ?
04:28Eh bien pas la loi toute seule, pas la morale,
04:30mais l'ensemble des interactions qui définissent ce que l'on attend des autres.
04:35Baker nous rappelle que les règles ne sont jamais figées.
04:40Elles se discutent, elles se négocient, elles se contournent.
04:44Et souvent, ce sont ceux qui s'en écartent qui font évoluer la société.
04:48La société tient autant par ceux qui obéissent que par ceux qui dévient.
04:53Voilà, j'espère vous avoir donné envie d'en savoir plus sur Howard Baker
04:56et sur la sociologie de la déviance.
04:58Je vous donne rendez-vous très bientôt pour une nouvelle vidéo.
05:00D'ici là, portez-vous bien.
05:02Salut !
Commentaires

Recommandations