00:00Il est 8h moins le quart sur ICI Pays Basque, le procès de l'assassin présumé d'Agnès Lassalle s
00:04'ouvre ce mardi à Pau, devant la cour d'assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques.
00:09Agnès Lassalle, professeure d'espagnol, tuée dans sa classe le 22 février 2023 au lycée Saint-Thomas-d'Aquin de
00:14Saint-Jean-de-Luce, poignardée par un élève de seconde, un jeune homme de 16 ans.
00:19Invité d'ICI Pays Basque ce matin, Serge Astoy, secrétaire général de la FEPCFDT, c'est la fédération de la
00:24formation et de l'enseignement privé Pays Basque, Béarn et Land.
00:27Il est votre invité Yves Tussaud.
00:28Serge Astoy, bonjour.
00:30Bonjour.
00:31Dans quel état d'esprit se trouve la communauté éducative de Saint-Thomas-d'Aquin, alors que dans un peu
00:36plus d'une heure va s'ouvrir le procès de l'assassin présumé d'Agnès Lassalle ?
00:42Écoutez, le drame qui est survenu il y a trois ans, il est toujours présent dans l'établissement, et encore
00:47plus aujourd'hui, justement à l'occasion de l'ouverture du procès,
00:51ça explique que les enseignants ont du mal à évoquer le sujet, à s'exprimer sur le sujet, et on
00:57peut les comprendre.
00:58Mais quand même on peut noter, saluer la force et la résilience qui les poussent finalement à continuer, alors même
01:09que le traumatisme est toujours là.
01:11Le traumatisme est toujours présent ?
01:12Oui, le traumatisme est là, on peut vraiment parler de traumatisme parce qu'on est là dans un lieu qui
01:18normalement est un lieu d'élévation, un lieu de savoir,
01:20et voir la violence pénétrer comme ça de façon aussi soudaine et de façon aussi cruelle, effectivement, ça laisse des
01:27traces,
01:28et ça laisse réellement un vrai traumatisme dans l'équipe, dans la communauté et globalement dans le monde enseignant.
01:35Justement, qu'attend le monde enseignant des quatre journées d'audience qui vont débuter ce matin ?
01:40Alors, tout d'abord, moi je dois dire que ce procès-là, il va d'abord servir en premier lieu
01:46à apporter des réponses à la famille et aux proches, en premier lieu.
01:51Ensuite, pour nous, syndicalement, ce qui est important, c'est que ce procès-là, il doit servir aussi à construire
01:58un processus de meilleure prévention des risques pour les enseignants.
02:05Ça, c'est extrêmement important, en analysant notamment le contexte, en essayant de repérer des signaux faibles qui auraient échappé,
02:12et de façon tout à fait normale, parce qu'on n'est pas préparé à les repérer justement, et aussi
02:17peut-être à repérer des failles dans l'institution,
02:20et de façon à ce qu'on puisse éviter qu'un tel drame se reproduise à nouveau.
02:25La sécurité des enseignants, elle fait partie de ce procès. Est-ce qu'elle fait partie du quotidien des professeurs
02:32?
02:32Alors, comment ? À chaque fois qu'il y a un drame comme celui-là, et ce n'est pas
02:37le premier, on espère que ce sera le dernier,
02:40mais en tout cas, ce n'est pas le premier, eh bien, il y a des réflexions qui sont entamées
02:44par les ministères, etc.
02:47Et on essaie de mettre en place des mesures.
02:51On a même un rapport sénatoriel qui montre là, aujourd'hui, ou en tout cas, qui a essayé de mettre
02:57en place des recommandations.
02:58Alors, des recommandations pour justement essayer de protéger les enseignants.
03:02Mais, bon, certaines de ces recommandations, on peut les contester, d'autres, elles sont plutôt assez intéressantes.
03:11Par exemple, tout ce qui concerne le renforcement de l'autorité scolaire, pour nous, ce n'est pas forcément ce
03:20qu'il y a de plus important.
03:21En revanche, lorsqu'il s'agit de mieux prendre en compte les menaces, et aussi de lutter contre l'isolement
03:28des enseignants,
03:29là, on est tout à fait d'accord.
03:30Mais, par contre, on a un souci, c'est que, effectivement, souvent, les moyens ne vont pas avec.
03:38Et donc, il n'y a pas d'effet, si vous voulez, à ces annonces-là.
03:42Et encore plus dans l'enseignement privé, qui souvent est oublié dans ces mesures-là.
03:47On a des mesures qui s'appliquent parfaitement dans le public, ou en tout cas, qui essaient de s'appliquer,
03:50même si elles sont insuffisantes,
03:52mais dans le privé, beaucoup moins.
03:53Pourquoi seriez-vous les oubliés dans le privé ?
03:56Alors, là, j'aurais du mal à répondre à ça, quoi qu'il en soit.
04:00Moi, j'en fais le constat, et on en fait le constat.
04:037h49 sur ICI Pays Basque, aujourd'hui, s'ouvre le procès de l'assassin présumé d'Agnès Lassalle à Pau.
04:08Notre invité pour en discuter, Serge Astoy.
04:10Vous êtes le secrétaire général local de la Fédération de la formation et de l'enseignement privé.
04:14Il y a une autre question, Serge Astoy, que ce drame a soulevé, mais dont on n'a toujours pas
04:19la réponse ou les solutions.
04:21C'est la santé mentale des jeunes dans les établissements scolaires d'aujourd'hui.
04:28Le sujet, il est là.
04:30Oui, le sujet, il est là. Vous avez raison, effectivement.
04:33Et c'est un point central.
04:35Toutes les études, ou en tout cas, nombre d'études montrent effectivement qu'elles montrent l'étendue du problème avec
04:41des chiffres effrayants à l'appui.
04:42Il varie un petit peu, mais globalement, on dit qu'environ aujourd'hui, un jeune sur trois souffre de troubles
04:48dépressifs,
04:49et environ de 35 à 40% de troubles anxieux.
04:52C'est réellement effrayant.
04:54C'est encore pire en Ile-de-France.
04:56On a des chiffres qui sont bien pires que ça.
04:58Alors là, comment ça s'explique ?
05:00Eh bien, sans doute que la Covid a laissé des traces.
05:02Sans doute parce qu'elle a amplifié, j'allais dire, les fragilités classiques des jeunes.
05:08Mais elle a aussi été conjuguée à d'autres fragilités qui sont plus contemporaines,
05:13par exemple l'urgence climatique ou l'incertitude économique.
05:17Et donc, tout ça fait que les jeunes se retrouvent en situation de fragilité aujourd'hui.
05:23A tel point que le gouvernement, pour 2025, avait décidé d'en faire une priorité nationale.
05:28Ça l'est.
05:31Nous, on ne le voit pas, ou en tout cas, on ne le voit pas bien, ou pas assez,
05:35parce que là encore, se pose la question des moyens.
05:38Est-ce qu'on va considérer que, comme ça a été le cas,
05:40alors le chiffre n'est peut-être pas tout à fait exact,
05:42mais embaucher 300 infirmiers et infirmières scolaires suffiraient ?
05:48Eh bien, sans doute pas, et sans doute pas dans le privé non plus,
05:51puisque de toute façon, on n'est pas inclus dans ces mesures-là.
05:54Il manque quoi dans les établissements ? Il manque de l'humain ?
05:57Il manque des adultes, mais pas que.
06:00Il manque des adultes, des adultes formés.
06:02Il manque des équipes pluridisciplinaires, avec des psychologues, des médecins,
06:07avec des équipes éducatives de vie scolaire qui soient formées,
06:12et puis avec des enseignants aussi qui soient formés à ça,
06:15et à repérer tous ces signaux,
06:16parce que l'enjeu, c'est bien le repérage des signaux de faiblesse des jeunes.
06:21Est-ce qu'il manque des portiques à l'entrée de tous les établissements ?
06:26Alors, la sécurité.
06:27La sécurité, c'est toujours une sorte de marronnier, ça.
06:30La sécurité, ça revient systématiquement.
06:32Il a été beaucoup fait pour la sécurité dans les établissements,
06:35et à juste titre, au moment des attentats terroristes, etc.,
06:39pour éviter les intrusions dans les établissements.
06:42Mais ici, le problème qui nous occupe, il ne sera pas réglé par des portiques.
06:46Et ce n'est pas en bunkérisant les établissements qu'on va solutionner le problème.
06:50Merci Serge Astoy d'avoir accepté notre invitation ce matin.
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