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Le Pr Philippe Amouyel, professeur de Santé Publique au CHU de Lille et ancien directeur de l'Institut Pasteur de Lille, répond aux questions d'ICI Nord sur l'hantavirus des Andes.

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Transcription
00:00Bonjour Philippe Amouyel, l'antavirus des Andes, c'est comme ça qu'on doit l'appeler puisqu'il est présent
00:05précisément dans cette région du monde où est passé ce bateau de croisière.
00:09Que pouvez-vous nous dire sur ce virus, sur cet antavirus en l'occurrence ? L'avez-vous déjà croisé,
00:13étudié lors de votre carrière ?
00:14C'est un virus qui est connu, identifié depuis les années 90, on ne le découvre pas là aujourd'hui
00:19?
00:19Non, on ne le découvre pas là. Il y a eu déjà des épisodes de foyers épidémiques en Argentine.
00:24C'est un virus qu'on retrouve essentiellement en Amérique du Sud, ce qu'on appelle les virus du nouveau
00:28monde, par opposition à l'ancien monde qui est le nôtre.
00:31Et ces virus ont des formes particulières. Lorsqu'ils touchent l'homme, ils ont tendance à donner des syndromes respiratoires
00:38et des troubles extrêmement importants.
00:40Et ils sont limités à un autre qui est un animal, qui est un rongeur, et là-bas c'est
00:45un rongeur spécifique, c'est le rat longue queue.
00:47Un rongeur très spécifique qui vit en Amérique du Sud. Comment le virus passe-t-il chez l'homme ?
00:51Est-ce que c'est ce qui s'est passé là, a priori, à un moment ? Et comment ensuite
00:54se transmet-il d'humain à humain ?
00:56En fait, c'est ce qu'on appelle une zoonose, c'est-à-dire une maladie d'un animal qui
00:59va être transmise aux humains.
01:01Alors elle se transmet dans ce cas-là par les déjections de ces petits rongeurs qui viennent contaminer des lieux.
01:07Alors par exemple, les populations les plus touchées, c'est les gardes forestiers, c'est les gens qui travaillent dans
01:11les égouts,
01:12qui peuvent être en contact avec ces déjections.
01:14Une fois que c'est pour la plupart des antivirus chez l'homme, ça développe une maladie, mais ça s
01:20'arrête là.
01:20Ça ne se retransmet pas à l'homme.
01:22Et il y a un seul antivirus qui se retransmet d'homme à homme, c'est justement l'antavirus des
01:27ondes.
01:27Est-ce que c'est un virus qui se transmet facilement ?
01:30Est-ce qu'il faut un contact prolongé ou est-ce que c'est par la respiration ?
01:33Par quel vecteur est-ce qu'on peut justement transmettre cet antivirus d'homme à homme ?
01:37Alors c'est grosso modo le même vecteur, c'est-à-dire des petites déjections ou des petits produits comme
01:43la salive,
01:44les éternuements, certaines gouttes qui vont venir contaminer.
01:49Mais contrairement au Covid où ça partait dans les aérosols et ça montait dans l'air, il fallait errer,
01:53là c'est très proche.
01:54En gros, c'est à peu près une distance d'environ maximum 2 mètres pour être contaminé avec un temps
01:59de contact de plusieurs minutes.
02:01Donc voilà, ce n'est pas très transmissible, surtout le premier.
02:05Alors le premier cas qui est touché, en général, est capable de transmettre.
02:09Ensuite, ce qu'on appelle les cas secondaires, c'est-à-dire d'homme à homme, la transmission est encore
02:12plus difficile.
02:13Donc c'est-à-dire qu'il se transmet de moins en moins à partir de l'instant T ou
02:17à démarrer l'épidémie.
02:18C'est ça, il est fait pour se transmettre chez les rongeurs, pas chez les hommes.
02:20Vous avez dit les pathologies associées à cet antivirus, donc syndrome de détresse respiratoire relativement aiguë,
02:25et ensuite potentiellement la mort, on dit le taux de létalité, c'est sa capacité à tuer de l'ordre
02:30de 40%.
02:30Le nombre de gens qui meurent une fois qu'ils sont infectés de l'ordre de 40%.
02:34Alors c'est la forme particulière que l'on trouve justement en Argentine.
02:39Et ce virus a une particularité, c'est qu'il va toucher à la fois le sang, il va entraîner
02:43des hémorragies,
02:44mais surtout il va entraîner des troubles respiratoires.
02:47Et ce n'est pas en fait le virus en lui-même, c'est la conséquence de ces troubles respiratoires
02:50qui font que si on arrive à prendre en charge suffisamment tôt ces patients,
02:55en les mettant dans les services de réanimation, on peut potentiellement réduire ce taux de létalité.
02:59Et autre chose qui a été précisé hier lors de la conférence de presse, c'est qu'il n'y
03:02a pas de vaccin aujourd'hui contre cet antavirus-là,
03:05même si on le connaît depuis très longtemps, on soigne aujourd'hui les maladies qu'il provoque,
03:08c'est-à-dire qu'il n'y a pas de vaccin pour s'en prémunir.
03:10Exactement, ce qu'on appelle, on fait du traitement symptomatique, on traite les conséquences,
03:14mais on ne traite pas le virus lui-même.
03:15En 16h46, ici 1h, nous sommes en direct avec Philippe Amouyel, professeur de santé publique à l'université de Lille.
03:22Philippe Amouyel, vous venez de nous décrire le fonctionnement de cet antavirus,
03:26on en parle aujourd'hui parce que des Français se trouvaient sur ce bateau où il y a eu des
03:29contaminations,
03:305 personnes, l'une d'entre elles a été testée positive, elle est actuellement hospitalisée,
03:33il y a aussi des cas contacts, le protocole aujourd'hui c'est l'isolement,
03:37c'est le protocole qui a été choisi, quelque chose qui est justifié ?
03:39Oui, alors en fait l'expérience que l'on a date de 2018-2019, un foyer épidémique en Argentine,
03:4640 personnes touchées, et ce qui a stoppé l'épidémie complètement,
03:49parce qu'on n'avait toujours pas de traitement, c'est l'isolement individuel des patients et des cas contacts,
03:55ce qui a fait chuter complètement le fameux taux de reproduction,
03:58le nombre de personnes que quelqu'un peut contaminer, en dessous de 1, donc stopper l'épidémie.
04:02Donc l'objectif ici c'est d'isoler au maximum à la fois les malades,
04:07mais également les cas contacts qui potentiellement pourraient transmettre.
04:11Avec une possibilité d'épidémie, puisque là en fait on en parle aujourd'hui,
04:16parce que vous l'avez souligné, dans les années 90 on l'identifie,
04:20il y a eu des épisodes en Argentine, désormais sur un bateau,
04:23ça arrive en France ensuite avec des compatriotes que l'on rapatrie,
04:27c'est-à-dire que le virus est sur le sol français pour freiner une épidémie,
04:30c'est l'isolement, c'est efficace, c'est ce qui va nous permettre d'éviter la propagation ?
04:34Oui, il faut relativiser, aujourd'hui en France on a 5 patients qui ont été sur le bateau,
04:39dont un qui est malade, qui est actuellement hospitalisé,
04:43donc voilà, il faut isoler ces patients de la population des gens qu'ils pourraient rencontrer.
04:48On a les cas contacts ensuite, qui sont des cas contacts en fait,
04:51qui sont survenus lors de transports d'autres personnes contaminées du bateau,
04:56par hasard dans un avion, donc il y en a 22 au total,
04:59ceux-là doivent être surveillés, et maintenant ils ont été identifiés,
05:02ils vont pouvoir être isolés également, tout ça pour bien bloquer la diffusion de ce virus éventuel sur le territoire
05:07français.
05:08Et la ministre de la Santé a bien dit hier qu'il n'y avait pas de signe de circulation
05:11actuellement de l'antavirus sur le territoire français.
05:13Hier, lors de cette conférence de presse, l'un de vos collègues a dit,
05:15attention au comparaison, l'antavirus n'est pas le coronavirus, parce qu'on y pense forcément.
05:20Pourquoi ?
05:21Parce que déjà, le coronavirus se transmettait d'homme à homme, c'était une maladie d'homme,
05:24alors zoonose également, ça vient de l'animal,
05:26mais là, le coronavirus, il y a eu plusieurs phases, il y a eu 2003, il y avait le SARS
05:31-CoV-1, puis le SARS-CoV-2,
05:32et donc ces virus sont un peu habitués à l'homme finalement, et ont diffusé dans des populations plus larges.
05:37On a eu un retard d'informations aussi, il ne faut pas l'oublier, ça a commencé en octobre,
05:42on s'en est aperçu en mars 2020,
05:44donc en fait, on n'est pas du tout dans les mêmes circonstances,
05:46pas le même taux de contamination, et surtout pas la même généralisation.
05:51Le CHU de Lille est ce qu'on appelle un établissement de référence,
05:53c'est-à-dire que vous pouvez être amené à accueillir des malades ou des cas contacts au service des
05:57maladies infectieuses,
05:58quand une alerte est émise comme ça par l'OMS,
06:00c'est ça qui s'est passé, alerte de l'OMS,
06:02ensuite ça redescend au niveau des États, l'État français en l'occurrence,
06:05puisqu'il y avait des Français sur ce bateau,
06:07est-ce que vous vous préparez à toute éventualité quand c'est comme ça,
06:11ou est-ce que vous êtes en veille attentive, comme on dit,
06:13est-ce que vous êtes impliqué dans ce qui se passe ?
06:15On a des plans blancs qui mettent en organisation lorsqu'il y a des épidémies,
06:19et autres, ça, mais là on est dans une situation qui est quand même très particulière,
06:22avec des informations qui descendent de la Direction Générale de la Santé vers les ARS, vers les hôpitaux.
06:27La seule hypothèse qu'on aurait là, c'est une demande d'isolement d'un patient qui habite dans notre
06:31région,
06:32et justement le CHU de Lille, avec toute son infrastructure et ses capacités, pourrait justement l'accueillir.
06:36Mais on reste sur un nombre d'effectifs très limité.
06:38Mais ce n'est pas le cas pour le moment, a priori, on ne vous a pas contacté.
06:41Merci beaucoup Philippe Amouyel, professeur de santé publique à l'Université de Lille, au CHU de Lille,
06:45d'avoir accepté notre invitation ce matin sur ICINORP
06:47pour nous aider à décrypter les annonces de ces derniers jours et le fonctionnement de cet antavirus.
06:51Bonne journée à vous.
06:52Merci, bonne journée à vous.
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