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  • il y a 20 heures
Bientôt trois semaines après le cessez-le-feu obtenu au terme de 40 jours de combats entre l'Iran et Israël allié aux États-Unis, le président russe a assuré au chef de la diplomatie iranienne que son pays ferait "tout" pour aider à ramener la paix au Moyen-Orient. Au Liban, des frappes israéliennes ont fait quatre morts, malgré le cessez-le-feu.

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00:00Américains et Iraniens semblent au point mort. Comment les faire reprendre ? Comment inclure le nucléaire comme le veut Trump
00:05?
00:05Et déjà, comment renouer avec les Iraniens ? On va en parler avec vous. Bonjour Jacques-Odhibert.
00:09Bonjour.
00:09Ancien conseiller diplomatique de François Hollande, vous avez négocié pour la France l'accord sur le nucléaire de 2015, qui
00:15depuis a été déchiré.
00:16On voulait d'abord votre réaction à ce message, à son réveil de Donald Trump. Vous allez voir ce qu
00:21'il a écrit.
00:21Il veut absolument que le nucléaire fasse partie de l'accord. Il trouve les Iraniens trop lents.
00:26« Fini de jouer les gentils », en majuscules, en gras, et avec cette photo au cas où on n
00:31'avait pas compris le message.
00:32Oui, c'est à peu près le contraire de ce qu'il faut faire. C'est-à-dire qu'il
00:35faut être maintenant sérieux, il faut être très volontaire,
00:39il faut être ferme avec les Iraniens, mais avoir des demandes très précises, les faire défendre par des professionnels,
00:44auprès de professionnels iraniens si possible. Et ce genre de geste, je ne sais pas pour qui c'est.
00:50Est-ce que c'est pour son électorat ? Est-ce que c'est pour lui-même ? Je crois
00:53qu'il a fait ça à 4h du matin.
00:54Le problème, c'est que les Iraniens le voient aussi. Et eux, ils le reçoivent comment ?
00:57Eux, c'est le contraire de ce qu'il faut faire. Vous savez, les diplomates, leur travail, c'est de
01:02gérer le côté technique
01:04et de gérer aussi l'ego des chefs. Quand un chef a un ego comme celui-là et qu'il
01:09s'attaque à l'ego des chefs iraniens,
01:12comment voulez-vous progresser ? Donc c'est extrêmement difficile.
01:15Ce genre d'initiative, est-ce que c'est pour faire plaisir à son électorat ? Je ne sais pas.
01:21Quels intérêts ça peut servir de se montrer comme ça d'une manière qui est quand même un petit peu
01:25grotesque ?
01:26Vous dites qu'il faut des demandes précises. Et c'est peut-être ça le problème avec Donald Trump.
01:29Au début, il ne parlait que d'Hormuz. La priorité, c'est libérer le Détroit.
01:33Et puis maintenant, il réintègre le nucléaire. On ne sait pas quelle est sa priorité.
01:37Et du coup, les réponses en face sont mouvantes aussi.
01:39Au tout début, au 28 février, il parlait même de régime change. Après, il a parlé de nucléaire.
01:45Le fameux nucléaire qu'il prétendait avoir obliterated, c'est-à-dire éradiqué en juin dernier.
01:50Tout ça est un peu erratique. Mais c'est compliqué parce que des deux côtés, c'est difficile pour d
01:56'éventuels négociateurs.
01:57Côté Trump, là pour le coup, c'est très monolithique. Tout le monde suit le chef, mais le chef est
02:02un peu erratique lui-même.
02:04Côté iranien, il y a plusieurs pôles. Et je ne sais pas si celui qui est pour l'instant désigné
02:09pour négocier Abbas Araqchi, le ministre des Affaires étrangères, qui était négociateur avec nous il y a dix ans.
02:14Donc, il connaît très bien le dossier, qui est un diplomate. Je ne sais pas dans quelle mesure il est
02:18approuvé par ses autorités.
02:20Comment il fait pour obtenir cette approbation ? C'est déjà difficile dans un système iranien qui fonctionne parfaitement.
02:27Là, vu les circonstances, ça doit être un peu compliqué de communiquer entre eux.
02:31C'est intéressant parce que Marco Rubio, le secrétaire d'État, dit un peu au prou la même chose.
02:35Il dit que les Iraniens ne sont pas d'accord entre eux.
02:37Vous, qui les avez, je ne vais pas dire affrontés, mais avec lesquels vous avez discuté.
02:40Vous avez discuté avec ces Iraniens dans les années 2010.
02:43Comment est-ce qu'ils gèrent leurs propres interférences ?
02:46Vous savez, moi, j'ai souvent eu des épisodes où on arrivait à faire un progrès.
02:50Et c'est le père de l'actuel guide, le père, donc, Ramenei,
02:57qui faisait publier dans son journal, qui s'appelait Kayan.
03:01Je ne sais pas s'il existe toujours, ce journal, j'imagine.
03:03Il faisait publier dans son journal un petit article disant,
03:06tiens, un tel a réussi à faire une percée avec les Occidentaux.
03:10On les a bien eus, les Occidentaux.
03:12C'est bien sûr un piège.
03:13Bref, il faisait tout pour saper le travail.
03:16Donc, c'est comme ça que ça fonctionne les Irakiens.
03:19Les Iraniens, pardon, je suis étonné que M. Rubio découvre ça.
03:23C'est une évidence aussi parfaite que, par exemple, le rôle du détroit d'Hormuz
03:30ou la défense du trafic dans le Golfe.
03:33Tout ça, c'est des évidences dès lors qu'on ouvre la première page d'un dossier iranien.
03:37C'est peut-être ça le problème, en fait.
03:38C'est cette naïveté, ce manque d'expérience des Américains face à des négociateurs aguerris.
03:44Abbas Arakshi, encore une fois, il y a dix ans, il était face à vous.
03:47Il a, pendant des mois, bataillé sur chaque point de ce traité qui a été déchiré depuis.
03:52Oui, mais moi, j'ai connu un pôle américain extrêmement performant dans les négociations.
03:57Où sont-ils ?
03:58C'était John Kerry, l'époque.
04:00C'était John Kerry, le secrétaire d'État, mais le chef de la délégation avec moi, mon homologue,
04:06c'était Bill Burns, qui ensuite a été patron de la CIA, qui est un très grand de la diplomate.
04:10Mais ils ont tous disparu.
04:11Lui, il est à la retraite, c'est normal.
04:13Mais beaucoup de cette expertise a disparu du département d'État.
04:17Et je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui.
04:19Est-ce que, si M. Rubio le souhaite, il dispose d'une équipe de fonctionnaires,
04:25de négociateurs un peu compétents qui ont cette expérience-là ?
04:29J'espère que oui.
04:30Ça, c'est le diagnostic.
04:32Vous parlez de ce qu'ils ont ouvert, la première page d'Ossil Iranien.
04:34On se demande même s'ils ont ouvert la seconde, s'ils sont allés au-delà de la première.
04:38Quelles conséquences ça va avoir ?
04:39Parce qu'on sait que la question de la confiance, elle est clé.
04:41Elle n'existe plus.
04:42Elle a été pulvérisée ces dernières semaines.
04:44Comment est-ce qu'on peut envisager que ça aboutisse ?
04:47C'est impossible à vous entendre.
04:49C'est difficile de rétablir la confiance.
04:51Mais vous savez, si ce n'est pas difficile, il n'y a pas besoin de diplomates.
04:54Ils sont faits pour faire des choses impossibles.
04:56Il faut essayer de renouer des choses autour d'une demi-proposition,
05:00autour d'une petite avancée, d'abord chronologique peut-être.
05:03C'est un peu la méthode iranienne, ça.
05:04Mais c'est la méthode de tous les négociateurs.
05:06On essaie de trouver une première accroche.
05:09On arrive à se mettre autour d'une table, on discute,
05:11puis on dit qu'on quitte la table et on va laisser des experts travailler.
05:14Voilà, ça prend du temps.
05:15On peut le faire un petit peu plus rapidement que ce que nous avions fait, nous, à l'époque.
05:19Mais ça prend du temps.
05:20Mais c'est ça qu'il faut essayer de faire.
05:22Et lorsque le président Trump publie une photo comme ce matin,
05:26que je vous dise, ça ruine les efforts de ceux
05:29qui sont éventuellement en train d'essayer de tisser des fils de négociation.
05:34Oui, parce qu'il y a tout ce travail officieux, non officieux,
05:37qu'on ne voit pas et qui est très important dans la façon de tisser des liens.
05:42Cette confiance, peut-être qu'elle se passe entre ceux qu'on ne voit jamais,
05:44qu'on n'entendra jamais.
05:46Peut-être.
05:46Et ceux-là, s'ils y arrivent, devront ensuite vendre leur travail à l'égo de leur chef.
05:51Et de part et d'autre, j'ai l'impression que la dimension égo est assez importante.
05:54À vous entendre, vous êtes assez peu confiant.
05:57Non, parce qu'on peut toujours trouver une percée.
05:59Vous savez, une percée, tout d'un coup, les deux personnes qui vont bien ensemble
06:05trouvent quelque chose, on arrive à nouer quelque chose.
06:08Et là-dessus, ça peut très vite démarrer, si ça démarre.
06:12Mais ça peut aussi rester dans cet état-là pendant des semaines, des mois.
06:17Si le président Trump, et si du côté iranien non plus,
06:21il n'y a pas de concessions, mais des échanges de testostérone.
06:25– Votre rôle à vous, vous les diplomates, Jacques Haudibert, dans ce cadre-là,
06:29c'est quoi ? Est-ce que c'est aussi d'aller calmer, justement, l'égo du chef ?
06:34Parce que si Donald Trump a publié cette photo,
06:36ça veut dire que personne n'a osé lui dire « Attention, ça va tout mettre par terre ».
06:40– Non, oui, ce n'est pas le rôle de le calmer, ça c'est les conseillers.
06:44– Quand je dis calmer, je veux dire, c'est le propos, enfin voilà.
06:46– Le rôle est d'essayer de leur mettre sur la table quelque chose de présentable,
06:49parce qu'ils vont commencer par vous dire « Mais ça, c'est trop de concessions pour moi ».
06:52Non, regardez, il y a d'autres concessions.
06:54Vous savez, le dialogue entre le négociateur et celui qui lui donne des instructions,
06:58c'est quelque chose de très spécifique et de très sophistiqué.
07:02Il faut savoir vendre les progrès qu'on a obtenus, il faut savoir attendre,
07:07enfin il y a toutes sortes de mécanismes qui sont en cours,
07:10qui sont des mécanismes fragiles, qu'il est facile d'abîmer ou de fausser
07:14par des gestes intempestifs.
07:16– On sait que ça passe aussi beaucoup par des intermédiaires.
07:18Est-ce que le Pakistan a encore un rôle à jouer,
07:21ou alors est-ce que les rendez-vous manqués, notamment du week-end à Islamabad,
07:25vous font dire que finalement, c'est peut-être pas la bonne personne ?
07:28– Honnêtement, je ne sais pas, je ne connais pas le dossier en profondeur s'agissant du Pakistan,
07:34mais je n'ai pas le sentiment que le Pakistan ait une autorité suffisante
07:37pour dire aux deux parties « Maintenant ça suffit, vous vous asseyez et vous vous mettez au travail ».
07:42– Est-ce que quelqu'un l'a aujourd'hui ?
07:43– Les Omanais ont traditionnellement un rôle comme ça,
07:46mais lorsque les frappes ont été lancées le 28 février,
07:50il y avait des discussions en cours à Oman, entre les Iraniens et les Américains.
07:56Donc les Omanais ont apprécié comment on considérait leur travail d'intermédiaire.
08:00– Et on en revient sur un port de confiance.
08:02Est-ce qu'on avait compris qu'il n'y avait plus de contact direct entre Vence et Halibaf et
08:06Araqchi en ce moment ?
08:07Est-ce qu'à l'échelon du dessous, ça parle en ce moment ?
08:09Est-ce qu'il y a des Américains qui parlent à des Iraniens ?
08:11– J'espère.
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