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Transcription
00:00Une sœur de plainte, c'est un peu une co-victime,
00:02c'est-à-dire quelqu'un qui a été victime d'une agression du même bourreau que soi.
00:07C'est quand il y a eu une action judiciaire de la part d'une des co-victimes.
00:11Quand on apprend qu'on n'est pas la seule victime,
00:14il peut y avoir une part de soulagement, de se dire
00:16« on va pouvoir s'épauler, on va pouvoir y aller ensemble ».
00:19Ça expose aussi un sentiment terrible de se dire déjà « il y a eu d'autres victimes ».
00:23Ça peut aussi procurer un énorme sentiment de culpabilité,
00:27de se dire « et si j'avais parlé plus tôt ? ».
00:29Il y a quelque chose de l'ordre d'un lien qu'on n'a pas choisi,
00:31qui est d'une force tout de suite très troublante,
00:34qui incarne un peu, je pense, le summum de la sororité.
00:38J'ai des sources qui me racontent qu'elles partent en vacances ensemble,
00:40qu'elles se sont tatouées des choses pour penser les unes aux autres.
00:43J'ai quand même des sources qui sont allées en groupe
00:45jusqu'à obtenir des excuses officielles du pape dans les appartements du pape.
00:50Tout ensemble, voilà 60 ans après l'effet, on ne se sent plus seul,
00:53on est comprise immédiatement.
00:54Et d'un autre côté, c'est une relation qui peut amener des complications
00:57sur le plan intime comme judiciaire.
01:00Il y en a qui sont prêtes à aller au combat,
01:01à déposer plainte, à se battre pour faire condamner l'agresseur.
01:04Parfois, il y en a d'autres qui ont vraiment, au contraire, besoin de recul,
01:08de moins penser à ça, de se concentrer sur d'autres parties de leur vie.
01:11Et c'est complexe parce qu'on a besoin les unes des autres
01:14pour crédibiliser notre parole,
01:15et ça donne espoir qu'il y ait une condamnation.
01:18Car on sait que les chiffres sont très faibles,
01:2094% de classement s'ensuit dans les plaintes pour viol.
01:22C'est absolument pas si simple.
01:25Il y a beaucoup d'histoires dans lesquelles il n'y a pas de condamnation à la fin.
01:28En dépit du fait qu'il y a plusieurs co-victimes
01:30qui ont déposé plainte ou qui ont déposé leur témoignage devant la justice,
01:34il y a des frères de plainte, il ne faut pas l'oublier.
01:36Il y a certains obstacles propres au genre masculin.
01:39Je pense aux injonctions liées à la virilité,
01:41moins se confier, de ne pas être dans une position de vulnérabilité,
01:46et donc révéler qu'on a été victime,
01:47ça peut empêcher de faire groupe.
01:49La relation de sœur de plainte est un déclencheur.
01:51Souvent, en fait, on rentre en combat,
01:54non pas pour soi, mais pour sa sœur de plainte.
01:56Et c'est ce qui s'est placé, je pense,
01:58je ne veux pas parler à sa place,
01:59mais pour Clara, ma sœur de plainte,
02:01puisque ce qu'il a décidé à déposer plainte,
02:03c'est le fait que la mienne de plainte ait été classée sans suite.
02:07Raconter mon histoire, ça faisait partie d'un pas journalistique.
02:10Un journaliste devrait avoir de la distance par rapport à son sujet,
02:14à ses sources.
02:15Mais pour parler des violences sexuelles,
02:16je pense que la seule et bonne manière d'en parler auprès de victimes,
02:21c'est une méthode où peut-être on se livre un peu plus soi-même aussi.
02:25Une de mes sources, justement,
02:26avec qui j'avais un petit peu franchi cette barrière de proximité,
02:30quand elle a lu le livre,
02:31elle m'a dit,
02:33Alizé, vraiment désolée,
02:35je suis navrée,
02:36parce que toutes nos heures de discussion,
02:37pendant ces deux années d'enquête,
02:39à aucun moment,
02:40je me doutais de ce que tu avais vécu toi.
02:43Et désolée de ne pas avoir pris soin de toi,
02:44comme toi, tu as pris soin de nous.
02:46Et je me suis dit, ben voilà.
02:47J'ai partagé, mais en restant dans un cadre.
02:49Et en même temps,
02:51elle s'est sentie écoutée.
02:52Et c'est ce qui compte pour moi.
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