00:00Faut-il s'inquiéter de l'antavirus ? On en parle ce matin avec notre invité Anne.
00:03Oui, on est avec Emmanuel Forestier, le chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de Chambéry.
00:07Bonjour.
00:08Bonjour.
00:08Alors en France, le premier cas d'antavirus a été détecté.
00:12Il s'agit d'une passagère française rapatriée dimanche du bateau de croisière MV Ondius.
00:17Elle a été testée positive à l'antavirus à Paris.
00:19Le premier ministre Sébastien Lecornu a reçu hier soir à Matignon des épidémiologistes pour faire le point sur la situation.
00:26Bon, il y a comme un air de déjà-vu et forcément c'est une question que tout le monde
00:31se pose.
00:32Est-ce que dans quelques temps, on va tous se retrouver confinés à nouveau ?
00:36Alors, on a appris à être humble avec le Covid, donc on était déjà humble avant.
00:41Ceci dit, on peut vraiment avec certitude dire que non, on n'a pas d'inquiétude sur un risque d
00:47'épidémie à grande échelle.
00:48C'est un virus qui se transmet d'une personne à l'autre, mais qui se transmet beaucoup moins facilement
00:51que ce que se transmettait le SARS-CoV-2.
00:54Donc non, pas d'inquiétude à avoir.
00:55Oui, justement, l'une des grandes différences, c'est que cette fois, c'est un virus qu'on connaît déjà.
01:00Alors, qu'est-ce que vous pouvez nous en dire et quels sont les symptômes ?
01:03Effectivement, c'est un virus qu'on connaît maintenant depuis une quarantaine d'années.
01:06Il y a eu une très belle publication en 2020 dans le journal de référence dans le Monde sur la
01:10plus grosse épidémie avec ce virus,
01:12qui était de 34 personnes, vous voyez, avec une transmission qui s'était faite, mais dans des conditions très particulières.
01:18Alors, c'est un virus de la famille des antavirus.
01:21On a des antavirus en Savoie, mais pas le même, beaucoup moins grave.
01:24Les antavirus qui viennent d'Amérique du Sud, en effet, donnent des atteintes respiratoires,
01:28ce qui explique aussi qu'ils se transmettent de personne à personne avec des formes beaucoup plus graves que ce
01:32qu'on voit avec nos virus de Savoie.
01:35On a un taux de mortalité entre 30 et 50% dans le cadre de ces infections antavirus venant d
01:41'Amérique du Sud.
01:41Et ça explique donc l'impact que ça a eu dans le contexte de cette croisière.
01:45La plupart de ces antavirus se transmettent des animaux vers les hommes, mais là, celui qui a été détecté, c
01:51'est un cas particulier des hommes vers les hommes, et ça, c'est plutôt rare.
01:54Oui, c'est ça. En fait, il se transmet au départ. C'est quand même un virus qui est porté
01:58par des rongeurs,
02:00qui ont transmis, en fait, via les déjections qui peuvent projeter dans l'air à un humain.
02:05Et cet humain a transmis à d'autres personnes dans des conditions très particulières, puisque sur un bateau, on vit
02:11de manière très rapprochée.
02:13Alors, ça se transmet moins rapidement que le coronavirus, mais par contre, c'est plus mortel ?
02:18Exactement. C'est un virus beaucoup plus grave. Le coronavirus, on était autour de 2% de mortalité.
02:23Là, on est plutôt sur un virus qui tue 30 à 50% des malades. Et donc, c'est effectivement
02:28un virus particulièrement sévère.
02:30Ici Pays de Savoie, il est 7h49. Emmanuel Forestier, le chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de
02:35Chambéry, est notre invité.
02:36Alors, le problème, c'est que, si je ne me trompe pas, il n'y a pas de traitement, pas
02:39de vaccin.
02:40Oui, comme beaucoup d'infections virales, on n'a pas d'autre moyen que de traiter les symptômes induits par
02:45l'infection liée à ce virus.
02:48Donc, si les symptômes sont légers, on donne du paracétamol.
02:50Mais malheureusement, encore une fois, il y a des cas beaucoup plus graves qui nécessitent des soins en réanimation.
02:55Et pour l'instant, la solution, c'est l'isolement des personnes détectées et des cas contacts ?
03:00Voilà, c'est ça le plus important. C'est repérer les personnes qui ont pu être en contact avec les
03:04malades,
03:05qui peuvent être en phase d'incubation de la maladie, sachant que celle-ci est particulièrement longue.
03:09On est sur une incubation qui peut durer jusqu'à 6 semaines, ce qui peut expliquer qu'on aura encore
03:14des nouveaux cas
03:14qui vont apparaître dans les semaines qui viennent.
03:16Et ce qui explique aussi qu'on a pris des mesures particulièrement importantes pour les patients qui étaient contacts,
03:21qui sont mis là à l'isolement.
03:23Et avec ça, normalement, on doit pouvoir arriver à contrôler l'épidémie
03:28en isolant ces patients en phase d'incubation
03:31pour éviter qu'au moment où ils commencent à être malades, ils diffusent le virus autour d'eux.
03:35Quand vous voyez justement la manière dont sont traités les premiers cas,
03:39est-ce que vous dites qu'on a bien tiré des enseignements du Covid ?
03:43Alors, sur la gestion globale, effectivement, en termes d'alerte,
03:46je pense qu'on est tous bien sensibilisés, on est tous, voilà, vu l'expérience du Covid un peu meilleure,
03:53enfin même bien meilleure.
03:55Néanmoins, c'est intéressant de se dire qu'en fait, le système de santé français était préparé à ce type
03:58de phénomène avant le Covid.
04:00Et c'est ça d'ailleurs qui nous a pris un peu en défaut au moment du Covid,
04:02c'est qu'en fait, on était prêt à accueillir des patients,
04:05deux, trois patients bien identifiés sur une maladie particulièrement grave.
04:08On n'était pas prêt, avant le Covid, à identifier des milliers de patients qui arrivent d'un coup
04:12avec des symptômes un peu bannaux en fait.
04:16Et c'est ça qui nous a pris de court au moment du Covid.
04:17Là, on est vraiment dans des choses qu'on maîtrise beaucoup mieux,
04:20d'autant plus qu'encore une fois, c'est un virus qu'on connaît bien,
04:22avec des publications scientifiques anciennes qui existent.
04:25C'est un virus qui mute très peu.
04:26Donc, on ne s'attend pas à avoir de mauvaises surprises,
04:28même si encore une fois, il faut être prudent et on va apprendre plein de choses à l'occasion de
04:32cette nouvelle épidémie.
04:33Donc, si jamais il y a des cas contacts en Savoie, à l'hôpital de Chambéry,
04:37ou des cas positifs, d'ailleurs, à l'hôpital de Chambéry, vous êtes prêt ?
04:41Alors, encore une fois, avec toute la prudence qu'il faut avoir,
04:44mais normalement, on est en effet prêt à identifier ces patients-là.
04:49Et le cas échéant, on devra alerter les autorités sanitaires.
04:52Et sans doute que ces patients ne resteront pas à l'hôpital de Chambéry,
04:55mais seront transférés dans nos établissements de référence,
04:57et en particulier le CHU de Lyon,
04:59qui est notre établissement dans lequel on doit transférer ce type de patients.
05:04Oui, puisque la particularité, là aussi, il y a eu un renforcement de l'isolement,
05:07avec désormais, les personnes en quarantaine doivent être hospitalisées.
05:12Exactement.
05:12Là, le Premier ministre a pris un décret hier,
05:15qui impose à ces personnes de rester hospitalisées,
05:18ce qui n'est pas la loi habituellement.
05:19Mais là, dans ce contexte particulier,
05:21cette mesure a été prise pour pouvoir surveiller le mieux possible les patients,
05:25enfin, ceux qui ne sont pas encore des patients,
05:26mais ces personnes qui pourraient le devenir,
05:28et qui pourraient, du coup, transmettre le virus et diffuser l'épidémie.
05:31Si je résume par, pas de panique, mais on reste vigilant, est-ce que c'est bon ?
05:34C'est très bien.
05:35Merci beaucoup, Emmanuel Forestier,
05:37chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de Chambéry,
05:40d'avoir été notre invité ce matin.
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