00:01Ces images inédites révèlent comment la police française intercepte des bateaux de personnes migrantes.
00:07C'est les premières preuves visuelles qu'on a de ces pratiques-là en mer.
00:18Rien de tout cela ne fait l'objet d'une doctrine écrite.
00:33Le Monde, en collaboration avec l'Act House Report, Der Spiegel et COMMUNE, a réuni pour la première fois des
00:39preuves attestant les méthodes dangereuses utilisées par la police française pour intercepter des migrants en mer au large de Mayotte.
00:53On est le 20 février 2026 au nord de Mayotte et un bateau, un kwasa avec des Comoriens s'approche
01:04des côtes.
01:04Ce kwasa est parti de l'île d'Anjouan, dans les Comores.
01:08Après avoir traversé les 70 kilomètres qui le séparent de Mayotte, il est minuit quand leur bateau s'approche des
01:13côtes françaises.
01:16Et ce qu'on voit à l'image, c'est une poursuite très rapide, à 20 nœuds, quasiment 35 km
01:21heure, entre le kwasa kwasa, avec 20 personnes à bord, dont des enfants, et ce bateau de la police en
01:28frontière.
01:28Le bateau de la police est un intercepteur de ce type, le Titan. Au moins 4 policiers sont à bord,
01:34l'un de film.
01:37L'un des pilotes jette alors un projectile en direction du Titan.
01:42À peu près au bout d'une dizaine de secondes, les deux bateaux sont bord à bord, ils se touchent.
01:49Et un des policiers de l'équipage va prendre une sorte de crochet, qu'on appelle une gaffe.
01:54Avec ce crochet, utilisé la plupart du temps pour attraper des cordages ou des bouées,
01:58la police va tenter d'arracher le câble d'alimentation en essence du moteur pour forcer l'arrêt du kwasa.
02:03Sauf que rien va se passer comme prévu.
02:05Le policier essaie trois fois d'arracher le câble du moteur.
02:08À la troisième tentative, le barreur du kwasa lâche le manche.
02:12Ce qui a pour conséquence que le bateau va se déporter presque en dessous du bateau de police et finalement
02:18chavirer.
02:19Un des policiers a confirmé lors d'une brève enquête que c'est bien pour éviter la gaffe que le
02:24passeur a lâché la barre.
02:28À la fin de la vidéo, on entend un des policiers dire...
02:34Ça montre que c'était une issue qui n'était pas forcément voulue de la part des policiers bien évidemment,
02:40mais une issue évidemment très dangereuse.
02:42À bord du kwasa, impossible de savoir si tous les passagers sont en capacité de nager.
02:51Après le chavirement, les gens ont été secourus. Ils ont ensuite été ramenés à terre.
02:58Une jeune fille de 4 ans a été blessée à la suite de l'arraisonnement, puis transportée à l'hôpital
03:03dans un état critique.
03:04Un policier affirme qu'un passager a pris appui sur elle pour se hisser sur le bateau de police.
03:10Selon les derniers éléments fournis par le parquet, la fillette est saine et sauve.
03:14Dans la foulée, la police de Mayotte a communiqué sur cet incident en expliquant que le kwasa avait délibérément forcé
03:21le passage et percuté le bateau de police.
03:23Ce qui n'est pas exactement ce qu'on voit dans la vidéo, puisque ce qu'on voit, c'est
03:27un enchaînement d'événements qui est beaucoup plus complexe et qui d'une certaine manière interroge sur ces pratiques agressives
03:35en mer.
03:39C'est une scène quasi quotidienne, des interceptions, il y en a presque tous les jours.
03:44Et rien de tout cela ne fait l'objet d'une doctrine écrite.
03:48Tout ça, en fait, est un ensemble de stratégies qui ont été développées par à la fois la police aux
03:53frontières, mais aussi dans une certaine mesure la gendarmerie à Mayotte, depuis une vingtaine d'années, hors de tout cadre
03:59administratif ou légal.
04:00Ce qui rend cette intervention dangereuse, c'est notamment la différence de taille entre le bateau de la police et
04:06les kwasas, des embarcations souvent basses où l'eau peut rentrer facilement.
04:09Une des manoeuvres parfois des policiers pour faire s'arrêter ou ralentir les kwasas, c'était de créer des vagues
04:14pour alourdir les bateaux et les rendre plus faciles à intercepter.
04:19Et ce qui est aussi une manoeuvre extrêmement dangereuse, puisque, in fine, le risque, c'est le risque qu'on
04:24voit dans la vidéo, c'est celui de Chavirement.
04:26Ces méthodes ont déjà mené à plusieurs drames à Mayotte.
04:29En septembre 2025, Le Monde documentait déjà avec Lighthouse Reports le cas de Farid Jassadi, dont les jambes avaient été
04:36broyées en 2019 par un bateau de la police aux frontières pendant une interception en mer.
04:40Six ans plus tard, les tactiques de la police continuent de faire des morts au large de Mayotte.
04:44Après ce premier événement du 20 février, on a eu connaissance, au cours de notre enquête, d'une autre interception
04:50qui s'est cette fois déroulée le 28 mars.
04:53Et d'après les éléments de l'enquête qu'on a pu consulter, les circonstances sont essentiellement les mêmes. Cette
04:59fois-ci, on n'a pas de vidéo.
05:00Cette fois, une femme d'une cinquantaine d'années, originaire d'Anjouan, est morte.
05:04La préfecture et le parquet ont communiqué en disant qu'elle était morte d'un arrêt cardio-respiratoire.
05:08Or, les éléments de l'enquête qu'on a pu obtenir racontent que, quand elle a été récupérée à bord
05:14par les policiers,
05:15elle présentait une clé à la tête assez importante, sans qu'on puisse dire pour le moment avec certitude l
05:21'origine de ses blessures.
05:24Si vous voulez en savoir plus, l'enquête complète est disponible sur lemonde.fr.
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