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  • il y a 16 heures
Le dimanche 26 novembre 2023 en Seine-Maritime, un père de famille se rend au commissariat et révèle avoir tué ses 3 enfants chez lui la veille au soir à Alfortville dans le Val-de-Marne. Quelques mois plus tôt, sa femme avait demandé le divorce après 12 ans de mariage. Le meurtrier expliquera au cours de l’enquête qu’il ne supportait pas l’idée que ses enfants puissent être élevés par un autre homme. Pour l’avocate d’une des parties civiles, cette affaire est celle des violences vicariantes, ces violences envers les enfants visant à faire souffrir l’autre parent. De quoi s’agit-il exactement? Comment les prévenir?
Dans ce nouvel épisode d'Affaire Suivante, le podcast inédit, Pauline Revenaz reçoit Maître Émilie Chaib, avocate en droit de la famille et droit pénal au Barreau de Paris.

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Transcription
00:00Le dimanche 26 novembre 2023, en Seine-Maritime, un père de famille se rend au commissariat
00:05et révèle avoir tué ses trois enfants chez lui, la veille au soir à Alfortville dans le Val-de-Marne.
00:10Quelques mois plus tôt, sa femme avait demandé le divorce après 12 ans de mariage.
00:14Le père de famille expliquera au cours de l'enquête qu'il ne supportait pas l'idée
00:18que ses enfants puissent être élevés par un autre homme.
00:21Le quadragénaire a été jugé entre le 8 et le 10 avril devant la cour d'assises du Val-de
00:26-Marne
00:26pour le meurtre de ses trois jeunes filles âgées de 4, 10 et 11 ans.
00:31Reconnu coupable, il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
00:34Pour l'avocate d'une des parties civiles, cette affaire est celle des violences vicariantes.
00:39Ces violences envers les enfants visent à faire souffrir l'autre parent.
00:43De quoi s'agit-il exactement ? Comment les prévenir ?
00:46Je suis Pauline Revena et vous écoutez un nouvel épisode d'Affaires suivantes, le podcast inédit.
00:56Charlotte Lesage, bonjour. Vous êtes journaliste pour le site BFM TV.
01:00Maître Émilie Chaille, bonjour. Merci d'être avec nous.
01:02Vous êtes avocate en droit de la famille et droit pénal au barreau de Paris.
01:05Nous reviendrons avec vous sur cette notion de violence vicariante.
01:09Mais tout d'abord, Charlotte, revenons ensemble sur cette journée du 26 novembre 2023.
01:14Ce jour-là, Younes L. Oudigi, 44 ans, se présente dans un commissariat à Tiep.
01:18Il s'adresse aux policiers et leur fait une terrible révélation.
01:22Il affirme avoir tué ses trois enfants.
01:24Les faits se seraient déroulés à 200 kilomètres de là, à Alfortville, dans le Val-de-Marne.
01:29Sur place, les policiers découvrent trois corps d'enfants dissimulés sous des couvertures.
01:34Ce sont des petites filles. Elles ont 4, 10 et 11 ans.
01:37Elles sont en pyjama et selon le procureur, elles auraient été tuées pendant la nuit.
01:42Un passage à l'acte extrêmement violent.
01:44Les enquêteurs se dirigent rapidement vers la piste d'un triple infanticide sur fond de séparation non accepté par le
01:50père.
01:50Au moment des faits, le couple était en instance de divorce.
01:53C'est son épouse qui a demandé la séparation quelques mois plus tôt.
01:57Une audience devant le juge aux affaires familiales était prévue dans les prochaines semaines.
02:01En attendant, un accord avait été trouvé concernant la garde des enfants.
02:05Et c'est dans ce contexte que le père accueillait ses trois petites filles ce week-end-là.
02:09En garde à vue, l'homme reconnaît rapidement les faits.
02:12Il dit aussi ne pas supporter l'idée qu'un autre puisse élever ses filles.
02:16Il explique être passé à l'acte après avoir envoyé plusieurs messages à son ex-compagne.
02:21Des messages dans lesquels il dit ne pas comprendre sa décision de vouloir se séparer.
02:26Et c'est à ce moment-là que tout bascule.
02:28Le père glisse des somnifères et des anxiolytiques dans les boissons et les glaces de ses enfants.
02:33Une fois ses filles endormies, il s'en prend à elles.
02:35L'une après l'autre.
02:36Il étouffe la plus jeune avec un oreiller.
02:39Puis il s'en prend à la plus grande, qu'il poignarde à plusieurs reprises après qu'elle se soit
02:43réveillée.
02:43Enfin, il tue la cadette, sa préférée selon lui.
02:46Quatre à cinq heures plus tard.
02:48Après les faits, l'homme prend sa voiture, envisage de mettre fin à ses jours, puis renonce.
02:52Il retourne chez lui récupérer quelques affaires et roule jusqu'à Dieppe où il finit par se rendre.
02:57Les experts psychiatres évoquent chez cet homme un syndrome dépressif majeur associé à des traits paranoïaques.
03:03Alors, maître, plusieurs acteurs du dossier ont dit de cette affaire qu'elle était celle des violences vicariennes.
03:08Concrètement, de quoi parle-t-on ?
03:10Alors, le mot vicarien, c'est un mot un peu étrange, qu'on n'a pas l'habitude d'entendre
03:14dans le langage de tous les jours.
03:16Ça vient du latin vicarius, qui signifie remplaçant, substitut.
03:20C'est une violence de genre.
03:21Ça a été démontré.
03:22Il y a une réalité statistique.
03:25Les victimes sont très majoritairement des femmes, les mères.
03:28Et pour le dire assez simplement, en fait, ça va être une violence exercée par un conjoint ou un ex
03:34-conjoint
03:35sur les enfants de sa partenaire ou de son ex-partenaire pour lui faire du mal.
03:41Donc, c'est une violence post-séparation, dont le but est vraiment d'atteindre, de punir,
03:47de détruire la mère à travers ses enfants pour vraiment frapper là où ça fait le plus mal.
03:53Donc, l'enfant, il est la cible première, mais vraiment, il devient un instrument, un outil pour atteindre la mère.
04:01Et ce qui est particulièrement cruel, en fait, dans ce mécanisme, c'est que l'agresseur, il agit sciemment
04:09dans la volonté de nuire, d'atteindre la mère à travers les enfants qui, eux, deviennent, hélas, des victimes directes.
04:16Donc, l'enfant est un outil, un vecteur. Concrètement, quelle forme prennent ces violences ?
04:21Ça va jusqu'à l'infanticide, mais j'imagine qu'il y a d'autres déclinaisons.
04:24Oui, alors, l'infanticide, c'est la forme la plus extrême.
04:28Le drame d'Alfortville, ce triple infanticide, c'est l'exemple le plus terrible.
04:33Mais il faut se dire que c'est des violences qui commencent bien avant ça.
04:37Et elles sont vraiment, elles sont très variées, très multiples.
04:41Elles peuvent être psychologiques, elles peuvent être physiques, elles peuvent être sexuelles avec de l'inceste.
04:46Et on va être dans des formes très, très variées.
04:49Donc, par exemple, ça va être un dénigrement de la mère vis-à-vis de l'enfant.
04:53Ah, t'es comme ta mère.
04:55Ça va être, au moment du couple, si tu me quittes, je vais prendre les enfants.
05:01Ou bien, après la séparation, tu ne vas pas les revoir, je ne te les ramène pas.
05:05Ou de les ramener en retard pour créer une angoisse chez la mère qui va regarder l'heure en se
05:11demandant ce qui se passe.
05:12Ou bien, voilà, ne pas assurer un bon suivi médical, négliger les enfants pour créer un signalement, par exemple, auprès
05:19de l'école.
05:20Donc, ça va être, voilà, toutes ces formes de violences-là.
05:23Et ça peut être aussi auprès de l'entourage de la mère, créer des rumeurs sur elle, des fausses informations,
05:32sur son lieu de travail aussi.
05:35Ça va être...
05:35C'est de la déstabilisation, du dénigrement ?
05:38Oui.
05:39Détruire des objets à valeur sentimentale pour la mère, faire disparaître l'animal de compagnie.
05:45Enfin, voilà, vous voyez, c'est vraiment, c'est très insidieux, c'est dans le quotidien.
05:49Et la difficulté, c'est que c'est invisible, en fait.
05:52C'est difficile à détecter pour l'entourage.
05:55Et c'est difficile à qualifier juridiquement.
05:58Alors, Charles, entrevenons au dossier d'Alfortville.
06:01Cet homme n'était pas tout à fait inconnu de la justice.
06:03En avril 2021, il est condamné à 18 mois de prison, dont un an avec sursis, pour violence envers son
06:08épouse et l'une de ses filles.
06:10Au lot de main du meurtre de ses filles, la mère explique d'ailleurs aux enquêteurs avoir subi de nouvelles
06:14violences avec l'une de ses filles en août 2022.
06:17Des violences qu'elle n'avait pas signalées.
06:19Maître, dans cette affaire, il y a eu donc des antécédents de violences, Charles vient de le rappeler.
06:23Est-ce que les violences vicariantes s'inscrivent souvent dans un contexte de violences conjugales préexistantes ?
06:30Oui, oui, oui, les violences vicariantes, elles sortent pas de nulle part.
06:34C'est-à-dire qu'elles s'inscrivent souvent dans un climat de violences conjugales antérieures.
06:40Donc, c'est un continuum de domination, de contrôle.
06:47Comme vous l'avez dit, là, dans le drame d'Alfortville, il y avait des antécédents.
06:52Il y avait de la violence conjugale.
06:54Et ce qu'on se rend compte, c'est que ces violences, malgré le fait que la mère ait porté
07:00plainte, se soit séparée et ait demandé le divorce,
07:04en fait, ça met pas fin aux violences.
07:05Ça continue post-séparation.
07:07Et en fait, ces violences, elles s'exercent.
07:09On déplace l'instrument, en fait.
07:11On va utiliser l'enfant comme instrument.
07:12Et quels sont les symptômes, les signes précurseurs auxquels il faut être attentif ?
07:17Alors, les signes précurseurs, ça va être un contexte de...
07:27Pendant la vie familiale, ça va être des moyens de pression.
07:31On va utiliser l'enfant comme moyen de pression.
07:33On va le mettre au centre des conflits.
07:36On va l'utiliser dans la procédure.
07:38On va l'instrumentaliser.
07:41Et puis, après, on peut avoir des signaux aussi comportementaux de l'enfant.
07:46Donc, par exemple, un enfant qui va se replier sur lui-même,
07:50qui va avoir des troubles du sommeil, qui va régresser.
07:52Un enfant qui fait de nouveau pipi au lit,
07:55qui va avoir peur de l'autre parent et qui va pas vouloir aller chez l'autre parent.
07:59Et après, oui, il y a des signes aussi dans la dynamique parentale, j'ai envie de dire.
08:05Donc, c'est vraiment dans le discours de l'agresseur d'utiliser les phrases que je vous ai citées tout
08:12à l'heure.
08:14Tu vas payer, tu vas pas les revoir, ce genre de choses.
08:17Charlotte, le père de famille d'Alfortville a été jugé, on l'a dit,
08:20entre le 8 et le 10 avril devant la cour d'assises du Val-de-Marne pour le meurtre de
08:24ses trois filles.
08:24Oui, et au procès, la mère des enfants revient longuement sur les violences subies pendant des années.
08:29Les gifles, les coups de battes de Belzbole.
08:31Selon elle, les violences ont commencé dès la naissance de leur première fille.
08:35Lui minimise ses violences et nie avoir battu l'un de ses enfants avant les meurtres.
08:39À la barre, la mère de famille affirme aussi que son ex-mari la visait à travers ses filles.
08:44Il s'est attaqué à mes filles parce qu'il savait très bien que s'il m'attaquait moi, je
08:49me défendrais, a-t-elle dit.
08:51Au terme de son procès, Younes El-Houdigui a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité.
08:55Alors maître, l'objectif est-il toujours de faire souffrir l'autre parent avant tout dans les violences vicariennes ?
09:01Oui, très souvent oui.
09:03L'objectif principal, ça va être de conserver un pouvoir sur l'autre parent, de le punir, de lui faire
09:09mal, de lui faire payer la séparation, de lui faire payer le fait d'avoir repris sa liberté.
09:16Dans le dossier d'Alfortville, il ne supportait pas l'idée que la mère puisse refaire sa vie et que
09:22ses filles puissent avoir un beau-père.
09:24Donc l'enfant va devenir en fait un moyen de pression, de destruction psychique de la mère.
09:31Et c'est en ça que les violences vicariantes, il faut les distinguer des violences intrafamiliales.
09:36C'est-à-dire que l'enfant là n'est pas la cible première directe.
09:39Il est un moyen d'atteindre l'autre.
09:42Et donc l'agresseur choisit sa cible qui causera le maximum en fait d'hommages irréparables.
09:50Et ces agresseurs, il faut se dire qu'ils n'ont pas forcément des pathologies psychiatriques.
09:56Ce n'est pas des hommes fous, c'est vraiment des agresseurs qui vont choisir leur cible et avec un
10:02objectif vraiment de frapper ce qui fait le plus mal pour une maman.
10:07Et en septembre dernier, le gouvernement espagnol a approuvé un avant-projet de loi contre ces violences vicariantes.
10:13En France, vous pensez que la France doit suivre cette voie ?
10:17Ces violences sont-elles suffisamment reconnues ?
10:20Alors, c'est vrai que l'Espagne, elle est très en avance sur le sujet.
10:23Elle a reconnu ce concept il y a déjà dix ans à peu près,
10:27puisqu'il y a eu un fait divers où un père avait tué ses deux petites filles.
10:30Ça avait beaucoup ému toute l'Espagne.
10:33Donc, ils ont ce projet de loi qui, s'il est voté par le Parlement espagnol, ça serait une grande
10:40première en Europe,
10:41parce que c'est un projet de loi qui définit juridiquement les violences vicariantes,
10:47ce qui n'existe pas aujourd'hui en France, qui crée un délit autonome.
10:50Et en France, on a des choses, on a des avancées par poussée successives,
10:55mais il n'y a pas de définition juridique, ce n'est pas un délit autonome,
11:01c'est enserré dans d'autres choses.
11:03Et oui, moi, je pense qu'il faut aller plus de l'avant,
11:06parce que si on l'identifie, on le nomme, ça permet de le repérer plus facilement,
11:11ça permet de le rendre plus visible,
11:13et voilà, ça permet aussi de pouvoir mieux l'appréhender, en réalité.
11:20Comment est-ce qu'on peut protéger les enfants et les conjoints qui sont victimes de ces violences vicariantes ?
11:25Est-ce qu'il y a des dispositifs particuliers propres à la France ?
11:28Oui, alors on a pas mal d'outils, on a pas mal de dispositifs,
11:33il y a une loi de 2024 qui est venue améliorer ces outils,
11:38on a une ordonnance de protection qui passe à 12 mois,
11:41on a une ordonnance provisoire de protection qui peut être délivrée en 24 heures par le juge,
11:46qui permet de sécuriser la victime et ses enfants.
11:50En suspendant le droit de visite et d'hébergement de l'agresseur,
11:55interdiction de contact, évidemment,
11:57interdiction de paraître à certains lieux bien identifiés,
12:00comme le domicile, le lieu de travail de la mère,
12:03même le lieu de l'assistante maternelle.
12:05Et puis après, on a d'autres outils,
12:08comme le bracelet anti-rapprochement,
12:12qui permet de géocaliser l'agresseur et de créer une alerte
12:14quand il se rapproche trop de la victime,
12:16le téléphone grave danger.
12:19Donc, on a des outils, mais ils ne sont pas encore suffisamment connus.
12:22Ce qui manque, ce que vous dites, c'est qu'il y a des outils,
12:24mais il n'y a pas le cadre.
12:25Il n'y a pas la boîte.
12:27Il faut que ce soit plus connu par les victimes.
12:30C'est-à-dire que ce terme de...
12:32Si moi, je demande à mes clientes
12:33« Pensez-vous être victime de violences vicariantes ? »
12:37Elles ne sauront pas me répondre.
12:38En revanche, si je leur pose comme question
12:40« Est-ce que vous pensez être... »
12:42Avec les exemples que je vous ai cités tout à l'heure,
12:44elles vont me dire « Ah ben oui, en fait, c'est ça que je vis. »
12:46Donc, c'est de mieux identifier et après que la victime prenne conscience
12:50qu'il se passe des choses et d'utiliser ses outils.
12:54Il y a aussi les numéros de téléphone le 3919
12:57et une plateforme numérique de signalement des violences sexistes et sexuelles
13:02qui est disponible 24 heures sur 24.
13:04Il y a des choses qui existent.
13:05Et statistiquement, vu que vous en faites beaucoup du droit de la famille
13:08et du droit pénal, est-ce que c'est des violences vicariantes
13:11qui statistiquement vous occupent plus depuis ces dernières années ?
13:14À quel moment vous avez senti la bascule s'il y en a une ?
13:18Alors, récif ?
13:19Oui, en fait, comme je vous le disais tout à l'heure,
13:23ce sont des violences qui sont distillées dans le quotidien.
13:27Invisible un peu.
13:28C'est ça.
13:29C'est-à-dire qu'en général, elles font partie d'un ensemble
13:32avec d'autres choses.
13:35Et on n'avait pas de statistiques depuis un moment.
13:40Là, on en a récemment.
13:41Il faut savoir que c'est à peu près 140 000 enfants par an
13:44co-victimes de violences conjugales.
13:47Et c'est un enfant tué tous les cinq jours par l'un de ses parents.
13:51Donc, ce n'est pas rien, en fait, comme statistiques.
13:56Et encore une fois, c'est difficile de chiffrer, de quantifier
14:00parce que c'est souvent invisibilisé, en fait.
14:03Merci.
14:04Merci beaucoup pour votre éclairage et votre participation.
14:06Vous pouvez retrouver cet épisode et tous les autres sur
14:08BFMTV.com et les plateformes de streaming.
14:10Nous, on se donne rendez-vous la semaine prochaine
14:12pour de nouvelles enquêtes dans Affaires suivantes,
14:14le podcast inédit.
14:15Merci.
14:15Merci.
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