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  • il y a 3 jours
Il a été champion de hip-hop, producteur de concerts géants et chorégraphe de France Gall, mais la politique a toujours été présente dans sa vie, d'une manière ou d'une autre.
Steevy Gustave siège au groupe Écologiste à l'Assemblée.

Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !

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Transcription
00:00Il a été champion de hip-hop, producteur de concerts géants et chorégraphe de France-Galle.
00:05Mais la politique a toujours été présente dans sa vie, d'une manière ou d'une autre.
00:09Mon invité siège aujourd'hui au sein du groupe écologiste à l'Assemblée.
00:26Bonjour, Stevie Gustave.
00:28Bonjour.
00:28Je vous avoue que je ne m'attendais pas à recevoir un jour dans La Politique et moi un ancien
00:32champion de hip-hop.
00:34Et pourtant, c'est bien le hip-hop qui a déclenché votre premier engagement.
00:37C'était un engagement associatif à l'époque auprès de jeunes de votre ville à Bretigny-sur-Orge au début
00:42des années 90.
00:45C'est Stevie, un grand Bretigny qui les entraîne.
00:48Chaque jeune a une énergie en soi.
00:50Et c'est maintenant qu'il faut la canaliser cette énergie.
00:53Et la transformer en énergie positive.
00:55Pour qu'ils grandissent dans quelque chose de sain et qu'ils voient autre chose que le béton, les cités,
01:01les problèmes des parents, les problèmes à l'école.
01:03Nous faisons partie de la nouvelle association qui a pour but et qui a pour seule ambition de vous montrer
01:09le bon côté de notre mouvement.
01:13Quand on entend l'ancien prof de hip-hop, on a l'impression que déjà, à l'époque, vous faisiez
01:20de la politique d'une certaine façon.
01:21Oui, je pense que...
01:22Vous chantiez, vous dansiez et vous faisiez de la politique.
01:24Oui, je pense que...
01:25Là, on vous voit dans vos œuvres.
01:28C'est marrant de voir, j'avais les cheveux courts.
01:31Oui, je pense que la politique a toujours été en moi, au sens noble du terme, au cœur de la
01:37cité.
01:39J'avais cette association qui était Danse contre délinquance, où j'entraînais les gamins à danser plutôt qu'ils aillaient
01:44faire des bêtises.
01:45Il y avait du soutien scolaire et c'était devenu, à Bretigny, une très, très grosse association.
01:52Votre discours, il était très structuré, c'est-à-dire que vous aviez déjà une conscience politique à l'époque
01:58?
01:58Mon but était de montrer, par le biais de la danse, le chant, l'art, qu'on était capable de
02:04faire autre chose.
02:04Et à cette époque, c'était Voix-en-Velin, c'était les cités qui brûlaient.
02:09Et moi, je voulais montrer, j'ai fait plein d'émissions de télé à l'époque, le côté positif de
02:15ces quartiers.
02:16Alors, cette passion pour le hip-hop, elle est née chez vous quand vous étiez ado, en regardant une émission,
02:21une émission qui est un peu rentrée dans l'histoire, sur TF1, ça s'appelait HIP, HOP, incarné par Sidney.
02:28Alors, vous dites, cette émission m'a sauvé la vie. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
02:32En fait, dans les années 80, le hip-hop débarque en France avec Sidney.
02:39Et moi, je viens d'être apatrié de Djibouti. Mon père est décédé en service commandé.
02:45Il était dans l'armée française.
02:46Dans l'armée française. Donc, ma mère était veuve à 36 ans, on est cinq frères et sœurs.
02:50Je me suis pris de passion pour cette danse et je pense que ça a sauvé ma vie.
02:54J'avais une nouvelle famille. J'avais quelque chose qui me tenait. J'aurais pu...
02:58Mal tourné, peut-être ? C'est ce que vous pensiez.
03:00Je pense, oui.
03:00Et alors, la politique, elle est venue vous percuter quelques années plus tard, sans que vous n'ayez rien demandé.
03:05C'était en 1995.
03:06À l'époque, vous avez déposé plainte contre le maire de votre ville, Jean de Bois-Hu.
03:11Une plainte contre le livre qu'il venait de publier, alors qu'il venait d'être nommé secrétaire d'État
03:17dans le gouvernement d'Alain Juppé.
03:19On va revoir un extrait du JT de TF1.
03:23Jean de Bois-Hu, également secrétaire d'État à l'enseignement supérieur, s'est lancé dans l'écriture et certaines
03:29de ses formules sont considérées par ces jeunes comme des injures raciales.
03:33Stevie Gustave a reconnu l'histoire de son père dans ce roman. Dans le chapitre « Le F3 » de
03:39l'oncle Tom, il a porté plainte.
03:42Le bandiosar, avec sa casquette de travers, avec son jean large, il emmène un ministre à nos tables, comme il
03:47le dit dans son bouquin, devant les tribunaux.
03:49Il va me rendre justice, il va rendre justice à ma famille, il va rendre justice, comme je vous dis,
03:53aux Noirs, aux Arabes, aux Juifs qui sont cités dans son livre-là.
03:56Il faut qu'il rende des comptes à toute cette communauté.
03:58Alors, un jeune de banlieue qui fait un procès à un secrétaire d'État, un procès pour injure raciale, on
04:03en a beaucoup parlé dans les médias à l'époque.
04:05Qu'est-ce que vous reprochiez exactement à Jean de Bois-Hu ?
04:07C'était vraiment le pot de terre contre le pot de fer.
04:09Bien. En 89, quand on fait le championnat d'Europe, de hip-hop, j'avais besoin d'une salle plus
04:14grande.
04:14Donc, j'envoie un courrier au maire en lui demandant une salle, il ne me répond pas.
04:18Et donc, je trouve une émission, l'émission « C'est pas juste ».
04:21Et je dénonce le fait que le maire ne veut pas me donner de trucs, alors qu'il y a
04:23plein de jeunes qui se droguent, qui font plein de bêtises.
04:25Moi, j'avais un côté très positif.
04:27Et donc, il vient avec moi dans l'émission « C'est pas juste » et j'ai ma salle
04:30de danse.
04:31Et en 95, Jean de Bois-Hu est nommé secrétaire d'État d'Enseignement supérieur.
04:36Et c'est toujours bien, quand on est sous-ministre, d'écrire un bouquin sur la banlieue.
04:40Et donc, ce livre « Banlieue Mon Amour » est sorti.
04:43Et puis, j'ai une voisine qui l'avait acheté et qui me dit « Écoute, il y a quand
04:47même des coïncidences avec ta vie et celle de Tom, puisqu'il m'appelle Tom. »
04:50Je lui dis « Écoute, montre-moi le livre, je lis. »
04:53Et c'était votre histoire, celle de votre famille ?
04:55Mon père est mort loin sous une frontière africaine, mon père est mort à Djibouti.
04:59Sa mère n'aurait rien à redire, trop prise qu'elle était avec une longue lignée, on est cinq enfants.
05:04Une balle a percé son nez épaté, mon père était noir, mort en service commandé.
05:09S'il n'avait pas eu l'idée de mettre une paire de chaussures, je crois que c'est ça,
05:12il ne serait jamais devenu soldat.
05:14Donc, il y a 31 coïncidences à peu près entre celle de Tom et moi-même.
05:18Et à la fin, il dit « Tom a cafeté, le maire n'aime pas la danse, il trouvera un
05:21tribunal d'enfants, l'émission c'est pas juste. »
05:22Et donc là, vous lui intentez un procès, vous gagnez en première instance, vous perdez en appel.
05:26Ça a été un moment important pour vous malgré tout ?
05:29On parlait de la mémoire de mon père.
05:31J'avais 25 ans, on ne touche pas au père.
05:34C'est votre passion pour le hip-hop qui vous a fait rencontrer France Gall, cette chanteuse française.
05:39On s'éloigne un peu de la politique là, mais quel a été votre rôle à ses côtés ?
05:44Au départ, je suis embarqué, elle était marraine d'une association qui s'appelait Droite Cité.
05:51Et on était une cinquantaine, nous on était déjà intermittents du spectacle.
05:55Elle nous appelait les gosses beaux, les beaux-gosses, on mettait des heures à se préparer.
05:59Et on a embarqué avec elle sur Bercy, c'est après le décès de Michel Berger.
06:03Et même si ce n'était pas mon univers France Gall, musical, les mélodies de Michel Berger sont magnifiques, on
06:10peut les réadapter.
06:13Et donc on était...
06:14Vous dansiez pour elle sur scène, c'est ça ?
06:16J'étais sur scène avec elle et après je suis devenu son chorégraphe.
06:19Son chorégraphe ?
06:20Oui.
06:20Et après on est passé de 50 à 4 et on l'a accompagné sur beaucoup de spectacles.
06:27Et puis on a eu de la chance de travailler avec les musiciens Prince de Stevie Wonder pour le petit
06:32gars de banlieue que j'étais.
06:34C'était magnifique.
06:35Et puis il y avait quand même ce côté politique, puisque France Gall fait partie de cette team, si je
06:40peux me permettre, avec Michel Berger, avec Daniel Balavoine, ou Coluche.
06:45C'était des gens qui m'inspiraient politiquement et qui faisaient des choses humanitairement.
06:49Et alors votre carrière de danseur s'est arrêtée, je crois, après une blessure du genou.
06:52Là vous êtes devenu producteur de spectacles et de concerts, mais alors des concerts engagés.
06:55C'était des concerts contre le racisme, contre l'homophobie, des concerts de soutien aux migrants.
07:00C'est-à-dire que là encore la musique était une façon pour vous de faire de la politique ?
07:03Pour moi, dans tout mon parcours, l'art, c'est de la politique.
07:08C'est le seul moyen où on peut réunir plein de gens et les faire vibrer tous ensemble.
07:15Vous avez été donc adjoint au maire de Bretigny en 2008, vous êtes présenté aux législatives en 2012.
07:19Et alors j'ai découvert qu'en 2015, vous avez fait partie du cabinet de Christiane Taubira quand elle était
07:24garde des Sceaux.
07:25C'était quoi votre rôle exactement ?
07:27En fait, j'étais chargé de mission auprès de la ministre.
07:31Il y a mon fils.
07:32Et vous ?
07:33Je suis chargé de mission auprès de la ministre sur les personnes placées sous main de justice.
07:39En fait, je développais la culture en détention.
07:42Et j'ai accepté cette mission en janvier 2015, puisqu'il y a eu Charlie Hebdo.
07:51Et moi, j'étais ami avec Charbé Cabu.
07:55Et la légende du colibri, j'avais envie de faire ma part dans cette mission, j'ai connu après les
08:00attentats du Bataclan, les mêmes salles où je faisais mes concerts.
08:04Et voilà.
08:05Le fil rouge de votre parcours, à la fois artistique et politique, vous l'avez dit, c'est la lutte
08:09contre le racisme.
08:10Mais alors, la lutte en mode SOS racisme.
08:12On en parlait, vous avez fait des concerts de soutien à SOS racisme.
08:1513 années 80, j'ai envie de dire.
08:17Est-ce que cette forme de lutte contre le racisme, elle n'est pas un peu dépassée aujourd'hui ?
08:21Est-ce qu'elle est encore adaptée à ce qu'est devenue la société française ?
08:24Non, je pense qu'aujourd'hui, chacun lutte à l'aune de sa communauté.
08:31Les musulmans vont parler d'islamophobie, les noirs de négrophobie, les juifs de lutte contre l'antisémitisme.
08:38Moi, je suis tout ça.
08:39Je revendique le lien avec SOS racisme et c'est ce vivre ensemble qui m'intéresse.
08:47C'est au nom de votre combat contre le racisme que vous êtes présenté aux législatives en 2024 et que
08:51vous avez été élue.
08:53Mais alors, votre victoire, elle a été ternie par une remarque raciste le premier jour, votre premier jour à l
09:00'Assemblée.
09:02Remarque prononcée par un député.
09:04Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ?
09:05C'est un député qui vous...
09:06C'était les cinq premières minutes, vraiment.
09:08C'était mon bizutage.
09:10J'étais en train de discuter avec des députés corse.
09:13Et on parlait de nos îles respectives, Martinique, Cap-Vert.
09:16Et il y a un député qui arrive et qui me dit, t'es député, toi ?
09:21Et donc, je lui raconte ma vie, je suis un grand bavard.
09:25Et il me dit, t'es député ?
09:28Et donc là, on sent le malaise avec mes collègues corses.
09:32Et il me dit, coupe-toi les cheveux.
09:36Vous n'avez jamais voulu donner le nom de ce député ?
09:38Non, non, parce que je me suis expliqué avec lui.
09:41Et je ne voulais pas que ça fasse...
09:45Mes amis corses se sont occupés de lui.
09:49Et non, je n'avais pas envie que ce soit le début de mon mandat.
09:53Votre coupe de cheveux, elle dit aussi à ceux qui ne se sentent pas forcément représentés à l'Assemblée.
09:58Regardez, je suis comme vous et je suis député.
10:01C'est ce que vous appelez l'effet miroir.
10:04Exactement.
10:04Qui a joué dans votre vie aussi avec l'émission HIP, HOP.
10:08Est-ce que ce n'est pas difficile aussi à assumer ?
10:10Parce que ça ne vous met pas une pression particulière.
10:12Vous avez vu la tête que j'avais avec les cheveux courts, toutes les coupes que j'ai eues.
10:17En fait, en 99, quand j'arrête la danse à cause de mon genou,
10:22je suis à Château-Vallon, je fais un salto et je ne tombe pas, mais je sens une douleur.
10:27Et il y a le décès de la fille de France quelques temps avant.
10:32Et en fait, je décide d'arrêter la danse.
10:35Je suis encore jeune, j'ai 29 ans.
10:38Et donc, je suis au Sénégal avec elle, sur la photo où j'ai l'afro.
10:43Et je suis pendant une semaine là-bas.
10:45Et des rastas africains, les by-files, me mettent plein de produits.
10:48Je dis, allez, je vais jouer mon Robinson Crusoe.
10:50Enfin, plutôt vendredi qu'au Robinson.
10:52Et donc, mes cheveux s'emmêlent.
10:54Et mes locks signifient la fin de ma carrière de danseur.
10:58Donc, je ne l'ai jamais vu comme un truc que je devais mettre en avant.
11:04Ça fait partie de ma personnalité.
11:05Aujourd'hui, c'est presque un totem.
11:07Parce que les gens me reconnaissent, encore tout à l'heure, quand j'ai pris le RER,
11:09les gens me reconnaissent avec ce look.
11:12Oui, c'est cet effet miroir où je ressemble à tout le monde.
11:16Et d'ailleurs, je suis monsieur tout le monde.
11:17Mais est-ce que ça vous met une pression particulière par rapport à...
11:20Tous les matins, je me lave.
11:21Ceux qui ne se sentaient pas représentés jusqu'à présent à l'Assemblée et qui vous voient, vous, dans votre
11:27mandat de député.
11:27Comment vous vivez ça ?
11:28C'est très bien que vous posez cette question.
11:31Je le prends...
11:32Vous savez, c'est triste.
11:33Moi, je suis métisse.
11:34Je ne choisirais pas entre mon père et ma mère.
11:36Je suis métisse de métisse au carteron.
11:38J'ai vraiment plein d'origines différentes.
11:39Je suis vraiment quelqu'un qui va se battre contre toutes les formes de racisme et autres.
11:45Mais quand je vois...
11:46Avant, quand je voyais quelqu'un issu de la diversité à la télé, je regardais avec passion et en même
11:53temps, presque en lui disant « s'il te plaît, sois bon ».
11:55Parce que si tu es mauvais, tu fermes la porte pour quelques années encore.
12:00Donc, j'essaye...
12:01Être bon en tant que député.
12:03En toute modestie.
12:04Je fais partie des députés les plus présents à l'Assemblée.
12:06J'essaye de faire mon travail et d'essayer de le faire bien.
12:10On va conclure l'émission avec notre petit quiz habituel.
12:12Vous allez donc devoir compléter les phrases que je vais vous proposer.
12:16Si j'étais devenu ninja, c'était votre rêve, je crois ?
12:19On faisait très fort.
12:22Oui, avant de faire de la danse, mon grand frère faisait du karaté.
12:25Et je faisais du karaté.
12:26J'étais fou de nunchaku et fou de brusti.
12:30Donc, c'est pour ça que j'ai fait beaucoup, beaucoup d'acrobatie.
12:32Le plus grand fan de hip-hop à l'Assemblée, en dehors de vous, parmi les députés ?
12:38Karl Olive.
12:38Karl Olive, ah oui, je ne savais pas.
12:40Karl Olive, parce qu'il faisait partie, il le cache bien, mais il faisait partie des groupes dans le 78.
12:49Voilà, je t'ai balancé, Karl.
12:51Enfin, si je suis élu maire de Bretigny un jour, ça reste votre rêve ou pas ?
12:55Oui, pendant très longtemps, c'était le Saint-Grage.
12:59C'était presque une mission.
13:00Quand j'étais petit, les gens m'appelaient monsieur le maire.
13:03Je suis devenu député.
13:05Je suis très fier.
13:05Mes petites filles diront, mon grand-père était député.
13:08Peut-être que ça peut s'arrêter là et je reprendrai la production.
13:11Merci beaucoup, Stevie Gustave, d'être venu dans La Politique et moi.
13:14Merci à vous.
13:14Le ninja, vous êtes très fort.
13:34Merci à vous.
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