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Dans son édito du 25/04/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur les déclarations d'Erik Orsenna qui considère l'immigration comme une irrigation.
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00:00C'est quoi l'exposition coloniale ?
00:01Il y a la grande crise de 1929-1930.
00:05La France est, comme tous les pays, en crise avec de la misère, du chômage, etc.
00:11Ils décident de faire l'exposition coloniale dans le bois de Vincennes
00:16en disant, attention, d'accord, on ne va pas bien chez nous,
00:19mais nous, on a un empire.
00:21Exposition coloniale.
00:22Il y a eu autant de visiteurs que le nombre d'habitants de la France.
00:2931 millions de visiteurs.
00:31Fascinés pour se reprendre.
00:32Oui, oui, attendez, on est quand même à tout ça.
00:34Notre projet.
00:36Et moi, ce qui me ravirait, ça ne peut pas exister,
00:39c'est qu'il n'y ait pas de colonisation,
00:41mais qu'on soit ensemble dans un espace plus large.
00:44Parce que tout ce côté de vitalité, d'humour qui peut exister,
00:50de la musique, de l'art, ce qu'on doit à l'Afrique,
00:53à la fois dans la musique moderne et aussi dans l'art,
00:55vous imaginez ce que, regardez ce que disait Picasso,
00:58de tout ce qui vient là.
00:59Et donc, moi, j'ai eu...
01:01Et puis...
01:01Être irrigué par ça.
01:02La vieille Europe pourrait être renouvelée de l'intérieur.
01:06C'est, à mon sens, ce qui va vraiment se passer.
01:09Ce n'est pas le grand remplacement, c'est la grande irrigation.
01:11À condition que ces pays réussissent à se développer.
01:15C'est pour ça qu'on avait lancé,
01:18avec Jean-Pierre Cotte et tout ça,
01:20ce qu'on appelle le co-développement.
01:22Alors, pourquoi cette déclaration mérite un édito ce samedi soir?
01:27Alors, justement, on ne va pas s'attarder,
01:28il ne faudrait pas dans nos sociétés s'attarder
01:30à chaque déclaration un peu choquante.
01:32Mais il y a un enjeu très particulier dans nos sociétés,
01:35et en France en particulier,
01:36c'est de quelle manière nommer les changements démographiques
01:40qui emportent tout aujourd'hui.
01:42C'est une question fondamentale,
01:43parce que pendant 40 ans,
01:45il y a eu un interdit lexical, en quelque sorte,
01:48un interdit rhétorique,
01:50il n'était pas permis de nommer ces changements démographiques.
01:55Et aujourd'hui, Éric Orsona nous propose,
01:58à sa manière, sa propre définition,
02:00il voit le constat, il voit les changements démographiques.
02:03Alors, je reprends sa déclaration,
02:05la vieille France devrait être irriguée par l'Afrique,
02:08c'est d'ailleurs ce qui va se passer,
02:10ce n'est pas le grand remplacement,
02:12c'est la grande irrigation.
02:14Donc, il nous faut nommer le fait migratoire.
02:17Or, pendant une quarantaine d'années,
02:19c'était interdit,
02:20et là, on arrive à ce moment
02:21où il n'est plus possible de ne pas le nommer.
02:26D'abord, on cherche à l'expliquer.
02:27Donc, il y a l'explication qui nous vient
02:28des milieux conservateurs,
02:29ce que nous disait la Maison-Blanche tout récemment,
02:32en nous disant,
02:32la grande migration des 40 dernières années
02:34était un projet politique.
02:36Globalement, c'était l'expression
02:38la plus ardente du mondialisme,
02:40qui croit moins à la diversité des peuples
02:43qu'à l'interchangeabilité des populations.
02:46Pour d'autres,
02:47c'était la submersion migratoire
02:48était un phénomène presque naturel,
02:50c'est-à-dire l'histoire naturelle des migrations,
02:52et il n'y aurait absolument rien à faire
02:54devant ce mouvement migratoire
02:55parce qu'il s'inscrirait dans la nature des choses.
02:58On connaît tous la formule
02:59qui s'est imposée depuis quelques années
03:01dans le monde occidental
03:02pour nommer ces migrations.
03:04On parle de grand remplacement.
03:05C'est la formule qui nous vient de Renaud Camus
03:08et qui a été reprise par plusieurs.
03:10Mais le problème est le suivant,
03:11c'est une formule à la fois incontournable
03:13et inutilisable.
03:15Incontournable parce que tout le monde
03:16sait à quoi cela fait référence aujourd'hui,
03:18c'est-à-dire le changement démographique
03:21qui fait en sorte qu'un peuple historiquement présent
03:23dans un pays devient minoritaire chez lui,
03:26mais inutilisable parce que les commissaires politiques
03:29qui dominent la vie médiatique
03:31en ont proposé une définition telle,
03:33la théorie conspirationniste et raciste
03:35et peut-être même antisémite d'extrême droite
03:37du grand remplacement fait en sorte
03:39que dès lors qu'on utilise cette formule,
03:41on se catalogue chez les méchants,
03:43on s'auto-étiquette chez les infréquentables.
03:45Donc, c'est un terme qui est devenu inutilisable.
03:48Je note, soit dit en passant,
03:49que pour parler des tendances lourdes de l'époque,
03:52on cherche souvent à rendre inutilisables
03:55des formules fortes.
03:56Grand remplacement, état profond.
03:58État profond est devenu un terme
04:00qu'on ne doit pas utiliser
04:01alors qu'il décrit la technostructure
04:03qui commande nos sociétés.
04:05Racisme anti-blanc.
04:05Si vous dites racisme anti-blanc,
04:07vous êtes aussi dans une théorie
04:08conspirationniste et raciste d'extrême droite.
04:10Et même le mot extrême droite,
04:11il sert à quoi?
04:12Il sert à dire ne vous rapprochez pas
04:13des partis qui portent cette étiquette
04:15parce que, ou des idées,
04:17parce que ce terme témoigne
04:18de votre appartenance finalement
04:20au vaste univers du fascisme.
04:22Quoi qu'il en soit,
04:23on a les changements démographiques.
04:24Ils sont là.
04:26Et Éric Orsena s'en réjouit.
04:28Et donc, il ne dit pas grand remplacement.
04:29Il ne dit pas grand remplacement,
04:30c'est une grande irrigation.
04:32Ce qui est intéressant ici, par l'Afrique,
04:34ce qui est intéressant,
04:35c'est qu'il ne parle pas en termes religieux.
04:37Vous l'aurez noté,
04:38il ne parle pas d'islamisation, Éric Orsena.
04:41Il parle d'africanisation.
04:45C'est pas son terme,
04:46c'est ce que ça veut dire,
04:47la grande irrigation par l'Afrique.
04:48Autrement dit, il réhabilite,
04:50sans le dire,
04:50un vocabulaire ethnique,
04:52en quelque sorte,
04:53certains diraient même racial,
04:55mais un terme,
04:55à tout le moins disons,
04:56un vocabulaire ethnique
04:57pour parler des changements
04:58qui vont caractériser la France.
05:00Donc, on ne parle plus simplement
05:02d'une islamisation,
05:04qui était le terme généralement accepté.
05:06Il nous dit,
05:06la composition ethnique du peuple français va changer.
05:10On s'en réjouira,
05:11on s'en désolera,
05:12on dira que c'est faux,
05:13on dira que c'est vrai.
05:13Lui dit, c'est vrai,
05:15et que c'est une bonne chose.
05:16Il faut se rappeler,
05:17Éric Orsena,
05:17ce n'est pas n'importe qui.
05:18C'est un écrivain
05:20qui appartient véritablement
05:22à l'oligarchie littéraire française.
05:25C'est un homme
05:26qui était haut fonctionnaire,
05:28conseiller culturel de Mitterrand,
05:30qui appartient véritablement
05:31à la haute société culturelle
05:34et littéraire française.
05:35Et dès lors,
05:36sa parole vaut quelque chose.
05:38Il exprime culturellement,
05:39on pourrait dire,
05:40les préférences
05:40de ce que j'ai appelé
05:41l'État profond.
05:42Donc là,
05:43comment nommer ce changement
05:44qui nous présente
05:45l'immigration africaine,
05:47de son point de vue,
05:47à la manière d'une injection
05:50démographique rédemptrice?
05:51Eh bien, là,
05:51on a trois mots, finalement.
05:52Je l'ai dit,
05:52on a grand emplacement.
05:54OK, d'accord,
05:54on ne le prend pas.
05:56Mélenchon utilise quelquefois
05:57la créolisation.
05:58Maintenant,
05:59on a l'expression
05:59grande irrigation,
06:01mais ce que l'on sait désormais,
06:02c'est qu'on parle tous
06:03de la même chose,
06:04mais on n'utilise pas
06:05la même étiquette
06:06parce qu'on ne se situe pas
06:07dans le même univers
06:07de respectabilité.
06:09Quels sont les effets,
06:10selon vous,
06:11Mathieu Beaucoté,
06:12de la grande irrigation
06:14version Orsena?
06:15Le premier élément,
06:16il faut y revenir
06:17parce que c'est le plus important,
06:18c'est la mise en minorité.
06:20Moi, je note une chose,
06:22c'est probablement
06:22l'élément le plus important,
06:24la conception administrative
06:25ou juridique de la nation
06:27que l'on croyait,
06:29une fois pour toutes,
06:30établie en Occident,
06:31s'effondre un peu partout.
06:32Ce que certains appellent
06:33le peuple constitutionnel,
06:35comme on dit en Allemagne,
06:36la version abermatienne,
06:38c'était le patriotisme
06:39constitutionnel,
06:40l'idée qu'un peuple
06:41tient essentiellement
06:42par sa constitution,
06:43par une nationalité juridique,
06:44par une nationalité administrative,
06:46par la référence à un territoire,
06:48sans référer au peuple
06:49qui l'habite,
06:50cette vision des choses
06:51ne correspond plus
06:52à la réalité.
06:53Évidemment,
06:54elle tenait,
06:54quand vous aviez un pays,
06:55vous aviez une très nette
06:57majorité ethno-culturelle
06:58à laquelle pouvaient
06:59s'assimiler des gens
07:01venant d'ailleurs,
07:02donc des Polonais
07:03qui devenaient français,
07:04des Allemands
07:04qui devenaient français,
07:05des Italiens
07:06qui devenaient français,
07:07faites la liste
07:07de tout ce qui est possible.
07:08L'assimilation était possible
07:09dans un contexte
07:10où il y avait
07:10une nette masse,
07:12une masse démographique
07:13indélogeable
07:14en chaque pays.
07:16Mais qu'est-ce qu'on voit
07:17aujourd'hui,
07:17la conception dite
07:18administrative
07:18de la nationalité
07:19ne tient plus,
07:21les changements démographiques
07:23sont désormais indéniables
07:24et par ailleurs,
07:25on en voit
07:26les conséquences politiques
07:27et je me permettrais
07:27de le dire
07:28par un détour
07:30canadien.
07:31Parce qu'au cœur
07:32de l'actualité canadienne,
07:32vous savez,
07:33le Canada,
07:33c'est le pays
07:34qui a placé
07:34le multiculturalisme
07:35au cœur
07:36de sa constitution.
07:37Le Canada se veut
07:38comme le pays laboratoire
07:39du post-nationalisme
07:40et du multiculturalisme.
07:42Or, tout récemment,
07:42on l'évoquait
07:43la semaine dernière,
07:44très rapidement,
07:45il y a eu une élection
07:46partielle au Québec,
07:47une élection fédérale,
07:48dans une circonscription
07:49qui était vue
07:50traditionnellement
07:50à la circonscription
07:51de Terrebonne,
07:52une circonscription
07:53qui était historiquement
07:54un château fort nationaliste,
07:56un château fort indépendantiste.
07:57Et qu'est-ce qui s'est passé
07:58si cette circonscription
07:59est tombée dans les mains
08:00des fédéralistes?
08:00Et là, les gens,
08:01mais pourquoi,
08:01comment expliquer
08:02ce revirement
08:02de l'électorat
08:03dans Terrebonne?
08:04Et là, qu'est-ce qu'on voit?
08:05Le changement démographique
08:06avait frappé
08:07cette circonscription
08:09traditionnellement homogène
08:10culturellement
08:11et aujourd'hui,
08:12quelque chose
08:12comme une forme
08:13de vote ethnique,
08:14entre guillemets,
08:15j'utilise ce terme-là
08:16tout en sachant
08:16qu'il est problématique,
08:17s'est exprimé
08:18dans cette circonscription.
08:20Et qu'est-ce qu'on voit alors?
08:21Ce sont des gens
08:22qui se définissent
08:22d'abord en fonction
08:23de leur origine,
08:24d'abord en fonction
08:25de leur culture d'origine,
08:27d'abord en fonction
08:27de leur appartenance
08:28à un groupe ethno-culturel
08:29identifié
08:30et qui votent
08:31pour un candidat,
08:32non pas en fonction
08:32de son étiquette politique,
08:34mais pour être représentés
08:35sur le mode ethnique
08:37dans nos propres
08:38sociétés occidentales.
08:39Donc, il faut bien voir
08:40que l'identité,
08:41puis on pourrait dire
08:42même dans l'histoire
08:42du Canada,
08:43c'est une constante,
08:44le régime fédéral canadien
08:45a utilisé l'immigration
08:47massive depuis 30 ou 40 ans
08:49pour verrouiller démographiquement
08:51l'avenir politique
08:52du Québec.
08:53Alors, vous me direz,
08:53est-ce que je parle
08:54seulement du Canada là-dedans?
08:55Non.
08:55Regardez,
08:56on l'évoquait aussi
08:57la semaine dernière,
08:59en 2012,
09:00en France,
09:00quand François Hollande
09:01est élu,
09:01rappelez-vous,
09:02les drapeaux
09:02qui se sont présentés,
09:04voyez le basculement
09:06démographique
09:07et donc politique
09:08en Grande-Bretagne
09:10avec le Parti vert
09:11aujourd'hui
09:11qui mise désormais
09:13explicitement
09:13sur un communautarisme
09:14musulman
09:15et communautarisme ethnique
09:16dans l'espoir
09:17de remplacer à gauche
09:19les principaux partis.
09:21Donc,
09:21qu'est-ce qu'on voit
09:21avec cela?
09:22La conception de l'identité
09:23est fondamentale
09:24dans la vie.
09:25L'identité juridique,
09:26administrative,
09:28constitutionnelle
09:29ne suffit plus,
09:30c'est la remontée
09:31à la surface
09:31des identités historiques,
09:33traditionnelles,
09:34enracinées,
09:35l'identité profonde,
09:36on pourrait dire,
09:37et ça,
09:37nos sociétés
09:38sont un peu
09:39paralysées
09:39devant ce fait.
09:41Je crois que
09:41la tendance lourde
09:42à travers cela,
09:43si on n'est pas capable
09:44de contenir
09:44la vague migratoire,
09:45ça va être la partition
09:46ethno-culturelle
09:47de nos pays.
09:48Je le dis
09:49sans m'en réjouir,
09:50je le dis
09:50avec une grande tristesse
09:52que le discours signe
09:52de la lucidité.
09:54On va parler
09:54de Jean Raspail.
09:55Jean Raspail,
09:56un auteur
09:56que plusieurs juges
09:57prophétiques,
09:58que d'autres
09:59préfèrent maudire
10:00pour son roman
10:00Le camp des saints,
10:02a vu un de ses livres
10:03censuré.
10:04Pourriez-vous
10:04en dire davantage?
10:05Alors,
10:06il est mort
10:06depuis des années,
10:07Raspail.
10:07Mais là,
10:08son livre,
10:08Le camp des saints,
10:09était nouvelle traduction
10:11disponible sur
10:12Amazon.com
10:13aux États-Unis.
10:16Et protestation
10:16de différents mouvements,
10:19de gauche,
10:20on pourrait dire,
10:21qui disent,
10:21ah là là,
10:21c'est un contenu offensant.
10:23Il faut désormais
10:24bannir ce livre.
10:25Et là,
10:26il y a eu
10:26un contre-mouvement
10:27pour le restaurer,
10:28donc ça a fonctionné.
10:29Mais notez
10:29qu'un ouvrage classique
10:31qui a cherché
10:31à nommer ce basculement
10:33démographique,
10:33cet ouvrage a été
10:34censuré aux États-Unis,
10:36pays de référence
10:37de la liberté d'expression
10:38apparemment.
10:39Je me permettrais
10:39un dernier mot
10:40sur une autre figure
10:41aujourd'hui censurée
10:42et qui est peut-être
10:43brisée par la campagne
10:44qu'il subit,
10:44c'est Boalem Sansal.
10:46On l'a vu,
10:46il y a eu des propos
10:47très amers sur la France,
10:48sur le désir de s'exiler,
10:49quitter la France
10:50pour la Belgique,
10:51c'est une erreur.
10:53Parce qu'il va trouver
10:53en Belgique les problèmes
10:54qu'il fuit en France,
10:55il va les trouver
10:56à la puissance 1000.
10:57Mais quoi qu'il en soit,
11:01c'est que moi, en fait,
11:02on a tout fait pour le briser,
11:03on a tout fait pour l'humilier,
11:05on a tout fait pour le présenter
11:06comme un homme sans talent,
11:07sans envergure,
11:08sans culture,
11:09qui ne méritait pas
11:10le moindre respect.
11:11Et on voit de quelle manière,
11:13encore une fois,
11:13le système peut chercher
11:14à broyer
11:16ceux qui nomment
11:17des réalités
11:17qu'il ne devrait pas
11:18être permis apparemment
11:19de nommer.
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