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  • il y a 23 heures
Gérard Méauxsoone, président du Tribunal de commerce de Lille, invité d'ICI Nord le 4 mai 2026.

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00:00Bonjour Gérard Méoxon, il y a quelques jours dans un premier bilan de l'année 2025,
00:04vous nous disiez que le nombre d'ouvertures de procédures devant le tribunal de commerce de Lille
00:08était relativement équivalent à ce que vous aviez enregistré en 2024.
00:12Avez-vous déjà une vision sur ce début d'année 2026, les redressements ou les liquidations judiciaires ?
00:17En avez-vous davantage que l'an dernier à la même période ?
00:20Oui, effectivement, fin 2025, nous avions un bilan qui pouvait apparaître assez satisfaisant
00:26avec un nombre de procédures équivalent à 2024.
00:30Malheureusement, des signes avant-coureurs laissaient présager de difficultés plus importantes à venir
00:35et sur le premier trimestre de l'année 2026, on constate une augmentation en nombre d'ouvertures de 15%
00:43par rapport à la même période de 2025.
00:46Ceci correspond à peu près à la moyenne nationale.
00:50Selon l'INSEE, nous avons eu à l'échelle des Hauts-de-France 5000 défaillances d'entreprises
00:53entre février 2025 et janvier 2026, un chiffre qui est en hausse de 2,4%.
00:59Je pense que cela correspond à ce que vous constatez à l'échelle de la métropole lilloise,
01:02puisque c'est le périmètre sur lequel vous agissez.
01:07Oui, alors nous allons au-delà de ce périmètre, puisque en tant que tribunal de commerce spécialisé,
01:12nous exerçons aussi notre activité sur l'ensemble des Hauts-de-France pour des entreprises de taille importante.
01:18Et malheureusement, nous en avons eu quelques exemples depuis le début de l'année.
01:23Vous avez eu les cas qui ont été annoncés, comme l'entreprise ARC, comme les difficultés du groupe Okaidi, par
01:31exemple.
01:32Voilà, des entreprises très importantes.
01:34Et effectivement, ceux-ci, malheureusement, ruissellent sur des entreprises de taille plus modeste.
01:40C'est la question que j'allais vous poser, puisque vous avez cité ARC, Okaidi.
01:43On peut également y ajouter Durizotti, entreprise de Salomine, actuellement en redressement judiciaire.
01:47Quelles sont les entreprises qui rencontrent actuellement des difficultés ?
01:50Est-ce que ce sont tous types d'entreprises, d'entreprises plus grandes, des PME ?
01:54Alors, ce qui est préoccupant, c'est les tailles d'entreprises.
01:58Comme je vous le disais, depuis le début de l'année, nous avons constaté une augmentation des tailles d'entreprises.
02:03Des entreprises avec beaucoup plus de salariés, avec une activité commerciale plus importante.
02:09Ce qui ressort globalement, puisque beaucoup de secteurs sont touchés.
02:12Là, on a parlé du retail de l'habillement, on a parlé également de l'arc international de la consommation.
02:18Vous avez cité Durizotti dans le secteur de l'automobile.
02:21C'est que nous faisons face quand même à une crise dans la consommation.
02:26Alors, l'ensemble des difficultés qu'on rencontre depuis plusieurs années,
02:29qu'elles soient politiques ou géopolitiques, le climat d'incertitude,
02:33a fait que les consommateurs sont à des niveaux d'épargne extrêmement importants
02:39et sont frileux pour investir, pour consommer.
02:43Et ceci se ressent dans l'ensemble des filières commerciales.
02:46C'est la consommation la cause principale de ces difficultés,
02:49plus que l'augmentation des prix de l'énergie,
02:51qui peuvent correspondre à une hausse des charges pour les entreprises,
02:54plus que l'incertitude politique.
02:55On a eu la dissolution de l'Assemblée nationale récemment.
02:58C'est la consommation, avant toute chose, selon vous, la cause de ces difficultés ?
03:01Alors, la consommation, effectivement, est un des grands facteurs.
03:05Mais cette crise de la consommation, elle est la conséquence des autres crises.
03:08C'est l'incertitude, c'est la crainte, c'est le pouvoir d'achat.
03:13Vous venez de citer l'énergie, c'est assez récent.
03:17Les problèmes de l'énergie commencent à arriver,
03:21et en cascade, arriveront probablement au tribunal.
03:24Mais jusqu'à présent, c'était plutôt l'ensemble du climat d'incertitude
03:29qui créait cette crise de la consommation.
03:327h46, ici Nord, et nous sommes en direct avec Gérard Méoxon,
03:36le président du tribunal de commerce de Lille.
03:38Gérard Méoxon, nous avons parlé avec vous de ces grandes entreprises
03:41que vous voyez arriver au tribunal de commerce de Lille.
03:43Les artisans, la Chambre régionale des métiers de l'artisanat,
03:46a publié ces derniers jours une étude.
03:4814% des artisans interrogés évoquent un risque de procédure individuelle,
03:52redressement ou liquidation judiciaire d'ici la fin de l'année.
03:55Est-ce que vous en voyez déjà arriver en ce début d'année ?
03:58Alors oui, bien sûr, les petites entreprises, les TPE ou des PME,
04:04sont toujours, je dirais, la masse la plus importante que nous avons à traiter.
04:10Ce qu'il faut bien savoir, c'est que cette situation n'est pas inéluctable.
04:14Et que pour ces petites entreprises, comme pour les grosses que nous venons de citer,
04:18il existe des procédures de prévention qui peuvent leur permettre de passer des capes difficiles.
04:23Ces procédures de prévention leur sont ouvertes.
04:25Et il ne faut pas hésiter à venir en parler, à discuter par exemple avec des cellules de prévention
04:32ou au tribunal, avec moi-même, dans des entretiens strictement confidentiels
04:36pour essayer de trouver les outils qui leur permettent de surmonter ces passages difficiles.
04:40Quels sont les outils, justement, que vous avez à votre disposition au tribunal de commerce de Lille
04:43en cas de difficulté pour n'importe quel type d'entreprise ?
04:47Alors au-delà des procédures collectives, qui sont également un soutien à l'entreprise,
04:51le redressement judiciaire, qui permet d'étaler ces dettes sur des périodes assez longues, jusqu'à 10 ans.
04:58En amont, il existe les procédures préventives.
05:01Ce ne sont pas des procédures collectives, ce sont des procédures strictement confidentielles
05:06qui permettent à l'entreprise d'avoir l'assistance d'un professionnel du droit et du chiffre,
05:13des administrateurs judiciaires qui sont nommés par moi-même,
05:17mandataires ad hoc ou conciliateurs, et qui vont aider l'entreprise
05:20à restructurer leur endettement.
05:23Et ceci au sens large, c'est-à-dire à la fois leur endettement bancaire, financier,
05:27également l'endettement social, quand il existe,
05:31et voire d'obtenir également des soutiens qui ont été mis en place avec la région depuis quelques années.
05:36Ce sont des fonds de premier secours, ce sont des prêts qui sont accordés par la région,
05:41dans des conditions encadrées, évidemment,
05:43mais qui permettent à l'entreprise de retrouver de la trésorerie
05:46pour l'aider à surmonter des capes difficiles.
05:48Ce mandat ad hoc, plus précisément, c'est effectivement un administrateur que vous nommez,
05:52qui va renégocier des prêts, qui peut obtenir des étalements de charges sociales,
05:56ce sont des procédures qui sont efficaces,
05:57qui permettent d'éviter d'aller plus loin au redressement judiciaire,
06:01et in fine à la liquidation judiciaire.
06:03Alors statistiquement, leur efficacité n'est plus à démontrer,
06:07puisque les taux montrent que dans 70% des cas,
06:12on trouve des solutions et on sort de ces procédures
06:15avec des accords de conciliation,
06:18avec des homologations d'accords,
06:20qui permettent à l'entreprise de redémarrer.
06:22Quand on passe en procédure collective,
06:24la proportion est inversée.
06:25Donc l'efficacité, bien sûr,
06:27elle est extrêmement plus importante.
06:29Cela vérifie, encore une fois,
06:31le proverbe mieux vaut prévenir que guérir.
06:33Cela fonctionne aussi pour le monde des affaires.
06:36Merci beaucoup Gérard Méoxon,
06:37président du tribunal de commerce de Lille,
06:39d'avoir accepté notre invitation ce matin
06:41pour nous expliquer ces différents dispositifs
06:43que vous avez à votre disposition.
06:44Bonne journée.
06:45Merci beaucoup.
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