00:12Bonjour, vous faites bien de nous suivre, merci d'être venu.
00:17Humoriste engagé, acteur, écrivain, chroniqueur radio, président de parti politique dont il fut candidat malheureux en 2010,
00:26avec son humour satirique et surtout son regard critique sur la société depuis plus de trois décennies,
00:33il s'est imposé comme l'une des figures marquantes de la scène ivoirienne, voire même africaine.
00:40Avec lui, nous allons revenir sur son parcours, ses engagements, ses rencontres marquantes et ses projets.
00:47A l'état civil de l'eau, Adama, Adama Daïko pour la scène.
00:52Bonjour, monsieur le président.
00:55Bonjour, mon cher ami Lai Junior Diakiti.
00:59Merci également à tous ces millions d'internors, de téléspectateurs qui nous suivent.
01:05Je suis très heureux d'être là.
01:06Le plaisir partagé.
01:07Merci.
01:07Alors, le parcours est très long, si l'on doit égrener, je pense que nous allons, même une heure de
01:15temps ne suffira pas.
01:17Mais nous allons quand même essayer de faire un petit effort, tout en un début.
01:23Le début c'était quoi déjà ?
01:25Comme on le dit, les deux grands commencent toujours par la fin.
01:30Mais nous allons commencer cette fois-ci par le début.
01:33Par le début.
01:34Et ça sera mieux.
01:35Voilà.
01:36Et comme tout enfant de mon âge, j'étais passionné par tout ce qui était art, comédie, humour.
01:43Et à l'école, nous appartenions à un club littéraire.
01:49Donc, avec le théâtre, comme formation de base.
01:54Chaque fois, quand il y avait des manifestations de fin d'année, on nous choisissait pour déclamer des poèmes, jouer
02:00des extraits, des textes de théâtre.
02:02Et après la classe de seconde, on a eu envie d'intégrer officiellement une école d'art dramatique.
02:08Donc, voilà pourquoi je me forme sur l'État.
02:12Et après une formation de comédien, je vais rencontrer des personnes comme Tonton Bouba, Sidi Kibakaba, avec lesquelles j'ai
02:21beaucoup travaillé.
02:22Et puis bon, je rentre aussi à la radio pour développer le côté humoristique.
02:28Et Dieu merci, aujourd'hui, on compte parmi les humoristes qui inspirent une certaine génération.
02:36Vous l'avez souligné tout à l'heure, vous avez travaillé avec Sidi Kibakaba, l'une des figures emblématiques de
02:45la culture ivoirienne, on va dire même africaine.
02:49C'était quand et où ? Et cette collaboration, c'était quoi ?
02:53Avec le maître Sidi Kibakaba, que je salue au passage, nous avions un groupe, les Rigolos d'Abobo.
03:03Et quand décède, lui, son mentor, qui est Doutasek, grand acteur sénégalais, donc Sidi Kibakaba décide d'organiser une fresque,
03:16un spectacle intitulé La Métamorphose.
03:18Un spectacle dans lequel il voulait la participation de jeunes comédiens et des anciens comédiens.
03:25Et il nous a découvert, nous, les Rigolos d'Abobo.
03:28Et il nous a fait l'amitié et aussi la promesse d'organiser un stage pour nous perfectionner.
03:35Donc quand il est parti en France, après le spectacle, il est revenu, il a lancé le stage.
03:40Donc nous étions un certain nombre de jeunes.
03:43Dieu merci, on est passé entre ses mains à l'acteur studio.
03:47Et je crois, après la formation, Sidi Kibakaba me cocte pour jouer dans une des pièces de théâtre qu'il
03:53était en train de créer.
03:54Mettre un rôle de Atol Fouga, deux représentations à l'Institut français à Bijan.
04:00Et puis bon, voilà comment, après c'est des films, après c'est être son assistant au Palais de la
04:06Culture quand il fut directeur.
04:08Et j'étais chargé de l'école acteur studio qu'il avait mis en place.
04:12Un mentor pour vous alors ?
04:13Oui, il s'est dit que c'était un grand frère, c'était un mentor.
04:16Il s'est dit que c'est quelqu'un vraiment qui m'a donné cette opportunité.
04:22Est-ce que c'est celui qui vous a poussé à aller au cinéma ?
04:26Oui, quand on est comédien de théâtre, on est dans le cinéma.
04:31Mais il faut trouver aussi des producteurs, des réalisateurs qui puissent vous faire confiance.
04:35Pour vous donner des rôles qui vous permettront vraiment de vous exprimer.
04:41Donc avec lui, j'ai eu la chance de jouer dans Roulim, il était parmi les acteurs principaux.
04:45Et puis il a joué dans Tannoy de Lagune, un long métrage aussi de Sidi Kibakaba.
04:50Et puis je crois qu'on a monté deux ou trois pièces, c'est ça la même.
04:57On vous a vu aussi dans la série Ma famille.
05:02Oui, Ma famille, c'était avec Accidenta et tout.
05:05Voilà, donc Top Radio, Ma famille, Kakao.
05:10Voilà, et puis j'ai deux ou trois séries dans lesquelles j'ai tourné qui ne sont pas encore diffusées.
05:16Et le dernier long métrage dans lequel j'ai tourné, c'est le long métrage réalisé par Jean-Pascal Zaddy,
05:23franco-ivoirien, qui vit en France.
05:26Le dernier, je crois que c'est le dernier départ, j'ai joué dans ce film.
05:32Vous vous sentez très bien dans votre pot d'acteur de cinéma ?
05:35Ben, je suis comédien de théâtre, je suis humoriste de scène.
05:40C'est vrai que je ne joue pas tous les jours dans des films,
05:43mais chaque fois qu'on m'a confié un personnage ou un rôle dans un film,
05:46je me suis senti bien dans mon rôle parce que c'est comme si on avait écrit le personnage pour
05:50moi.
05:51Et cette carrière continue ?
05:52Ben, ça continue, je suis ouvert à tous les cinéastes de Côte d'Ivoire ou d'ailleurs
05:56qui me veulent comme acteur dans un film, je suis disponible.
05:59Très bien. Vous avez aussi, dans votre discographie,
06:03vous avez eu quelques albums, j'allais dire les cassettes à l'époque.
06:08Tout à fait. Le premier, c'est Hedja Mabiei.
06:13Dans Hedja Mabiei, on a six sketchs et deux musiques,
06:16dont une musique reggae et puis Ambiance Mapuka.
06:20Voilà, Alain Sawaya et Olivier Blé ont arrangé cela.
06:23Mais après, on vous a plus écouté, hein ?
06:26Oui, oui, si, si.
06:27C'est quoi ? Vous avez mis fin à…
06:28Non, après le premier album, on a fait « Je suis candidat »,
06:31c'est là où j'ai fait le diagnostic « La mère d'Afrique qui tombe malade ».
06:34Oui.
06:34Et puis on a eu pas mal de sketchs à l'intérieur.
06:37Ensuite, il y a eu le troisième album,
06:41arrangé et produit par Bokana Maïga.
06:43Et après ça, j'ai fait « Monsieur le Président », etc.
06:46Mais tout s'est passé, après le premier album,
06:49tous les autres sont sortis quand nous étions dans des moments de crise.
06:53Voilà, il n'y avait pas trop de stabilité.
06:55C'est vrai que vous avez… vous étiez dans le temps de crise,
06:58mais est-ce que ces chansons ou encore ces sketchs que vous avez montés
07:03n'est pas d'actualité de nos jours ?
07:05Oui, oui, tout à fait.
07:06Quand vous écoutez tous les sketchs produits par le Dromica,
07:10Adama Daiko, le Dromica,
07:12on a l'impression qu'on a prédit un certain événement.
07:16Vous étiez en avance sur le temps.
07:18Oui, l'artiste est un éveilleur de conscience.
07:20Ce n'est pas seulement pour divertir,
07:22mais c'est pour amener les uns et les autres
07:24à prendre leurs responsabilités face à une situation donnée.
07:27Et le temps nous a donné raison dans certains cas.
07:31Et puis bon, on a beaucoup crié au niveau de l'audio,
07:34mais aussi pour la scène, il y a eu pas mal de spectacles,
07:37il y a eu pas mal de festivals.
07:39Dix ans de festivals, c'est énorme.
07:42D'accord.
07:43C'est vrai, à l'époque, c'était juste audio, cassette et tout.
07:47Mais puisque c'est encore d'actualité,
07:49est-ce qu'il n'y a pas un moment de refaire
07:52ou de reproduire encore ces œuvres-là,
07:57digitalisées pour mettre à la disposition,
07:58pour que les gens puissent écouter ?
08:00Ça a été fait, ça a été fait.
08:01Quand vous allez sur différentes plateformes,
08:02vous pourrez écouter les œuvres d'Adama Daiko.
08:07Mais j'avoue que je suis un peu déçu,
08:11parce que des producteurs se sont improvisés,
08:16qui ont cédé mes œuvres à des structures.
08:21Et bon, quant au retour financier,
08:27l'artiste que je suis, je ne bénéficie pas de mes droits.
08:31Les droits d'auteur.
08:32Je pense que nous allons avec notre staff…
08:35Vous allez entamer la démarche pour cela.
08:36Non, non, non, on va entamer.
08:37Il y a des avocats, il y a des juristes qui n'attendent que ça.
08:42Ce type de dossier-là.
08:43Oui.
08:45Il faut que les choses se rétablissent.
08:47Monsieur le Président, vous avez parlé tout à l'heure
08:49d'un événement que vous avez créé.
08:51Il s'agit d'un festival de bonne humeur,
08:53j'appelle ça comme ça.
08:55Depuis quelques années, on n'assiste plus à ce festival.
09:00Oui.
09:00Qu'est-ce qui s'est passé ?
09:01Le festival est arrêté ?
09:03Oui, c'est vrai.
09:04C'est fini ?
09:05Qu'est-ce qui ne va pas ?
09:05C'est vrai, vous avez tout à fait raison.
09:06Beaucoup se posent la question.
09:11À l'époque, en 2003, il y avait une nécessité, il y avait un besoin.
09:15J'étais pratiquement l'un des seuls humoristes engagés,
09:19c'est-à-dire qui était au devant,
09:21quand bien même il y avait d'autres humoristes de ma génération,
09:25mais j'étais celui-là qui avait porté vraiment le projet.
09:29Et beaucoup de jeunes voulaient embrasser la carrière d'humoriste,
09:32mais il fallait créer un espace, il fallait créer un mode d'expression,
09:36et c'est le festival qui répondait vraiment à toutes ces interrogations-là.
09:41Donc, j'ai créé le festival qui s'en est sur trois jours,
09:44avec des spectacles comme Maki le Dromikan,
09:46où tu as des anciens comme des jeunes.
09:48C'est là où on a découvert Bukhari, dans un de ses numéros.
09:53Et puis, il y a la nuit du One Man Show,
09:57tu as par exemple le troisième jour réservé uniquement aux nouveaux talents qu'on détectait.
10:04On a produit le festival pendant, je crois, huit ans,
10:08et après les élections, il y a eu une pause de sept ans,
10:11et on a fait deux éditions pour compléter à dix.
10:14On peut s'attendre à la relance de ce festival-là ?
10:17Oui, tout à fait.
10:18Très bientôt ?
10:18Oui, voilà.
10:19Mais nous comptons relancer le festival,
10:22mais avec une autre vision, avec d'autres objectifs.
10:27Sinon, il y a des festivals qui se sont créés partout en Afrique,
10:29mais il y en a qui n'ont pas pu faire plus de deux éditions,
10:32parce que, bon, on a inspiré beaucoup.
10:35Mais je voudrais rassurer, n'est-ce pas, nos fans,
10:38je voudrais rassurer les amoureux de l'humour,
10:40que nous travaillons pour le retour du Festival international du Rue d'Abidjan Fira,
10:45le premier festival d'humour professionnel en Côte d'Ivoire.
10:47Ça a été arrêté pour faute de financement ?
10:50Non, ça a été arrêté, pas pour faute de financement,
10:53mais je crois qu'il fallait le faire.
10:56Il fallait le faire pour des raisons que je ne vais pas trop expliquer ici,
10:59mais je crois que l'environnement est maintenant favorable.
11:01D'accord.
11:02Le monde du spectacle a connu une évolution avec l'arrivée du numérique,
11:06notamment les réseaux sociaux.
11:08Comment vous arrivez à vous adapter à cette nouvelle réalité, monsieur le président ?
11:15Vous savez, il y en a d'âge qui dit que tant que vous avez le souffle de vie,
11:18l'inspiration, la création, l'innovation n'ont pas de limites.
11:23Et nous faisons un métier qui est très difficile,
11:26parce qu'aujourd'hui, on parle de numérisation, on parle de technologie.
11:31Mais les techniques d'aujourd'hui, dans 10 ans, 20 ans, seront des techniques révolues,
11:36puisque chaque jour, on essaie d'apporter un nouveau souffle à ce qui existe.
11:41Nous, à notre époque, il n'y avait pas tous ces réseaux-là,
11:44mais on arrivait quand même à se faire une pince au soleil,
11:47à travers des émissions télé et radio, et de la presse écrite également.
11:50On s'adapte, on s'adapte.
11:53Les jeunes disent que c'est le temps, mais demain, ils seront vieux.
11:56Il va falloir qu'ils s'adaptent aussi.
11:58Nous sommes obligés de nous adapter pour être dans le mouvement.
12:03En un seul mot, chacun a son temps.
12:06Chacun a son temps.
12:07Il faut s'adapter à ce temps.
12:08Voilà, tout à fait.
12:09Très bien.
12:10Monsieur le président, vous êtes un artiste au complet.
12:12On peut dire ça comme ça.
12:13Bon, complet, c'est trop dit, mais un artiste qui s'est donné,
12:19la possibilité de s'exprimer sur tous les terrains.
12:22Une carrière, ce n'est pas une course de vitesse,
12:25mais c'est plutôt une bonne marche avec de bonnes démarches.
12:29À un moment donné, on se pose des questions.
12:30On veut continuer, mais on continue comment ?
12:32C'est vrai que je suis comédien.
12:34Ça, c'est la formation de base.
12:36Donc, j'ai eu les rudiments qui me permettent
12:39d'être peut-être un jour animateur d'un programme
12:41en fonction du film.
12:43Vous le faites déjà, chroniqueur radio.
12:45Maintenant, je suis chroniqueur radio.
12:46C'est la radio qui m'a révélé au grand public, en fait.
12:49C'était le début.
12:50Voilà.
12:50Et après les élections, je suis revenu à la radio
12:53dans une autre dynamique de chroniqueur
12:55et à mettre un directeur artistique
12:56de l'émission dans laquelle je suis.
12:58Voilà.
12:58D'accord.
12:59Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires